{"id":1683,"date":"2012-06-26T15:33:49","date_gmt":"2012-06-26T14:33:49","guid":{"rendered":"http:\/\/www.realites.com.tn\/demo\/?p=1683"},"modified":"2012-06-26T15:33:49","modified_gmt":"2012-06-26T14:33:49","slug":"dans-nos-hopitaux-ces-infections-qui-tuent","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/realites.com.tn\/fr\/dans-nos-hopitaux-ces-infections-qui-tuent\/","title":{"rendered":"Dans nos h\u00f4pitaux, ces infections qui tuent\u2026"},"content":{"rendered":"<p>\n\t<strong style=\"line-height: 1.6em;\"><em>Tr&egrave;s souvent, des patients hospitalis&eacute;s se retrouvent avec des infections dues &agrave; des germes multi-r&eacute;sistants aux antibiotiques. Parfois, ils en meurent. Pourtant, aucune information ne filtre sur ces infections appel&eacute;es &laquo;nosocomiales&raquo; qui existent partout dans le monde et qui sont consid&eacute;r&eacute;es comme une priorit&eacute; de sant&eacute; publique. Visiblement, ne pas &eacute;voquer le probl&egrave;me en Tunisie ne fait que l&rsquo;aggraver.&nbsp;<\/em><\/strong>\n<\/p>\n<p>\n\t<strong><em>Cette enqu&ecirc;te a &eacute;t&eacute; r&eacute;alis&eacute;e avec le soutien d&rsquo;Arab Reporters For Investigative Journalism (www.arij.net) et encadr&eacute;e par le Dr. Mark Hunter.<\/em><\/strong>\n<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;\n<\/p>\n<p>\n\tFin mai 2011 &agrave; la clinique Soukra, le parterre est brillant et l&rsquo;odeur du d&eacute;sinfectant envahit et l&rsquo;atmosph&egrave;re. Tout sent la fra&icirc;cheur et l&rsquo;hygi&egrave;ne. Personne ne pouvait soup&ccedil;onner que deux semaines auparavant, une patiente &eacute;tait morte dans cette clinique &agrave; la suite d&rsquo;une infection nosocomiale.\n<\/p>\n<p>\n\tLa victime, In&egrave;s Ben Njima, avait 33 ans et &eacute;tait mari&eacute;e. Elle &eacute;tait all&eacute;e consulter pour une abdominoplastie (op&eacute;ration esth&eacute;tique sur le ventre). Elle a perdu la vie, laissant deux enfants &acirc;g&eacute;s&nbsp;de 1 an et 5 ans et un mari de 37 ans. Suite &agrave; la plainte du mari, le d&eacute;c&egrave;s a fait l&rsquo;objet d&rsquo;une enqu&ecirc;te diligent&eacute;e par le minist&egrave;re de la Sant&eacute;, laquelle a bien confirm&eacute; l&rsquo;existence d&rsquo;un germe &laquo;staphylococcus saprophyticus m&eacute;ticilline R&raquo; &agrave; l&rsquo;origine de l&rsquo;infection nosocomiale ayant provoqu&eacute; un choc septique chez la patiente et sa mort, sept jours apr&egrave;s l&rsquo;intervention chirurgicale. Le rapport de l&rsquo;autopsie est all&eacute; lui aussi dans ce sens. Un proc&egrave;s devrait &ecirc;tre ouvert bient&ocirc;t.\n<\/p>\n<p>\n\tD&eacute;but f&eacute;vrier 2012, dans un laboratoire d&rsquo;analyse &agrave; Tunis. S., biologiste, qui souhaite conserver&nbsp; l&rsquo;anonymat, examine un r&eacute;sultat d&rsquo;analyse que ses collaborateurs viennent de lui confier. Le patient, hospitalis&eacute; pour un probl&egrave;me cardiaque, a attrap&eacute; un germe virulent, klebsiella pneumoniae, provoquant chez lui une septic&eacute;mie (infection grave qui se caract&eacute;rise par des d&eacute;charges importantes et r&eacute;p&eacute;t&eacute;es dans le sang, de germes pathog&egrave;nes, provenant d&rsquo;un foyer). Son cas est grave. Il a d&eacute;velopp&eacute; une infection nosocomiale depuis une semaine dans une clinique de la capitale, et si les m&eacute;decins ne prennent pas les mesures n&eacute;cessaires pour le sauver, &agrave; savoir, lui administrer des antibiotiques tr&egrave;s co&ucirc;teux et l&rsquo;isoler, il risque la mort.\n<\/p>\n<p>\n\tD&egrave;s qu&rsquo;elle voit le bilan bact&eacute;riologique, la biologiste appelle le m&eacute;decin traitant, qui ne r&eacute;pond pas au t&eacute;l&eacute;phone car il se trouvait au service de r&eacute;animation. Alors, sans attendre, elle contacte son coll&egrave;gue pour expliquer le cas, et lui demande de r&eacute;agir tant qu&rsquo;il est encore temps.\n<\/p>\n<p>\n\tDes cas d&rsquo;infections nosocomiales, S. en voit quotidiennement dans les diff&eacute;rentes cliniques avec lesquelles elle collabore. Elle constate aussi leur fr&eacute;quence &agrave; travers les pr&eacute;l&egrave;vements qu&rsquo;on lui envoie pour identifier les germes &agrave; l&rsquo;origine des infections. Cela ne fait que la scandaliser davantage, surtout qu&rsquo;elle voit des gens mourir &agrave; cause de cela, sans que personne ne prenne la peine ni de les informer de ce qui se passe, eux ou les membres de leurs familles et sans prendre rapidement les dispositions n&eacute;cessaires pour les sauver.\n<\/p>\n<p>\n\tEn t&eacute;moigne&nbsp; le cas de ce jeune homme de 21 ans, op&eacute;r&eacute; en France pour une tumeur au niveau de la moelle &eacute;pini&egrave;re&nbsp; et envoy&eacute; ensuite dans une clinique tunisienne pour sa convalescence. C&rsquo;est l&agrave; qu&rsquo;il a contract&eacute; une infection nosocomiale, &agrave; cause d&rsquo;une sonde urinaire qui lui avait &eacute;t&eacute; pos&eacute;e. Il est sorti de la clinique, mais y est revenu rapidement, car il pr&eacute;sentait un &eacute;tat infectieux. &laquo;Le r&eacute;sultat des analyses a r&eacute;v&eacute;l&eacute; qu&rsquo;il avait une septic&eacute;mie&raquo;, dit S., en poursuivant : &laquo;Sa vie &eacute;tait r&eacute;ellement en danger et il fallait r&eacute;agir vite. J&rsquo;ai envoy&eacute; par fax les r&eacute;sultats, en pr&eacute;cisant que c&rsquo;&eacute;tait une urgence, avec des recommandations concernant les antibiotiques &agrave; utiliser. Les m&eacute;decins ne les ont pas prises en compte et n&rsquo;ont pas r&eacute;agi en temps voulu. Pire encore, j&rsquo;ai trouv&eacute; ensuite le fax, jet&eacute; &agrave; la poubelle !&raquo;\n<\/p>\n<p>\n\tR&eacute;sultat : le jeune homme est mort d&rsquo;un choc septique.\n<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;\n<\/p>\n<p>\n\t<strong>L&rsquo;infection nosocomiale&nbsp;: &laquo;une maladie de l&rsquo;h&ocirc;pital&raquo;<\/strong>\n<\/p>\n<p>\n\tMais qu&rsquo;est-ce que l&rsquo;infection nosocomiale,&nbsp; aux allures d&rsquo;&eacute;pid&eacute;mie par sa fr&eacute;quence et sa force de frappe&nbsp;? Et pourquoi &eacute;vite-t-on d&rsquo;en parler&nbsp;?\n<\/p>\n<p>\n\tC&rsquo;est une infection contract&eacute;e en milieu hospitalier. Elle se d&eacute;clenche au bout de 48 heures apr&egrave;s l&rsquo;admission du malade. En dessous de cette p&eacute;riode, elle ne peut pas &ecirc;tre consid&eacute;r&eacute;e comme telle. Elle est caus&eacute;e par des germes multi-r&eacute;sistants aux antibiotiques, qui se d&eacute;veloppent dans les &eacute;tablissements de soins. Ces germes peuvent se trouver sur le mat&eacute;riel m&eacute;dical, sur les surfaces, dans l&rsquo;environnement, chez le personnel m&eacute;dical et m&ecirc;me chez un malade. La contamination se fait g&eacute;n&eacute;ralement d&rsquo;un patient &agrave; un autre, ou via le personnel de soins, qui devient vecteur de circulation des microbes se collant sur ses mains, ses habits ou les instruments qu&rsquo;il utilise. Il est vrai que l&rsquo;&ecirc;tre humain vit constamment avec des microbes autour de lui, mais quand il est hospitalis&eacute;, son immunit&eacute; diminue et certains germes peuvent devenir virulents.\n<\/p>\n<p>\n\t&laquo;Les principales localisations infectieuses sont habituellement les infections urinaires, les infections respiratoires, les infections postop&eacute;ratoires et les bact&eacute;ri&eacute;mies primaires et secondaires&raquo;, comme le pr&eacute;cise le Dr. Ridha Hamza, du Service r&eacute;gional d&rsquo;hygi&egrave;ne de Bizerte dans un article scientifique intitul&eacute; &laquo;Epid&eacute;miologie des infections associ&eacute;es aux soins&raquo; (janvier 2010).\n<\/p>\n<p>\n\tLe probl&egrave;me&nbsp; des infections nosocomiales est loin d&rsquo;&ecirc;tre sp&eacute;cifique &agrave; la Tunisie. Selon l&rsquo;OMS (Organisation Mondiale de Sant&eacute;), &laquo;&agrave; tout moment, plus de 1,4 million de personnes dans le monde souffrent de complications infectieuses acquises &agrave; l&rsquo;h&ocirc;pital&raquo;. L&rsquo;OMS a d&rsquo;ailleurs tout un plan &agrave; l&rsquo;&eacute;chelle mondiale pour lutter contre ces infections, plus connues sous l&rsquo;appellation &laquo;infections li&eacute;es au soin&raquo;.\n<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;\n<\/p>\n<p>\n\t<strong>L&rsquo;usage intensif des antibiotiques&nbsp;&agrave; l&rsquo;origine du mal<\/strong>\n<\/p>\n<p>\n\tLa conscience du danger des infections nosocomiales dans le monde remonte &agrave; une trentaine d&rsquo;ann&eacute;es. Mais le probl&egrave;me s&rsquo;est aggrav&eacute; ces derni&egrave;res ann&eacute;es, notamment &agrave; cause de l&rsquo;usage intensif des produits chimiques et des antibiotiques dans l&rsquo;agriculture et dans l&rsquo;&eacute;levage. En fait, cela&nbsp; &laquo;contribue &agrave; la mutation des&nbsp; germes, et ce, &agrave; l&rsquo;&eacute;chelle mondiale. Ils deviennent de plus en plus r&eacute;sistants aux antibiotiques. L&rsquo;industrie pharmaceutique est en train de courir derri&egrave;re cette r&eacute;alit&eacute; changeante, pour essayer de mettre sur le march&eacute; des antibiotiques encore plus puissants&raquo;, explique Ali Ch&eacute;rif, chef de service d&rsquo;Anesth&eacute;sie-r&eacute;animation &agrave; l&rsquo;h&ocirc;pital La Rabta.\n<\/p>\n<p>\n\tDe plus,&nbsp; leur prescription fr&eacute;quente par les m&eacute;decins et l&rsquo;acc&egrave;s facile de l&rsquo;usager tunisien &agrave; ce genre de m&eacute;dicaments &agrave; travers les pharmacies, intensifient la consommation et multiplie le risque de r&eacute;sistance aux germes. Le Dr. Sami Allagui, m&eacute;decin g&eacute;n&eacute;raliste, s&rsquo;indigne de cette &laquo;facilit&eacute; avec laquelle l&rsquo;usager peut se procurer des antibiotiques, puisque les pharmacies les vendent librement. Vous ne trouverez pas une chose pareille en France, par exemple, o&ugrave; la vente sans ordonnance est interdite&nbsp;!&raquo;\n<\/p>\n<p>\n\tPour mesurer la gravit&eacute; du probl&egrave;me en Tunisie, une enqu&ecirc;te de pr&eacute;valence (qui permet de calculer le nombre de cas de maladies pr&eacute;sents &agrave; un moment donn&eacute; dans une population) a &eacute;t&eacute; r&eacute;alis&eacute;e en 2005 sur un ensemble de 7065 malades dans 66 &eacute;tablissements hospitaliers -54 h&ocirc;pitaux publics et 12 cliniques priv&eacute;es). Elle a d&eacute;montr&eacute; que le taux de pr&eacute;valence des infections nosocomiales est de 6,9%, soit un patient sur sept est touch&eacute;. Ce taux reste dans la moyenne mondiale, puisque la fr&eacute;quence globale des infections associ&eacute;es aux soins, d&eacute;montr&eacute;es par les &eacute;tudes internationales, varie entre 5 &agrave; 10% des hospitalisations.\n<\/p>\n<p>\n\tCette enqu&ecirc;te de 2005 est la seule qui a &eacute;t&eacute; men&eacute;e &agrave; l&rsquo;&eacute;chelle nationale.\n<\/p>\n<p>\n\tMalheureusement, on ne dispose pas encore de statistiques plus r&eacute;centes pour &eacute;valuer l&rsquo;ampleur du ph&eacute;nom&egrave;ne (une seconde enqu&ecirc;te de pr&eacute;valence est pr&eacute;vue cette ann&eacute;e). De telles statistiques sont habituellement r&eacute;alis&eacute;es par les CLIN (Comit&eacute;s de lutte contre les infections nosocomiales), qui, th&eacute;oriquement, devraient exister dans chaque &eacute;tablissement hospitalier. Or ce n&rsquo;est pas le cas. Par ailleurs, la d&eacute;claration des infections nosocomiales au niveau des h&ocirc;pitaux et des cliniques n&rsquo;est pas obligatoire pour les m&eacute;decins.\n<\/p>\n<p>\n\tOn ne dispose pas non plus de chiffres sur le taux de mortalit&eacute;, alors qu&rsquo;en interrogeant les m&eacute;decins, ils &eacute;voquent l&rsquo;existence r&eacute;elle de ce risque. Selon une &eacute;tude r&eacute;alis&eacute;e en 2008 dans le Centre de maternit&eacute; et de n&eacute;onatologie de Tunis, dans le cadre de la th&egrave;se en m&eacute;decine de Maher Ben Laiba (&laquo;Mortalit&eacute; n&eacute;onatale au CMNT en 2008, &eacute;pid&eacute;miologie, causes\/facteurs de risque&raquo;, 2010), sur les 14&nbsp;914 naissances en 2008, il y a eu 151 d&eacute;c&egrave;s par infection nosocomiale, soit 43% du nombre total des d&eacute;c&egrave;s (322).&nbsp;&nbsp;&nbsp;\n<\/p>\n<p>\n\tCes infections ne repr&eacute;sentent certes pas la premi&egrave;re cause de mortalit&eacute; chez les nouveaux n&eacute;s en Tunisie, mais elles peuvent n&eacute;anmoins &ecirc;tre fatales, si les bonnes conditions d&rsquo;hygi&egrave;ne dans l&rsquo;&eacute;tablissement hospitalier ne sont pas respect&eacute;es.\n<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;\n<\/p>\n<p>\n\t<strong>La loi de l&rsquo;omerta<\/strong>\n<\/p>\n<p>\n\tLe plus inqui&eacute;tant, c&rsquo;est que le malade peut d&eacute;velopper une infection nosocomiale et en mourir sans que ni lui ni sa famille n&rsquo;en sachent rien, puisque souvent on ne les avisera pas. Dorra raconte l&rsquo;histoire de son p&egrave;re, op&eacute;r&eacute; pour une fracture du col du f&eacute;mur. Pendant des semaines, il a souffert de complications, multipliant les entr&eacute;es et sorties de la clinique sans comprendre r&eacute;ellement de quoi il souffrait. Les membres de sa famille ont alors d&eacute;cid&eacute; de le changer d&rsquo;&eacute;tablissement de soins, en esp&eacute;rant que son &eacute;tat s&rsquo;am&eacute;liore, mais en vain. Il &eacute;tait constamment sous antibiotiques forts.\n<\/p>\n<p>\n\t&laquo;Ce n&rsquo;est que par hasard, et en montrant ses analyses &agrave; une cousine m&eacute;decin, qu&rsquo;on a compris qu&rsquo;il souffrait d&rsquo;une infection nosocomiale contract&eacute;e apr&egrave;s l&rsquo;op&eacute;ration&raquo;. Il a fini par mourir.\n<\/p>\n<p>\n\tPourquoi donc cette omerta&nbsp;? Solidarit&eacute; entre m&eacute;decins&nbsp;? Peur de perdre leur r&eacute;putation pour les cliniques priv&eacute;es, puisqu&rsquo;en cas d&rsquo;infections nosocomiales,&nbsp; l&rsquo;&eacute;tablissement de sant&eacute; (public ou priv&eacute;) est le premier &agrave; &ecirc;tre mis en cause?\n<\/p>\n<p>\n\tOui, mais rien ne justifie l&rsquo;absence d&rsquo;une information transparente &agrave; donner au patient. C&rsquo;est son droit le plus absolu.\n<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;\n<\/p>\n<p>\n\t<strong>Payer pour la faute des autres<\/strong>\n<\/p>\n<p>\n\tOr, ce qui survient g&eacute;n&eacute;ralement, c&rsquo;est que le malade est non seulement non inform&eacute; de son &eacute;tat, mais de plus, il devra payer les frais suppl&eacute;mentaires, dus &agrave; la prolongation de la dur&eacute;e de son hospitalisation et &agrave; l&rsquo;usage de co&ucirc;teux antibiotiques pour &eacute;liminer les germes responsables de son infection. &laquo;J&rsquo;ai vu des patients payer 300 &agrave; 400 dinars par jour de frais suppl&eacute;mentaires dans des cliniques, &agrave; cause des infections nosocomiales&raquo;, affirme le Dr. Alllagui. Un malade dans une clinique &agrave; Sfax a d&ucirc; payer une note s&rsquo;&eacute;levant &agrave; 7000 dinars&nbsp; pour une infection nosocomiale&nbsp;!\n<\/p>\n<p>\n\tReconna&icirc;tre l&rsquo;existence des infections nosocomiales revient aussi &agrave; rembourser les patients, ou &agrave; proposer des compensations aux malades ou &agrave; leurs familles en cas de complications graves ou de d&eacute;c&egrave;s. C&rsquo;est ce que les responsables des &eacute;tablissements m&eacute;dicaux, notamment priv&eacute;s, voudraient &eacute;viter &agrave; tout prix. L&rsquo;enqu&ecirc;te nationale de pr&eacute;valence de 2005 a montr&eacute; que le taux de pr&eacute;valence des infections nosocomiales est de 10,1% dans les cliniques et de 7,4% dans les Centres Hospitalo-universitaires.\n<\/p>\n<p>\n\tMais il se trouve que certaines familles de patients se rendent compte, malgr&eacute; tout et par leurs propres moyens, de&nbsp; l&rsquo;existence d&rsquo;une infection nosocomiale et elles obligent les directeurs des cliniques &agrave; reconnaitre leurs torts. Le Dr. Allagui&nbsp; nous rapporte le cas de cette patiente de 56 ans, op&eacute;r&eacute;e pour une appendicite et qui avait attrap&eacute; un germe multi-r&eacute;sistant, le Staphylococcus aureus (MRSA), en clinique, ce qui lui a valu d&rsquo;entrer dans le coma pendant plus de deux mois. Sa s&oelig;ur, m&eacute;decin, avait eu le&nbsp; bon r&eacute;flexe de prendre des &eacute;chantillons du mat&eacute;riel utilis&eacute; dans le bloc op&eacute;ratoire (gants, seringues, d&eacute;chets&hellip;) pour les soumettre &agrave; un laboratoire afin de les analyser, de fa&ccedil;on &agrave; identifier le germe en question ainsi que sa provenance. Puis elle est revenue, avec ces preuves, vers la direction de la clinique, en mena&ccedil;ant de porter plainte. La direction a accept&eacute; de payer des compensations afin d&rsquo;&eacute;viter un tel sc&eacute;nario.\n<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;\n<\/p>\n<p>\n\t<strong>Le manque de moyens&nbsp;: un vrai handicap<\/strong>\n<\/p>\n<p>\n\tMais qu&rsquo;est-ce qui explique la fr&eacute;quence des infections nosocomiales dans nos institutions hospitali&egrave;res, et pourquoi ne lutte-t-on pas assez contre ce probl&egrave;me&nbsp;?\n<\/p>\n<p>\n\tLe manque de moyens financiers et humains est la premi&egrave;re cause &eacute;voqu&eacute;e par les professionnels de sant&eacute;. Car la lutte contre les infections nosocomiales passe par un syst&egrave;me de qualit&eacute; de l&rsquo;hygi&egrave;ne dans les &eacute;tablissements en question. Or, cela se r&eacute;alise &agrave;&nbsp; plusieurs niveaux, comme le pr&eacute;cise le Pr. Lamine Dhidah, Chef de service d&rsquo;hygi&egrave;ne hospitali&egrave;re au CHU de Sahloul et l&rsquo;un des premiers en Tunisie &agrave; avoir travaill&eacute; sur les infections nosocomiales : le choix de l&rsquo;emplacement de l&rsquo;h&ocirc;pital et de son architecture, de fa&ccedil;on &agrave; s&eacute;parer les services et &agrave; assurer des circuits diff&eacute;rents pour le transport des aliments et des d&eacute;chets&nbsp;;&nbsp; la garantie d&rsquo;une hygi&egrave;ne stricte et r&eacute;guli&egrave;re de l&rsquo;air ambiant, de l&rsquo;eau, des aliments et des surfaces&nbsp;;&nbsp; la gestion des d&eacute;chets hospitaliers et la garantie d&rsquo;une&nbsp; parfaite propret&eacute;, aussi bien au niveau du personnel hospitalier qu&rsquo;au niveau des malades, avec un contr&ocirc;le permanent et rigoureux.\n<\/p>\n<p>\n\tTout cela n&eacute;cessite beaucoup de moyens que toutes les institutions hospitali&egrave;res ne sont pas toujours dispos&eacute;es &#8211; ou capables &#8211; de mettre en place. Le premier probl&egrave;me qui se pose est la composition m&ecirc;me du service d&rsquo;hygi&egrave;ne.\n<\/p>\n<p>\n\tUne circulaire du minist&egrave;re de la Sant&eacute;, publi&eacute;e en date du 25 janvier 1990 pr&eacute;cise cette composition qui r&eacute;unit une dizaine de personnes de diff&eacute;rentes sp&eacute;cialit&eacute;s (chefs de services chirurgie, hygi&egrave;ne, p&eacute;diatrie, gyn&eacute;cologie, nutritionniste, surveillant g&eacute;n&eacute;ral&hellip;) En r&eacute;alit&eacute;, cette &eacute;quipe se r&eacute;duit souvent &agrave; trois ou quatre personnes, parfois une seule, notamment dans les cliniques o&ugrave; l&rsquo;on trouve un hygi&eacute;niste, et parfois rien du tout.\n<\/p>\n<p>\n\tPar ailleurs, les op&eacute;rations de contr&ocirc;le d&rsquo;hygi&egrave;ne effectu&eacute;es par les inspecteurs travaillant sous l&rsquo;&eacute;gide de la Direction de l&rsquo;hygi&egrave;ne du milieu et de la protection de l&rsquo;environnement au sein du minist&egrave;re de la Sant&eacute;, restent en de&ccedil;&agrave; de la demande r&eacute;elle pour instaurer un vrai syst&egrave;me de qualit&eacute;. En effet, 31&nbsp;524 op&eacute;rations d&rsquo;inspection ont &eacute;t&eacute; r&eacute;alis&eacute;es en 2010 dans les &eacute;tablissements hospitaliers sur&nbsp; tout le territoire, contre 24&nbsp;482 en 2011, par 584 inspecteurs. La fr&eacute;quence des inspections varie entre une visite chaque semaine ou chaque mois, selon l&rsquo;urgence de la situation en mati&egrave;re d&rsquo;hygi&egrave;ne, pour un ensemble de 118 cliniques et&nbsp; de 172 h&ocirc;pitaux. M. Mohamed Rabhi, directeur de la Direction de l&rsquo;hygi&egrave;ne hospitali&egrave;re, au sein du minist&egrave;re de la Sant&eacute;, reconnait qu&rsquo;il y a un manque de moyens humains flagrant, qu&rsquo;il est urgent de combler.\n<\/p>\n<p>\n\tAutre probl&egrave;me qui illustre ce manque de moyens, c&rsquo;est l&rsquo;insuffisance de points d&rsquo;eau pour permettre aux m&eacute;decins et au personnel param&eacute;dical de laver fr&eacute;quemment leurs mains. Car les &eacute;tudes ont prouv&eacute; que les mains sont le premier vecteur de transmission des germes, et leur propret&eacute; reste la premi&egrave;re recommandation &agrave; suivre dans toutes les strat&eacute;gies de pr&eacute;vention. &laquo;Se laver les mains, c&rsquo;est mon combat quotidien au sein de mon service de r&eacute;animation &agrave; l&rsquo;h&ocirc;pital La Rabta. C&rsquo;est dur d&rsquo;inculquer cette discipline au personnel m&eacute;dical&nbsp;!&raquo;, souligne le Dr. Ali Ch&eacute;rif qui explique cette situation, &agrave; la fois, par l&rsquo;insuffisance des ressources et celle de la culture de pr&eacute;vention.\n<\/p>\n<p>\n\tUne &eacute;tude prospective a &eacute;t&eacute; men&eacute;e pendant la seconde quinzaine de janvier 2009 aupr&egrave;s du personnel soignant de 4 services class&eacute;s &agrave; haut risque infectieux de l&rsquo;h&ocirc;pital Farhat Hached de Sousse, son but &eacute;tait de mesurer l&rsquo;adh&eacute;sion et la pertinence du lavage des mains&nbsp;: la conformit&eacute; aux normes en vigueur &eacute;tait seulement de 16,1%1.\n<\/p>\n<p>\n\tUn vrai effort est donc &agrave; faire, aussi, au niveau de la sensibilisation du personnel m&eacute;dical dans les &eacute;tablissements de sant&eacute; et au niveau de sa formation.\n<\/p>\n<p>\n\tL&rsquo;organisation des s&eacute;ances de formation en mati&egrave;re de pr&eacute;vention contre les infections nosocomiales reste tributaire de la d&eacute;cision des directeurs de ces &eacute;tablissements, qui en fixent aussi la fr&eacute;quence.\n<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;\n<\/p>\n<p>\n\tLe surbooking des &eacute;tablissements de soins&nbsp;: la porte ouverte &agrave; tous les d&eacute;rapages\n<\/p>\n<p>\n\tLa surcharge du nombre de patients au niveau des structures hospitali&egrave;res n&rsquo;aide pas non plus &agrave; r&eacute;gler la situation. Pis, elle ouvre la porte &agrave; un ensemble de manquements flagrants aux r&egrave;gles d&rsquo;hygi&egrave;ne, tels que le lavage irr&eacute;gulier des mains tout en traitant plusieurs malades, la r&eacute;utilisation d&rsquo;un mat&eacute;riel &agrave; usage unique et la faible fr&eacute;quence des op&eacute;rations de d&eacute;sinfection des blocs op&eacute;ratoires. &laquo;Parfois, on trouve au niveau des inspections faites, qu&rsquo;il y a eu utilisation d&rsquo;un mat&eacute;riel qui non st&eacute;rilis&eacute;, cela arrive en cas de surcharge de travail&raquo;, note Mohamed Rabhi, directeur de la direction d&rsquo;hygi&egrave;ne hospitali&egrave;re au sein du minist&egrave;re de la Sant&eacute;.&nbsp;\n<\/p>\n<p>\n\tLe surbooking est aussi &agrave; l&rsquo;origine du manque de salles d&rsquo;isolement pour s&eacute;parer les malades ayant contract&eacute; une infection nosocomiale. Car g&eacute;n&eacute;ralement, d&egrave;s qu&rsquo;un malade d&eacute;clenche de la fi&egrave;vre au&nbsp; bout de 48h d&rsquo;hospitalisation (ce qui est un sympt&ocirc;me&nbsp; de l&rsquo;infection nosocomiale), le premier r&eacute;flexe du m&eacute;decin traitant est de l&rsquo;isoler pour &eacute;viter la contamination des autres malades, en attendant de comprendre la nature et l&rsquo;origine du germe responsable &agrave; travers des pr&eacute;l&egrave;vements faits aussi bien sur le sujet lui-m&ecirc;me que sur l&rsquo;environnement direct o&ugrave; il se trouve. Or, cela n&rsquo;est pas toujours possible, pour cause d&rsquo;insuffisance de salles. L&rsquo;enqu&ecirc;te de pr&eacute;valence de 2005 a r&eacute;v&eacute;l&eacute; que sur les 66 &eacute;tablissements y ayant particip&eacute;, il existait 76 salles d&rsquo;isolements, soit une&nbsp; moyenne d&rsquo;une salle&nbsp; d&rsquo;isolement par &eacute;tablissement, ce qui est insuffisant.\n<\/p>\n<p>\n\tLe bloc op&eacute;ratoire reste le lieu de contagion par excellence en mati&egrave;re d&rsquo;infections nosocomiales. Deux facteurs favorisent particuli&egrave;rement cette situation&nbsp;: tout d&rsquo;abord, la pratique de tout type de chirurgies, sans distinction ou s&eacute;paration, dans un m&ecirc;me lieu. &laquo;On ne peut pas r&eacute;aliser dans un m&ecirc;me bloc, la chirurgie dite &ldquo;sale&rdquo; (appareil digestif, ORL&hellip;) et la chirurgie dite &ldquo;propre&rdquo;&nbsp; (esth&eacute;tique, orthop&eacute;die&hellip;). Or, cela est tr&egrave;s fr&eacute;quent, notamment dans les cliniques, ce qui augmente le risque de contamination&raquo;, pr&eacute;cise le Dr. Abdelaziz Khalil, sp&eacute;cialiste en orthop&eacute;die-traumatologie.\n<\/p>\n<p>\n\tL&rsquo;usage intensif du bloc op&eacute;ratoire, o&ugrave; l&rsquo;on pratique jusqu&rsquo;&agrave; 20 &agrave; 25 op&eacute;rations par jour (surtout dans certaines &eacute;tablissements hospitaliers priv&eacute;s), sans donner suffisamment le temps au personnels de l&rsquo;hygi&egrave;ne d&rsquo;effectuer leur travail et de d&eacute;sinfecter tout le mat&eacute;riel, contribue aussi &agrave; la circulation des germes.\n<\/p>\n<p>\n\tTh&eacute;oriquement, le bloc doit &ecirc;tre d&eacute;sinfect&eacute; apr&egrave;s chaque op&eacute;ration, mais en r&eacute;alit&eacute;, les choses se passent tr&egrave;s diff&eacute;remment, pour des raisons essentiellement lucratives.\n<\/p>\n<p>\n\tL&rsquo;arriv&eacute;e massive de resortissants Libyens en Tunisie, pendant leur r&eacute;volution, a encore compliqu&eacute; la situation.&nbsp; L&rsquo;afflux de bless&eacute;s de guerre a g&eacute;n&eacute;r&eacute; une pression suppl&eacute;mentaire sur nos h&ocirc;pitaux et nos cliniques. &laquo;Nous avons d&eacute;couvert des germes multi-r&eacute;sistants jamais connus en Tunisie, des germes tr&egrave;s virulents, ramen&eacute;s par les patients libyens&raquo;, affirme la biologiste S. Elle ajoute&nbsp;: &laquo;Les cliniques tunisiennes travaillaient nuit et jour. On a m&ecirc;me rajout&eacute; des lits dans les locaux administratifs pour accueillir ce flux grandissant&nbsp;! Cela a certainement eu un effet sur les conditions d&rsquo;hygi&egrave;ne et a consid&eacute;rablement augment&eacute; les risques d&rsquo;avoir des infections nosocomiales&raquo;.\n<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;\n<\/p>\n<p>\n\t<strong>Un co&ucirc;t &eacute;conomique lourd de plus 50 000 000 DT par an<\/strong>\n<\/p>\n<p>\n\tLa lutte contre les infections nosocomiales est plus qu&rsquo;urgente, d&rsquo;autant plus qu&rsquo;un tel probl&egrave;me entra&icirc;ne un co&ucirc;t humain et socio-&eacute;conomique lourd. Un taux de pr&eacute;valence nationale de 6,7% de malades infect&eacute;s est &eacute;quivalent &agrave; environ 33.500 patients victimes d&rsquo;infections nosocomiales par an. Le Pr. Lamine Dhidah pr&eacute;cise que le surco&ucirc;t m&eacute;dical direct d&eacute;passe&nbsp; 1700 DT par malade surinfect&eacute;, soit un total de plus 50 000 000 DT par an. Cette somme repr&eacute;sente pas moins de 5,6% du budget de fonctionnement du minist&egrave;re de la Sant&eacute; publique en 2007.\n<\/p>\n<p>\n\tIl existe aujourd&rsquo;hui en Tunisie une prise de conscience sur la n&eacute;cessit&eacute; d&rsquo;agir. Ainsi, toute une strat&eacute;gie nationale a &eacute;t&eacute; d&eacute;finie par un groupe d&rsquo;experts et de professeurs sp&eacute;cialis&eacute;s dans l&rsquo;hygi&egrave;ne hospitali&egrave;re. Une Cellule de lutte contre les infections associ&eacute;es aux soins a m&ecirc;me &eacute;t&eacute; cr&eacute;&eacute;e au sein du minist&egrave;re de la Sant&eacute;, en 2011, &agrave; la t&ecirc;te de laquelle se trouve Nawal Fequih. Cette derni&egrave;re explique que la strat&eacute;gie va s&rsquo;articuler autour de cinq axes&nbsp;: r&eacute;glementation (&eacute;laboration d&rsquo;une base juridique &agrave; travers un d&eacute;cret cadre et des textes d&rsquo;application), formation (en am&eacute;liorant la formation de base en hygi&egrave;ne hospitali&egrave;re et la formation&nbsp; continue des professionnels de la sant&eacute;, sans oublier la sensibilisation), environnement de soins (garantir un environnement salubre dans l&rsquo;&eacute;tablissement de sant&eacute; et assurer la gestion des d&eacute;chets hospitaliers), surveillance (cr&eacute;er un syst&egrave;me national permettant de suivre l&rsquo;&eacute;volution des infections li&eacute;es aux soins et d&rsquo;aider les professionnels &agrave; am&eacute;liorer leurs pratiques dans ce sens),&nbsp; unification et standardisation des proc&eacute;dures et des pratiques d&rsquo;hygi&egrave;ne hospitali&egrave;re et de pr&eacute;vention (l&rsquo;absence actuelle de normes d&rsquo;hygi&egrave;ne standardis&eacute;es, utilis&eacute;es dans tous les&nbsp; &eacute;tablissements hospitaliers dans le pays,&nbsp; est &agrave; d&eacute;plorer, malgr&eacute; l&rsquo;existence de manuels pr&eacute;cisant les r&egrave;gles d&rsquo;hygi&egrave;ne qui sont conformes aux recommandations de l&rsquo;OMS.)\n<\/p>\n<p>\n\tCette strat&eacute;gie nationale&nbsp; a &eacute;t&eacute; mise en &oelig;uvre durant cette ann&eacute;e. Il est aussi pr&eacute;vu de r&eacute;aliser en automne 2012 la deuxi&egrave;me enqu&ecirc;te nationale de pr&eacute;valence sur les infections nosocomiales..\n<\/p>\n<p>\n\tEsp&eacute;rons que cette strat&eacute;gie saura limiter la fr&eacute;quence de ce type d&rsquo;infections dans nos &eacute;tablissements de sant&eacute;, car il n&rsquo;est plus possible de continuer &agrave; ignorer l&rsquo;ampleur du probl&egrave;me il y va de la survie des malades.&nbsp;\n<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;\n<\/p>\n<p align=\"right\">\n\t<strong><em>Han&egrave;ne Zbiss<\/em><\/strong>\n<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Tr\u00e8s souvent, des patients hospitalis\u00e9s se retrouvent avec des infections dues \u00e0 des germes multi-r\u00e9sistants aux antibiotiques. Parfois, ils en meurent. 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