La Tunisie a le vent en poupe dans le domaine du tourisme. Après avoir franchi la barre des 10 millions de touristes au terme des dix premiers mois de l’année en cours (au 20 novembre 2025), en hausse de 10,3% par rapport à la même période de 2024, la Tunisie figure, cette année, parmi les destinations internationales les plus recherchées pour les vacances d’hiver et les fêtes de fin d’année. C’est la plateforme World Travel & Tourisme, membre d’un forum du secteur privé regroupant les leaders mondiaux du voyage et du tourisme, qui est l’auteur de ce classement qui situe la Tunisie au premier rang des destinations préférées des voyageurs avec les Etats-Unis, la Chine, la Grèce, l’Arabie saoudite et d’autres pays européens.
Grâce à sa longue expérience touristique, son patrimoine culturel millénaire, son infrastructure hôtelière, ses efforts d’innovation, de promotion et de diversification de ses produits touristiques (tourisme saharien, écotourisme, tourisme médical…), la destination Tunisie vise cette année 11 millions de visiteurs au terme de l’année en cours et est en passe de devenir l’une des principales destinations touristiques dans le monde.
La plateforme révèle un intérêt grandissant pour la destination Tunisie qui propose, également, un bon rapport qualité/prix. Le secteur touristique se présente ainsi comme un levier économique majeur. Analyse confirmée par l’Agence d’informations économiques sectorielles africaines, Ecofin, qui constate, de son côté, « un essor touristique significatif en 2025 visant le top 3 africain, aux côtés de l’Egypte et du Maroc, grâce à la reprise des marchés traditionnels et l’ouverture à une nouvelle clientèle ».
Seconde éclaircie dans la conjoncture actuelle, qui n’échappe pas à la chape de plomb des tensions politiques de plus en plus fortes menaçant de saborder les quelques avancées économiques et sociales enregistrées, lentement mais sûrement, au cours des deux dernières années : les transferts de la diaspora. Ils ont augmenté de 6,5% de janvier à novembre 2025, atteignant 8 milliards de dinars, selon la BCT, faisant mieux que les recettes touristiques qui ont atteint 7,5 milliards de dinars sur la même période. Une bouffée d’oxygène pour la balance des paiements qui témoigne indubitablement de la confiance placée en la Tunisie par ses ressortissants résidant à l’étranger qui, en dépit de leur choix d’émigrer vers d’autres horizons parfois plus cléments et d’autres opportunités plus prometteuses, investissent dans leur pays d’origine et contribuent ainsi à renflouer les caisses de l’Etat et à promouvoir l’investissement nécessaire à la croissance économique.
Le revers de la médaille est moins reluisant pour ne pas dire sombre. La conjoncture politique souffre de rupture et de fracture, de défiance et d’humiliation, de persécution et de harcèlement, d’isolement et de tâtonnement, de condamnation et de privation de liberté. Cette conjoncture est un boulet que la Tunisie devra malheureusement traîner au pied tant que le pouvoir actuel siègera en maître absolu et ce, en dépit de tous les efforts de consolidation des assises de l’Etat social, de lutte contre les affres du libéralisme sauvage (corruption, blanchiment d’argent, évasion fiscale, économie informelle) et de remise en selle des capacités économiques du pays. Il serait subjectif de ne pas relever les importants efforts consentis même si l’esprit de l’autosatisfaction et la méthode du cavalier seul sont à blâmer. Et il serait malhonnête de ne pas dénoncer l’état d’agonie de la vie politique et d’errance de la société civile dans un pays qui prétend préserver le virage démocratique engrangé dans la foulée de la révolution et de la chute du régime de Ben Ali en 2011.
La démocratie ne se décrète pas à l’aune des scrutins uniquement. Voter, choisir, élire, c’est important, c’est essentiel, c’est déterminant mais ce n’est pas suffisant. Il faut voter en connaissance de cause : participer à la prise de décision, à la réflexion autour des choix nationaux, aux orientations sectorielles ; éduquer la jeunesse au dialogue et au respect des libertés de chacun, de l’intérêt général et gérer collégialement la chose publique, c’est là l’esprit et la méthode d’un système démocratique qui place le citoyen au cœur de la stratégie de développement global et durable et ses droits en première ligne des priorités nationales. Cela n’exclut pas la prérogative et la responsabilité du pouvoir exécutif de tracer sa voie, de proposer ses projets et de donner l’orientation et la vision qu’il juge utile à ses programmes comme le choix de réhabiliter l’Etat social et de donner à la lutte contre la pauvreté la priorité absolue.
Ce choix à l’actif du processus du 25 juillet a ses succès et ses vertus mais il a aussi ses manquements et ses défaillances qui résident essentiellement dans l’écartement des corps intermédiaires et de l’ensemble des forces vives de la réflexion sur les choix nationaux, préférant la gestion non concertée et unilatérale des affaires publiques.
L’avenir économique, social et politique de la Tunisie est l’affaire de tous les Tunisiens. L’absence de dialogue et de concertation ne favorise pas l’entente, la cohésion et l’adhésion aux choix nationaux mis en application. C’est le sort que connaissent nombre de projets qui rencontrent des obstacles et des blocages. La Tunisie possède des capacités économiques, naturelles et humaines incontestables mais sans l’adhésion et le soutien de chaque Tunisien aux programmes de développement, de renforcement et de diversification de ces capacités, celles-ci ne seront pas exploitées efficacement comme le souhaitent et l’attendent tous les Tunisiens.
Des erreurs ont été commises par le passé, de mauvais choix ont été faits, comment les éviter à l’avenir ? Il faudrait, d’abord, faire toute la lumière sur ces « crimes », informer les Tunisiens, les faire participer aux solutions proposées et mener à terme ces solutions.
En l’absence de communication gouvernementale censée informer et sensibiliser, comme c’est le cas aujourd’hui, il est difficile d’atteindre la cohésion et le soutien souhaités et de faire front aux campagnes de dénigrement orchestrées de l’intérieur et de l’extérieur.