Le garde des Sceaux français a profité de son passage récent à Alger pour remettre au goût du jour une proposition qui n’avait plus été officiellement défendue depuis le début des années 2000 : la signature d’un traité d’amitié entre la France et l’Algérie.
Interrogé sur CNews au sujet des pressions exercées par la droite et l’extrême droite françaises pour abolir l’accord bilatéral de 1968 sur l’immigration, Gérald Darmanin a estimé qu’il valait mieux « dépasser » ce texte plutôt que le supprimer purement et simplement. « J’espère, je rêve, un jour, d’un traité d’amitié. On n’en est pas du tout là, mais il faut un traité d’amitié avec l’Algérie qui respecte les deux pays », a déclaré celui qui a des origines algériennes par son grand-père.
L’idée n’est pas nouvelle. Elle avait été évoquée du temps où Abdelaziz Bouteflika et Jacques Chirac étaient aux affaires. Mais le projet avait échoué, en grande partie à cause des remous politiques provoqués en France par une loi de 2005 portée par Nicolas Sarkozy. Depuis, plus personne n’avait repris ce dossier à un tel niveau.
Selon le ministre de la Justice, l’accord signé en 1968 est aujourd’hui caduc. Les chiffres de population ne sont plus les mêmes – il a cité 25 à 26 millions d’Algériens à l’époque, alors que les historiens parlent plutôt de 11 à 14 millions – et les sociétés française et algérienne ont profondément changé. « Il faut dépasser ça, on n’est plus au temps du général de Gaulle », a-t-il insisté, appelant à une renégociation qui tienne compte des intérêts des deux pays.
Le ministre a profité de son intervention pour répondre aux attaques du Rassemblement national, qui réclame une posture plus ferme envers Alger. « La courbette, c’est ce qu’ils avaient avec M. Trump ou M. Poutine », a-t-il rétorqué, estimant que son parti n’a pas de leçon à donner. S’ils arrivaient au pouvoir, a-t-il ajouté, ils devraient eux aussi dialoguer avec « le grand pays africain qu’est l’Algérie ». Il a reconnu que les relations entre Paris et Alger sont « entre chien et chat », mais a défendu la nécessité de maintenir le canal de discussion.
Autre sujet abordé par Gérald Darmanin lors de cet entretien : le sort du journaliste français Christophe Gleizes, condamné en Algérie à sept ans de prison. Le garde des Sceaux s’est dit confiant dans l’idée d’une « libération prochaine ». Il a expliqué avoir plaidé à Alger pour que le reporter soit rendu « non pas à la France, mais à sa mère », et a affirmé compter sur la sensibilité du président Abdelmadjid Tebboune.
Le ministre a également rappelé que les services de renseignement français et algériens continuent de collaborer, en particulier sur les questions de sécurité et la situation au Sahel.
Sur BFMTV, le ministre français de l’Intérieur, Laurent Nuñez, a confirmé une dynamique de rapprochement. « Les relations sont bonnes, elles sont reparties », a-t-il dit, se félicitant du renouveau des coopérations sécuritaires. Interrogé sur le traité d’amitié proposé par son collègue, il a sobrement apporté son soutien : « Si Gérald Darmanin l’a dit, moi, j’y souscris. »
Laurent Nuñez a également révélé qu’une visite de son homologue algérien en France était en préparation, sans qu’une date précise ne soit encore arrêtée. Il a conclu en rappelant l’importance des liens humains et historiques entre les deux pays.
MBY