Une députée française accuse Paris de complicité dans la catastrophe environnementale et sanitaire de Gabès

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À Gabès, une pollution industrielle chronique provoque une crise sanitaire et des accusations de complicité contre un groupe français. Depuis le début du mois de septembre, plus de 310 personnes ont été hospitalisées pour des intoxications aiguës liées à des fuites de gaz. Cette urgence a conduit à une mobilisation civique importante, avec une manifestation rassemblant environ 70 000 personnes en octobre dernier. Le président Kaïs Saïed a réagi en dénonçant des années de mauvaise gestion et en affirmant que la situation ne pouvait plus durer. Il a notamment pointé des procédures d’approvisionnement ayant favorisé une seule entreprise pour des travaux jugés inefficaces, voire nuisibles, sur les installations du Groupe Chimique Tunisien (GCT).

Les problèmes de Gabès sont toutefois structurels et remontent à plusieurs décennies. Le GCT, qui transforme le phosphate depuis 1972, est au cœur du désastre écologique. Chaque jour, l’usine rejette entre 10 000 et 15 000 tonnes de déchets toxiques, appelés phosphogypses, directement en mer. Ces rejets massifs ont eu un effet dévastateur sur l’écosystème, entraînant la disparition de 93% de la biodiversité marine dans le golfe en l’espace de quarante ans. Par ailleurs, la pollution atmosphérique générée par le complexe est également documentée, une estimation de la Commission européenne attribuant 95% de la pollution de l’air de la région aux fumées du GCT dès 2018. Ces conditions ont détruit des secteurs économiques vitaux comme la pêche et freiné le développement touristique, alors que la région abrite près de 400 000 habitants.
La dimension internationale de cette crise a été récemment mise en lumière par des élus français. La députée Nathalie Oziol, membre de La France Insoumise, a accusé son gouvernement de complicité. Elle a exigé des éclaircissements sur le rôle du groupe français Roullier, lequel opère deux usines à Gabès via sa filiale Timab Tunisie/Phosphéa. Selon la députée, ces sites produisent des engrais dans des conditions désastreuses pour les Tunisiens avant de les exporter vers la France, avec la pleine conscience des autorités parisiennes des conséquences sanitaires et environnementales. Cette accusation place la France dans une position délicate, alors que l’Union européenne et des pays comme la France, l’Italie, l’Espagne et l’Irlande importent des phosphates tunisiens essentiels à leur agriculture.

Face à la colère populaire, les autorités tunisiennes sont sous pression pour agir. Le président tunisien a mobilisé une équipe technique pour identifier des solutions, demandant un rapport finalisé dans les prochains jours. Toujours est-il que le contexte est complexe étant donné que l’État tunisien considère le phosphate comme un pilier économique et vise même une augmentation de sa production d’engrais, avec un objectif de 14 millions de tonnes par an d’ici 2030. Sur le plan judiciaire, l’examen d’une action en référé visant à l’arrêt des unités polluantes a été reporté au 25 décembre 2025. En parallèle, des initiatives de recherche pour une transition écologique existent, comme en témoignent les 75 projets financés par le programme MOBIDOC Green. La résolution de la crise à Gabès nécessitera donc de concilier des impératifs économiques nationaux, des responsabilités environnementales et le droit fondamental de la population à un environnement sain, un droit pourtant garanti par l’article 47 de la Constitution tunisienne.

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