La Tunisie amorce un tournant stratégique dans le financement des projets liés à l’efficacité énergétique et aux énergies renouvelables. Réunis le vendredi 30 janvier 2026 à Tunis, les principaux acteurs publics, institutionnels et financiers ont pris part à un forum consacré au financement participatif au service de la transition énergétique, à l’initiative de l’Agence de Promotion de l’Industrie et de l’Innovation (APII), en partenariat avec l’Agence nationale pour la maîtrise de l’énergie (ANME) et le projet Greenov’i, mis en œuvre par Expertise France avec l’appui de l’Union européenne.
L’événement s’inscrit dans un processus engagé depuis près de sept ans, marqué par un travail progressif fondé sur une approche concertée entre institutions publiques, acteurs privés, experts et partenaires internationaux.
Un chantier de longue haleine enfin concrétisé
Intervenant lors du forum, le directeur général de l’APII, Amor Bouzoueda, a rappelé que la mise en place du crowdfunding en Tunisie est le fruit d’un long parcours marqué par des divergences de visions, des ajustements successifs et une recherche constante de cohérence.
« Nous avons fini par converger vers un modèle structuré, crédible et opérationnel », a-t-il souligné, annonçant le lancement imminent de la première plateforme nationale de financement participatif, désormais dotée d’une autorisation officielle.
Cette plateforme devrait jouer un rôle déterminant dans le financement de projets stratégiques, notamment dans le domaine de l’efficacité énergétique, un secteur encore largement sous-exploité malgré son fort potentiel économique et environnemental.
Selon Amor Bouzoueda, le cadre juridique est aujourd’hui stabilisé, grâce à l’appui de l’APII et de ses partenaires institutionnels et internationaux. L’enjeu n’est donc plus législatif, mais opérationnel.
« Il s’agit désormais de transformer ce dispositif en une véritable offre de financement pour les promoteurs et les investisseurs », a-t-il insisté.
Dans un contexte marqué par la rareté des crédits classiques, le financement participatif se présente comme une alternative crédible, venant compléter les mécanismes traditionnels. Son principal atout réside dans la souplesse des garanties : ce sont les projets eux-mêmes qui constituent la base de confiance, et non des garanties réelles souvent difficiles à mobiliser pour les jeunes promoteurs.
Un changement de paradigme qui pourrait, s’il est bien encadré, démocratiser l’accès au financement et libérer l’initiative privée.
Mettre l’investissement citoyen au service de l’économie verte
Le forum a placé la transition énergétique au cœur de ses débats. Pour Amor Bouzoueda, le crowdfunding doit devenir un levier stratégique pour transformer les défis énergétiques en opportunités d’investissement durable, fondées sur une économie verte, inclusive et participative.
« Mettre le financement participatif au service de la transition énergétique, c’est soutenir une politique publique tout en mobilisant l’épargne citoyenne », a-t-il affirmé.
Cette orientation vise à rapprocher les investisseurs des projets concrets, à renforcer la transparence et à instaurer une culture de responsabilité collective autour des enjeux énergétiques.
Une priorité gouvernementale assumée
Les travaux ont été officiellement ouverts par le secrétaire d’État chargé de la Transition énergétique, Wael Chouchane, en présence de la secrétaire d’État chargée des sociétés communautaires, Hasna Jaballah, ainsi que de plusieurs responsables publics et experts du secteur.
Dans son intervention, Wael Chouchane a rappelé que le financement participatif constitue un mécanisme complémentaire à la finance classique, capable de mobiliser l’épargne nationale et de la diriger vers l’économie réelle.
Il a souligné que cet outil innovant permettra de soutenir des projets à fort impact, notamment dans un contexte de pression croissante sur le système énergétique et de contraintes budgétaires persistantes.
« Le crowdfunding peut contribuer à réduire les coûts de l’énergie, à améliorer la compétitivité des entreprises et à alléger la charge sur les finances publiques », a-t-il déclaré.
Le responsable gouvernemental a toutefois tenu à rappeler que le succès du financement participatif ne repose pas uniquement sur la technologie ou la réglementation, mais avant tout sur la qualité des projets, leur faisabilité, leur gouvernance et la solidité de leurs modèles économiques.
Sans ces fondamentaux, le crowdfunding risque de devenir un simple effet d’annonce, incapable de produire un impact durable.
Les participants ont ainsi débattu des conditions nécessaires à l’instauration d’un cadre national cohérent, ainsi que de l’élaboration d’une feuille de route intégrant ce mode de financement dans la stratégie nationale de transition énergétique.
Le financement participatif représente aujourd’hui une opportunité réelle pour stimuler l’investissement, soutenir l’innovation verte, créer des emplois et renforcer la justice sociale. Mais cette opportunité ne se concrétisera que si les acteurs publics assument pleinement leur rôle de régulateurs, d’accompagnateurs et de garants de la crédibilité du système.