Une «folie romaine»

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Entre son élection le 5 novembre 2024 et la fin de ce mois de janvier 2026, le président américain, Donald Trump, a proféré 52 sanctions et menaces contre plusieurs pays dont des alliés européens.
Dans cette «collectivisation» d’intimidations, dans cette «démocratisation» des tendances colonialistes, dans ce permis d’imposer la loi du plus fort, la première puissance mondiale apparaît, à travers le nuage brumeux de sa politique prédatrice, comme un torrent effrayant, aveugle, dans lequel menaces et agressions se contrebalancent.
Au-delà des guerres commerciales désormais rituelles, au-delà des agressions menées contre la Palestine, l’Afghanistan, l’Irak, la Syrie, l’Iran, le Liban, le Venezuela et le Danemark, au-delà de quelques pays, dont la Chine, le Canada, l’Espagne, l’Inde et le Brésil, qui entendent ne rien «céder», cette crise inédite qui fait basculer la planète et ébranler l’ordre mondial, a déclenché une perte de contrôle, un emballement, voire un affolement sans précédent, mais on ne se résout pas à admettre qu’elle puisse allumer l’étincelle d’une troisième guerre mondiale.
Plusieurs coups de semonce auraient pu, auraient dû sonner l’alarme. Le feu couvait depuis le génocide à Gaza, on l’a vu, l’histoire s’est accélérée.
Qui sortira vainqueur d’un chaos si menaçant ? Ou plutôt, qui ne paraîtra pas perdant ? Aucun. Qu’on se rappelle Néron, Caligula, Tibère, Mussolini, Hitler et leurs rhétoriques outrageusement incendiaires, et l’on aura une juste idée de plusieurs tyrans, dont le règne ne fut qu’un tissu d’infamie et d’horreurs et qui ont fait tomber leurs pays dans la prédation, la tyrannie et l’hégémonisme après des décennies de succès et de prospérité. Mais comment devient-on tyran dans une démocratie ? En réponse, l’Histoire nous donne toujours des armes pour observer plus finement ce que l’on désigne quand on parle de «la folie des grandeurs».
Les nouveaux maîtres du monde entendent gouverner «en Romains» sans oublier d’incarner les sales petits secrets des grandes figures tyranniques de l’Empire romain. Pour imposer leur «ordre», il fallait d’abord, démolir l’actuel. Ils semblent ronronner la célèbre chanson «Anarchy» du groupe punk «Sex Pistols», sortie en 1977, et qui a marqué notre génération. L’ex-leader de ce groupe, le mythique Johnny Rotten, chantait : «Je ne sais pas ce que je veux, mais je sais comment l’obtenir».
Ce n’est pas l’anarchie, mais bel et bien le chaos et cela crée de l’ivresse chez les populistes.
Finie la grandeur des héros de la Seconde Guerre mondiale, Churchill, de Gaulle, Staline, Franklin Roosevelt ne sont que des fictions. Finie la sagesse des bâtisseurs de l’Ordre mondial, ce sont tous des félons. Finie les Nations unies, elles sont remplacées par le «Conseil de la paix» trumpien, dont on tentera de rire pour n’en pas pleurer. À défaut de réformer le système onusien, le «mauvais génie» de l’Amérique aura fortement contribué à le dynamiter. Un avenir apocalyptique pour l’humanité fondé sur le énième avatar de la «destruction créatrice».
Une nouvelle et très dangereuse forme de colonialisme semble mettre en péril le monde, tant la poussée hégémonique des «puissants» est menaçante. Mais l»’hégémonisme populiste», comme toutes les doctrines impérialistes, est soumis aux lois de la physique. Ainsi, il ne suffit pas de piétiner un «ordre» bâti sur un consensus mondial pour le démolir.
A-t-on atteint le «pic» hégémonique, c’est-à-dire le point culminant au-delà duquel commence le déclin ?
«Au crépuscule, le feu finit par mourir complètement», avertissait Ibn Khaldoun dans la «Muqaddima» de son œuvre «Kitab al-Ibar». Utopique?
Peut-être. Mais prenons garde que cette «folie romaine» ne s’abîme un jour en grande guerre désastreuse.

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