Le régime militaire du Niger a annoncé qu’il mettait sur le marché international l’uranium produit par la Somaïr. Cette société était auparavant une filiale du groupe français Orano, qui en détenait 63,4% du capital, l’État nigérien possédant les 36,6% restants. Cette décision intervient après une série de mesures prises par la junte au pouvoir depuis juillet 2023, dont la nationalisation de la Somaïr en juin dernier et le retrait du permis d’exploitation du gisement d’Imouraren à Orano. Ce gisement est l’un des plus importants au monde avec des réserves estimées à 200 000 tonnes.
Cette situation a entraîné un conflit direct avec la France, l’ex-puissance coloniale. Orano, dont le capital est détenu à plus de 90% par l’État français, a engagé plusieurs procédures d’arbitrage international. Fin septembre, un tribunal a statué en sa faveur concernant la Somaïr. Ce tribunal a explicitement enjoint au Niger de ne pas vendre l’uranium produit par cette société. Le site de la Somaïr contiendrait environ 1 300 tonnes de concentré d’uranium, ce qui représenterait une valeur marchande de 250 millions d’euros.
Cependant, le chef de la junte, le général Abdourahamane Tiani, a défendu cette décision. Par l’intermédiaire de la télévision d’État Télé Sahel, il a déclaré que « le Niger, digne, met sur le marché international sa propre production ». Il a revendiqué « le droit légitime du Niger de disposer de ses richesses naturelles, de les vendre à qui souhaite acheter, dans les règles du marché, en toute indépendance ». Cette position s’aligne sur la volonté de la junte de chercher de nouveaux partenaires, tels que l’Iran ou la Russie. Moscou a d’ailleurs exprimé en juillet son intention d’exploiter l’uranium nigérien.
Des informations récentes, non vérifiées de manière indépendante par l’AFP, indiquent qu’un convoi aurait quitté Arlit, la ville minière du nord, avec 1 000 tonnes d’uranium. Ce convoi aurait pour destination le port de Lomé au Togo, en passant par le Burkina Faso. Si cela est confirmé, cela signifierait que le Niger tente d’exporter la majeure partie du stock disponible, et ce malgré l’injonction du tribunal. Cette manœuvre pose la question de la logistique d’exportation et des acheteurs potentiels. Par ailleurs, le Niger fournissait 4,7% de la production mondiale d’uranium naturel en 2021. L’évolution future de cette production, désormais coupée de l’expertise contrôle opérationnel de ses filiales en décembre 2024, reste incertaine.