{"id":1892,"date":"2012-08-09T12:56:52","date_gmt":"2012-08-09T11:56:52","guid":{"rendered":"http:\/\/www.realites.com.tn\/demo\/?p=1892"},"modified":"2012-08-09T12:56:52","modified_gmt":"2012-08-09T11:56:52","slug":"minorites-en-tunisiedur-combat-pour-la-survie","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/realites.com.tn\/fr\/minorites-en-tunisiedur-combat-pour-la-survie\/","title":{"rendered":"Dur combat pour la survie"},"content":{"rendered":"<p>\n\t<strong><em>Les droits des minorit&eacute;s et la lutte contre toute forme de discrimination est un sujet qui revient fr&eacute;quemment dans l&rsquo;actualit&eacute;. La notion est de plus en plus discut&eacute;e au sein de l&rsquo;Assembl&eacute;e. Et pourtant, peut-on vraiment parler de minorit&eacute;s religieuses et ethniques en Tunisie quand la loi tout comme la soci&eacute;t&eacute; ignorent leur existence?<\/em><\/strong>\n<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;\n<\/p>\n<p>\n\t&laquo;Le vide juridique fait qu&rsquo;aujourd&rsquo;hui, les minorit&eacute;s en Tunisie ont tr&egrave;s peu de droits mais sont aussi peu valoris&eacute;es&raquo; d&eacute;clare Yamina Thabet, pr&eacute;sidente de l&rsquo;association tunisienne de soutien aux minorit&eacute;s. Juridiquement, il est m&ecirc;me difficile de parler de &laquo;minorit&eacute;s&raquo;&nbsp; en Tunisie au sens o&ugrave; l&rsquo;historien Habib Kazdaghli l&rsquo;entend, car &laquo;cela implique une opposition &agrave; une majorit&eacute;. En Tunisie, il s&rsquo;agit plut&ocirc;t de communaut&eacute;s qui co-existent discr&egrave;tement et pacifiquement&raquo;. Pourtant apr&egrave;s la R&eacute;volution, beaucoup sont pass&eacute;es de la discr&eacute;tion &agrave; la prise de parole publique en fondant des associations et en se mobilisant, notamment contre le racisme. On compte &agrave; ce jour une association pour la pr&eacute;servation du patrimoine jud&eacute;o-tunisien, Dar el Dekhra, deux associations pour la culture amazigh et berb&egrave;re, une association contre le racisme et la discrimination Adam, et une association de soutien aux minorit&eacute;s dont l&rsquo;action a &eacute;t&eacute; tr&egrave;s m&eacute;diatis&eacute;e lors des appels &agrave; la &laquo;mort aux juifs&raquo; pendant des manifestations extr&eacute;mistes. Pourtant, ces &laquo;communaut&eacute;s&raquo; arrivent-elles aujourd&rsquo;hui &agrave; s&rsquo;int&eacute;grer dans une soci&eacute;t&eacute; o&ugrave; le discours religieux se renforce autour de l&rsquo;identit&eacute; arabo-musulmane laissant peu de place &agrave; d&rsquo;autres religions que l&rsquo;Islam? Entre les communaut&eacute;s implant&eacute;es depuis plusieurs si&egrave;cles et les&nbsp; nouveaux arrivants, chacun voit diff&eacute;remment sa place dans la Tunisie actuelle. Certains admettent un certain rejet ou un tabou autour de leur appartenance religieuse, d&rsquo;autres revendiquent une int&eacute;gration de fait. La prochaine Constitution saura-t-elle faire valoir leurs droits?\n<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;\n<\/p>\n<p>\n\t<strong>Une recrudescence des pers&eacute;cutions<\/strong>\n<\/p>\n<p>\n\tBeaucoup de communaut&eacute;s, aussi bien chr&eacute;tiennes que juives ont signal&eacute; des d&eacute;passements racistes apr&egrave;s la R&eacute;volution. Appels &agrave; la haine envers les juifs, profanation du cimeti&egrave;re chr&eacute;tien de Montplaisir &agrave; Tunis, ou souillure de l&rsquo;ic&ocirc;ne de l&rsquo;&eacute;glise russe orthodoxe sur l&rsquo;avenue Mohamed V, l&rsquo;ann&eacute;e 2011-2012 a &eacute;t&eacute; celle des extr&ecirc;mes. Les concern&eacute;s &eacute;voquent du &laquo;jamais vu&raquo;, dans une Tunisie pourtant connue pour sa tol&eacute;rance envers les minorit&eacute;s religieuses. La R&eacute;volution semble avoir pourtant attis&eacute; les animosit&eacute;s religieuses et ethniques au motif que la Tunisie &laquo;est un pays avant tout musulman&raquo;, discours r&eacute;curent chez les plus radicaux. Il n&rsquo;existe &agrave; ce jour aucun texte d&eacute;finissant le droit des minorit&eacute;s ou codifiant les atteintes et les discriminations fond&eacute;es sur la langue ou la religion. L&rsquo;exemple le plus probant est celui des insultes prof&eacute;r&eacute;es &agrave; l&rsquo;encontre de la communaut&eacute; juive qui se voit souvent assimil&eacute;e aux sionistes et victime de racisme. A la suite de l&rsquo;attaque du palais Abdellia, le journal Al Massaa (le Soir), avait publi&eacute; sans &ecirc;tre poursuivi, un article accusant le cin&eacute;aste Serge Moati d&rsquo;&ecirc;tre derri&egrave;re les &eacute;v&egrave;nements et donnant l&rsquo;adresse de sa maison en Tunisie. Quant &agrave; la plainte d&eacute;pos&eacute;e par l&rsquo;association contre l&rsquo;appel &agrave; la haine envers les juifs lors des manifestations, elle est rest&eacute;e sans suite. Le p&egrave;lerinage juif qui se d&eacute;roule &agrave; la Ghriba chaque ann&eacute;e &agrave; l&rsquo;&icirc;le de Djerba n&rsquo;a vu que quelque centaines de fid&egrave;les venir pour l&rsquo;ann&eacute;e 2012 contre 10.000 durant les meilleures ann&eacute;es. Beaucoup de juifs tunisiens pr&eacute;sents sur place ont &eacute;voqu&eacute; la &laquo;peur&nbsp;des salafistes et du discours politique ambiant&raquo; qui ont dissuad&eacute; leurs amis de rentrer au pays. &laquo;C&rsquo;est simple, si la charia entre vraiment dans la Constitution, on part&raquo; d&eacute;clare une fid&egrave;le ukrainienne qui entretient l&rsquo;&eacute;glise orthodoxe de Tunis. Malgr&eacute; ses trente ans de r&eacute;sidence, elle n&rsquo;h&eacute;sitera pas &agrave; fuir si elle ne peut pas pratiquer librement sa religion. Pourtant elle insiste sur le ph&eacute;nom&egrave;ne isol&eacute; qu&rsquo;a repr&eacute;sent&eacute; l&rsquo;attaque de l&rsquo;&eacute;glise &laquo;C&rsquo;&eacute;tait un extr&eacute;miste qui a commenc&eacute; &agrave; frapper sur les croix et qui a menac&eacute; de revenir si nous ne fermions pas l&rsquo;&eacute;glise. Apr&egrave;s on a eu des sacs de poubelles pos&eacute;s dessus puis la souillure de&nbsp; l&rsquo;ic&ocirc;ne. Mais l&rsquo;opinion publique s&rsquo;est mobilis&eacute;e. Nous avons re&ccedil;u des messages de soutien et m&ecirc;me des fleurs d&rsquo;une association de femmes musulmanes&raquo;. Pour elle, l&rsquo;extr&eacute;misme reste une d&eacute;rive post-r&eacute;volutionnaire qui ne vise pas seulement les minorit&eacute;s mais aussi les citoyens tunisiens et leur identit&eacute;. &laquo;J&rsquo;ai v&eacute;cu la perestro&iuml;ka en Russie et chaque fois qu&rsquo;il y a une transition, les extr&eacute;mistes sont l&agrave;. Cela ne durera pas&raquo;. Son avis est partag&eacute; par le P&egrave;re Jawad Alamat, un jordanien expatri&eacute; en Tunisie depuis seize ans qui s&rsquo;occupe de l&rsquo;&eacute;glise Saint Jeanne d&rsquo;Arc. &laquo;Nous n&rsquo;avons jamais eu de probl&egrave;mes avec les Tunisiens et nous offrons des services fun&eacute;raires pour les couples mixtes. Par contre, il y a un moment o&ugrave; il faut respecter la loi du pays. J&rsquo;ai eu des demandes de mariage entre une musulmane et un chr&eacute;tien mais &eacute;tant donn&eacute; que c&rsquo;est ill&eacute;gal, je ne l&rsquo;ai jamais accept&eacute;. C&rsquo;est l&agrave; o&ugrave; l&rsquo;on voit que l&rsquo;on est une minorit&eacute; qui vit dans un pays avant tout musulman&raquo;.\n<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;\n<\/p>\n<p>\n\t<strong>La Tunisie, un brassage pluriel sans histoire<\/strong>\n<\/p>\n<p>\n\tLes messes de l&rsquo;&eacute;glise Saint Jeanne d&rsquo;Arc se d&eacute;roulent en italien, en arabe et en fran&ccedil;ais, &agrave; l&rsquo;image de la communaut&eacute; chr&eacute;tienne en Tunisie, plurielle et h&eacute;t&eacute;rog&egrave;ne. Si la communaut&eacute; chr&eacute;tienne a progressivement diminu&eacute; apr&egrave;s l&rsquo;ind&eacute;pendance en Tunisie passant de 280.000 catholiques pr&eacute;sents sur l&rsquo;archidioc&egrave;se de Tunis en 1949 &agrave; 20.000 en 2004, l&rsquo;&eacute;glise Sainte Jeanne d&rsquo;Arc a vu le nombre de ses fid&egrave;les augmenter dans les ann&eacute;es 2000 notamment avec l&rsquo;arriv&eacute;e de la Banque africaine de d&eacute;veloppement en Tunisie. Aujourd&rsquo;hui, l&rsquo;&eacute;glise compte jusqu&rsquo;&agrave; 500 fid&egrave;les en week-end et une vingtaine pour les messes en semaine. Pas de changement d&rsquo;horaire pendant le mois de Ramadan contrairement &agrave; l&rsquo;&eacute;glise orthodoxe qui recule l&rsquo;heure de la messe pour s&rsquo;adapter au mois sacr&eacute; et entretient les v&ecirc;pres pour une cinquantaine de fid&egrave;les. Si la pratique du culte est libre, ces communaut&eacute;s ne se qualifient pas souvent de &laquo;tunisiens&raquo;. &laquo;Nous servons le pays par patriotisme et respect mais nous avons toujours la carte de l&rsquo;&eacute;tranger et nous pouvons partir &agrave; tout moment&raquo; t&eacute;moigne le pr&ecirc;tre pour qui, la plupart de ses fid&egrave;les sont compos&eacute;s d&rsquo;expatri&eacute;s. Outre le sentiment d&rsquo;&eacute;tranget&eacute;, l&rsquo;impression d&rsquo;&ecirc;tre un peu mis de c&ocirc;t&eacute; domine certaines de ces communaut&eacute;s. Prot&eacute;g&eacute;es mais peu repr&eacute;sent&eacute;es, leur existence serait plus tol&eacute;r&eacute;e qu&rsquo;accept&eacute;e. Pour l&rsquo;historien Habib Kazdhagli, cette marginalisation indirecte est li&eacute;e &agrave; un manque de reconnaissance dans l&rsquo;histoire du pays&nbsp;: &laquo;Apr&egrave;s l&rsquo;Ind&eacute;pendance, on a rejet&eacute; ce qui allait avec la colonisation donc certains chr&eacute;tiens sont partis. Pour la communaut&eacute; juive pourtant implant&eacute;e depuis longtemps en Tunisie, L&rsquo;histoire tunisienne&nbsp; n&rsquo;int&egrave;gre pas encore et d&rsquo;une fa&ccedil;on volontaire et spontan&eacute;e&nbsp; la m&eacute;moire des groupes minoritaires rest&eacute;e en dehors de la m&eacute;moire nationale encore domin&eacute;e par le groupe majoritaire &agrave; savoir arabo-musulman. Il y a des r&eacute;cits un peu &agrave; part du parcours de ces communaut&eacute;s: il y a aujourd&rsquo;hui une forte revendication m&eacute;morielle chez les juifs originaires de Tunisie, qui souffrent de ne pas voir leur traces dans les manuels, dans les &eacute;crits etc&hellip;&raquo; Le probl&egrave;me s&rsquo;&eacute;tait aussi pos&eacute; pour la communaut&eacute; amazigh qui s&rsquo;&eacute;tait indign&eacute;e lors de la d&eacute;cision en avril dernier, de proposer l&rsquo;enseignement de la langue turque dans les manuels scolaires alors que la langue berb&egrave;re est toujours n&eacute;glig&eacute;e. C&rsquo;est pourquoi, les associations actuelles travaillent surtout &agrave; la revalorisation de la culture et de la m&eacute;moire des minorit&eacute;s dans le patrimoine national. Outre ces oublis historiques, les minorit&eacute;s souffrent surtout d&rsquo;un manque de repr&eacute;sentation dont la cause est principalement juridique. Si le code p&eacute;nal tunisien prot&egrave;ge l&rsquo;exercice du culte et punit les infractions des s&eacute;pultures (Articles 165 et 167), rien n&rsquo;est dit en ce qui concerne les appels &agrave; la haine ou les pers&eacute;cutions religieuses. Mais pour Yamina Thabet, le discours actuel v&eacute;hicule un certain &laquo;racisme&raquo; et un &laquo;extr&eacute;misme&raquo; notamment envers certaines minorit&eacute;s dont on pr&eacute;f&egrave;re ne pas parler.\n<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;\n<\/p>\n<p>\n\t<strong>Les minorit&eacute;s taboues<\/strong>\n<\/p>\n<p>\n\t&laquo;Les Tunisiens sont tous musulmans&raquo;, cette expression devenue presque un leitmotiv du discours actuel t&eacute;moigne du clich&eacute; qui sous-entend qu&rsquo;en Tunisie, lorsque l&rsquo;on na&icirc;t dans une culture musulmane, de p&egrave;re et de m&egrave;re musulman, on reste musulman. C&rsquo;est le cas d&rsquo;Amine, un tunisien chr&eacute;tien. Amine a 28 ans, il est chr&eacute;tien et s&rsquo;est converti en 2009. Originaire de Djerba, sa famille l&rsquo;a reni&eacute; apr&egrave;s qu&rsquo;il ait fait ce choix. &laquo;J&rsquo;ai commenc&eacute; &agrave; conna&icirc;tre la religion chr&eacute;tienne via un pr&ecirc;tre qui r&eacute;sidait &agrave; Djerba et s&rsquo;occupait de la maintenance de l&rsquo;&eacute;glise. En grandissant, j&rsquo;ai lu les textes saints et c&rsquo;est dans cette religion que je me suis retrouv&eacute;&raquo;. S&rsquo;il confirme qu&rsquo;il y a bien des cas de conversion au christianisme parmi des jeunes tunisiens, il refuse d&rsquo;en dire plus car tout ce qui s&rsquo;assimilerait &agrave; du pros&eacute;lytisme en Tunisie, reste interdit par la loi. &laquo;Pourtant je ne suis pas seul. On forme d&eacute;j&agrave; une communaut&eacute; entre Tunisiens et nous allons souvent &agrave; la messe ensemble&raquo;. L&rsquo;important pour lui est de pouvoir pratiquer librement m&ecirc;me s&rsquo;il n&rsquo;osera pas porter une croix autour du cou dans la rue. Certains de ses amis se sont fait tabasser souvent par des connaissances ou le voisinage en raison de leur conversion mais aucun ne porte plainte, surtout par peur de ne pas avoir de soutien. Quant aux religions dites &laquo;h&eacute;r&eacute;tiques&raquo;, le tabou est aussi de mise m&ecirc;me si certains assument pleinement leur foi. C&rsquo;est le cas de Mohamed Ben Moussa, un architecte &eacute;lev&eacute; dans la religion musulmane qui s&rsquo;est converti &agrave; la fois Baha&rsquo;ie dans sa jeunesse. Le Baha&iuml;sme a &eacute;t&eacute; introduit en Tunisie dans les ann&eacute;es 1920 pour former une petite communaut&eacute; de quelques centaines de personnes r&eacute;parties dans toute la Tunisie. &laquo;Le principe de notre foi, c&rsquo;est de la d&eacute;clarer. Il est donc difficile pour moi de la cacher&raquo;. Si son choix a &eacute;t&eacute; difficilement accept&eacute; par sa famille, il &eacute;voque une bonne entente avec ses amis musulmans et un dialogue &laquo;facile&raquo; avec eux mais cette religion reste encore peu accept&eacute;e dans la soci&eacute;t&eacute; tunisienne. En 2009, l&rsquo;avocate et militante des Droits de l&rsquo;Homme Bochra Bel Haj Hmida a d&eacute;fendu le cas d&rsquo;un Tunisien converti au Baha&iuml;sme dont la femme a voulu divorcer en raison de ce changement de religion. L&rsquo;avocate a perdu la plaidoirie et la jeune femme a obtenu le divorce.\n<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;\n<\/p>\n<p>\n\t<strong>Les minorit&eacute;s &laquo;interdites&raquo;<\/strong>\n<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;Plus que des minorit&eacute;s encore &laquo;taboues&raquo; et non reconnues, on peut parler aussi de minorit&eacute;s &nbsp;&laquo;interdites&raquo; socialement comme l&rsquo;ath&eacute;isme. Deux internautes &agrave; Mahdia en ont fait les frais r&eacute;cemment, condamn&eacute;s &agrave; sept ans de prison pour avoir &laquo;caricatur&eacute; le proph&egrave;te&nbsp;et avoir menac&eacute; l&rsquo;ordre public&raquo; en revendiquant un peu trop ouvertement leur ath&eacute;isme. Chekib, un tunisien devenu ath&eacute;e vers l&rsquo;&acirc;ge de 18 ans voit leur arrestation comme une atteinte aux libert&eacute;s digne d&rsquo;&laquo;une dictature religieuse&raquo;. Il a eu de la chance, venant d&rsquo;une famille musulmane pratiquante mais mod&eacute;r&eacute;e, son choix a &eacute;t&eacute; accept&eacute;&nbsp;: &laquo;J&rsquo;ai grandi avec une &eacute;ducation musulmane mais on parlait ouvertement de religion avec mes parents. J&rsquo;ai commenc&eacute; &agrave; douter vers l&rsquo;&acirc;ge de 18 ans notamment par rapport &agrave; la violence qui allait de pair avec les guerres de religion, mais aussi les attentats du 11septembre&raquo;. S&rsquo;il &eacute;voque une difficult&eacute; de d&eacute;battre avec ses amis les plus radicaux, il consid&egrave;re son ath&eacute;isme comme quelque chose de priv&eacute; et ne souhaite pas &laquo;provoquer&raquo; en allant en parler publiquement. Il a d&rsquo;ailleurs choisi de rester dans l&rsquo;anonymat pour cette enqu&ecirc;te. C&rsquo;est le cas aussi d&rsquo;Othman, un autre tunisien de 28 ans qui avoue n&rsquo;avoir jamais eu la foi malgr&eacute; sa lecture du Coran, de la Bible et de la Thora&nbsp;:&nbsp;&laquo;Je crois en m&egrave;re nature rien de plus. Pour ma famille, c&rsquo;est accept&eacute; par mon fr&egrave;re et mes s&oelig;urs et pour les parents,&nbsp; ils savent que je ne pratique pas,&nbsp; que je ne je&ucirc;ne pas, que je suis contre la plupart des conditions de l&rsquo;Islam mais je ne leur ai jamais dit explicitement, &ccedil;a peut choquer&raquo;. Contrairement &agrave; Chekib, la majorit&eacute; de ses amis ou des gens qu&rsquo;il fr&eacute;que sont ath&eacute;s. Pourtant, leurs cas restent des exceptions pour la soci&eacute;t&eacute; tunisienne o&ugrave; l&rsquo;ath&eacute;isme est tr&egrave;s mal accept&eacute; tout comme la non-pratique du je&ucirc;ne en p&eacute;riode ramadanesque. A l&rsquo;occasion de l&rsquo;arrestation du journaliste Sofiane Chourabi pour consommation d&rsquo;alcool sur une plage publique, le juriste Slim Laghami a pos&eacute; une question qui reste &agrave; d&eacute;battre lorsque l&rsquo;on aborde le sujet de la religion en Tunisie&nbsp;:&nbsp;&laquo;A-t-on en Tunisie le droit de ne pas avoir de religion ? Quel sens a la libert&eacute; de religion : L&rsquo;obligation de para&icirc;tre musulman ?&nbsp;A supposer que cela soit vrai : Quelle r&egrave;gle Chourabi enfreint-il en buvant &agrave; 4h00 du matin? A quelle morale porte-t-il atteinte ?&raquo;\n<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;\n<\/p>\n<p>\n\t<strong>La place des minorit&eacute;s dans la Constitution<\/strong>\n<\/p>\n<p>\n\tDu c&ocirc;t&eacute; des politiques, c&rsquo;est pourtant la mod&eacute;ration qui prime dans le discours malgr&eacute; une politique de r&eacute;pression dans les faits pour les non-pratiquants. Rached Ghannouchi, le leader d&rsquo;Ennahdha, a d&eacute;clar&eacute; le 26 mars 2011 que son parti &eacute;tait pour la d&eacute;fense des minorit&eacute;s et il s&rsquo;est entretenu avec le pr&ecirc;tre de l&rsquo;&eacute;glise orthodoxe apr&egrave;s les &eacute;v&egrave;nements survenus. Au sein de la Constitution de 1956, la libert&eacute; de culte est garantie mais la d&eacute;fense des minorit&eacute;s est absente. Le r&eacute;sultat est &agrave; l&rsquo;image du paradoxe tunisien, une acceptation de fait de la pluralit&eacute; des religions sans vraiment les valoriser selon Iyadh Ben Achour&nbsp;: &laquo;Au moment de son ind&eacute;pendance, la Tunisie h&eacute;ritait d&rsquo;un syst&egrave;me politique et constitutionnel caract&eacute;ris&eacute; par l&rsquo;existence d&rsquo;une religion d&rsquo;Etat, doubl&eacute;e de la reconnaissance officielle de religions minoritaires ayant leurs propres institutions. La Tunisie h&eacute;ritait &eacute;galement d&rsquo;une longue tradition r&eacute;formiste. La constitution de l&rsquo;Etat ind&eacute;pendant a maintenu ce syst&egrave;me, mais en y apportant des correctifs substantiels qui ont abouti assez souvent &agrave; des r&eacute;sultats paradoxaux. Tout en maintenant le principe selon lequel la religion de l&rsquo;Etat est I&rsquo;Islam, les r&eacute;formes bourguibiennes ont tendu &agrave; affirmer clairement deux principes : la prise en charge de la soci&eacute;t&eacute; par l&rsquo;Etat, au niveau des m&oelig;urs, des traditions familiales et domestiques, et la la&iuml;cit&eacute; de fait de l&rsquo;Etat. Le r&eacute;sultat paradoxal est que cette politique a abouti d&rsquo;un c&ocirc;t&eacute; &agrave; l&rsquo;&eacute;vacuation des religions minoritaires, et d&rsquo;un autre c&ocirc;t&eacute; &agrave; une r&eacute;islamisation des institutions, en particulier le Statut personnel&raquo;. C&rsquo;est pourquoi, la prochaine Constitution devra garantir la reconnaissance des minorit&eacute;s comme faisant partie de l&rsquo;identit&eacute; tunisienne souvent compar&eacute;e &agrave; une &laquo;mosa&iuml;que&raquo;. Valorisation, acceptation et lutte contre toute forme de discrimination, le chemin est encore long pour les minorit&eacute;s tunisiennes qui doivent cohabiter avec un discours politique orient&eacute; vers une religion unique. Tout comme les minorit&eacute;s ethniques, les noirs ou les berb&egrave;res doivent s&rsquo;affirmer dans une atmosph&egrave;re o&ugrave; chacun d&eacute;finit selon son gr&eacute; des crit&egrave;res de &laquo;tunisianit&eacute;&raquo; et &laquo;d&rsquo;identit&eacute;&raquo;. Le d&eacute;bat sur les minorit&eacute;s a fait pourtant surface apr&egrave;s la R&eacute;volution et du c&ocirc;t&eacute; de la soci&eacute;t&eacute; civile, la mobilisation est active. La cohabitation et le vivre-ensemble restent la principale caract&eacute;ristique et l&rsquo;espoir d&rsquo;une soci&eacute;t&eacute; tunisienne qui garde ce pluralisme. Les exemples sont nombreux&nbsp;comme les deux Tunisiens musulmans qui montent la garde depuis trente ans devant le cimeti&egrave;re chr&eacute;tien de Montplaisir ou encore les autorit&eacute;s r&eacute;gionales de Gab&egrave;s qui se sont mobilis&eacute;s lundi 6 ao&ucirc;t contre la mise en vente de l&rsquo;&eacute;glise de Gab&egrave;s qui existe dans le quartier de Bab Bhar depuis 1907.\n<\/p>\n<p align=\"right\">\n\t<strong><em>Lilia Blaise<\/em><\/strong>\n<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Les droits des minorit\u00e9s et la lutte contre toute forme de discrimination est un sujet qui revient fr\u00e9quemment dans l\u2019actualit\u00e9. La notion est de plus en plus discut\u00e9e au sein de l\u2019Assembl\u00e9e. 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