Alors que les projections climatiques sont plus alarmantes que jamais, la célébration de la Journée Méditerranéenne du Littoral a placé l’urgence d’agir et la coopération régionale au cœur des débats. Le directeur par intérim de l’APAL, Mehdi Ben Haj, y a exposé une vision offensive pour préserver le littoral tunisien.
En cette Journée Méditerranéenne du Littoral, célébrée ce jeudi à Gammarth, le décor idyllique de la côte tunisienne contrastait avec la gravité des discussions. Mehdi Ben Haj, Directeur Général par intérim de l’APAL, a immédiatement planté le décor : « Aujourd’hui, nous célébrons une journée cruciale, dans le cadre du Plan d’action pour la Méditerranée. Le choix de la Tunisie cette année n’est pas anodin ; il souligne le rôle central des institutions méditerranéennes dans la résilience des côtes. »
D’emblée, il a insisté sur l’ampleur des défis : « Les pressions sur notre littoral sont immenses : humaines, industrielles, économiques. Face à cela, le rôle des institutions doit être non seulement efficace, mais prioritaire. C’est une condition sine qua non pour résister. »
Les chiffres, issus d’un récent rapport du Plan Bleu du PNUE/PAM, confirment cette urgence. La hausse des températures en Méditerranée devrait dépasser les 2°C d’ici 2040. Mehdi Ben Haj a renchéri : « La Méditerranée est en première ligne mondiale des impacts du changement climatique. C’est pourquoi nous remercions le PAM d’avoir choisi la Tunisie. Cette reconnaissance consacre l’APAL comme un acteur leader. »
Il a ensuite souligné la longue histoire de ce partenariat : « Nous travaillons main dans la main avec le Centre Régional d’Activités Prioritaires depuis trois décennies. Nous fêtons même les 30 ans de notre agence. L’essentiel de notre collaboration repose sur la Gestion Intégrée des Zones Côtières, un protocole ratifié par presque tous les pays méditerranéens depuis 2008. »
Expliquant cette nécessité d’une planification intégrée, le directeur a peint un tableau concret : « Tout le monde veut être près de la mer : industries, tourisme, immobilier, stations d’épuration… Tout se concentre sur le littoral. Face à cette congestion, une planification rigoureuse est vitale. Nous devons apprendre des erreurs commises ailleurs, notamment sur la rive nord. Nous n’avons pas le luxe de les répéter. »
Abordant les actions terrain, Mehdi Ben Haj est devenu très concret : « Prenons un exemple : imaginer un port en eaux profondes à Nefiha nécessite d’anticiper toutes les conséquences économiques et logistiques. Nous devons préparer l’avenir dès aujourd’hui. »
La lutte contre la pollution constitue un front majeur, a-t-il souligné : « Nous travaillons sans relâche, sous l’égide du ministre de l’Environnement M. Habib Abid, pour protéger le littoral dans près de 13 gouvernorats. C’est une priorité quotidienne. »
Sur le front de l’érosion, le constat est sans appel : « Nous recensons environ 300 sites érodés. La mer, elle, n’attend pas », a-t-il lancé avec une pointe d’urgence. « Nous avons donc sécurisé des financements extérieurs, notamment allemands, néerlandais et saoudiens, pour lancer les travaux. »
Mais le défi le plus redoutable reste à venir, a prévenu le directeur : « L’élévation du niveau de la mer menace directement des zones comme Kerkennah ou El Kala. Attendre la catastrophe pour agir serait une faute. Nous avons donc anticipé : cartographie des zones menacées, préparation des actions. En partenariat avec les Pays-Bas, dont l’expertise en la matière est incontestable, nous nous préparons à intervenir au moment crucial. »
Cette approche proactive est saluée au plus haut niveau. Tatiana Hema, coordinatrice du PNUE/PAM, a ainsi déclaré : « Nous sommes très reconnaissants envers la Tunisie. La résilience côtière n’a jamais été aussi cruciale et l’exemple tunisien peut bénéficier à toute la région. »
Alors que la Méditerranée met près d’un siècle à renouveler ses eaux, la fenêtre d’action se réduit. Mehdi Ben Haj en est convaincu : « La coordination et l’échange d’expériences sous la bannière méditerranéenne sont notre force. En Tunisie, avec tant de zones à aménager, cette coopération est essentielle pour notre avenir. » La Journée du Littoral aura ainsi été non pas un simple signal d’alarme, mais la démonstration qu’une alliance méditerranéenne, portée par des acteurs de terrain, se construit face à la menace.
Photos, réalisation et montage: Riadh Sahli