{"id":11910,"date":"2014-06-02T10:00:32","date_gmt":"2014-06-02T09:00:32","guid":{"rendered":"http:\/\/www.realites.com.tn\/?p=11910"},"modified":"2014-06-02T10:00:32","modified_gmt":"2014-06-02T09:00:32","slug":"islamismes-armees-et-democratie","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/realites.com.tn\/fr\/islamismes-armees-et-democratie\/","title":{"rendered":"Islamismes, arm\u00e9es et d\u00e9mocratie"},"content":{"rendered":"<h2>\n\t<span style=\"color:#008080;\"><strong>ENTRETIEN&nbsp;<\/strong><strong style=\"line-height: 1.6em;\">Avec Luis MARTINEZ&nbsp;<span style=\"line-height: 1.6em;\">conduit par Hassan Arfaoui<\/span><\/strong><\/span><br \/>\n<\/h2>\n<p>\n\t<strong>Luis Martinez est reconnu comme l&rsquo;un des fins connaisseurs du Maghreb et du Moyen-Orient. Depuis 2005, il est directeur de recherches au Centre d&rsquo;&eacute;tudes et de relations internationales (CERI, Paris). Ses recherches, et nombreuses publications, lui ont valu d&rsquo;&ecirc;tre Professeur, invit&eacute; (2000-2001) &agrave; la School of International ans Public Affairs &agrave; Columbia University, puis &agrave; l&rsquo;universit&eacute; de Montr&eacute;al (2007-2008). En 2010-2011, Luis Martinez a &eacute;t&eacute; d&eacute;tach&eacute; &agrave; l&rsquo;&Eacute;cole de la gouvernance et d&rsquo;&eacute;conomie de Rabat. En janvier 2012, il a rejoint le d&eacute;partement des sciences politiques de l&rsquo;universit&eacute; internationale de Rabat (UIR). Il est titulaire d&rsquo;un doctorat en sciences politiques &agrave; Sciences po (Paris).<\/strong>\n<\/p>\n<p>\n\tSes recherches actuelles portent sur L&rsquo;&Eacute;tat au Maghreb, l&rsquo;islamisme et la violence politique, la rente p&eacute;troli&egrave;re et la d&eacute;mocratie, ainsi que sur les politiques de s&eacute;curit&eacute; en M&eacute;diterran&eacute;e.\n<\/p>\n<p>\n\tSa rigueur de chercheur ne l&rsquo;emp&ecirc;che pas de se passionner pour les dynamiques &agrave; l&rsquo;&oelig;uvre dans nos soci&eacute;t&eacute;s et de plaider pour un soutien europ&eacute;en plus marqu&eacute; pour les transitions d&eacute;mocratiques en cours.\n<\/p>\n<p>\n\tEn 1987, en Alg&eacute;rie, le Front islamique du salut (FIS) sort vainqueur des &eacute;lections municipales. En 1991, il emporte le premier tour des l&eacute;gislatives. Il commet des erreurs et laisse penser qu&rsquo;il menace tout &agrave; la fois l&rsquo;&Eacute;tat, la soci&eacute;t&eacute; et la culture dans ce pays. L&rsquo;intervention de l&rsquo;arm&eacute;e interrompt alors le processus en cours. Vingt-deux ans apr&egrave;s, les Fr&egrave;res musulmans acc&egrave;dent au pouvoir en &Eacute;gypte et commettent des erreurs, peut-&ecirc;tre analogues, qui provoquent une profonde contestation populaire et offre &agrave; l&rsquo;arm&eacute;e le pr&eacute;texte pour intervenir et mettre fin &agrave; leur r&egrave;gne. D&rsquo;apr&egrave;s vous, quelles sont les analogies et les diff&eacute;rences entre ces deux processus&nbsp;?\n<\/p>\n<p>\n\tLe FIS aurait eu, au regard du r&eacute;sultat du premier tour des l&eacute;gislatives de 1991, la majorit&eacute;, pour ne pas dire plus, &agrave; l&rsquo;Assembl&eacute;e nationale. Il a &eacute;t&eacute; stopp&eacute; dans un processus de conqu&ecirc;te du pouvoir. Les Fr&egrave;res musulmans &eacute;gyptiens ont &eacute;t&eacute; &eacute;ject&eacute;s du pouvoir. Les deux situations sont diff&eacute;rentes. En Alg&eacute;rie, la frustration va &ecirc;tre d&rsquo;autant plus grande que le FIS n&rsquo;avait pas encore acc&eacute;d&eacute; au pouvoir&hellip;\n<\/p>\n<p>\n\tUn proverbe maghr&eacute;bin d&eacute;crit &agrave; merveille cette frustration en parlant de &laquo;&nbsp;l&rsquo;assoiff&eacute; qui arrive &agrave; la source, mais ne boit pas&nbsp;&raquo;&hellip;\n<\/p>\n<p>\n\tC&rsquo;est exactement cela et c&rsquo;est d&rsquo;autant plus frustrant pour le FIS, car il va se sentir doublement agress&eacute; puisque tout d&rsquo;abord on lui enl&egrave;ve une victoire qui &eacute;tait &agrave; sa port&eacute;e et qu&rsquo;ensuite on va lui faire un proc&egrave;s sur un &laquo;&Eacute;tat islamique&raquo; qu&rsquo;il n&rsquo;a pas eu le temps de mettre en &oelig;uvre, car n&rsquo;ayant pas eu acc&egrave;s au pouvoir&nbsp;!\n<\/p>\n<p>\n\tSi on prend le cas des Fr&egrave;res musulmans &eacute;gyptiens, l&agrave; je dirai qu&rsquo;ils ont gagn&eacute; les &eacute;lections, qu&rsquo;ils ont eu, &agrave; peu pr&egrave;s, une ann&eacute;e pour mettre en &oelig;uvre leur programme, mais ils ont suscit&eacute; aupr&egrave;s de l&rsquo;arm&eacute;e et des &Eacute;gyptiens une certaine inqui&eacute;tude sur l&rsquo;orientation du pays sous leur autorit&eacute;. Donc je crois que le FIS ne peut m&ecirc;me pas pr&eacute;tendre &agrave; ce que les Fr&egrave;res musulmans ont obtenu puisqu&rsquo;il a &eacute;t&eacute; stopp&eacute;. En revanche, ce qui est tout &agrave; fait similaire, de fa&ccedil;on d&rsquo;ailleurs assez explicite, c&rsquo;est le r&ocirc;le de l&rsquo;arm&eacute;e. C&rsquo;est-&agrave;-dire que, dans les deux cas, l&rsquo;arm&eacute;e va &ecirc;tre au c&oelig;ur du dispositif qui va permettre au FIS de ne pas acc&eacute;der au pouvoir et aux Fr&egrave;res d&rsquo;y acc&eacute;der puis d&rsquo;en &ecirc;tre &eacute;ject&eacute;s.\n<\/p>\n<p>\n\tPourquoi l&rsquo;arm&eacute;e fait-elle cela&nbsp;? Je crois qu&rsquo;en Alg&eacute;rie elle va consid&eacute;rer qu&rsquo;il ne faut pas prendre le risque d&rsquo;attendre que le FIS arrive au pouvoir, parce que le co&ucirc;t pour l&rsquo;en extraire sera peut-&ecirc;tre terrible, du point de vue de l&rsquo;arm&eacute;e. Alors qu&rsquo;en &Eacute;gypte, cela s&rsquo;est fait sans doute sous la pression de l&rsquo;Union europ&eacute;enne et des &Eacute;tats-Unis.\n<\/p>\n<p>\n\t<strong>Il y a eu aussi la pression populaire &eacute;gyptienne qu&rsquo;il ne faut pas n&eacute;gliger&hellip;<\/strong>\n<\/p>\n<p>\n\tOui bien s&ucirc;r. Mais je pense que si les &Eacute;tats-Unis avaient consid&eacute;r&eacute; qu&rsquo;il fallait maintenir &agrave; tout prix l&rsquo;arm&eacute;e et son repr&eacute;sentant, Moubarak, on aurait pu avoir une situation beaucoup plus violente et dangereuse parce que la population ne l&rsquo;aurait pas accept&eacute;. Je crois que l&rsquo;arm&eacute;e va consid&eacute;rer, habilement, qu&rsquo;il faut laisser une libre expression politique dans la soci&eacute;t&eacute; &eacute;gyptienne. Mais quand elle va voir que cette expression se traduit par la victoire des Fr&egrave;res musulmans, son &laquo;&nbsp;ennemi&nbsp;&raquo; historiquement parlant, il va lui &ecirc;tre extr&ecirc;mement difficile d&rsquo;accepter que la r&eacute;volution se traduise non pas par l&rsquo;arriv&eacute;e au pouvoir de forces progressistes, d&eacute;mocratiques, mais par l&rsquo;arriv&eacute;e de forces qu&rsquo;elle combat depuis des d&eacute;cennies&hellip; Puis cela va &ecirc;tre l&rsquo;entr&eacute;e dans une p&eacute;riode de tensions tr&egrave;s fortes, une vraie guerre froide, disons, pendant laquelle les Fr&egrave;res musulmans vont sans doute multiplier les erreurs parmi lesquelles, la plus d&eacute;terminante pour la communaut&eacute; internationale et les &Eacute;tats-Unis, le rapprochement avec l&rsquo;Iran de la part de l&rsquo;ex-pr&eacute;sident Morsi. L&rsquo;acceptation de laisser transiter des navires de guerre iraniens par le canal de Suez est un message qui va &ecirc;tre pris par les &Eacute;tats-Unis comme un retournement de leur alli&eacute; dans la r&eacute;gion. Si on ajoute &agrave; cela le fait qu&rsquo;une grande partie de la soci&eacute;t&eacute; &eacute;gyptienne va sentir peser une menace sur son mode de vie, son organisation de la soci&eacute;t&eacute;, on aboutit &agrave; une &eacute;quation qui va &ecirc;tre fatale aux Fr&egrave;res musulmans &eacute;gyptiens. Ils vont en effet perdre leur soutien ext&eacute;rieur et vont &ecirc;tre finalement l&acirc;ch&eacute;s par ceux qui avaient port&eacute; la R&eacute;volution dans le camp non islamiste. C&rsquo;est-&agrave;-dire que les d&eacute;mocrates et les progressistes vont consid&eacute;rer qu&rsquo;ils n&rsquo;ont pas fait la r&eacute;volution pour avoir un &Eacute;tat qui ressemblerait &agrave; celui que Morsi mettait en place&#8230;\n<\/p>\n<p>\n\t<strong>Votre diagnostic peut &ecirc;tre interpr&eacute;t&eacute; comme &eacute;tant trop favorable aux islamistes, pour deux raisons.<\/strong>\n<\/p>\n<p>\n\t<strong>En &Eacute;gypte, avant m&ecirc;me le coup d&rsquo;&Eacute;tat de l&rsquo;arm&eacute;e, il est possible de parler d&rsquo;un &laquo;&nbsp;coup d&rsquo;&Eacute;tat&nbsp;&raquo; de Morsi qui s&rsquo;&eacute;tait immunis&eacute; contre toute forme de contestation avec sa fameuse d&eacute;claration constitutionnelle et imposait, de fait, ce qui s&rsquo;apparentait &agrave; une dictature en s&rsquo;octroyant des pouvoirs que m&ecirc;me Moubarak n&rsquo;avait pas eus.<\/strong>\n<\/p>\n<p>\n\t<strong>Ensuite, vous donnez l&rsquo;impression que les Fr&egrave;res musulmans avaient chang&eacute; de politique &eacute;trang&egrave;re en permettant, par exemple, aux navires iraniens de naviguer dans le canal de Suez&hellip; Mais la politique des Fr&egrave;res n&rsquo;&eacute;tait pas belliqueuse envers les Occidentaux. Ils ont donn&eacute; de fermes garanties &agrave; Isra&euml;l et se sont montr&eacute;s plus d&eacute;sireux de donner des gages aux &Eacute;tats-Unis&hellip;<\/strong>\n<\/p>\n<p>\n\tLoin de moi, l&rsquo;id&eacute;e de me faire l&rsquo;avocat des Fr&egrave;res musulmans. Je veux simplement mettre en avant le fait que c&rsquo;est tr&egrave;s difficile de condamner un parti politique. Pour prendre l&rsquo;exemple du FIS, certains de ses leaders ont des propos irresponsables, mais la solution est simple. Soit on consid&egrave;re que la Constitution interdit l&rsquo;existence de partis islamistes qui revendiquent explicitement la cr&eacute;ation d&rsquo;un &Eacute;tat islamique parce que c&rsquo;est contraire au cadre r&eacute;publicain de l&rsquo;&Eacute;tat, soit on autorise ces partis en toute connaissance de cause et, dans ce cas, on ne peut plus les consid&eacute;rer comme &laquo;ill&eacute;gitimes&raquo; a posteriori. C&rsquo;est vraiment un probl&egrave;me de responsabilit&eacute; politique.\n<\/p>\n<p>\n\tPour essayer d&rsquo;expliciter leur point de vue en prenant l&rsquo;exemple du FIS&hellip; Il consid&egrave;re qu&rsquo;il est dans une comp&eacute;tition politique et il est pr&ecirc;t &agrave; faire toutes sortes de propositions populistes pour gagner des &eacute;lections. Autrement dit, ils sont engag&eacute;s dans une course pour le pouvoir et ils consid&egrave;rent qu&rsquo;une partie de la population est pr&ecirc;te &agrave; entendre n&rsquo;importe quoi pour pouvoir imaginer que l&rsquo;avenir sera meilleur. Et l&agrave; le probl&egrave;me se r&eacute;v&egrave;le double, car comment g&eacute;rer une sc&egrave;ne politique en l&rsquo;absence de garde-fous (manque de formation de l&rsquo;auditoire &agrave; l&rsquo;&eacute;coute d&rsquo;analyses critiques ou contradictoires)&nbsp;? Car au m&ecirc;me moment o&ugrave; l&rsquo;on ouvre le syst&egrave;me politique on ouvre les m&eacute;dias, mais les m&eacute;dias n&rsquo;ont pas le temps de pr&eacute;parer l&rsquo;opinion &agrave; toutes ces id&eacute;es farfelues. Il ne faut pas oublier le r&ocirc;le consid&eacute;rable des m&eacute;dias dans ce que l&rsquo;on pourrait appeler &laquo;la fabrique de l&rsquo;opinion publique&raquo;. Et en Alg&eacute;rie ce temps-l&agrave; a fait d&eacute;faut.\n<\/p>\n<p>\n\tSecond probl&egrave;me, c&rsquo;est la responsabilit&eacute; des partis politiques non islamistes. Il ne faut pas croire qu&rsquo;ils ont &eacute;t&eacute; plus responsables que les islamistes&nbsp;! Une grande partie de l&rsquo;opposition au FIS a tenu des propos parfois aussi d&eacute;raisonnables que ceux qui &eacute;taient incrimin&eacute;s.\n<\/p>\n<p>\n\tDonc, au final, ce sont les &eacute;lecteurs qui sont amen&eacute;s &agrave; choisir. Et l&agrave; aussi, soit on va consid&eacute;rer que les &eacute;lecteurs sont suffisamment responsables pour comprendre que ce que dit tel ou tel est stupide ou irresponsable, soit qu&rsquo;ils vont consid&eacute;rer que telle chose dite est dangereuse, mais auront envie de faire peur &agrave; tout le monde et cela est une dimension qu&rsquo;il ne faut pas sous-estimer. On sait qu&rsquo;il existe plusieurs types de vote, le vote partisan, id&eacute;ologique, rationnel, client&eacute;liste, etc. La sociologie du vote est extr&ecirc;mement d&eacute;velopp&eacute;e aujourd&rsquo;hui et on sait qu&rsquo;il existe aussi ce que l&rsquo;on appelle le &laquo;vote &eacute;motionnel&raquo;, soit pour faire peur, soit pour se venger. L&rsquo;explication ne proc&egrave;de pas du tout d&rsquo;une motivation politique.\n<\/p>\n<p>\n\tVous avez parl&eacute; de l&rsquo;autorisation ou de l&rsquo;interdiction des partis appartenant, disons, &agrave; l&rsquo;islam politique. Mais c&rsquo;est &agrave; ces partis-l&agrave; de dire clairement ce qu&rsquo;ils sont, s&rsquo;ils sont des mouvements religieux ou politiques. Ils ne peuvent pas &laquo;tricher&raquo; pour ainsi dire, car il est de leur responsabilit&eacute; de clarifier leur identit&eacute;.\n<\/p>\n<p>\n\t&Eacute;videmment, je partage cette id&eacute;e-l&agrave;. Mais ces partis sont les h&eacute;ritiers de l&rsquo;h&eacute;g&eacute;monie des partis nationalistes. Si vous avez cette exigence&nbsp; de clart&eacute; par rapport &agrave; un parti religieux, il va vous r&eacute;pondre d&rsquo;aller poser la question au Front de lib&eacute;ration nationale (FLN) et de lui demander pourquoi ce parti pr&eacute;tend &ecirc;tre la nation&hellip;\n<\/p>\n<p>\n\tSi l&rsquo;on veut comprendre le succ&egrave;s des partis islamistes, il faut comprendre qu&rsquo;ils se sont inscrits dans le chemin des partis nationalistes en y ajoutant la variable religieuse. Mais ils sont dans le m&ecirc;me cheminement, au fond h&eacute;g&eacute;monique et tr&egrave;s peu d&eacute;mocratique.\n<\/p>\n<p>\n\tIl existe une vieille th&egrave;se de Fran&ccedil;ois Burgat qui veut que les islamistes viennent assurer finalement l&rsquo;ind&eacute;pendance culturelle des soci&eacute;t&eacute;s maghr&eacute;bines apr&egrave;s l&rsquo;ind&eacute;pendance politique obtenue par les mouvements de lib&eacute;ration nationale. Qu&rsquo;en pensez-vous&nbsp;?\n<\/p>\n<p>\n\tJe ne partage pas du tout cette th&egrave;se, car elle est trop d&eacute;terministe et culturaliste.\n<\/p>\n<p>\n\tPour &ecirc;tre tr&egrave;s clair, le FIS, sur 12 millions d&rsquo;&eacute;lecteurs, c&rsquo;est 3 millions et demi, donc ce n&rsquo;est pas toute l&rsquo;Alg&eacute;rie, c&rsquo;est un parti qui s&rsquo;est plus mobilis&eacute; plus que les autres. Et si on prend Ennahdha en Tunisie ou le PJD (Parti de la justice et du d&eacute;veloppement, islamiste, NDLR) au Maroc, on se rend tr&egrave;s vite compte, en faisant de la sociologie &eacute;lectorale, qu&rsquo;ils ne repr&eacute;sentent, ni le peuple, ni la nation, mais des cat&eacute;gories, des courants&hellip; C&rsquo;est la raison pour laquelle il faut essayer de comprendre pourquoi et comment ils arrivent &agrave; &ecirc;tre devant les autres&hellip;\n<\/p>\n<p>\n\t<strong>D&rsquo;apr&egrave;s vous, pourquoi arrivent-ils &agrave; &ecirc;tre devant les autres&nbsp;?<\/strong>\n<\/p>\n<p>\n\tC&rsquo;est &ccedil;a qui me parait int&eacute;ressant. Pourquoi&nbsp;? Parce que je crois qu&rsquo;ils jouent sur un registre ambigu, celui de la religion, puisque tout le monde appartient &agrave; la m&ecirc;me dans les pays en question. Ensuite, ils jouent &eacute;norm&eacute;ment sur ce dispositif de &laquo;revanche&raquo; en disant, en quelque sorte, qu&rsquo;on va effrayer ceux qui nous ont mis dans la situation actuelle et c&rsquo;est parlant pour beaucoup de gens, il ne faut pas l&rsquo;oublier. Enfin, ils jouent sur la culture de l&rsquo;utopie, en disant aux &eacute;lecteurs &laquo;avec nous, vous aurez un syst&egrave;me qui sera fond&eacute; sur la vertu, la bonne gouvernance, le respect des valeurs, etc.&raquo;. Beaucoup de gens peuvent &ecirc;tre sensibles &agrave; de telles consid&eacute;rations. Si vous ajoutez &agrave; cela une organisation tr&egrave;s politique, syndicale, professionnelle, associative qui permet de travailler au plus pr&egrave;s du territoire et gr&acirc;ce &agrave; laquelle on va chercher les &eacute;lecteurs l&agrave; o&ugrave; ils se trouvent, vous avez au final une organisation qui offre un discours et des candidats capables de rivaliser avec d&rsquo;autres.\n<\/p>\n<p>\n\tC&rsquo;est, pour moi, une organisation politique moderne. Mais ce qui est dangereux, c&rsquo;est qu&rsquo;elle n&rsquo;est pas au service de la d&eacute;mocratie. Si on avait des partis islamistes adeptes de la d&eacute;mocratie, mais pr&ocirc;nant des valeurs religieuses et acceptant l&rsquo;alternance d&eacute;mocratique, il n&rsquo;y aurait pas d&rsquo;ambigu&iuml;t&eacute;. Mais ces partis et leurs programmes ne sont pas clairs l&agrave;-dessus. On ne sait pas s&rsquo;ils veulent instaurer un &Eacute;tat islamique et abolir la d&eacute;mocratie ou s&rsquo;ils veulent utiliser la d&eacute;mocratie pour favoriser leur id&eacute;ologie. Tout en &eacute;tant tr&egrave;s loin de l&rsquo;id&eacute;ologie du FIS, j&rsquo;estime que le proc&egrave;s qu&rsquo;on lui fait n&rsquo;est pas tout &agrave; fait juste, acad&eacute;miquement parlant. Car on ne peut pas faire le proc&egrave;s des municipalit&eacute;s que le FIS a g&eacute;r&eacute;es en disant que &ccedil;a a &eacute;t&eacute; pire ou moins bien qu&rsquo;ailleurs, parce que la situation &eacute;tait chaotique, les budgets nationaux &eacute;taient coup&eacute;s, etc. Le FIS n&rsquo;a assum&eacute; aucune responsabilit&eacute; au niveau national, on l&rsquo;a stopp&eacute; avant. En revanche, avec les Fr&egrave;res musulmans en &Eacute;gypte, l&agrave; on a un parti qui a assum&eacute; des responsabilit&eacute;s nationales et qui les a tr&egrave;s mal g&eacute;r&eacute;es pour un parti qui venait de gagner les &eacute;lections. Au lieu de rassurer l&rsquo;&eacute;lectorat qui ne leur &eacute;tait pas favorable, il l&rsquo;a inqui&eacute;t&eacute;, au lieu d&rsquo;ouvrir les institutions, il les a ferm&eacute;es&hellip;\n<\/p>\n<p>\n\tJe suis adepte, avec d&rsquo;autres chercheurs,&nbsp; d&rsquo;une th&egrave;se qui consiste &agrave; dire que plus on int&egrave;gre dans le jeu politique des partis religieux &mdash; radicaux &agrave; l&rsquo;origine &mdash; et qu&rsquo;on est suffisamment intelligent au niveau institutionnel pour s&rsquo;assurer qu&rsquo;ils ne pourront pas d&eacute;truire l&rsquo;&Eacute;tat apr&egrave;s l&rsquo;avoir conquis, alors &agrave; partir de ce moment on va les socialiser, les domestiquer. Le meilleur exemple c&rsquo;est l&rsquo;AKP turc. L&rsquo;AKP d&rsquo;il y a trente ans n&rsquo;a rien &agrave; voir avec l&rsquo;AKP d&rsquo;aujourd&rsquo;hui. Second exemple, le PJD marocain. Quand on sait que le PJD a commenc&eacute; son activit&eacute; quasiment comme parti terroriste dans les ann&eacute;es 70&hellip; Mais, depuis, la monarchie a accept&eacute;, petit &agrave; petit, de lui laisser g&eacute;rer des municipalit&eacute;s, ce qui a permis de cr&eacute;er une petite bourgeoisie islamiste et les a donc socialis&eacute;s, je dirai m&ecirc;me &laquo;responsabilis&eacute;s&raquo;. Et qu&rsquo;observe-t-on au bout de quinze ann&eacute;es&nbsp;? On a une petite &eacute;lite islamiste marocaine qui est capable d&rsquo;acc&eacute;der au gouvernement sans faire peur &agrave; tout le monde.\n<\/p>\n<p>\n\tIl y a un &eacute;l&eacute;ment que vous n&rsquo;avez pas encore &eacute;voqu&eacute; dans le parall&egrave;le entre l&rsquo;Alg&eacute;rie des ann&eacute;es 90 et la situation actuelle en &Eacute;gypte et qui me para&icirc;t tr&egrave;s important. Il s&rsquo;agit du r&ocirc;le de l&rsquo;arm&eacute;e dans la politique, l&rsquo;&Eacute;tat et la soci&eacute;t&eacute;. Dans les deux pays, l&rsquo;arm&eacute;e joue un r&ocirc;le majeur, dispose d&rsquo;un pouvoir r&eacute;el et d&rsquo;int&eacute;r&ecirc;ts &eacute;conomiques tr&egrave;s importants&hellip;\n<\/p>\n<p>\n\tIl me semble que les arm&eacute;es, &agrave; la diff&eacute;rence des partis politiques, sont tr&egrave;s rationnelles. Elles comprennent bien qu&rsquo;il faut faire attention &agrave; ce qu&rsquo;on fait. Alors que les partis sont souvent irresponsables dans leurs propos, les arm&eacute;es sont assez coh&eacute;rentes avec elles-m&ecirc;mes.\n<\/p>\n<p>\n\tL&rsquo;arm&eacute;e alg&eacute;rienne n&rsquo;&eacute;tait pas contre le jeu politique men&eacute; par le FIS entre 1989 et 1991. Mais je crois que ce qui a inqui&eacute;t&eacute; l&rsquo;arm&eacute;e, &ccedil;a a &eacute;t&eacute; de constater que les partis politiques ne constituaient pas une force d&rsquo;opposition cr&eacute;dible au FIS. J&rsquo;ai men&eacute; quelques entretiens avec des militaires alg&eacute;riens &agrave; ce moment-l&agrave;. Ils disaient &laquo;nous, &ccedil;a ne nous g&ecirc;ne pas qu&rsquo;il y ait un parti islamiste. Ce n&rsquo;est pas &ccedil;a le probl&egrave;me s&rsquo;il y a des &eacute;lecteurs qui veulent voter pour eux. Ce qui nous inqui&egrave;te, c&rsquo;est s&rsquo;il n&rsquo;y a personne en face d&rsquo;eux dans l&rsquo;ar&egrave;ne politique. Nous ne voulons pas nous retrouver uniquement avec des islamistes. On veut d&rsquo;un gouvernement qui soit l&rsquo;expression du pluralisme de l&rsquo;Alg&eacute;rie. En d&eacute;finitive, ce qui inqui&eacute;tait l&rsquo;arm&eacute;e c&rsquo;&eacute;tait la faiblesse des partis politiques qui se r&eacute;v&eacute;laient incapables de remplir le vide politique que l&rsquo;arm&eacute;e avait donn&eacute; apr&egrave;s 1988 en disant &laquo;maintenant, le parti unique c&rsquo;est fini. Organisez-vous pour qu&rsquo;il y ait une repr&eacute;sentation pluraliste&raquo;.\n<\/p>\n<p>\n\tAu niveau des projections faites &agrave; l&rsquo;&eacute;poque, l&rsquo;arm&eacute;e croyait que le FIS allait faire 30%, que les partis dits traditionnels, y compris le FLN, allaient faire 30% et que les partis progressistes et d&eacute;mocratiques allaient faire 30%. L&rsquo;arm&eacute;e &eacute;tait donc convaincue que l&rsquo;Alg&eacute;rie s&rsquo;appr&ecirc;tait &agrave; avoir un gouvernement de coalition entre des partis nationalistes et progressistes et que les islamistes seraient dans l&rsquo;opposition. Et quand le FIS va r&eacute;aliser un raz-de-mar&eacute;e de 60 ou 70%, l&rsquo;arm&eacute;e va alors constater l&rsquo;incomp&eacute;tence des partis politiques. Et malheureusement ce n&rsquo;&eacute;tait pas faux. Car en observant la campagne &eacute;lectorale, on se rend compte qu&rsquo;au lieu de combattre le FIS, ils ont combattu l&rsquo;arm&eacute;e, le FLN, l&rsquo;&Eacute;tat. L&rsquo;arm&eacute;e se faisait tirer dessus par les islamistes, mais en plus par les autres partis. Et pour l&rsquo;arm&eacute;e, une telle sc&egrave;ne politique n&rsquo;&eacute;tait pas possible, car il fallait qu&rsquo;il existe des contre-pouvoirs.\n<\/p>\n<p>\n\tEt je crois que l&rsquo;on va retrouver un peu cette configuration-l&agrave; en &Eacute;gypte. C&rsquo;est-&agrave;-dire qu&rsquo;une fois que la sc&egrave;ne politique a &eacute;t&eacute; &laquo;ouverte&raquo; et &laquo;comp&eacute;titive&raquo;, les partis sur lesquels l&rsquo;arm&eacute;e pouvait esp&eacute;rer compter pour &eacute;tablir un contre-pouvoir aux islamistes se sont litt&eacute;ralement effondr&eacute;s sur eux-m&ecirc;mes, ils vont tomber dans des guerres mesquines entre eux&hellip; Et l&rsquo;arm&eacute;e va bien se rendre compte que les islamistes ont devant eux des autoroutes pour acc&eacute;der au pouvoir. C&rsquo;est peut-&ecirc;tre la diff&eacute;rence notable avec la Tunisie ou le Maroc, o&ugrave; les partis politiques se sont r&eacute;v&eacute;l&eacute;s capables de s&rsquo;unir pour faire front aux islamistes, mais cet &eacute;lan n&rsquo;a pas &eacute;t&eacute; observ&eacute;, ni en Alg&eacute;rie, ni en &Eacute;gypte.\n<\/p>\n<p>\n\tL&rsquo;erreur de ces partis politiques a &eacute;t&eacute; de ne pas comprendre que, lorsque le champ politique est ouvert, il faut avoir la capacit&eacute; de recomposer son programme, recomposer ses alliances, reconfigurer sa strat&eacute;gie. C&rsquo;est un peu comme si, en Tunisie, l&rsquo;opposition de gauche continuait &agrave; tirer contre le syst&egrave;me en oubliant que c&rsquo;est Ennahdha qui contr&ocirc;le le jeu politique.\n<\/p>\n<p>\n\t<strong>Ne peut-on pas dire que si les islamistes turcs et tunisiens ont &eacute;t&eacute; capables de se transformer, c&rsquo;est, du moins en partie, d&ucirc; aux contextes s&eacute;culiers fa&ccedil;onn&eacute;s par Atat&uuml;rk et Bourguiba dans leurs pays respectifs&nbsp;et que ces islamistes sont quelque part, malgr&eacute; eux, k&eacute;malistes en Turquie et bourguibistes en Tunisie&nbsp;?<\/strong>\n<\/p>\n<p>\n\tUne grande partie des partis islamistes sont en r&eacute;alit&eacute; des partis &laquo;national-islamistes&raquo;, Olivier Roy l&rsquo;a tr&egrave;s bien montr&eacute;. Les seuls partis, souvent islamistes, qui ont du mal &agrave; accepter leurs adversaires politiques, ce sont souvent ceux qui ont une vision beaucoup plus internationaliste de l&rsquo;Islam et qui ne sont pas attach&eacute;s &agrave; la nation en tant que telle. Des partis comme Ennahdha ou l&rsquo;AKP ou encore le PJD sont des partis qui sont aussi nationalistes que les autres. Leur discours a &eacute;t&eacute; actualis&eacute;, parce que la nation n&rsquo;est plus aussi attractive qu&rsquo;elle pouvait l&rsquo;&ecirc;tre dans les ann&eacute;es 60 apr&egrave;s les ind&eacute;pendances. Maintenant la nation est l&agrave;, elle est ind&eacute;pendante et souveraine, donc les partis nationalistes dans le monde arabe savent que ce concept n&rsquo;est pas tr&egrave;s porteur. Et cela &agrave; la diff&eacute;rence de l&rsquo;Europe, o&ugrave; la nation est en train de se diluer dans l&rsquo;Europe.\n<\/p>\n<p>\n\tDonc les islamistes ont tr&egrave;s bien compris cela. Ils ont tr&egrave;s bien compris que les trois objets politiques qui sont attractifs aujourd&rsquo;hui, de mani&egrave;re un peu transversale, parce qu&rsquo;ils touchent toutes les cat&eacute;gories sociales, ce sont la religion, l&rsquo;identit&eacute; et la culture. Les islamistes jouent sur ces trois registres-l&agrave;. Et ce qui est bien avec ces registres-l&agrave; c&rsquo;est qu&rsquo;on n&rsquo;a pas de comptes &agrave; rendre. En revanche, si vous arrivez devant les &eacute;lecteurs avec un programme &eacute;conomique, ou social et qui peut amener &agrave; ce qu&rsquo;on vous demande de rendre des comptes, &agrave; ce moment-l&agrave;, c&rsquo;est difficile de convaincre les gens, car on va vous mener un d&eacute;bat contradictoire. Mais si vous faites &oelig;uvre de, disons, &laquo;charit&eacute; politique&raquo;, en travaillant &agrave; la d&eacute;fense de la culture ou de l&rsquo;identit&eacute;, alors l&agrave; vous n&rsquo;avez pas de comptes &agrave; rendre. Et puis, vous avez toujours la ressource de dire que ceux qui ne sont pas d&rsquo;accord avec vous n&rsquo;aiment pas les id&eacute;es que vous d&eacute;fendez.\n<\/p>\n<p>\n\tC&rsquo;est un peu &agrave; la mani&egrave;re des partis nationalistes en Europe en somme, &ccedil;a consiste &agrave; parler de th&eacute;matiques tr&egrave;s vagues, tr&egrave;s floues parce qu&rsquo;ils sont conscients qu&rsquo;il y a l&agrave; une demande. Je pense que l&rsquo;enjeu est de voir les autres partis politiques s&rsquo;emparer de ces th&eacute;matiques et, en plus, d&rsquo;ouvrir des programmes cr&eacute;dibles par rapport &agrave; leur environnement. Car si, par exemple, on laisse le champ libre aux islamistes pour devenir les d&eacute;fenseurs d&rsquo;une culture musulmane qui serait menac&eacute;e par la globalisation, par l&rsquo;occidentalisation, il est &eacute;vident que l&rsquo;on va entendre des choses comme &laquo;ah, mais nous sommes musulmans, Tunisiens avant tout. C&rsquo;est plus important que 3% de croissance&nbsp;!&raquo;\n<\/p>\n<p>\n\t<strong>Donc, finalement, vous rapprochez les partis islamistes de l&rsquo;extr&ecirc;me droite europ&eacute;enne&nbsp;qui joue sur les th&eacute;matiques de l&rsquo;identit&eacute; et du populisme ?<\/strong>\n<\/p>\n<p>\n\tOui, du populisme si vous voulez, le rejet des &eacute;lites, de la globalisation, de l&rsquo;am&eacute;ricanisation&hellip; On y retrouve des th&eacute;matiques communes, comme celle qui pr&eacute;tend que le monde est contr&ocirc;l&eacute; par les Juifs par exemple. Et ce qui est int&eacute;ressant, c&rsquo;est de constater que sur les deux rives de la M&eacute;diterran&eacute;e, il y a un public qui est tr&egrave;s sensible &agrave; cela.\n<\/p>\n<p>\n\t&Eacute;videment dans les pays du Maghreb, les &Eacute;tats-providence sont tout de m&ecirc;me tr&egrave;s faibles et sont confront&eacute;s &agrave; des probl&egrave;mes de gouvernance ou &agrave; des probl&egrave;mes de ressources &eacute;conomiques. Dans les &Eacute;tats europ&eacute;ens, il existe une politique des ressources qui att&eacute;nue tout &ccedil;a&hellip; Mais depuis la crise &eacute;conomique, quand on regarde les chiffres obtenus par le Front national par exemple, en 1980 il est &agrave; 5% et en 2014, il va peut-&ecirc;tre &ecirc;tre le premier parti politique aux &eacute;lections europ&eacute;ennes avec 20 ou 23% (Cet entretien a &eacute;t&eacute; r&eacute;alis&eacute; plus un mois, le 24 avril, avant les &eacute;lections europ&eacute;ennes, NDLR) . On voit bien qu&rsquo;il y a une tr&egrave;s &eacute;troite corr&eacute;lation l&agrave;-dessus, et cela malgr&eacute; le fait que sa th&eacute;matique est compl&egrave;tement utopique, sortir la France de l&rsquo;euro&hellip; cela n&rsquo;a pas de sens, mais &ccedil;a marche, parce que le Front national, pour les Fran&ccedil;ais qui le soutiennent, se place sur le terrain de la d&eacute;fense d&rsquo;une France menac&eacute;e, agress&eacute;e, il d&eacute;fend la culture contre l&rsquo;am&eacute;ricanisation, la globalisation, etc.\n<\/p>\n<p>\n\tJ&rsquo;estime que les partis islamistes sont un petit peu sur cette th&eacute;matique-l&agrave;, tr&egrave;s vague, tr&egrave;s floue et qu&rsquo;ils sont dans une posture de d&eacute;fense de l&rsquo;identit&eacute; tunisienne, de la culture &eacute;gyptienne, de l&rsquo;identit&eacute; alg&eacute;rienne, sans pour autant offrir d&rsquo;alternatives politiques ou &eacute;conomiques.\n<\/p>\n<p>\n\tApr&egrave;s, il faut bien reconna&icirc;tre que ces partis islamistes, un petit peu comme les partis nationalistes en Europe, trainent avec eux un c&ocirc;t&eacute; tr&egrave;s fortement non d&eacute;mocratique et font peur. La seule diff&eacute;rence, peut-&ecirc;tre, avec les partis nationalistes en Europe, c&rsquo;est qu&rsquo;en Europe, on est conscient que, m&ecirc;me s&rsquo;ils font peur, il faut les laisser s&rsquo;exprimer librement dans un cadre d&eacute;mocratique et qu&rsquo;il faut avoir confiance dans les institutions de ces pays pour contr&ocirc;ler les d&eacute;rives.\n<\/p>\n<p>\n\tQu&rsquo;est-ce qui emp&ecirc;che aujourd&rsquo;hui les autorit&eacute;s tunisiennes de dire que certains propos sont condamnables par la justice s&rsquo;ils sont tenus par des partis politiques&nbsp;? En France, actuellement, vous avez moins de chances d&rsquo;entendre des propos racistes, par exemple, parce qu&rsquo;ils seront condamn&eacute;s par la justice, il y aura un proc&egrave;s&hellip; Ce qui signifie que les partis nationalistes qui peuvent &ecirc;tre profond&eacute;ment racistes dans leur perception du monde, devront apprendre &agrave; g&eacute;rer leurs discours, &agrave; m&eacute;nager leurs propos et &agrave; &eacute;chapper &agrave; la justice. Il est tout &agrave; fait possible qu&rsquo;en Tunisie des institutions puissent sanctionner ce type de propos. Je pr&eacute;f&egrave;re voir les pays du Maghreb, et la Tunisie bien s&ucirc;r, &eacute;voluer vers une institutionnalisation des partis islamistes dans leurs champs, mais avec un tr&egrave;s fort contr&ocirc;le des institutions pour, entre guillemets, les &laquo;&eacute;duquer&raquo;, les &laquo;socialiser&raquo;&hellip; pour leur apprendre &agrave; entrer dans un moule d&eacute;mocratique. Je pense que c&rsquo;est de loin pr&eacute;f&eacute;rable &agrave; leur exclusion et de leur maintien &agrave; la marge. Je crois qu&rsquo;hier l&rsquo;Alg&eacute;rie a fait cela et elle le paye encore aujourd&rsquo;hui, malheureusement pour elle. L&rsquo;&Eacute;gypte a fait ce choix, que je ne juge pas, mais qui est vraiment un choix &agrave; haut risque et il faut esp&eacute;rer que les &Eacute;gyptiens trouvent tr&egrave;s vite une issue politique &agrave; cette situation. Car on ne peut pas maintenir des millions d&rsquo;&eacute;lectrices et d&rsquo;&eacute;lecteurs dans la clandestinit&eacute; et consid&eacute;rer qu&rsquo;ils sont ill&eacute;gitimes dans le paysage national. Je crois qu&rsquo;une telle configuration se transformera t&ocirc;t ou tard en violence politique, voire en terrorisme et personne n&rsquo;y gagnera.\n<\/p>\n<p>\n\t<strong>Quels sont les risques qui menacent l&rsquo;&eacute;closion d&rsquo;une d&eacute;mocratie en Tunisie?<\/strong>\n<\/p>\n<p>\n\tOn voit bien que, malgr&eacute; l&rsquo;inqui&eacute;tude initiale de certains, la Tunisie est entr&eacute;e dans un processus de d&eacute;mocratisation et on ne dira jamais assez &agrave; quel point c&rsquo;est une premi&egrave;re et il faut vraiment &ecirc;tre attentif &agrave; ce qu&rsquo;il se poursuive. La difficult&eacute;, c&rsquo;est qu&rsquo;aucun des acteurs politiques qui jouent le jeu d&eacute;mocratique ne contr&ocirc;le l&rsquo;agenda et l&rsquo;issue du processus.\n<\/p>\n<p>\n\tTout d&rsquo;abord le temps &laquo;co&ucirc;te cher&raquo;, parce qu&rsquo;il y a au moins trois d&eacute;fis &agrave; surmonter afin de maintenir sur les rails ce processus. Premi&egrave;rement, r&eacute;pondre aux dol&eacute;ances de ceux qui ont port&eacute; la R&eacute;volution. De fa&ccedil;on presque client&eacute;liste, vous avez des acteurs qui ont pris un engagement et qui vont vouloir &ecirc;tre r&eacute;tribu&eacute;s pour cela. Je ne parle pas forc&eacute;ment d&rsquo;une r&eacute;tribution mat&eacute;rielle, mais d&rsquo;une r&eacute;tribution politique aussi, ce qui est classique dans les r&eacute;volutions. Deuxi&egrave;mement, il y a l&rsquo;immense d&eacute;fi qui consiste &agrave; dire que maintenant la R&eacute;volution est termin&eacute;e et qu&rsquo;on entre dans l&rsquo;&Eacute;tat de droit. C&rsquo;est le passage de la R&eacute;volution &agrave; l&rsquo;&Eacute;tat de droit, que l&rsquo;on soit un r&eacute;volutionnaire ou pas, on a les m&ecirc;mes droits devant la loi. Autrement qu&rsquo;est-ce qui se passe&nbsp;? On reste dans la culture r&eacute;volutionnaire, ce qui signifie que l&rsquo;on va d&eacute;velopper le rejet de ceux qui n&rsquo;ont pas &eacute;t&eacute; r&eacute;volutionnaires et la cr&eacute;ation de la caste de ceux qui l&rsquo;ont &eacute;t&eacute;.\n<\/p>\n<p>\n\t<strong>C&rsquo;est le probl&egrave;me que l&rsquo;on rencontre ici avec les Ligues de protection de la R&eacute;volution&hellip;<\/strong>\n<\/p>\n<p>\n\tTout &agrave; fait et c&rsquo;est un danger pour le processus. Et l&rsquo;on sait tr&egrave;s bien que les pays qui ont connu cela dans le pass&eacute; ne s&rsquo;en sont jamais sortis.\n<\/p>\n<p>\n\tLe plus grand d&eacute;fi pour la Tunisie &mdash; et on le voit tr&egrave;s bien en Libye et en temps r&eacute;el &mdash; c&rsquo;est d&rsquo;&ecirc;tre capable de sortir de la r&eacute;volution pour b&acirc;tir un &Eacute;tat. L&rsquo;&Eacute;tat existe d&eacute;j&agrave; en Tunisie, maintenant il faut instaurer l&rsquo;&Eacute;tat de droit. En Libye, par exemple, c&rsquo;est l&rsquo;&Eacute;tat qu&rsquo;il faut b&acirc;tir et quand il y aura un &Eacute;tat on pourra alors r&eacute;fl&eacute;chir &agrave; un &Eacute;tat de droit. &Agrave; la diff&eacute;rence des Tunisiens, les Libyens en sont encore au stade de se demander dans quel &Eacute;tat ils peuvent vivre, central, f&eacute;d&eacute;ral, conf&eacute;d&eacute;ral&hellip; ils ne le savent pas encore. Ils en ont encore pour dix ann&eacute;es avant d&rsquo;arriver &agrave; se poser les questions que les Tunisiens se posent aujourd&rsquo;hui.\n<\/p>\n<p>\n\tEt donc, le troisi&egrave;me d&eacute;fi qui se pose c&rsquo;est l&rsquo;&Eacute;tat de protection sociale ou l&rsquo;&Eacute;tat-providence, c&rsquo;est un niveau qui est fondamental. C&rsquo;est un processus qui ne se produit pas en trois ou quatre ans, bien s&ucirc;r. Si, dans quinze ou vingt ans, les Tunisiennes et les Tunisiens ont le sentiment que la redistribution des richesses n&rsquo;a pas &eacute;volu&eacute;, que les territoires ne sont pas &eacute;gaux devant la redistribution des investissements, qu&rsquo;il existe toujours deux types de Tunisie et que l&rsquo;on peut &ecirc;tre toujours &agrave; la marge, sous Ben Ali ou apr&egrave;s, l&agrave; on a potentiellement une d&eacute;stabilisation en perspective.\n<\/p>\n<p>\n\t<strong>Il existe d&rsquo;autres risques pour le succ&egrave;s de la transition d&eacute;mocratique en Tunisie et ils sont parfois de nature &laquo;&nbsp;technique&nbsp;&raquo;. Comme le probl&egrave;me du vote des analphab&egrave;tes qui se pose dans notre pays. Comment il a &eacute;t&eacute; appr&eacute;hend&eacute; sous d&rsquo;autres cieux&nbsp;?<\/strong>\n<\/p>\n<p>\n\tSi l&rsquo;on prend l&rsquo;exemple du PJD marocain qui a souvent r&eacute;ussi &agrave; &ecirc;tre tr&egrave;s bien plac&eacute; en milieu rural &mdash; milieu souvent analphab&egrave;te au Maroc &mdash;, on voit que le parti a essay&eacute; de sensibiliser les campagnes avec des couleurs et que chaque couleur correspond &agrave; un parti politique. Et donc le PJD organisait des simulations de vote dans les campagnes. C&rsquo;&eacute;tait un travail &eacute;ducatif.\n<\/p>\n<p>\n\tC&rsquo;est-&agrave;-dire que le PJD faisait ce que l&rsquo;&Eacute;tat ne faisait pas, il allait chercher ses &eacute;lecteurs, ce que les autres partis politiques ne faisaient pas, ce qui est parfaitement l&eacute;gal&hellip;\n<\/p>\n<p>\n\t<strong>Oui, mais ce n&rsquo;&eacute;tait pas vraiment &laquo;comment voter&raquo;, mais &laquo;comment voter pour moi&raquo;&hellip;<\/strong>\n<\/p>\n<p>\n\tOui, sauf que si vous avez dans le m&ecirc;me village sept partis politiques qui d&eacute;filent en un an ce sera au village de se faire la meilleure id&eacute;e sur ces sept candidats. Mais si un seul vient, alors les autres diront que ce n&rsquo;est pas normal, ce &agrave; quoi le PJD a r&eacute;pondu que ce qui n&rsquo;est pas normal c&rsquo;est que les autres partis ne sont pas all&eacute;s dans ce village, car ce sont aussi des &eacute;lectrices et des &eacute;lecteurs et, pour certains, ils ne savent m&ecirc;me pas que nous existons&#8230;\n<\/p>\n<p>\n\tC&rsquo;est toute l&rsquo;histoire de la captation des votes qui alimente y compris l&rsquo;histoire des d&eacute;mocraties dites consolid&eacute;es. Le march&eacute; &eacute;lectoral est un march&eacute; au sens propre du terme, il ne faut pas l&rsquo;oublier. Il faut aller chercher l&rsquo;&eacute;lecteur et faire en sorte qu&rsquo;il se d&eacute;cide. Dans certains pays on apporte des moutons, de l&rsquo;argent, des routes, etc. Mais il est vrai qu&rsquo;il existe aussi le vote marchand, c&rsquo;est ind&eacute;niable.\n<\/p>\n<p>\n\t<strong>Mais cela ne devrait-il pas &ecirc;tre interdit de soudoyer, de corrompre l&rsquo;&eacute;lecteur&nbsp;?<\/strong>\n<\/p>\n<p>\n\tJe ne pense pas qu&rsquo;il faille l&rsquo;interdire le vote marchand. Vous pouvez faire des cadeaux, mais l&rsquo;&eacute;lecteur est libre dans sa conscience. Dans une d&eacute;mocratie consolid&eacute;e, si vous &ecirc;tes un salari&eacute; de la fonction publique et que vous gagnez 1.700 euros par mois, en r&eacute;alit&eacute; le parti pour qui vous allez voter sera le parti qui vous offrira des services, via l&rsquo;&Eacute;tat, qui vous sembleront &ecirc;tre importants, des prestations sociales, des allocations, etc. Ce sont des formes d&eacute;guis&eacute;es de vote marchand, mais qui sont beaucoup plus rationalis&eacute;es.\n<\/p>\n<p>\n\tDans le Maghreb, les partis politiques perdent beaucoup d&rsquo;argent &agrave; distribuer des biens mat&eacute;riels, alors que si c&rsquo;&eacute;tait institutionnalis&eacute;, dans le cadre de l&rsquo;&Eacute;tat, plut&ocirc;t que d&rsquo;offrir des moutons, ils pourraient subventionner certains produits pour aider les populations les plus d&eacute;favoris&eacute;es, ce serait beaucoup plus rationnel.\n<\/p>\n<p>\n\tIl y a comme un malentendu qui caract&eacute;rise l&rsquo;apr&egrave;s R&eacute;volution en Tunisie. La R&eacute;volution a &eacute;t&eacute; motiv&eacute;e par des revendications d&rsquo;&eacute;galit&eacute; et de dignit&eacute; &eacute;conomiques, que ce soit sur le plan individuel ou r&eacute;gional. Or la classe politique a invers&eacute; les priorit&eacute;s. Elle reste sourde &agrave; ces revendications socio-&eacute;conomiques et semble privil&eacute;gier l&rsquo;organisation d&rsquo;une entente politique sur les modalit&eacute;s de l&rsquo;alternance pacifique au pouvoir. Aussi, les jeunes qui ont pay&eacute; le plus lourd tribut dans le soul&egrave;vement populaire, restent exclus de la repr&eacute;sentation politique et le renouvellement de la classe politique tarde &agrave; venir&hellip;\n<\/p>\n<p>\n\tCe n&rsquo;est pas une sp&eacute;cificit&eacute; tunisienne. Ce probl&egrave;me est li&eacute; au statut professionnel des repr&eacute;sentants de la classe politique. C&rsquo;est un probl&egrave;me qui se pose aussi en France et dans bon nombre de pays europ&eacute;ens. C&rsquo;est-&agrave;-dire que globalement beaucoup font de la politique pour en faire un m&eacute;tier. Ce qui signifie que, quelles que soient les circonstances, ils se reconvertissent et demeurent en place. C&rsquo;est un m&eacute;tier qui, parfois, leur permet de rester en poste jusqu&rsquo;&agrave; 80 ou 85 ans pour certains et d&rsquo;&ecirc;tre s&eacute;nateurs ou d&eacute;put&eacute;s, quand ils ne cumulent pas quatre ou cinq fonctions&hellip;\n<\/p>\n<p>\n\tLa probl&eacute;matique consiste &agrave; trouver les moyens permettant de casser cet &eacute;tat de fait et c&rsquo;est particuli&egrave;rement difficile. Car, non seulement &ccedil;a bouche toutes les perspectives pour ceux qui sont plus jeunes, mais en plus cela g&eacute;n&egrave;re, disons, des ph&eacute;nom&egrave;nes d&rsquo;inertie parce que ceux qui sont en poste depuis si longtemps en politique consid&egrave;rent finalement qu&rsquo;aucun probl&egrave;me n&rsquo;est grave et que tout se surmonte, y compris une r&eacute;volution, une crise &eacute;conomique, une guerre, etc. Et les m&ecirc;mes sont toujours l&agrave;, en poste et &ccedil;a ne change pas.\n<\/p>\n<p>\n\tSi, demain, on arrive &agrave; avoir une photographie exacte permettant de savoir qui fait de la politique en Tunisie, quels sont leurs revenus, s&rsquo;ils sont issus de la fonction publique, s&rsquo;ils ont des emplois qui les prot&egrave;gent &agrave; vie et que la politique n&rsquo;est pour eux qu&rsquo;une valeur ajout&eacute;e par rapport &agrave; leurs profits professionnels, cela permettra de mieux comprendre les dynamiques en cours.&nbsp; Si la politique n&rsquo;est pas un risque ou un investissement et si elle ne co&ucirc;te rien, vous allez avoir une pl&eacute;thore de candidats, car pour eux la politique n&rsquo;a pas de co&ucirc;t, elle ne repr&eacute;sente que du b&eacute;n&eacute;fice.\n<\/p>\n<p>\n\t<strong>Au-del&agrave; du probl&egrave;me du renouvellement de la classe politique, la d&eacute;mocratie repr&eacute;sentative n&rsquo;a-t-elle pas fait la preuve de son indigence &agrave; encadrer une soci&eacute;t&eacute;&nbsp;? Le mod&egrave;le anglo-saxon de d&eacute;mocratie participative, o&ugrave; existent de nombreux m&eacute;canismes de contr&ocirc;le, n&rsquo;est-il pas plus adapt&eacute; ?<\/strong>\n<\/p>\n<p>\n\tLe probl&egrave;me qui se pose, apr&egrave;s le vote et les &eacute;lections des responsables des d&eacute;cisions, c&rsquo;est comment les contr&ocirc;ler&nbsp;? Et il est clair que dans beaucoup de pays d&eacute;mocratiques le d&eacute;fi, pour nous citoyens, est d&rsquo;avoir des recours qui permettent de dire que la confiance qui a &eacute;t&eacute; accord&eacute;e pour assumer les d&eacute;cisions ne constitue pas un ch&egrave;que en blanc, que les responsables ne peuvent pas faire tout ce qu&rsquo;ils veulent en attendant le prochain rendez-vous &eacute;lectoral.\n<\/p>\n<p>\n\tDans des pays o&ugrave; les soci&eacute;t&eacute;s civiles sont tr&egrave;s fortes, comme dans les pays anglo-saxons, on a d&eacute;j&agrave; int&eacute;gr&eacute; des voies de recours qui permettent de contr&ocirc;ler et de limiter l&rsquo;Ex&eacute;cutif. Dans des pays ou cette culture est moins forte, comme la France ou l&rsquo;Italie par exemple, qui sont beaucoup plus des R&eacute;publiques que des d&eacute;mocraties, il est clair qu&rsquo;il y a un gros travail &agrave; mener. On le voit bien encore en France&hellip; entre le Judiciaire et l&rsquo;Ex&eacute;cutif, entre les possibilit&eacute;s de contr&ocirc;ler les acteurs politiques, sur le droit d&rsquo;avoir acc&egrave;s aux informations dont le gouvernement dispose, etc. Tout cela fait qu&rsquo;il existe un combat permanent entre la soci&eacute;t&eacute; civile et ses repr&eacute;sentants politiques\n<\/p>\n<p>\n\tEn Europe nous vivons une v&eacute;ritable crise de la d&eacute;mocratie, pourtant dans des d&eacute;mocraties qui ont parfois 150 ans d&rsquo;existence. Et l&rsquo;on voit bien que le mod&egrave;le vers lequel il faut maintenant tendre c&rsquo;est celui des d&eacute;mocraties &laquo;avanc&eacute;es&raquo; comme les pays scandinaves, le Canada&hellip; Dans ces pays les pouvoirs politiques sont tr&egrave;s contr&ocirc;l&eacute;s et les m&eacute;dias, la soci&eacute;t&eacute; civile, la justice ont quasiment un droit d&rsquo;ing&eacute;rence dans leur mode de fonctionnement. Vous avez beau &ecirc;tre un &eacute;lu ou un serviteur de l&rsquo;&Eacute;tat, vous demeurez soumis &agrave; un contr&ocirc;le tr&egrave;s strict de la part de la soci&eacute;t&eacute; civile, car au final c&rsquo;est pour elle et pour l&rsquo;&Eacute;tat que vous &ecirc;tes l&agrave;. Or en France, en Italie, en Espagne&hellip; on a vu se d&eacute;velopper de v&eacute;ritables castes politiques o&ugrave; l&rsquo;on se transmet les circonscriptions ou les pouvoirs de fa&ccedil;on presque &laquo;g&eacute;n&eacute;tique&raquo;. Et c&rsquo;est totalement contraire &agrave; ce que les citoyens attendent de la d&eacute;mocratie.\n<\/p>\n<p>\n\tPour beaucoup d&rsquo;entre nous aujourd&rsquo;hui, la France est un pays arri&eacute;r&eacute; si on le compare au Danemark ou &agrave; la Su&egrave;de, et l&rsquo;Italie est un pays retard&eacute; si on le compare au Canada.\n<\/p>\n<p>\n\tQuand je vois les mod&egrave;les qui sont parfois mis en avant pour servir d&rsquo;inspiration &agrave; la Tunisie, je me dis que si ce pays pouvait effectuer le grand bond en avant qui lui permettrait d&rsquo;&eacute;viter un passage par une d&eacute;mocratie &laquo;&agrave; la fran&ccedil;aise&raquo; ou encore &laquo;&agrave; l&rsquo;italienne&raquo;, ce serait tout le bien que l&rsquo;on pourrait lui souhaiter. La Tunisie aura plus &agrave; gagner &agrave; voir comment fonctionnent des pays scandinaves ou le Canada plut&ocirc;t qu&rsquo;&agrave; chercher &agrave; voir comment cela fonctionne en Italie, en France ou en Espagne. Parce qu&rsquo;il y a ce que nos &eacute;lus disent &agrave; l&rsquo;ext&eacute;rieur et il y a ce que disent les populations des pays concern&eacute;s sur le fonctionnement de leurs propres d&eacute;mocraties. Et il faut bien savoir que le d&eacute;senchantement est consid&eacute;rable.\n<\/p>\n<p>\n\tC&rsquo;est toujours un petit peu &eacute;trange de voir nos hommes politiques venir ici faire l&rsquo;&eacute;loge de toute une s&eacute;rie de projets alors que dans leur propre pays ils font l&rsquo;objet de critiques terribles sur leur gouvernance, sur leur incapacit&eacute; &agrave; se d&eacute;mocratiser, &agrave; entendre la soci&eacute;t&eacute; civile ou encore sur leur incapacit&eacute; &agrave; avoir un projet qui d&eacute;passe leurs propres perspectives politiques. Et cela quelles que soient les tendances politiques consid&eacute;r&eacute;es.\n<\/p>\n<p>\n\tJe pense qu&rsquo;il faut multiplier les intervenants &eacute;trangers en Tunisie et ne pas h&eacute;siter &agrave; faire venir des intervenants danois, su&eacute;dois, canadiens&hellip; Pour qu&rsquo;eux-m&ecirc;mes viennent expliquer comment ils sont arriv&eacute;s &agrave; quelque chose que nous-m&ecirc;mes nous envions aujourd&rsquo;hui en Europe dite du sud ou du centre. Un mod&egrave;le o&ugrave; coexistent des ex&eacute;cutifs et des soci&eacute;t&eacute;s civiles de fa&ccedil;on assez harmonieuse dans le but de rendre service &agrave; la plus grande majorit&eacute; de la population.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>ENTRETIEN&nbsp;Avec Luis MARTINEZ&nbsp;conduit par Hassan Arfaoui Luis Martinez est reconnu comme l&rsquo;un des fins connaisseurs du Maghreb et du Moyen-Orient. 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