Dans un monde globalisé et nouvellement hiérarchisé, l’éducation est devenue une composante essentielle de l’identité nationale. Elle a acquis une dimension beaucoup plus importante que celle qui la confine dans les sentiers battus des traditions figées et des clichés paralysants. La libre circulation des inventions scientifiques et technologiques a imposé à ce secteur l’ouverture en tant que règle fondamentale afin que soient abolies les barrières. Il faudrait, donc, choisir d’être en prise directe sur le monde, d’opter pour l’ancrage dans ses transformations en prenant le risque d’y laisser des plumes. Mais réformer l’éducation nationale pour la mettre sur cette nouvelle orbite ressemble, dans une société barricadée face aux influences les plus fertiles, aux travaux d’Hercule. Il faut, à la fois, beaucoup d’énergie et de patience pour y arriver et vaincre les conservatismes. Dommage que, des réformes de l’éducation dans le monde, notre pays n’en retienne que les plus futiles au détriment des plus fertiles.
Il est temps que l’enjeu de l’école devienne une véritable cause nationale, notre cause à tous, car il s’agit de notre identité, de notre souveraineté, de notre stabilité et de notre avenir. Il y a urgence, et la priorité, aujourd’hui, est de savoir quelle place et quels moyens on veut donner à ce secteur stratégique. Question centrale à laquelle le pouvoir et les enseignants ne répondent pas, alors que l’éducation, principe qui permet la concorde, a donné lieu, depuis l’indépendance, à des débats fructueux, à de longs combats et à plusieurs réformes, souvent audacieuses, pour ne pas dire choquantes, dans une société protectionniste. En débattre est donc nécessaire et urgemment primordial. Mais en débattre efficacement suppose de savoir que l’obsolescence de notre actuel système éducatif est d’autant plus pernicieuse qu’elle s’opère à petit feu. Ainsi beaucoup d’entre nous la tolèrent-ils.
Commençons par la claque, ou plutôt la goutte d’eau qui fait déborder le vase de notre indulgence et de notre fatalisme parfois. Cela ne date pas d’aujourd’hui. Depuis 2011, les chiffres officiels et officieux démontrent une baisse systématique du niveau de notre école. Et celle-ci n’est probablement pas la seule en cause. Je ne suis pas en train de mêler ma voix au chœur pleurnicheur, mais je voudrais partager l’inquiétude que m’inspirent certains chiffres alarmants, mais aussi la détermination que nous puissions trouver collectivement des solutions efficaces à cette insidieuse crise. Nous devons réagir, car ce déclin est une fatalité.
Deux fils conducteurs doivent traverser tout débat constructif. Le premier : le constat de la profondeur de la crise que traverse notre système éducatif. Le second : le décalage béant entre les demandes des enseignants et les réponses du pouvoir. Plusieurs sujets brûlants comme les salaires, les fractures régionales, les inégalités sociales, la formation, la pédagogie renforcée, l’évaluation scientifique, doivent être au cœur d’un vrai débat, car c’est de nos générations futures que sortiront les solutions de demain aux grands défis de la mondialisation, de la souveraineté nationale, de la paix sociale et de la modernisation humaine et technologique.
Il n’y aura pas de réformes sans une recherche scientifique pouvant éclairer les politiques publiques de l’éducation et accompagner leur réalisation et leur évaluation. Il n’y aura pas de progrès sans une approche rationnelle, dépourvue d’idéologie, d’arrière-pensées et de surenchères populistes, mais fondée sur l’expérimentation, les chiffres, les données probantes et les analyses comparées.
À tous ceux qui refusent encore de croire que la société équilibrée est celle qui trouve sa plus belle récompense dans la réussite de son école, je demande de méditer ce que pensait le bâtisseur de la Tunisie moderne, Habib Bourguiba, de l’absence d’une volonté réformiste : «un attentat aux premières spécificités du génie tunisien».