{"id":11321,"date":"2014-05-19T10:00:15","date_gmt":"2014-05-19T09:00:15","guid":{"rendered":"http:\/\/www.realites.com.tn\/?p=11321"},"modified":"2014-05-19T10:00:15","modified_gmt":"2014-05-19T09:00:15","slug":"au-dela-de-lorthodoxie-liberale","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/realites.com.tn\/fr\/au-dela-de-lorthodoxie-liberale\/","title":{"rendered":"Au-del\u00e0 de l\u2019orthodoxie lib\u00e9rale"},"content":{"rendered":"<p>\n\t<a href=\"http:\/\/www.realites.com.tn\/wp-content\/uploads\/Fianacement-salaire.jpg\" data-rel=\"penci-gallery-image-content\" ><img fetchpriority=\"high\" decoding=\"async\" alt=\"Fianacement salaire\" class=\"aligncenter size-full wp-image-11323\" height=\"350\" src=\"http:\/\/www.realites.com.tn\/wp-content\/uploads\/Fianacement-salaire.jpg\" width=\"620\" \/><\/a><strong>Par Afif Hendaoui<\/strong>\n<\/p>\n<p>\n\tContrairement &agrave; ce que laissent entendre certaines institutions internationales et le discours dominant des &laquo;experts&raquo; tunisiens, un &Eacute;tat ne peut pas faire faillite au sens du droit priv&eacute;. Alors qu&rsquo;une entreprise peut &ecirc;tre amen&eacute;e &agrave; dispara&icirc;tre en raison de son insolvabilit&eacute;, un &Eacute;tat dispose de trois moyens pour faire face &agrave; une situation de d&eacute;ficit et d&rsquo;endettement excessifs&nbsp;: r&eacute;duire les d&eacute;penses, lever des imp&ocirc;ts et faire de la cr&eacute;ation mon&eacute;taire.\n<\/p>\n<p>\n\tCertes, les chiffres officiels dont nous disposons indiquent que la situation des finances publiques tunisiennes est s&eacute;rieusement d&eacute;grad&eacute;e. Le d&eacute;ficit budg&eacute;taire (hors privatisations, dons ext&eacute;rieurs et revenus confisqu&eacute;s) en pourcentage du PIB est pass&eacute; de pr&egrave;s de 3% en moyenne, durant la d&eacute;cennie 2000, &agrave; 5,5% en 2012 et &agrave; 7,9% sur la base de la loi de Finances compl&eacute;mentaire de 2013. Il faut souligner que la Tunisie n&rsquo;a pas connu de situation aussi d&eacute;licate depuis 1990, hormis l&rsquo;&eacute;pisode de la premi&egrave;re guerre du Golfe et les cons&eacute;quences de la position du gouvernement tunisien de l&rsquo;&eacute;poque quant &agrave; l&rsquo;invasion du Kowe&iuml;t.\n<\/p>\n<p>\n\tComment est-on arriv&eacute; &agrave; cette situation critique&nbsp;et quelles sont les mesures &agrave; prendre, &agrave; court terme, afin d&rsquo;&eacute;viter l&rsquo;asphyxie budg&eacute;taire, tout en pr&eacute;servant un minimum de coh&eacute;sion sociale ?\n<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;\n<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">\n\t<strong>Choc d&rsquo;offre, expansion budg&eacute;taire et relance par la consommation<\/strong>\n<\/p>\n<p>\n\tIl y a lieu de faire remarquer, tout d&rsquo;abord, que la baisse du PIB en 2011 intervient sur fond de croissance molle depuis 2008 (autour de 3%) entra&icirc;n&eacute;e par une demande ext&eacute;rieure atone (d&eacute;pression de l&rsquo;&eacute;conomie mondiale cons&eacute;cutive &agrave; la crise des subprimes). Cette r&eacute;duction de la production nationale traduit en fait un&nbsp;&laquo;choc&raquo; d&rsquo;offre n&eacute;gatif et non pas une d&eacute;faillance de la demande effective conduisant &agrave; une contraction brutale de l&rsquo;activit&eacute; et &agrave; la chute des prix. En effet, la baisse de 1,9% du PIB en volume est le r&eacute;sultat de la diminution de la production industrielle&nbsp; (principalement les industries non manufacturi&egrave;res) et des services marchands (notamment le tourisme et le transport des passagers). Cette perturbation de l&rsquo;activit&eacute; &eacute;conomique est essentiellement due &agrave; des causes extra-&eacute;conomiques (gr&egrave;ves sauvages, piquets de gr&egrave;ve, destruction d&rsquo;unit&eacute;s de production, fermeture d&rsquo;entreprises, retomb&eacute;es de la r&eacute;volution libyenne, ins&eacute;curit&eacute; g&eacute;n&eacute;ralis&eacute;e, etc.). Ce qui explique a contrario la r&eacute;silience de l&rsquo;&eacute;conomie en 2012, aussit&ocirc;t que l&rsquo;ins&eacute;curit&eacute; et les mouvements de revendication se sont quelque peu att&eacute;nu&eacute;s.\n<\/p>\n<p>\n\tCe &laquo;choc&raquo; d&rsquo;offre n&rsquo;&eacute;tant pas directement li&eacute; &agrave; des facteurs &eacute;conomiques, il ne peut &ecirc;tre surmont&eacute; par une politique budg&eacute;taire expansive destin&eacute;e &agrave; relancer la demande globale. Il s&rsquo;agit moins de prendre des mesures contra-cycliques que de r&eacute;tablir la confiance en &eacute;liminant les causes responsables de l&rsquo;incertitude &eacute;conomique et de la d&eacute;fiance politique.\n<\/p>\n<p>\n\tAutant il &eacute;tait n&eacute;cessaire, incontournable et l&eacute;gitime, d&rsquo;aller en 2011 dans le sens des revendications des travailleurs, notamment les plus vuln&eacute;rables, de chercher &agrave; apaiser les esprits r&eacute;volt&eacute;s et de r&eacute;conforter les familles des martyrs et des bless&eacute;s de la R&eacute;volution, autant on comprend mal la poursuite de l&rsquo;expansion explosive des d&eacute;penses publiques en 2012 et en 2013. En effet, la croissance de ces d&eacute;penses en 2011 est de l&rsquo;ordre de 16%, avec un d&eacute;ficit budg&eacute;taire de 3,3% (relativement dans les normes) alors qu&rsquo;elles augmentent de 11,5% en 2012 et de 19,9% en 2013, engendrant des d&eacute;ficits budg&eacute;taires alarmants.\n<\/p>\n<p>\n\tC&rsquo;est ainsi que durant les deux derni&egrave;res ann&eacute;es, les d&eacute;penses publiques ont progress&eacute; en moyenne deux fois plus vite que la production nationale, faisant passer leur part dans le PIB de 24% en 2010 &agrave; pr&egrave;s de 32,5% en 2013. Cette &eacute;volution explosive s&rsquo;est accompagn&eacute;e d&rsquo;un changement pr&eacute;occupant dans la structure de ces d&eacute;penses&nbsp;:\n<\/p>\n<p>\n\t* La part des &nbsp;r&eacute;mun&eacute;rations (salaires et traitements) dans les d&eacute;penses budg&eacute;taires totales est rest&eacute;e quasiment constante depuis 2010, autour de 41%. Cela veut dire que la masse des r&eacute;mun&eacute;rations a augment&eacute;, durant les deux derni&egrave;res ann&eacute;es, au m&ecirc;me taux que les d&eacute;penses totales, soit deux fois plus vite que le PIB.\n<\/p>\n<p>\n\t* La part des interventions et des transferts de l&rsquo;&Eacute;tat (principalement les d&eacute;penses de compensation) a pratiquement doubl&eacute;, atteignant pr&egrave;s de 29% en 2013 contre 15% en 2010.\n<\/p>\n<p>\n\t* En contrepartie, la part des d&eacute;penses d&rsquo;&eacute;quipement (l&rsquo;investissement public) d&eacute;cline r&eacute;guli&egrave;rement, passant de 27% &agrave; 19,5% entre 2010 et 2013.\n<\/p>\n<p>\n\tCette augmentation assez consid&eacute;rable de la masse des r&eacute;mun&eacute;rations des fonctionnaires, ajout&eacute;e &agrave; la croissance des salaires dans le secteur priv&eacute; et dans les entreprises nationales, repr&eacute;sente en r&eacute;alit&eacute; l&rsquo;autre face de la relance par la consommation. En effet, la part de la consommation (priv&eacute;e et publique) &eacute;tait en moyenne de 79% entre 2005 et 2010, contre plus de 85% en 2013. Cette politique, outre le fait qu&rsquo;elle est peu efficace pour surmonter un &laquo;choc&raquo; d&rsquo;offre n&eacute;gatif, aggrave la &laquo;fuite&raquo; vers les importations de biens alimentaires et de biens de consommation (&agrave; travers aussi bien l&rsquo;&eacute;conomie officielle que l&rsquo;&eacute;conomie parall&egrave;le). Elle aggrave &eacute;galement, m&ecirc;me si c&rsquo;est &agrave; la marge, les d&eacute;penses de compensation dont le facteur essentiel de croissance reste, toutefois, les cours internationaux du bl&eacute;, du p&eacute;trole et du gaz, ainsi que le taux de change du dinar vis-&agrave;-vis du dollar et de l&rsquo;euro .\n<\/p>\n<p>\n\tCette m&ecirc;me politique est dangereuse &agrave; moyen terme, car elle se r&eacute;alise au d&eacute;triment de l&rsquo;&eacute;pargne int&eacute;rieure en g&eacute;n&eacute;ral et de l&rsquo;investissement public en particulier, qui est facteur de croissance &eacute;conomique et de d&eacute;veloppement r&eacute;gional. En effet, les &eacute;conomistes savent depuis longtemps (&eacute;galit&eacute; du double d&eacute;ficit&nbsp; qu&rsquo;en cas de baisse du niveau de l&rsquo;&eacute;pargne int&eacute;rieure et afin de maintenir constant le niveau de l&rsquo;investissement total, toutes choses &eacute;gales par ailleurs, notamment le volume de l&rsquo;investissement direct &eacute;tranger et des participations &eacute;trang&egrave;res, il est n&eacute;cessaire d&rsquo;augmenter significativement l&rsquo;emprunt ext&eacute;rieur (au-del&agrave; du service de la dette ext&eacute;rieure) et\/ou de puiser dans les r&eacute;serves de change du pays. C&rsquo;est ce qui explique l&rsquo;augmentation du taux de la dette ext&eacute;rieure &agrave; partir de 2011.\n<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;\n<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">\n\t<strong>L&rsquo;explosion des d&eacute;ficits et la &nbsp;soutenabilit&eacute;&raquo; des finances publiques<\/strong>\n<\/p>\n<p>\n\tS&rsquo;agissant du financement de cette politique budg&eacute;taire, il y a lieu de faire les remarques suivantes&nbsp;:\n<\/p>\n<p>\n\t* La pression fiscale (recettes fiscales par rapport au PIB) est pratiquement constante sur la p&eacute;riode 2010-2013, autour de 21%. Seules les recettes propres ou ressources propres de l&rsquo;&Eacute;tat (recettes fiscales et non&nbsp; fiscales) voient leur part augmenter, passant de 23% en 2010 &agrave; 27% en 2013, et ce, gr&acirc;ce aux dons ext&eacute;rieurs, aux revenus des privatisations et aux revenus confisqu&eacute;s. Il reste que ces derni&egrave;res recettes sont &agrave; la fois volatiles et non permanentes.\n<\/p>\n<p>\n\t* Les r&eacute;mun&eacute;rations des fonctionnaires &eacute;tant des d&eacute;penses structurelles, il n&rsquo;est pas sain de les voir augmenter au rythme mentionn&eacute; pr&eacute;c&eacute;demment, sans pr&eacute;voir, en contrepartie, des recettes fiscales suppl&eacute;mentaires et relativement stables. Cela n&rsquo;a pas &eacute;t&eacute; le cas, puisque le financement des r&eacute;mun&eacute;rations sur recettes fiscales est pass&eacute; de 54% en 2010 &agrave; 59% en 2012 et 2013. En mati&egrave;re de ressources propres (fiscales et non fiscales), la tendance est en apparence moins grave, puisque cette part &eacute;volue de 46% en 2010 &agrave; 48% en 2013. En apparence seulement, car les recettes non fiscales comportent, comme cela a &eacute;t&eacute; pr&eacute;cis&eacute; supra, une composante volatile et non permanente. Dans tous les cas, des mesures correctrices doivent &ecirc;tre prises rapidement, au risque de voir la part des r&eacute;mun&eacute;rations en 2014 accaparer plus de 50% des ressources propres de l&rsquo;&Eacute;tat.\n<\/p>\n<p>\n\t* S&rsquo;agissant des d&eacute;penses d&rsquo;intervention et de transfert de l&rsquo;&Eacute;tat (principalement la compensation), leur part dans les ressources propres a plus que doubl&eacute;, atteignant 35% en 2013 contre 16% en 2010. Aussi le poids des d&eacute;penses de fonctionnement de l&rsquo;&Eacute;tat (compos&eacute;es &agrave; plus de 90% par les r&eacute;mun&eacute;rations et les d&eacute;penses d&rsquo;intervention et de transfert) dans les recettes propres est-il croissant, atteignant en 2013 pr&egrave;s de 88% contre 68% en 2010. La gravit&eacute; de cette tendance appara&icirc;t clairement quand on sait que la part des int&eacute;r&ecirc;ts de la dette publique dans les ressources propres est relativement stable depuis 2011, autour de 7%.\n<\/p>\n<p>\n\tAinsi, l&rsquo;&Eacute;tat voit sa marge de man&oelig;uvre se r&eacute;duire dramatiquement, puisqu&rsquo;il doit s&rsquo;endetter de plus en plus pour rembourser un service de la dette (principal et int&eacute;r&ecirc;ts) en progression et pour financer une part croissante des d&eacute;penses d&rsquo;&eacute;quipement. Ces derni&egrave;res deviennent en quelque sorte une variable d&rsquo;ajustement du d&eacute;ficit public, car elles sont contraintes par la capacit&eacute; d&rsquo;endettement de l&rsquo;&Eacute;tat et par la &laquo;soutenabilit&eacute;&raquo; des finances publiques.\n<\/p>\n<p>\n\t&Agrave; cet &eacute;gard, il y a lieu de remarquer que le d&eacute;ficit primaire (d&eacute;ficit budg&eacute;taire hors paiement des int&eacute;r&ecirc;ts de la dette) qui &eacute;tait en 2009 autour de 0,8% du PIB (et m&ecirc;me un exc&eacute;dent primaire en 2010) explose &agrave; partir de 2011 pour atteindre pr&egrave;s de 5% en 2013. Il n&rsquo;est pas inutile de rappeler que le d&eacute;ficit primaire doit &ecirc;tre une cible essentielle de la politique budg&eacute;taire du fait que les int&eacute;r&ecirc;ts de la dette repr&eacute;sentent une contrainte li&eacute;e aux politiques du pass&eacute; et que la politique budg&eacute;taire actuelle a peu de prise sur cette contrainte. Aussi, seul le d&eacute;ficit primaire peut-il influencer aussi bien le d&eacute;ficit budg&eacute;taire (ou solde budg&eacute;taire net) que l&rsquo;&eacute;volution de la dette publique et sa r&eacute;duction comporte pour le citoyen un effort net, sans contrepartie r&eacute;elle en termes de services publics, mais li&eacute; &agrave; la charge du pass&eacute;.\n<\/p>\n<p>\n\tDe ce point de vue, la r&eacute;duction du d&eacute;ficit public primaire est une n&eacute;cessit&eacute; imp&eacute;rieuse, au risque de voir s&rsquo;envoler l&rsquo;endettement public&nbsp; et surgir le spectre de l&rsquo;&laquo;insoutenabilit&eacute;&raquo; des finances publiques. &Agrave; cet effet, une &eacute;valuation, certes assez fruste, du caract&egrave;re soutenable du programme budg&eacute;taire pour 2014 et 2015, pourrait reposer sur la stabilit&eacute; du taux d&rsquo;endettement par rapport au PIB. Dans ce sens et tenant compte des contraintes qui p&egrave;sent sur le budget actuel et p&egrave;seront sur le budget de 2015 (la rigidit&eacute; &agrave; la baisse de certaines d&eacute;penses), ce taux d&rsquo;endettement peut &ecirc;tre fix&eacute; &agrave; 50% (la loi de Finances 2014 pr&eacute;voit 49%). Sur cette base et avec un taux de croissance de pr&egrave;s de 3%, un taux d&rsquo;inflation proche des 4% et un taux d&rsquo;int&eacute;r&ecirc;t apparent sur la dette publique autour de 4,5% (taux moyen en 2013), la stabilisation du taux d&rsquo;endettement &agrave; 50% est compatible avec un d&eacute;ficit primaire de 1,3% et un d&eacute;ficit budg&eacute;taire d&rsquo;environ 3,5%. Cette &eacute;valuation, somme toute assez r&eacute;aliste, permet de mesurer l&rsquo;effort &agrave; consentir (r&eacute;duction des d&eacute;penses et\/ou augmentation des recettes) afin de ramener les d&eacute;ficits primaire et budg&eacute;taire &agrave; ces niveaux, alors qu&rsquo;ils &eacute;taient en 2013 respectivement de 5% et 7,9%. Malgr&eacute; cette cible rationnelle et l&rsquo;effort y aff&eacute;rent, l&rsquo;&Eacute;tat serait oblig&eacute; d&rsquo;emprunter l&rsquo;&eacute;quivalent de 7,5% du PIB, principalement sur le march&eacute; int&eacute;rieur, pour financer son d&eacute;ficit budg&eacute;taire brut (y compris l&rsquo;amortissement de la dette). Cette contrainte est de nature &agrave; aggraver le &laquo;stress&raquo; de liquidit&eacute; que connaissent les banques tunisiennes et, partant,&nbsp; &agrave; augmenter les taux d&rsquo;int&eacute;r&ecirc;t et &agrave; consolider l&rsquo;&laquo;effet d&rsquo;&eacute;viction&raquo;. Faut-il pr&eacute;ciser que depuis d&eacute;cembre 2010 la Banque centrale a vu le volume de son refinancement global augmenter de plus de treize fois&nbsp;? Certes, les facteurs responsables de l&rsquo;&laquo;illiquidit&eacute;&raquo; bancaire (aggravation du d&eacute;ficit courant, durcissement du motif de pr&eacute;caution, d&eacute;veloppement de l&rsquo;&eacute;conomie parall&egrave;le et de la contrebande qui engendrent des fuites dans le circuit mon&eacute;taire et alimentent le financement occulte) finiront par s&rsquo;affaiblir &agrave; moyen terme. Entre temps, la question de la liquidit&eacute; des banques reste pos&eacute;e, et l&rsquo;augmentation du volume de l&rsquo;emprunt public sur le march&eacute; int&eacute;rieur y prendrait part.\n<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;\n<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">\n\t<strong>&Agrave; contre-courant&hellip;<\/strong>\n<\/p>\n<p>\n\tEu &eacute;gard &agrave; ce qui pr&eacute;c&egrave;de, notamment la n&eacute;cessit&eacute; de diminuer significativement le d&eacute;ficit public primaire en 2014 et 2015 tout en modifiant la structure des d&eacute;penses budg&eacute;taires au b&eacute;n&eacute;fice de l&rsquo;investissement public, en plafonnant la dette publique &agrave; 50% du PIB et en &eacute;vitant d&rsquo;augmenter le &laquo;stress&raquo; de liquidit&eacute; et l&rsquo;&laquo;effet d&rsquo;&eacute;viction&raquo;, on propose les mesures suivantes&nbsp;:\n<\/p>\n<p>\n\t<em>* La mon&eacute;tisation<\/em>, au sens strict, du tiers de la dette publique int&eacute;rieure, soit environ 5&nbsp;milliards de dinars. Il s&rsquo;agit pour la Banque centrale de racheter ce volume de dettes d&eacute;tenu par les agents &eacute;conomiques et de le d&eacute;truire de mani&egrave;re &eacute;quivalente. Cette vraie mon&eacute;tisation am&eacute;liorerait la solvabilit&eacute; de l&rsquo;&Eacute;tat (l&rsquo;encours de sa dette serait r&eacute;duit) et diminuerait le risque de d&eacute;faut. Elle revient &agrave; remplacer ce volume de la dette publique (essentiellement des Bons du Tr&eacute;sor assimilables) par de la monnaie centrale.\n<\/p>\n<p>\n\tCette op&eacute;ration entre dans le cadre des mesures non conventionnelles ou exceptionnelles, comme celles adopt&eacute;es lors des crises de liquidit&eacute; et de dettes souveraines. Faut-il rappeler qu&rsquo;en 2008 et 2009 les banques centrales des pays de l&rsquo;OCDE avaient mon&eacute;tis&eacute; massivement, directement et indirectement, les dettes publiques (la politique du &laquo;quantitative easing&raquo;) par l&rsquo;interm&eacute;diaire de programmes d&rsquo;achats directs de titres publics et par l&rsquo;injection de liquidit&eacute;s &agrave; taux d&rsquo;int&eacute;r&ecirc;t tr&egrave;s bas, permettant aux banques et aux investisseurs institutionnels de r&eacute;aliser des gains substantiels au travers de l&rsquo;achat de titres publics (&laquo;carry-trades&raquo;)&nbsp;? La Banque centrale europ&eacute;enne (BCE) a rachet&eacute; massivement de la dette publique contre cr&eacute;ation mon&eacute;taire, tout en la conservant dans son bilan. Aussi les &Eacute;tats devaient-ils continuer &agrave; assurer le service de leur dette d&eacute;tenue par la BCE et leur solvabilit&eacute; n&rsquo;en &eacute;tait pas am&eacute;lior&eacute;e pour autant.\n<\/p>\n<p>\n\tTout se passe en fait comme si les banques centrales de l&rsquo;OCDE et la BCE finan&ccedil;aient directement les d&eacute;ficits publics par la cr&eacute;ation mon&eacute;taire. Se faisant, la BCE a enfreint les accords de Maastricht sur l&rsquo;achat de titres publics. Il en est de m&ecirc;me des autres banques centrales &agrave; l&rsquo;&eacute;gard de leurs statuts.\n<\/p>\n<p>\n\tCes mesures non conventionnelles nous rappellent que l&rsquo;orthodoxie mon&eacute;taire n&rsquo;a pas r&eacute;sist&eacute; aux crises de liquidit&eacute; et de dettes souveraines et que &laquo;n&eacute;cessit&eacute; fait loi&raquo;. &Agrave; cet &eacute;gard, la Banque centrale tunisienne, en mon&eacute;tisant une partie de la dette int&eacute;rieure de l&rsquo;&Eacute;tat, peut d&eacute;roger, exceptionnellement, &agrave; son statut, alors m&ecirc;me que l&rsquo;article 45 de ladite loi pr&ecirc;te &agrave; interpr&eacute;tation.\n<\/p>\n<p>\n\tL&rsquo;injection de ces liquidit&eacute;s suppl&eacute;mentaires n&rsquo;entra&icirc;ne pas forc&eacute;ment de risque inflationniste. En premier lieu, leur montant correspond, pratiquement, au volume moyen de refinancement global par la Banque centrale durant les deux derni&egrave;res ann&eacute;es. En second lieu, la croissance effective en 2014 et 2015 serait inf&eacute;rieure &agrave; la croissance potentielle (autour de 5%). De plus, la Banque centrale dispose des instruments requis, notamment les r&eacute;serves obligatoires, pour agir sur la liquidit&eacute; bancaire. Toutefois, une d&eacute;tente sur le march&eacute; interbancaire ne serait pas de refus, notamment pour diminuer le co&ucirc;t de l&rsquo;emprunt public. En effet, la dette publique int&eacute;rieure repr&eacute;sentait en 2013 pr&egrave;s de 43% de la dette publique totale, avec un co&ucirc;t annuel moyen de 7,21% et une maturit&eacute; moyenne de 4 ans, contre respectivement 2,88% et 8 ans pour la dette publique ext&eacute;rieure.\n<\/p>\n<p>\n\t<em>* Un emprunt national<\/em> &agrave; concurrence de 3 &agrave; 3,5 milliards de dinars et &agrave; maturit&eacute; de 10&nbsp;ans au moins. Ainsi, l&rsquo;accroissement de la base mon&eacute;taire se traduit essentiellement par l&rsquo;acquisition de titres publics et l&rsquo;augmentation de l&rsquo;offre de monnaie est alors canalis&eacute;e vers un agent, l&rsquo;&Eacute;tat, dont on est s&ucirc;r qu&rsquo;il la d&eacute;pensera avec un effet certain sur l&rsquo;activit&eacute;, en dehors de tout &laquo;effet d&rsquo;&eacute;viction&raquo;\n<\/p>\n<p>\n\t<em>* L&rsquo;augmentation du prix du carburant<\/em> semble n&eacute;cessaire pour all&eacute;ger les d&eacute;penses de compensation, dont la subvention de ce produit en 2013 repr&eacute;sentait 68% du total de ces d&eacute;penses. Par contre, il serait socialement hasardeux d&rsquo;augmenter significativement les prix des produits alimentaires de base. D&rsquo;une part leur poids dans les d&eacute;penses de compensation (28% en 2013) est appel&eacute; &agrave; diminuer sensiblement du fait de la baisse des importations de c&eacute;r&eacute;ales r&eacute;sultant de la forte croissance de la production agricole attendue. D&rsquo;autre part les d&eacute;penses en produits alimentaires de base sont incompressibles pour les m&eacute;nages &agrave; revenus faible et moyen, qui ont vu par ailleurs leur pouvoir d&rsquo;achat lamin&eacute; ces deux derni&egrave;res ann&eacute;es. &Agrave; cet &eacute;gard, il y a lieu de pr&eacute;ciser que la derni&egrave;re &eacute;tude sur l&rsquo;analyse de l&rsquo;impact des subventions alimentaires montre&nbsp;que:\n<\/p>\n<p>\n\t&#8211; 9,2% de ces subventions vont aux m&eacute;nages pauvres, 60,5% aux m&eacute;nages de la classe moyenne, 7,5% &agrave; la population riche et 22,8% sont transf&eacute;r&eacute;s hors m&eacute;nages (restauration, caf&eacute;s, touristes, commerce ill&eacute;gal frontalier). La classe moyenne dans sa composante inf&eacute;rieure &eacute;tant lamin&eacute;e, le probl&egrave;me des subventions se pose surtout au niveau des transferts hors m&eacute;nages et accessoirement&nbsp; pour la part qui va &agrave; la classe ais&eacute;e&nbsp;;\n<\/p>\n<p>\n\t&#8211; en termes relatifs et contrairement &agrave; une id&eacute;e re&ccedil;ue, le syst&egrave;me de subvention alimentaire est &laquo;redistributif&raquo;, puisque la part de la subvention dans la valeur r&eacute;elle de la consommation d&eacute;cro&icirc;t &agrave; mesure que la consommation par t&ecirc;te augmente.\n<\/p>\n<p>\n\tLes donn&eacute;es pr&eacute;c&eacute;dentes montrent que la r&eacute;forme de la Caisse g&eacute;n&eacute;rale de Compensation doit surtout porter sur les transferts hors m&eacute;nages (taxes sur le chiffre d&rsquo;affaires, lutte contre la contrebande, etc.), et sur la subvention de la classe ais&eacute;e.\n<\/p>\n<p>\n\t<em>* Une commission nationale de r&eacute;flexion sur la refonte globale de notre syst&egrave;me de pr&eacute;l&egrave;vement obligatoire,<\/em> dont la r&eacute;forme serait effective en 2015 et 2016, dans le cadre de la nouvelle Assembl&eacute;e l&eacute;gislative.\n<\/p>\n<p>\n\t<em>* La stabilit&eacute;, voire une faible augmentation de la masse des salaires et traitements des fonctionnaires pour 2014<\/em>, avec quasi exclusivement le remplacement des d&eacute;parts &agrave; la retraite.\n<\/p>\n<p>\n\t* Avec l&rsquo;am&eacute;lioration nette de sa marge de man&oelig;uvre, l&rsquo;&Eacute;tat devrait <em>augmenter substantiellement ses d&eacute;penses d&rsquo;&eacute;quipement<\/em>, notamment dans les r&eacute;gions d&eacute;favoris&eacute;es. Il s&rsquo;agit donc d&rsquo;une relance vigoureuse et s&eacute;lective de l&rsquo;&eacute;conomie, par l&rsquo;interm&eacute;diaire de l&rsquo;investissement public, dans un contexte g&eacute;n&eacute;ral de mod&eacute;ration des co&ucirc;ts (co&ucirc;t salarial et co&ucirc;t du capital &agrave; la suite de la d&eacute;tente sur le march&eacute; interbancaire). L&rsquo;&Eacute;tat devrait &eacute;galement initier un programme d&rsquo;urgence de lutte contre la pauvret&eacute; extr&ecirc;me, acc&eacute;l&eacute;rer la restructuration des entreprises publiques, la recapitalisation des banques publiques et commencer la r&eacute;forme du syst&egrave;me de formation professionnelle. Faut-il pr&eacute;ciser que la diminution structurelle du ch&ocirc;mage est principalement tributaire du volume et de la structure de l&rsquo;investissement ainsi que de la qualit&eacute; du travail&nbsp;; et que toutes les autres solutions ne peuvent &ecirc;tre que des solutions d&rsquo;appoint, voire pr&eacute;caires&nbsp;?\n<\/p>\n<p>\n\tCes quelques propositions de nature essentiellement budg&eacute;taire et mon&eacute;taire visent &agrave; rel&acirc;cher, &agrave; court terme, la contrainte du d&eacute;ficit et de l&rsquo;endettement publics, tout en veillant &agrave; ce que le co&ucirc;t social en soit relativement faible. Elles ne pr&eacute;jugent en rien de la n&eacute;cessit&eacute; de mettre en &oelig;uvre une politique d&rsquo;offre &eacute;nergique, ayant pour objectif l&rsquo;am&eacute;lioration, &agrave; moyen terme, de la productivit&eacute; du travail et de la comp&eacute;titivit&eacute; hors prix, ainsi que la mont&eacute;e en gamme de notre industrie manufacturi&egrave;re.\n<\/p>\n<p align=\"right\">\n\t<strong><em>&nbsp;* Professeur d&rsquo;&eacute;conomie<\/em><\/strong>\n<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Par Afif Hendaoui Contrairement &agrave; ce que laissent entendre certaines institutions internationales et le discours dominant des &laquo;experts&raquo; tunisiens, un &Eacute;tat ne peut pas faire faillite au sens du droit&hellip;<\/p>\n","protected":false},"author":60,"featured_media":11322,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_lmt_disableupdate":"","_lmt_disable":"","_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":""},"categories":[6],"tags":[],"class_list":["post-11321","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-economie"],"yoast_head":"<!-- This site is optimized with the Yoast SEO plugin v26.3 - https:\/\/yoast.com\/wordpress\/plugins\/seo\/ -->\n<title>Au-del\u00e0 de l\u2019orthodoxie lib\u00e9rale - R\u00e9alit\u00e9s Magazine<\/title>\n<meta name=\"description\" content=\"Par Afif Hendaoui Contrairement &agrave; 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