Après une période de stagnation, l’économie tunisienne a montré des signes de reprise au premier semestre 2025, enregistrant une croissance de 2,4% de son PIB. Cette dynamique a été particulièrement forte au deuxième trimestre, avec une croissance de 3,2% en glissement annuel et de 1,8% en variation trimestrielle. Cette performance, bien qu’encourageante et offrant un signal positif, masque néanmoins des dynamiques sectorielles contrastées et soulève des interrogations sur la pérennité de cette reprise.
Par Mohamed Ben Naceur
Selon les données récentes de l’INS, cette progression est principalement tirée par une reprise notable de plusieurs secteurs clés. L’agriculture, en particulier, a joué un rôle de moteur essentiel, bénéficiant d’une pluviométrie plus favorable après des années de sécheresse, elle a progressé de 9,8%. Parallèlement, le secteur des mines a affiché une croissance remarquable de 39,5% au deuxième trimestre, agissant comme un facteur de compensation crucial pour l’économie nationale. La reprise dans le secteur minier, tirée par la hausse de la production de phosphate, a eu un impact direct sur l’industrie chimique qui a progressé de 10,1% par rapport au même trimestre de l’année dernière. De plus, l’industrie mécanique et électrique, moteur des exportations tunisiennes, affiche une reprise de 9,6% profitant de la reprise européenne. Le secteur de la construction a progressé au même rythme de 9,6%. Le secteur des services, qui représente plus de la moitié du PIB, a également contribué de manière positive, soutenu notamment par une reprise graduelle du tourisme qui n’a pas beaucoup bénéficié au secteur des transports. Curieusement, le secteur financier affiche un recul.Cependant, malgré ces chiffres positifs, des défis structurels continuent de peser lourdement sur l’économie. Une reprise économique durable et inclusive ne peut se concrétiser sans une demande interne
forte, portée par la consommation privée et l’investissement. L’inflation reste une préoccupation majeure, avec un taux alarmant de 13,6% pour les produits alimentaires en juin 2025, un risque qui pourrait freiner encore plus la consommation interne. Pour y faire face, la Banque centrale de Tunisie (BCT) maintient son taux directeur à 7,50%, une décision qui, tout en visant la stabilité, rend le coût du crédit élevé et freine l’investissement privé, pourtant indispensable à la création d’emplois. En effet, sans un retour de l’investissement, cette croissance risque de rester fragile et non créatrice d’emplois.Par ailleurs, les déséquilibres macroéconomiques persistent. Le
déficit commercial s’est creusé pour atteindre 9,9 milliards de dinars au premier semestre, en raison d’une augmentation des importations. Cette situation expose l’économie à des vulnérabilités externes.
La croissance enregistrée au premier semestre 2025 est un signal positif, mais la reprise reste fragile et les fondamentaux macroéconomiques sont encore marqués par une grande vulnérabilité. Pour transformer cette tendance en une croissance durable et inclusive, une approche coordonnée entre des politiques monétaires prudentes et des politiques budgétaires ciblées vers l’investissement productif est plus que jamais nécessaire. Cela permettra de rassurer les investisseurs quant aux perspectives économiques et de mettre fin à l’attentisme qui plane depuis plusieurs années. La concrétisation de ces réformes est indispensable pour libérer le plein potentiel de l’économie tunisienne, diversifier ses moteurs de croissance et créer un environnement propice à une prospérité partagée.