{"id":17977,"date":"2014-09-25T10:00:14","date_gmt":"2014-09-25T09:00:14","guid":{"rendered":"http:\/\/www.realites.com.tn\/?p=17977"},"modified":"2014-09-25T10:00:14","modified_gmt":"2014-09-25T09:00:14","slug":"m-jean-luc-berasconi-economiste-chef-a-la-banque-mondiale-un-gout-dinacheve","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/realites.com.tn\/fr\/m-jean-luc-berasconi-economiste-chef-a-la-banque-mondiale-un-gout-dinacheve\/","title":{"rendered":"M. Jean Luc Berasconi, \u00e9conomiste chef \u00e0 la Banque Mondiale : \u00abun go\u00fbt d\u2019inachev\u00e9\u00bb"},"content":{"rendered":"<p>\n\t<a href=\"http:\/\/www.realites.com.tn\/wp-content\/uploads\/0e8ce7d300265b8a664051ff1e5605a30fef4d59.jpeg\" data-rel=\"penci-gallery-image-content\" ><img fetchpriority=\"high\" decoding=\"async\" alt=\"0e8ce7d300265b8a664051ff1e5605a30fef4d59\" class=\"aligncenter size-full wp-image-17978\" height=\"294\" src=\"http:\/\/www.realites.com.tn\/wp-content\/uploads\/0e8ce7d300265b8a664051ff1e5605a30fef4d59.jpeg\" width=\"598\" \/><\/a>\n<\/p>\n<p>\n\t<strong style=\"line-height: 1.6em;\">La Tunisie poss&egrave;de un grand potentiel et pourrait devenir&nbsp; un jour le tigre de la M&eacute;diterran&eacute;e.&nbsp; D&rsquo;ici l&agrave;, notre &eacute;conomie est sous l&rsquo;emprise du lobbying et continue de l&rsquo;&ecirc;tre trois ans apr&egrave;s la R&eacute;volution.&nbsp;<span style=\"line-height: 1.6em;\">Le syst&egrave;me &eacute;conomique qui existait sous Ben Ali n&rsquo;a pas v&eacute;ritablement chang&eacute;. C&rsquo;est le constat sans appel du rapport de la Banque Mondiale. Pour mieux affirmer ce constat dans ce rapport, la Banque lui a donn&eacute; le titre de &laquo;&nbsp;R&eacute;volution inachev&eacute;e&hellip;&nbsp;&raquo;. <\/span><span style=\"line-height: 1.6em;\">M. Jean Luc Berasconi, &eacute;conomiste chef &agrave; la Banque mondiale, nous explique les raisons qui ont amen&eacute; la Banque mondiale &agrave; cette analyse. Interview<\/span><\/strong>\n<\/p>\n<p>\n\t<strong>Quels sont les protagonistes de ce rapport&nbsp;?<\/strong>\n<\/p>\n<p>\n\tLe rapport s&rsquo;est bas&eacute; sur nombreuses analyses&nbsp; circonstancielles qui ont &eacute;t&eacute; selon les secteurs men&eacute;es par des experts et des &eacute;quipes de la Banque mondiale en collaboration avec des experts tunisiens en particulier du monde acad&eacute;mique, de l&rsquo;Institut national des statistiques. Plusieurs instances tunisiennes ont aussi&nbsp; particip&eacute; au travail analytique qui a aliment&eacute; ce rapport. En termes de contexte et de justification du rapport, il faut savoir que la BM dans tous les pays dans lesquelles elle intervient fait des rapports approfondis analytiques de la situation &eacute;conomique surtout structurelle &agrave; la croissance et au partage de richesse &agrave; une fr&eacute;quence de trois ou quatre ans. En Tunisie le dernier rapport de ce genre a &eacute;t&eacute; fait en 2009 en ce concentrant&nbsp; plus sur l&rsquo;aspect innovation.\n<\/p>\n<p>\n\t<strong>Vous avez d&eacute;voil&eacute; des informations percutantes sur l&rsquo;&eacute;conomie tunisienne, pourquoi vous ne les avez pas publi&eacute;es &agrave; l&rsquo;&eacute;poque de l&rsquo;ancien r&eacute;gime&nbsp;?<\/strong>\n<\/p>\n<p>\n\tCes informations certes n&rsquo;&eacute;taient pas disponibles avant la R&eacute;volution. Par d&eacute;finition&nbsp; par exemple une partie du rapport se base sur les donn&eacute;es des entreprises confisqu&eacute;es apr&egrave;s la R&eacute;volution, donc cela n&rsquo;&eacute;tait pas disponible avant. De nombreuses donn&eacute;es statistiques ne l&rsquo;&eacute;taient pas non plus. Cela &eacute;tant, il y avait l&rsquo;information quantitative qui &eacute;tait disponible et qui montrait bien certains probl&egrave;mes que nous avons mentionn&eacute;s dans ce rapport. Ces m&ecirc;mes informations et probl&egrave;mes ont &eacute;t&eacute; soulev&eacute;s par la Banque mondiale dans diff&eacute;rentes publications &agrave; l&rsquo;&eacute;poque. Ce que nous avons appris de cette p&eacute;riode c&rsquo;est que la mani&egrave;re ou le langage dont ces informations ont &eacute;t&eacute; communiqu&eacute;es &eacute;taient&nbsp; diplomatiques ou technocratiques. En plus claire, elles &eacute;taient&nbsp; un peu masqu&eacute;es.\n<\/p>\n<p>\n\t<strong>Vous insistez dans votre rapport sur la n&eacute;cessit&eacute; pour la Tunisie d&rsquo;adopter un nouveau mod&egrave;le &eacute;conomique, alors pour certains &eacute;conomistes, le mod&egrave;le &eacute;conomique ne peut pas &ecirc;tre un point de d&eacute;part mais un r&eacute;sultat&nbsp;?<\/strong>\n<\/p>\n<p>\n\tC&rsquo;est certain que les opinions peuvent diverger sur ce point. Je pourrais vous donner&nbsp; un contre exemple, le code d&rsquo;incitation &agrave; l&rsquo;investissement n&rsquo;a pas r&eacute;ussi en Tunisie, car il n&rsquo;&eacute;tait pas ancr&eacute; dans une vision globale strat&eacute;gique. Qu&rsquo;est ce qui a &eacute;t&eacute; fait pour la r&eacute;forme du code&nbsp;? En fait&nbsp; le projet du nouveau code, on l&rsquo;a consult&eacute;,&nbsp; tout le monde y a donn&eacute; son apport.&nbsp; On voulait faire plaisir &agrave; tout le monde et finalement, on fait plaisir &agrave; personne et&nbsp; le code a &eacute;t&eacute; retir&eacute;. Donc notre point de vue est de dire que c&rsquo;est mieux d&rsquo;avoir une vision, un mod&egrave;le &eacute;conomique. Cela&nbsp; ne va pas &ecirc;tre un plan au sens archa&iuml;que du terme, mais au moins une vision d&rsquo;objectifs strat&eacute;giques clairs pour orienter les r&eacute;formes. Si je reprends l&rsquo;exemple du code de l&rsquo;investissement, c&rsquo;est cette vision qui permet au gouvernent de dire qu&rsquo;en se basant sur notre vision que nous avons pu mettre en place ce code. C&rsquo;est un d&eacute;bat int&eacute;ressant un petit peu acad&eacute;mique mais en fin du compte, ce sont les r&eacute;formes qui comptent. Si on a une vision sans r&eacute;formes, &ccedil;a ne sert &agrave; rien. Etant donn&eacute; que les changements auxquels on fait r&eacute;f&eacute;rence sont profonds, mieux vaut les orienter dans le cadre d&rsquo;une vision.\n<\/p>\n<p>\n\t<strong>Quelles sont vos recommandations au gouvernement pour le nouveau code d&rsquo;investissement ?<\/strong>\n<\/p>\n<p>\n\tNotre point de vue en droite ligne avec les orientations du rapport. Le code devrait &ecirc;tre revu assez fondamentalement, surtout par rapport&nbsp; &agrave; l&rsquo;acc&egrave;s au march&eacute;. C&rsquo;est-&agrave;-dire avoir une d&eacute;finition claire de quel march&eacute; on est pr&ecirc;t &agrave; ouvrir et l&agrave; on parle des investisseurs locaux et &eacute;trangers. Avoir une analyse solide pour r&eacute;duire la liste des secteurs o&ugrave; les restrictions sont fortes.\n<\/p>\n<p>\n\t<strong>Mais la restriction n&rsquo;est pas toujours n&eacute;gative,&nbsp; la restriction favorise la transparence&nbsp;? Donc la question qui se pose comment peut-on &ecirc;tre lib&eacute;ral tout en&nbsp; prot&eacute;geant en m&ecirc;me temps son &eacute;conomie?<\/strong>\n<\/p>\n<p>\n\tC&rsquo;est un choix strat&eacute;gique. Il existe des secteurs strat&eacute;giques qu&rsquo;il ne faut pas ouvrir &agrave; tout le monde pour des raisons &eacute;conomiques s&eacute;curitaires. D&rsquo;autres secteurs, la restriction nous &eacute;chappe. Il faut regarder cette liste eu ayant l&rsquo;&oelig;il critique et en gardant le socle d&rsquo;activit&eacute; o&ugrave; il faut des autorisations et des restrictions. Le deuxi&egrave;me aspect qu&rsquo;il faut absolument revoir c&rsquo;est l&rsquo;incitation notamment fiscale. Si l&rsquo;objectif &eacute;tait de d&eacute;velopper les industries&nbsp; dans les r&eacute;gions, force est de constater&nbsp; que le code n&rsquo;a pas atteint ces objectifs. La plus part soit 60% des incitations sont all&eacute;s &agrave; des secteurs qui en ont pas besoin&nbsp; &agrave; savoir les mines, l&rsquo;&eacute;nergie et le secteur financier. En m&ecirc;me temps, selon notre rapport, 20% des entreprises dans les secteurs des industries chimique et &eacute;lectrique, n&rsquo;auraient pas investi s&rsquo;il n&rsquo;y avait pas ces incitations. Ce n&rsquo;est pas rien. Il faut commencer par &eacute;valuer le code, le placer dans un contexte &eacute;conomique lib&eacute;ral et puis proc&eacute;der aux reformes&nbsp; dans cette&nbsp; m&ecirc;me orientation lib&eacute;rale. Dans ce sens,&nbsp; la d&eacute;cision du gouvernement de mettre le code de c&ocirc;t&eacute; et d&rsquo;avoir une reforme plus ambitieuse n&rsquo;est pas forcement une mauvaise d&eacute;cision. Mais il ne faut pas que cela traine non plus.\n<\/p>\n<p>\n\t<strong>La Tunisie s&rsquo;est d&eacute;j&agrave; engag&eacute;e dans des r&eacute;formes fiscales, bancaires&hellip; Que pensez-vous de ces r&eacute;formes, sont-elles parties prenantes d&rsquo;une vision g&eacute;n&eacute;rale comme le recommande votre analyse&nbsp;?<\/strong>\n<\/p>\n<p>\n\tNotre rapport est un travail de longue haleine qui s&rsquo;est d&eacute;roul&eacute; sur plusieurs ann&eacute;es et sur des analyses sectorielles qui se sont d&eacute;velopp&eacute;es au cours des 12 &agrave; 24 derniers mois. Donc c&rsquo;est certain qu&rsquo;on a pas attendu la semaine derni&egrave;re pour avoir un dialogue avec les parties prenantes sur certains aspects du rapport ou des r&eacute;formes pour lesquelles elles plaident. Dans le rapport, il y a quatre th&egrave;mes qui nous semblent importants pour une action imm&eacute;diate&nbsp;: l&rsquo;environnement de la concurrence, la bureaucratie et l&rsquo;all&egrave;gement r&eacute;glementaire,&nbsp; le secteur financier et la protection sociale. Sur tous ces aspects, il y a des r&eacute;formes qui ont d&eacute;but&eacute;. La vison ou l&rsquo;orientation strat&eacute;gique qui ont &eacute;t&eacute; propos&eacute;es le 8 septembre par le gouvernement va dans cette direction. En partie, on aurait pr&eacute;f&eacute;r&eacute; que cette proposition vienne un peu plus t&ocirc;t.\n<\/p>\n<p>\n\t<strong>Vous dites que l&rsquo;&eacute;conomie est sous l&rsquo;emprise d&rsquo;une poign&eacute;e de personnes et continue de l&rsquo;&ecirc;tre m&ecirc;me trois ans apr&egrave;s la R&eacute;volution&nbsp;? Cela veut-il dire que les r&eacute;formes engag&eacute;es par le gouvernement ne sont pas assez courageuses pour changer cette donne&nbsp;?<\/strong>\n<\/p>\n<p>\n\tD&eacute;j&agrave; il faut savoir que les r&eacute;formes prennent du temps &agrave; avoir un impact sur l&rsquo;&eacute;conomie. D&rsquo;ailleurs, celles engag&eacute;es en Tunisie, ne sont pas encore mises en &oelig;uvre. Si on prend le cas de la concurrence, le projet de loi sur la concurrence est toujours en d&eacute;bat &agrave; l&rsquo;Assemblee nationale constituante. Donc on ne peut pas en tirer un bilan et juger de son efficacit&eacute;&nbsp; tant qu&rsquo;elle n&rsquo;est pas mise en &oelig;uvre.&nbsp; pour la simplification r&eacute;glementaire, le gouvernement actuel a pris des mesures importantes pour acc&eacute;l&eacute;rer tout un processus de simplification r&eacute;glementaire. Cela ne demande ni loi ni r&eacute;glementation, c&rsquo;est juste il s&rsquo;agit d&rsquo;arr&ecirc;ter ou d&rsquo;&eacute;liminer&nbsp; certaines proc&eacute;dures et formalit&eacute;s. Le chef du gouvernement a clairement indiqu&eacute; qu&rsquo;il attend que le processus soit termin&eacute; d&rsquo;ici fin octobre. C&rsquo;est en cours, donc on ne peut pas en faire un bilan. La restructuration des banques, elle est en cours aussi.\n<\/p>\n<p>\n\t<strong>Pour le secteur bancaire, le gouvernement s&rsquo;est d&eacute;j&agrave; engag&eacute; dans une r&eacute;forme, il s&rsquo;agit de la recapitalisation des banques publiques en injectant une premi&egrave;re fois 500 et une deuxi&egrave;me fois 1000 millions de dinars, pour relancer ces banques, appelez-vous cela une r&eacute;forme&nbsp;?<\/strong>\n<\/p>\n<p>\n\tLa recapitalisation en elle-m&ecirc;me n&rsquo;est pas une r&eacute;orme. La r&eacute;forme c&rsquo;est la restructuration des banques plus une recapitalisation. C&rsquo;est dans l&rsquo;int&eacute;r&ecirc;t de personne que ces banques disparaissent. Vous avez un secteur bancaire o&ugrave; les banques publiques sont dans un mauvais &eacute;tat. Elles ont beaucoup de casseroles qu&rsquo;elles trainent derri&egrave;re elles. Si vous y rem&eacute;diez ce qui est dans l&rsquo;int&eacute;r&ecirc;t de tout le monde, il faut d&rsquo;une part restructurer ces banques et donc changer fondamentalement la gouvernance. R&eacute;former la gouvernance c&rsquo;est r&eacute;former la mani&egrave;re dont les conseils d&rsquo;administration et dont l&rsquo;&Eacute;tat g&egrave;re sa tutelle. Cela fait deux fois qu&rsquo;on recapitalise on ne peut pas dire que c&rsquo;est un succ&egrave;s. Il faut voir aussi la mani&egrave;re de gestion de ces banques. Avec une recapitalisation sans restructuration, il est fort probable de se retrouver avec la m&ecirc;me probl&eacute;matique d&rsquo;ici trois ans. Ni le gouvernement, ni la Banque mondiale ni encore moins le contribuable n&rsquo;ont int&eacute;r&ecirc;t &agrave; ce qu&rsquo;on arrive l&agrave;. Et je pense que par rapport &agrave; ce point, il ya une convergence de point de vue entre le gouvernement et la Banque mondiale.\n<\/p>\n<p>\n\t<strong>Vous parlez dans votre rapport de lib&eacute;ralisation, la privatisation de ces banques serait-elle la solution &agrave; cette crise&nbsp;?<\/strong>\n<\/p>\n<p>\n\tC&rsquo;est un moyen qui a &eacute;t&eacute; utilis&eacute; dans beaucoup de pays, mais le gouvernement tunisien a fait le choix de ne pas aller dans cette direction.&nbsp; C&rsquo;est possible de le faire mais &agrave; condition qu&rsquo;il y ait des changements fondamentaux dans la gouvernance et la gestion de ces banques. Il y a un paradoxe dans le secteur bancaire tunisien. Vous avez un nombre relativement &eacute;lev&eacute;&nbsp; d&rsquo;institutions bancaires, 21,&nbsp; contre une concurrence relativement faible. D&rsquo;une part il y a des petites banques qui n&rsquo;ont pas une &eacute;conomie d&rsquo;&eacute;chelle concurrentielle et de grandes banques notamment publiques qui sont peu performantes&nbsp;? Cela cr&eacute;e un espace concurrentiel in&eacute;quitable. Ce qui fait que la concurrence n&rsquo;&eacute;volue pas. Une fois le probl&egrave;me des petites banques sera r&eacute;gl&eacute; et&nbsp; celles-ci deviennent plus concurrentielles, cela permettra au secteur de passer&nbsp; vers l&rsquo;innovation et la technologie, vers de nouveaux produits et plus de financement des entreprises et donc plus de concurrence.\n<\/p>\n<p>\n\t<strong>Selon votre rapport aussi vous dites que l&rsquo;&eacute;conomie tunisienne est conservatrice, alors que presque tout le monde croyait le contraire&nbsp;? Comment est ce possible&nbsp;?<\/strong>\n<\/p>\n<p>\n\tEffectivement, cela a surpris toute l&rsquo;&eacute;quipe qui a travaill&eacute; sur le rapport. On estime qu&rsquo;il y a encore 50% de l&rsquo;&eacute;conomie tunisienne ferm&eacute;e &agrave; des investisseurs et &agrave; des op&eacute;rateurs qu&rsquo;ils soient locaux ou &eacute;trangers.&nbsp; C&rsquo;est beaucoup. Cela ne veut pas dire qu&rsquo;il faut une ouverture &agrave; 100%. Il faut voir les secteurs qui font le monopole et les lib&eacute;rer.\n<\/p>\n<p>\n\t<strong>Quels sont les secteurs que le gouvernement devrait&nbsp; lib&eacute;rer&nbsp;?<\/strong>\n<\/p>\n<p>\n\tLe bon exemple pour moi c&rsquo;est le secteur de la t&eacute;l&eacute;communication. Dans le secteur de la t&eacute;l&eacute;communication, il y a des segments concurrentiels encore monopolis&eacute;s notamment celui de la fourniture de service internet et celui de l&rsquo;international. Les march&eacute;s sont encore ferm&eacute;s. La Tunisie compte cinq fournisseurs d&rsquo;internet dont deux essaient de survivre, contre une vingtaine dans les pays de l&rsquo;Europe de l&rsquo;Est par exemple. Devant ce march&eacute; ferm&eacute;, il n&rsquo;y a pas de concurrence et donc vous &ecirc;tes oblig&eacute;s de subir une qualit&eacute; de service m&eacute;diocre. Le secteur t&eacute;l&eacute;com est l&rsquo;un des secteurs le plus cr&eacute;ateur d&rsquo;emplois et le plus g&eacute;n&eacute;rateur de valeur ajout&eacute;e et contribue fortement au d&eacute;veloppement &eacute;conomique. Il est&nbsp; important de se montrer ambitieux en termes d&rsquo;ouverture de march&eacute; dans ce secteur. L&rsquo;exemple du&nbsp; transport maritime est aussi frappant. Il s&rsquo;agit d&rsquo;un march&eacute; ferm&eacute;. Vous avez un op&eacute;rateur priv&eacute; unique au port de Rad&egrave;s qui g&egrave;re les bateaux. Cet op&eacute;rateur a pratiquement doubl&eacute; ses effectifs les deux derni&egrave;res ann&eacute;es mais le temps d&rsquo;attente des bateaux en rade au quai a doubl&eacute; lui aussi. Une corr&eacute;lation qui devrait interpeler quelque part. La question qui se pose, pourquoi ne peut-on pas associer cet op&eacute;rateur &agrave; un autre partenaire qui peut &ecirc;tre tunisien d&rsquo;ailleurs pour am&eacute;liorer&nbsp; la gestion du port&nbsp;? Cela ne concerne pas uniquement le port de Rad&egrave;s. Cela touche l&rsquo;ensemble de l&rsquo;&eacute;conomie. Un projet de loi qui me semble avoir un sens, c&rsquo;est celui des &eacute;nergies renouvelables actuellement en d&eacute;bat &agrave; l&rsquo;ANC.&nbsp; Pourquoi n&rsquo;y avait-il pas int&eacute;r&ecirc;t &agrave; permettre &agrave; ceux qui produisent de l&rsquo;&eacute;nergie renouvelable de la remettre dans le r&eacute;seau&nbsp;? Je rappelle que ce n&rsquo;est pas par rapport &agrave; un dogme de lib&eacute;ralisation, mais par rapport &agrave; une inclinaison naturelle de la Banque mondiale. C&rsquo;est vraiment par rapport &agrave; l&rsquo;analyse qui a &eacute;t&eacute; faite en Tunisie qui dit pourquoi cet argent qui est captur&eacute; par ces monopoles n&rsquo;&eacute;tait-il pas investi pour&nbsp; cr&eacute;er de l&rsquo;emploi, de la richesse et aussi rendre l&rsquo;&eacute;conomie plus comp&eacute;titive&nbsp;?\n<\/p>\n<p>\n\t<strong>Dans votre rapport vous avez parl&eacute; d&rsquo;emploi, de concurrence mais pas de croissance&nbsp;? Pourquoi et combien nous faut-il de croissance pour cr&eacute;er ces 100.000 emplois que vous mentionnez dans le rapport&nbsp;?<\/strong>\n<\/p>\n<p>\n\tC&rsquo;est vrai qu&rsquo;on n&rsquo;a pas d&rsquo;estimation de croissance. C&rsquo;est certain qu&rsquo;on pense que la croissance actuelle &agrave; 2% est insuffisante. Pour r&eacute;aliser 100.000 emplois il faut arriver &agrave; 7% de croissance. C&rsquo;est une simulation qui est faite sur 10 ans. &Ccedil;a ne va pas se faire d&rsquo;une mani&egrave;re lin&eacute;aire, car les r&eacute;formes prennent du temps pour se concr&eacute;tiser. Il y aura des aspects frictionnels sur le march&eacute; de l&rsquo;emploi, m&ecirc;me si les emplois sont cr&eacute;&eacute;s, ils ne vont pas forc&eacute;ment tout de suite trouver preneur &agrave; cause des profils pr&eacute;sents sur le march&eacute;. Mais dans l&rsquo;ensemble avec 7% de croissance, on peut arriver &agrave; cr&eacute;er 100.000 emplois. Par rapport &agrave; la croissance et l&rsquo;emploi, ce n&rsquo;est pas seulement&nbsp; le niveau de la croissance qui compte mais c&rsquo;est la qualit&eacute; de la croissance. C&rsquo;est l&agrave;-dessus que le rapport s&rsquo;est&nbsp; concentr&eacute;.&nbsp; Dans beaucoup de pays, leurs ressources &agrave; savoir le travail ou le capital&nbsp; bougent d&rsquo;un secteur &agrave; l&rsquo;autre, l&agrave; o&ugrave; c&rsquo;est le plus productif et le plus&nbsp; r&eacute;mun&eacute;r&eacute;. Cela n&rsquo;est pas le cas de&nbsp; Tunisie. Avec ces r&eacute;formes ou ce nouveau mod&egrave;le &eacute;conomique l&rsquo;ambition serait que ce transfert de ressources soit fait vers des emplois sup&eacute;rieurs en nombre et en qualit&eacute; et donc en r&eacute;mun&eacute;ration. Cela r&eacute;sorberait aussi le probl&egrave;me de l&rsquo;inad&eacute;quation entre les besoins du march&eacute; et ce que produisent les universit&eacute;s comme dipl&ocirc;m&eacute;s. Bien s&ucirc;r, il faut en m&ecirc;me temps r&eacute;former l&rsquo;enseignement sup&eacute;rieur et la formation professionnelle, qu&rsquo;ils soient&nbsp; sans doute plus &agrave; l&rsquo;&eacute;coute des demandes du march&eacute;. Le probl&egrave;me principal, c&rsquo;est de cr&eacute;er des emplois et des meilleurs emplois. &Ccedil;a devrait &ecirc;tre l&rsquo;agenda principal.\n<\/p>\n<p>\n\t<strong>Le constat du rapport, c&rsquo;est que l&rsquo;industrie tunisienne est bas&eacute;e uniquement sur la sous traitance &agrave; faible valeur ajout&eacute;e. Comment peut-on basculer vers une industrie de produits finis &agrave; forte valeur ajout&eacute;e ?<\/strong>\n<\/p>\n<p>\n\tLa question de la sous-traitance a &eacute;t&eacute; en grande partie favoris&eacute;e par le mod&egrave;le de politique industrielle de l&rsquo;offshoring qui n&rsquo;est pas totalement inefficace puisqu&rsquo;il a cr&eacute;&eacute; des emplois. Simplement, on est arriv&eacute; au bout de ce mod&egrave;le. Un&nbsp;&nbsp; professeur en &eacute;conomie &agrave; Boston compare l&rsquo;industrie au jeu de scrubble. Plus vous avez des mots longs avec des lettres complexes plus vous avez des points. C&rsquo;est le sch&eacute;ma de chaine de valeur ajout&eacute;e. Casser la dichotomie onshore offshore n&rsquo;est pas une garantie mais impotente, car une cha&icirc;ne de valeur ajout&eacute;e veut dire des intrants qui entrent dans le pays &agrave; des prix comp&eacute;titifs et de bonne qualit&eacute;. Actuellement ce n&rsquo;est pas le cas car ces entreprises pr&eacute;f&egrave;rent vendre&nbsp; leurs intrants ailleurs. Cela signifie que ces entreprises puissent aussi vendre en Tunisie. Vous avez vu l&rsquo;exemple assez parlant dans le rapport de cette entreprise qui vent des unit&eacute;s d&rsquo;&eacute;clairage industriel pour lesquelles il y a une demande en Tunisie, mais qui sont offshore. Car que c&rsquo;est tellement compliqu&eacute; de les vendre en Tunisie qu&rsquo;ils sont export&eacute;s puis import&eacute;s en Tunisie mais avec une marge. C&rsquo;est quand m&ecirc;me aberrant. Cette dichotomie ou ce mur chinois doit &eacute;t&eacute; aboli. D&rsquo;o&ugrave; l&rsquo;importance d&rsquo;avoir plus de concurrence sur ces secteurs importants.\n<\/p>\n<p>\n\tLe probl&egrave;me c&rsquo;est quand vous demandez &agrave; ces entreprises de passer vers le produit fini, elles vous disent que cela demande des investissements dans la recherche et le d&eacute;veloppement et actuellement les banques ne sont pas pr&ecirc;tes &agrave; les financer.\n<\/p>\n<p>\n\tExactement. Le financement n&rsquo;est pas facile en partie &agrave; cause du probl&egrave;me du secteur bancaire dont on a parl&eacute; tout &agrave; l&rsquo;heure. Il faut un cadre de redressement des entreprises qui soit moderne. Une loi est actuellement en discussion &agrave; l&rsquo;ANC qui devrait &ecirc;tre adopt&eacute;e et qui n&rsquo;est pas du tout un sujet de controverse. Cette loi permettra de redresser les entreprises qui ont encore la chance d&rsquo;&ecirc;tre redress&eacute;es et laisser sortir celles en faillite plut&ocirc;t qu&rsquo;elles restent sur le march&eacute; &agrave; consommer du cr&eacute;dit. Par ailleurs, le secteur bancaire ne pourra pas &agrave; lui seule financer le march&eacute;, il faut donc d&eacute;velopper le march&eacute; financier notamment la Bourse et&nbsp; le march&eacute; obligataire doivent prendre le relais.\n<\/p>\n<p>\n\t<strong>Vous n&rsquo;avez pas mentionn&eacute; dans votre rapport l&rsquo;&eacute;conomie informelle. Pourtant elle repr&eacute;sente plus de 40%&nbsp; de l&rsquo;&eacute;conomie nationale et qui a certainement un impact sur la concurrence et les recettes fiscales&nbsp;?<\/strong>\n<\/p>\n<p>\n\tC&rsquo;est bien que vous avez des chiffres mais par d&eacute;finition, l&rsquo;&eacute;conomie informelle est tr&egrave;s difficile &agrave; mesurer et par cons&eacute;quent &agrave; mesurer son impact. Cela, dit la Banque mondiale a d&eacute;j&agrave; fait une &eacute;tude sur le commerce parall&egrave;le, un des volets importants de l&rsquo;&eacute;conomie informelle et qui est mentionn&eacute; dan le rapport. Cela a &eacute;t&eacute; mentionn&eacute; sur le plan du march&eacute; du travail. Par contre, pour la fiscalit&eacute;, nous n&rsquo;avons pas de chiffres. C&rsquo;est vrai que cela manquait dans le rapport.\n<\/p>\n<p>\n\t<strong>Comment peut-on lutter contre cette &eacute;conomie informelle qui contribue en m&ecirc;me temps &agrave; r&eacute;sorber le ch&ocirc;mage&nbsp;?<\/strong>\n<\/p>\n<p>\n\tC&rsquo;est tr&egrave;s compliqu&eacute;. C&rsquo;est un m&eacute;lange de r&eacute;pression et d&rsquo;incitation et c&rsquo;est ce que le gouvernement tente de faire. Sur les incitations, plus vous avez des droits de douanes &eacute;lev&eacute;s plus vous aurez de commerce informel. R&eacute;duire les droits de douane pour une partie de produits que la Tunisie ne produit pas est une mesure qui&nbsp; a beaucoup de sens. Et je pense que c&rsquo;est dans cette direction que les autorit&eacute;s commencent &agrave; r&eacute;fl&eacute;chir. Cela dit, il fait avoir recours &agrave; la r&eacute;pression, c&rsquo;est vrai que c&rsquo;est compliqu&eacute; de le faire devant des&nbsp; postes de douane submerg&eacute;es. Il faut y aller graduellement.\n<\/p>\n<p>\n\t<strong>Et les r&eacute;formes d&eacute;j&agrave; engag&eacute;es par la Tunisie peuvent-elles contribuer &agrave; la lutte contre la corruption&nbsp;?<\/strong>\n<\/p>\n<p>\n\tCertainement &agrave; condition de mette en place un processus de r&eacute;glementation de simplification r&eacute;glementaire. Que vous diminuez le nombre d&rsquo;interfaces entre le citoyen, l&rsquo;entrepreneur et l&rsquo;Administration, vous diminuez les opportunit&eacute;s de corruption. Cela ne veut pas dire que la corruption disparaitra du jour au lendemain. Pour cela il faut ajouter la sanction &agrave; la simplification r&eacute;glementaire.\n<\/p>\n<p>\n\t<strong>&Agrave; qui est adress&eacute; ce rapport&nbsp;?<\/strong>\n<\/p>\n<p>\n\tUn &eacute;conomiste r&eacute;gional qui &eacute;tait la semaine derni&egrave;re disait que ce rapport s&rsquo;adresse avant tout au citoyen tunisien. L&rsquo;ambition est que ce rapport arrive au citoyen lamda. Pour ce faire nous avons fait&nbsp; trois supports simplifi&eacute;s du rapport en langue arabe. Donc notre ambition que cela puisse contribuer au d&eacute;bat &eacute;conomique dans une p&eacute;riode de fin de cycle politique.\n<\/p>\n<p>\n\tVous ciblez le citoyen, car vous n&rsquo;&ecirc;tes pas s&ucirc;r que le politicien prendra compte de vos recommandations .\n<\/p>\n<p>\n\tChaque politicien, chaque fonctionnaire et chaque&nbsp; &eacute;conomiste est un citoyen. Simplement ce n&rsquo;est pas suffisant. Si le rapport de la BM reste en catimini dans un placard, ce serait dommage. On a plus d&rsquo;ambition que cela. Outre les trois supports simplifi&eacute;s, nous allons sillonner les r&eacute;gions de l&rsquo;int&eacute;rieur pour rencontre les Tunisiens et d&eacute;battre ce rapport. C&rsquo;est une premi&egrave;re pour la BM.\n<\/p>\n<p>\n\t<strong>Objectivement qu&rsquo;elle est la pertinence de ce rapport&nbsp;?<\/strong>\n<\/p>\n<p>\n\tC&rsquo;est aux Tunisiens de nous dire. On fera des focus group pour &eacute;valuer ce rapport. Bien s&ucirc;r nous sommes s&ucirc;r qu&rsquo;il est entraiment pertinent. Cela&nbsp; arrive au bon moment et il pose les bonnes questions &agrave; notre avis. Il apporte &eacute;galement quelques r&eacute;ponses. Est-ce les bonnes r&eacute;ponses&nbsp;? C&rsquo;est un sujet &agrave; d&eacute;battre. Nous avons discut&eacute; avec l&rsquo;UGTT, le gouvernement et des partis politiques. Je me fie des agr&eacute;gations, mais&nbsp; il me semble qu&rsquo;il y a un consensus assez g&eacute;n&eacute;ral sur l&rsquo;importance de rapport. L&agrave; o&ugrave; il y a beaucoup de discussion c&rsquo;est sur la profondeur et la vitesse des r&eacute;formes. Des gens qui disent que&nbsp; la Tunisie est un pays o&ugrave; le gradualisme a toujours &eacute;t&eacute; la mani&egrave;re dont on a fait&nbsp; des changements et des r&eacute;formes et cela ne va pas changer.\n<\/p>\n<p>\n\t<strong>Pourquoi avoir publi&eacute; ce rapport aujourd&rsquo;hui, dans une p&eacute;riode transitoire, un gouvernement transitoire, des &eacute;lections l&eacute;gislatives et pr&eacute;sidentielle&nbsp;?&nbsp;<\/strong>\n<\/p>\n<p>\n\tCe rapport est publi&eacute; dans le cadre d&rsquo;un cycle de rapport de la BM. Il n&rsquo;y a pas de dessin particulier de la date de 10 septembre. On avait m&ecirc;me pr&eacute;vu de le faire avant les vacances mais il y avait des probl&egrave;mes de logistiques qui emp&ecirc;chaient la publication du rapport avant aujourd&rsquo;hui. C&rsquo;est s&ucirc;r que jamais le bon moment, c&rsquo;est toujours le bon moment. Maintenant que les formations politiques sont en train d&rsquo;&eacute;laborer leurs programmes &eacute;conomiques,&nbsp; le rapport serait une contribution qui les int&eacute;resse. D&rsquo;ailleurs nous allons prendre contact avec des partis politiques pour leur faire part de notre rapport.\n<\/p>\n<p>\n\tEntretien conduit par Najeh Jaouadi<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La Tunisie poss&egrave;de un grand potentiel et pourrait devenir&nbsp; un jour le tigre de la M&eacute;diterran&eacute;e.&nbsp; D&rsquo;ici l&agrave;, notre &eacute;conomie est sous l&rsquo;emprise du lobbying et continue de l&rsquo;&ecirc;tre trois&hellip;<\/p>\n","protected":false},"author":60,"featured_media":17978,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_lmt_disableupdate":"","_lmt_disable":"","_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":""},"categories":[3,6],"tags":[],"class_list":["post-17977","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-a-la-une","category-economie"],"yoast_head":"<!-- This site is optimized with the Yoast SEO plugin v26.3 - https:\/\/yoast.com\/wordpress\/plugins\/seo\/ -->\n<title>M. 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