Un plan de paix colonial

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En Cisjordanie occupée, un permis de résidence temporaire est imposé depuis le mois de septembre dernier par les autorités sionistes aux Palestiniens pour pouvoir demeurer chez eux. Pendant la période en cours de récolte des olives, l’armée sioniste, avec les colons armés, violents et protégés par les soldats, empêche les Palestiniens d’accéder à leurs champs et à procéder à la cueillette, volant les bétails, brûlant les fermes et abattant les oliviers. Les exactions des colons sont « hors de contrôle », rapportent des médias occidentaux.
Le Site du journal La Croix raconte le calvaire quotidien des Palestiniens de Cisjordanie. « Près de 911 obstacles entravent les mouvements des habitants de Cisjordanie… ces barrières sont le reflet d’une politique de contrôle et d’enfermement », indique-t-il dans une de ses récentes éditions dans laquelle il affirme qu’Israël peut décider de « fermer toute la Cisjordanie en cinq minutes ». Voilà le territoire palestinien occupé illégalement depuis 1967 que le président américain Donald Trump a promis à ses alliés arabes. Territoire qui ne sera pas annexé par Israël en échange du soutien de ces alliés à son présumé plan de paix à Gaza et de son application. C’est ainsi que le président américain conçoit la paix au Moyen-Orient ?
Gaza et son plan de paix. Parlons-en. Lundi dernier, se sont réunis en Turquie les huit pays arabes et musulmans qui ont discuté avec Donald Trump à New York, en marge de l’AG des Nations unies, son projet de paix à Gaza – Qatar, Egypte, Turquie, Arabie saoudite, Emirats Arabes Unis, Jordanie, Indonésie, Pakistan – dont trois l’ont signé à Charm Echeikh (Qatar, Egypte et Turquie). La réunion s’est imposée d’elle-même au regard des nouvelles inquiétantes qui viennent de Gaza comme la poursuite des frappes israéliennes contre les civils gazaouis en dépit de l’annonce du cessez-le-feu – plus de 80 violations documentées de ce cessez-le feu–   et le nombre de martyrs et de blessés qui continue de grimper, les aides alimentaires au compte-gouttes, les tergiversations de Netanyahu et ses menaces de reprendre la guerre sous prétexte que Hamas traîne – à défaut de logistique adéquate –  à rendre les corps des soldats tués à Gaza et sa mainmise sur la finalisation des différentes étapes du plan Trump.
Le ton donné à la réunion d’Istanbul par le chef de la diplomatie turque indique que tout ne va pas comme prévu. Une des premières pierres d’achoppement n’est pas des moindres : sept pays musulmans refusent toute tutelle sur le territoire palestinien. « Les Palestiniens doivent gouverner les Palestiniens et les Palestiniens doivent assurer leur propre sécurité », déclare Hakan Fidan, ajoutant plus loin : « Personne ne souhaite voir émerger un nouveau système de tutelle à Gaza ». C’est tout dire sur ce qui se trame à Washington et à Tel Aviv autour de l’avenir de l’enclave et de ses habitants. Pour le président américain, c’est à terme la construction de la Riviera de l’Orient, quant à Netanyahu et ses ministres extrémistes Ben Gvir et Smotrich, c’est l’expropriation de Gaza après le déplacement de ses habitants vers l’Egypte, la Jordanie ou ailleurs. Quid de la deuxième étape du plan de paix de Trump en 20 points qui prévoit le désarmement de Hamas, la formation d’une force de stabilisation internationale et l’installation d’un Conseil de la paix sous la présidence probable de Donald Trump, l’ancien Premier ministre du Royaume-Uni, Tony Blair, ayant été refusé par la plupart des pays arabes ? Le tout, en résumé, pour éliminer toute forme de résistance, liquider la cause palestinienne et instaurer à moyen et long terme l’hégémonie d’Israël sur l’ensemble de la région du Moyen-Orient et sa liberté de mouvement pour garantir sa sécurité en frappant n’importe quel pays quand cela lui semble nécessaire.  Le chef de la diplomatie turc a, pour sa part, prévenu, lundi dernier que « toute mesure prise pour résoudre la question palestinienne ne doit pas risquer de créer de nouveaux problèmes, nous y sommes très attentifs », avertit-il. Les relations entre la Turquie et Israël sont au plus bas depuis qu’Ankara a pris des sanctions contre l’entité sioniste génocidaire. En retour, Israël accuse la Turquie de soutenir Hamas et refuse catégoriquement la participation des forces armées turques à la formation de la force internationale de stabilisation de Gaza.
C’est dire clairement que le plan de Trump ne vise pas du tout à instaurer une paix durable dans la région, il ne compte pas non plus reconstruire Gaza pour y loger les Gazaouis, pour rebâtir son économie, pour instaurer les bases préalables à la création d’un Etat palestinien.
Plus de trois semaines après l’annonce du cessez-le-feu, Gaza n’a pas changé, ses habitants ne mangent toujours pas à leur faim, ils manquent de tentes, de soins, de médicaments, les hôpitaux sont toujours ciblés et, de surcroît, Israël finance quatre milices armées pour pourchasser les membres du Hamas et terroriser la population.
C’est là toute la paix que souhaite Trump pour la région et à laquelle il œuvre sans relâche et sans état d’âme, oubliant qu’il ne peut y avoir de paix sans justice.
Au final, le plan de Trump, avec le soutien implicite de pays occidentaux, notamment européens, est un plan commercial, voire colonial.

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