La Tunisie a accueilli les 5 et 6 décembre 2025, le 16ᵉ Congrès national et le 8ᵉ Congrès maghrébin de médecine de première ligne, organisés par la Société des Médecins Généralistes de Tunisie, en association avec la SAMG et MG Maroc, et en partenariat avec IHM International (Institute for Health Management) et la Pan African Wound Healing Association. Ce double rendez-vous scientifique s’est tenu dans un contexte marqué par une pression croissante sur la médecine de première ligne, devenue le principal rempart face à la progression des maladies chroniques et à la saturation du système de santé.
Durant deux journées, praticiens, enseignants, étudiants et paramédicaux ont échangé autour des urgences sanitaires, des limites du terrain et des mutations technologiques qui redessinent progressivement la pratique médicale. Le congrès a mis en évidence une réalité difficile à contourner : le médecin de première ligne reste au cœur du dispositif, mais il exerce dans des conditions de plus en plus contraignantes.
En réponse aux recommandations de l’Organisation mondiale de la santé sur la prise en charge globale du patient, la SMGT a intégré pour la première fois de manière structurée les étudiants paramédicaux au programme. La matinée du premier jour a été consacrée à des ateliers de formation portant sur la prise en charge des escarres, du pied diabétique, de la thérapie par pression négative et des pansements de nouvelle génération. L’après-midi, les médecins et enseignants ont enchaîné avec des sessions consacrées à des problématiques lourdes du quotidien médical, notamment l’AVC après la sixième heure, l’insuffisance lutéale, les dermatoses courantes, l’évaluation gériatrique, l’échographie, le traitement des anémies et la gestion des troubles hydro-électrolytiques. Autant de pathologies qui traduisent la complexité croissante des consultations de proximité.
La deuxième journée a été marquée par les recommandations de l’Instance Nationale de l’Évaluation et de l’Accréditation en Santé, avec des interventions centrées sur l’asthme, la douleur chronique et le syndrome coronarien aigu, intégrant l’usage progressif des outils numériques dans la pratique médicale. Les symposiums des laboratoires MédiS et Abbott ont abordé l’hypertension et l’organo-protection, le diabète et la place des glimépirides, ainsi que le continuum cardio-réno-métabolique, confirmant le poids écrasant des maladies métaboliques dans le paysage sanitaire tunisien.
Dans une déclaration accordée à Réalités Online, Dr Soumaïa Jemili, secrétaire générale de la SMGT, a insisté sur les particularités de cette édition, marquée par de nouveaux partenariats avec IHM et la PAWH, ainsi que par un recentrage sur des thématiques directement liées aux défis concrets du terrain.
« Nous avons choisi de traiter des sujets très lourds, notamment la cicatrisation des plaies sous toutes ses formes : escarres, pied diabétique », a-t-elle expliqué.
Ce choix n’est pas anodin. Il renvoie à une réalité préoccupante dans les structures de soins, où les complications liées aux maladies chroniques continuent d’entraîner des hospitalisations évitables, des amputations et parfois des issues fatales.
Autre évolution majeure soulignée par la secrétaire générale de la SMGT : l’intégration officielle des étudiants et des paramédicaux au programme scientifique.
« Le patient ne se résume pas à un membre ou à une pathologie. Il nécessite l’intervention de plusieurs disciplines », a-t-elle affirmé.
Médecins de première ligne, spécialistes, infirmiers, kinésithérapeutes : le congrès a assumé une approche pluridisciplinaire, censée corriger un dysfonctionnement encore dominant dans le système de santé tunisien, où la coordination reste souvent fragile.
L’intelligence artificielle : une entrée encore prudente dans la pratique médicale
Dr Soumaïa Jemili a également confirmé que l’intelligence artificielle a constitué l’une des nouveautés majeures de ce rendez-vous scientifique.
« L’IA démarre aussi en Tunisie. C’est pour cette raison que nous avons choisi d’en parler dans notre congrès », a-t-elle déclaré.
Une session internationale entière a été consacrée à cette thématique, avec notamment la présentation, en collaboration avec l’INEAS Santé, d’une plateforme numérique dédiée à la prise en charge du patient coronarien en phase aiguë.
Selon Dr Jemili, cette plateforme permettrait une intervention rapide et coordonnée entre médecins de première ligne et spécialistes.
« Le pronostic du patient se joue dans les trente premières minutes », a-t-elle rappelé, soulignant que la technologie pouvait désormais peser directement sur la survie du malade.
Reste que l’intégration réelle de l’IA dans le système de santé tunisien demeure encore à ses débuts, avec des défis logistiques, humains et réglementaires non résolus.