{"id":1940,"date":"2012-08-16T13:41:04","date_gmt":"2012-08-16T12:41:04","guid":{"rendered":"http:\/\/www.realites.com.tn\/demo\/?p=1940"},"modified":"2012-08-16T13:41:04","modified_gmt":"2012-08-16T12:41:04","slug":"lapport-des-arabes-a-la-civilisation","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/realites.com.tn\/fr\/lapport-des-arabes-a-la-civilisation\/","title":{"rendered":"L\u2019apport des Arabes \u00e0 la civilisation"},"content":{"rendered":"<p>\n\t<strong style=\"line-height: 1.6em;\">L&rsquo;h&eacute;ritage grec<\/strong>\n<\/p>\n<p>\n\t&laquo;&nbsp;Quand on se rend compte de toute l&rsquo;&eacute;tendue des domaines que les Arabes embrass&egrave;rent dans leurs exp&eacute;rimentations scientifiques, leurs pens&eacute;es et leurs &eacute;crits, on voit que, sans les Arabes, la science et la philosophie europ&eacute;ennes ne se seraient pas d&eacute;velopp&eacute;es &agrave; l&rsquo;&eacute;poque comme elles l&rsquo;ont fait. Les Arabes ne se content&egrave;rent pas de transmettre simplement la pens&eacute;e grecque. Ils en furent les authentiques continuateurs [&hellip;] Lorsque vers 1100, les Europ&eacute;ens s&rsquo;int&eacute;ress&egrave;rent &agrave; la science et &agrave; la philosophie de leurs ennemis sarrasins, ces disciplines avaient atteint leur apog&eacute;e. Les Europ&eacute;ens durent apprendre tout ce qu&rsquo;on pouvait alors apprendre, avant de pouvoir &agrave; leur tour progresser eux-m&ecirc;mes&raquo;. Montgomery Watt.\n<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;\n<\/p>\n<p>\n\tLongtemps, le monde occidental a accord&eacute; une importance exag&eacute;r&eacute;e, dans le domaine des sciences et des arts, &agrave; l&rsquo;h&eacute;ritage gr&eacute;co-romain. Au point de sous-estimer, voire d&rsquo;ignorer sa dette envers la civilisation islamique.\n<\/p>\n<p>\n\tL&rsquo;opinion voulait que les Europ&eacute;ens chr&eacute;tiens soient les destinataires naturels de la pens&eacute;e d&rsquo;Ath&egrave;nes et de la gloire de Rome. Pendant la &laquo;longue nuit du moyen-&acirc;ge&raquo;, les Arabes n&rsquo;auraient &eacute;t&eacute; que les gardiens d&rsquo;un savoir qu&rsquo;ils se sont accapar&eacute; sous formes de traductions.\n<\/p>\n<p>\n\tLa conqu&ecirc;te arabe apportait les &eacute;l&eacute;ments d&rsquo;un nouvel enthousiasme pour le savoir&nbsp;:\n<\/p>\n<p>\n\t&ndash; une langue qui se forge et qui s&rsquo;impose comme un instrument de communication internationale&nbsp;;\n<\/p>\n<p>\n\t&ndash; un gouvernement fortement centralis&eacute;&nbsp;;\n<\/p>\n<p>\n\t&ndash; une religion qui exalte la connaissance. Le Coran affirme que&nbsp;l&rsquo;encre des savants est plus pr&eacute;cieuse que le sang des martyrs.\n<\/p>\n<p>\n\tLe Monde occidental manifesta une r&eacute;serve, voire une hostilit&eacute;, envers ces savoirs &eacute;trangers. Avant, &agrave; son tour, de se les approprier &agrave; travers la civilisation islamique et de les enrichir.\n<\/p>\n<p>\n\tAux grandes heures de la civilisation islamique (8&egrave;me &#8211; 13&egrave;me si&egrave;cle), les sp&eacute;cialisations disciplinaires sont encore incertaines et la soif de connaissances est telle que les savants pratiquent, au gr&eacute; de leurs curiosit&eacute;s, la m&eacute;decine et l&rsquo;astronomie, l&rsquo;alchimie et l&rsquo;optique&hellip; Tous ne sont pas Arabes de naissance, mais c&rsquo;est dans la langue de l&rsquo;&eacute;lite politique qu&rsquo;ils expriment leurs d&eacute;couvertes.\n<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;\n<\/p>\n<p>\n\t<strong>Les apports &agrave; la vie quotidienne<\/strong>\n<\/p>\n<p>\n\tLes apports des Arabes &agrave; la civilisation se retrouvent dans les techniques, l&rsquo;art, la philosophie, les inventions scientifiques, etc. Mais &agrave; c&ocirc;t&eacute; de ces coups de g&eacute;nie d&rsquo;autres apports ont &eacute;t&eacute; plus discrets. Ils r&eacute;sultent de contacts, d&rsquo;emprunts irr&eacute;fl&eacute;chis, d&rsquo;une contamination qui ne s&rsquo;exerce pas dans un seul sens.\n<\/p>\n<p>\n\tArabisation et Islamisation\n<\/p>\n<p>\n\tContrairement &agrave; une id&eacute;e assez r&eacute;pandue, les grandes vagues de la conqu&ecirc;te arabo-musulmane n&rsquo;ont pas eu pour effet d&rsquo;imposer uniform&eacute;ment et syst&eacute;matiquement une culture et une croyance aux populations domin&eacute;es et majoritaires en nombre.\n<\/p>\n<p>\n\tTout d&rsquo;abord, en droit, Juifs et Chr&eacute;tiens (Gens du Livre) ne se convertissent que s&rsquo;ils le souhaitent et pour peu qu&rsquo;ils reconnaissent l&rsquo;autorit&eacute; des souverains musulmans (en s&rsquo;acquittant d&rsquo;un imp&ocirc;t) ils se voient accorder leur protection (d&rsquo;o&ugrave; leur nom de Dhimmis : prot&eacute;g&eacute;s). Mais le Dhimmi demeure un &ldquo;infid&egrave;le&rdquo;.\n<\/p>\n<p>\n\tEnsuite, le converti dispose des m&ecirc;mes droits que le croyant. Ce qui a fait que la conversion n&rsquo;a pas toujours &eacute;t&eacute; bien vue par les conqu&eacute;rants m&eacute;fiants face aux exc&egrave;s de religion des nouveaux convertis et soucieux de leurs avantages aristocratiques.\n<\/p>\n<p>\n\tEnfin, &agrave; une &eacute;poque o&ugrave; la paysannerie regroupe 80 &agrave; 95% de la population, l&rsquo;influence arabe demeure limit&eacute;e sur le costume, l&rsquo;habitat, le mobilier.\n<\/p>\n<p>\n\tCe sont d&rsquo;abord les marchands et les notables qui doublent leurs noms juifs ou chr&eacute;tiens d&rsquo;une appellation arabe (ainsi l&rsquo;&eacute;v&ecirc;que Johann&egrave;s de Cordoue est aussi appel&eacute; Asbag Ibn Abdallah) et qui imitent la toilette et la tenue des vainqueurs : les femmes mozarabes (arabis&eacute;es et chr&eacute;tiennes de la p&eacute;ninsule ib&eacute;rique) prennent l&rsquo;habitude de sortir voil&eacute;es.\n<\/p>\n<p>\n\tLes influences sont patientes. Elles concernent l&rsquo;alimentation (le porc est moins consomm&eacute;), le corps (le souci de propret&eacute; am&egrave;ne les gens aux bains) et quelques chr&eacute;tiens fortun&eacute;s ne d&eacute;daignent la polygamie.\n<\/p>\n<p>\n\tLa mode aussi &agrave; ses droits et la jeunesse se met &agrave; imiter les gestes et le parler de tel nouveau chanteur arabe, au grand dam des puristes de la tradition arabe.\n<\/p>\n<p>\n\tCependant, c&rsquo;est avec r&eacute;serve que les conqu&eacute;rants constatent les avanc&eacute;es de leur culture sur laquelle ils entendent garder un droit de regard. Les limites de la tol&eacute;rance des vainqueurs sont fluctuantes en particulier lorsque l&rsquo;on touche aux choses de la religion. Ainsi des commer&ccedil;ants chr&eacute;tiens sont punis avec s&eacute;v&eacute;rit&eacute;, pour avoir invoqu&eacute; le nom du proph&egrave;te. Toujours en Andalousie, lorsque vers le 12&egrave;me si&egrave;cle, la Reconquista gagne du terrain, les communaut&eacute;s mozarabes (comme celle de S&eacute;ville) sont accus&eacute;es d&rsquo;intriguer avec les conqu&eacute;rants. Alors que deux si&egrave;cles plut&ocirc;t, nombre d&rsquo;entre elles avaient fait cause commune avec les musulmans contre leurs coreligionnaires du nord.\n<\/p>\n<p>\n\tD&eacute;j&agrave; une culture se mondialise mais la ligne de partage passe entre arabisation et islamisation.\n<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;\n<\/p>\n<p>\n\t<strong>L&rsquo;influence linguistique<\/strong>\n<\/p>\n<p>\n\tLa langue est un remarquable conservatoire des rencontres de cultures, un mus&eacute;e vivant. Ce texte de Sigrid Hunke met en sc&egrave;ne les termes et les objets pass&eacute;s des Arabes vers les Occidentaux.\n<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;\n<\/p>\n<p>\n\t<strong>L&rsquo;assaisonnement du quotidien<\/strong>\n<\/p>\n<p>\n\t<strong>Des noms arabes pour des dons arabes<\/strong>\n<\/p>\n<p>\n\t&laquo; Permettez-moi de vous inviter &agrave; prendre quelque chose dans ce caf&eacute;, ch&egrave;re madame&nbsp;! Enlevez donc votre jaquette et prenez place sur le sofa ou matelas garni d&rsquo;une &eacute;toffe carmin. Le cafetier s&rsquo;empressera de vous servir une tasse de caf&eacute; avec deux petits morceaux de sucre, &agrave; moins que vous ne pr&eacute;f&eacute;riez une carafe de limonade bien glac&eacute;e, ou encore un peu d&rsquo;alcool&nbsp;! Non&nbsp;? Mais vous accepterez certainement une tarte aux abricots !\n<\/p>\n<p>\n\tMais bien s&ucirc;r, cher ami, vous &ecirc;tes aujourd&rsquo;hui mon invit&eacute;&nbsp;! Puis-je vous offrir pour commencer un sorbet &agrave; l&rsquo;orange&nbsp;? Je crois que des artichauts feraient une entr&eacute;e fort agr&eacute;able. Et que penseriez-vous d&rsquo;un chapon accompagn&eacute; de riz et de barquettes aux &eacute;pinards&nbsp;? Pour le dessert je ne saurais trop vous recommander ce g&acirc;teau &agrave; la sauce d&rsquo;arak. Et pour clore le repas, un moka&hellip; Mais, je vous en prie, installez-vous sur le divan.\n<\/p>\n<p>\n\tPourquoi, certes, ne vous sentiriez-vous pas parfaitement &agrave; l&rsquo;aise, alors que tout ce qui vous entoure comme tout ce que je vous offre se trouve sur la liste des articles depuis longtemps inventori&eacute;s qui font partie de notre existence, et cela bien que nous les ayons emprunt&eacute;s &agrave; un monde &eacute;tranger &agrave; savoir le Monde arabe&nbsp;? Le caf&eacute; qui vous sert quotidiennement de stimulant, la tasse dans laquelle vous versez ce noir breuvage, le sucre sans lequel vous ne sauriez aujourd&rsquo;hui imaginer un menu, la limonade et la carafe, la jaquette et le matelas, c&rsquo;est aux Arabes que nous devons de les conna&icirc;tre. Et ce n&rsquo;est pas tout&nbsp;! Dans la presque totalit&eacute; du monde civilis&eacute; ces articles portent encore leur nom arabe&nbsp;! De m&ecirc;me pour candi, bergamote, orange, quetsche, etc.\n<\/p>\n<p>\n\tRien d&rsquo;&eacute;tonnant, me direz-vous sans doute, &agrave; ce que certains fruits originaires des pays chauds (tout comme certains aliments ou boissons) nous viennent de l&rsquo;Orient&nbsp;; et pourquoi dans ce cas, ne conserveraient-ils pas leur appellation d&rsquo;origine&nbsp;?\n<\/p>\n<p>\n\tEt lorsque vous avouez que, mat&eacute; par la fatigue, vous vous &eacute;tendez sur le sofa, le divan, l&rsquo;ottomane ou dans l&rsquo;alc&ocirc;ve, vous m&rsquo;assurez que n&rsquo;importe quel enfant saurait reconna&icirc;tre l&rsquo;origine &eacute;trang&egrave;re de termes aussi extravagants. Mais savez-vous que, sans le vouloir, vous avez employ&eacute; un autre mot arabe, un terme issu du jeu d&rsquo;&eacute;checs (jeu que les Arabes nous ont appris, l&rsquo;&eacute;missaire d&rsquo;Haroun al-Rachid l&rsquo;ayant, dit-on, introduit &agrave; la cour de Charlemagne), qu&rsquo;&eacute;chec vient de shah (le roi) et que le mot mat&eacute; que vous avez employ&eacute; vient de mat qui signifie tout simplement&nbsp;: &laquo;&nbsp;Il est mort&raquo;&nbsp;? Alors, vous voyez&nbsp;: &eacute;chec et mat&nbsp;!\n<\/p>\n<p>\n\tSaviez-vous en outre que les sacs de maroquin que vous voyez dans ce magasin portent encore l&rsquo;estampille des Arabes&nbsp;? Quant aux &eacute;toffes expos&eacute;es dans cette vitrine, en dehors des cotonnades, des mousselines, du mohair souple et duveteux, vous pouvez faire votre choix entre le satin &eacute;l&eacute;gant, le taffetas distingu&eacute;, la moire chatoyante et le damas somptueux (de la ville de Damas), qui &eacute;talent &agrave; vos yeux toute une gamme de nuances depuis le jaune safran jusqu&rsquo;au lilas en passant par l&rsquo;orange et le cramoisi. Autant de d&eacute;licates invites &agrave; nous souvenir de ceux auxquels nous devons des &eacute;toffes aussi utiles que pr&eacute;cieuses sous leurs coloris &eacute;clatants, c&rsquo;est-&agrave;-dire aux Arabes.\n<\/p>\n<p>\n\tSavez-vous que lorsque vous entrez dans une pharmacie ou une droguerie, vous y trouvez quantit&eacute; d&rsquo;&nbsp;&laquo;inventions&raquo;&nbsp;arabes. Un simple coup d&rsquo;&oelig;il aux caisses et aux flacons du droguiste suffira &agrave; vous en convaincre&nbsp;: vous y verrez de la muscade, du cumin, de l&rsquo;estragon, du safran, du camphre, de la benzine, de l&rsquo;alcali, de la soude, du borax, de la saccharine, de l&rsquo;ambre et bien d&rsquo;autres drogues arabes dont vous usez quotidiennement. Savez-vous que nous d&eacute;signons encore sous son nom arabe de laque, le vernis dont nous couvrons nos ongles, que l&rsquo;aniline, la gaze, le talc et la ouate sont autant de noms arabes&nbsp;?\n<\/p>\n<p>\n\tVous ne sauriez donc nier plus longtemps que le grand nombre de noms arabes qui &eacute;maillent notre langue d&eacute;signent des articles d&rsquo;usage courant dont les arabes nous ont r&eacute;v&eacute;l&eacute; l&rsquo;existence. Ni que ces articles aient apport&eacute; &agrave; notre vie quotidienne, jadis insipide, voire un peu sordide, maints agr&eacute;ments d&eacute;licats qui l&rsquo;ont litt&eacute;ralement assaisonn&eacute;e, embellie par la couleur et le parfum, ni que celle-ci leur doive d&rsquo;&ecirc;tre plus saine et plus hygi&eacute;nique en m&ecirc;me temps que plus riche de confort et d&rsquo;&eacute;l&eacute;gance&hellip; (Extrait de &laquo;Le soleil d&rsquo;Allah brille sur l&rsquo;occident, notre h&eacute;ritage arabe&raquo;, Albin Michel, 1963).\n<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;\n<\/p>\n<p>\n\t<strong>De Bagdad &agrave; Cordoue<\/strong>\n<\/p>\n<p>\n\tDeux lieux, dont les noms sont rest&eacute;s hautement &eacute;vocateurs de prestige et de l&rsquo;art de vivre, sont dans les premiers si&egrave;cles de l&rsquo;expansion arabe les foyers de rayonnement culturel : Bagdad et Cordoue.\n<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;\n<\/p>\n<p>\n\t<strong>Le califat de Bagdad<\/strong>\n<\/p>\n<p>\n\tC&rsquo;est &agrave; Bagdad, au d&eacute;but de l&rsquo;&egrave;re abbasside, que se produit une extraordinaire floraison intellectuelle. Les califes font figure de despotes orientaux &eacute;clair&eacute;s&nbsp;; ils animent et prot&egrave;gent les cercles de lettr&eacute;s. Parmi eux, la tradition conserve l&rsquo;image de Har&ucirc;n ar-Rachid (786-889), le souverain des Mille et une nuits et celle de Ma&rsquo;mun (813-833) son fils, et le fondateur de Be&iuml;t Al-Hikma (la maison de la sagesse) le premier grand centre de traduction et de r&eacute;flexion islamiques.\n<\/p>\n<p>\n\tLes Abbasides sont port&eacute;s au pouvoir par les persans convertis. Ils transf&egrave;rent le centre du pouvoir vers Bagdad qu&rsquo;ils fondent et baptisent Madinat as-Salam (la ville de la paix). Construite selon un plan circulaire, la ville, ronde, mesure 4 km de diam&egrave;tre et est ceintur&eacute;e par un foss&eacute; de 20 m de large et un double rempart.\n<\/p>\n<p>\n\tClan qui a su prendre le dessus sur ses alli&eacute;s, les Abbasides exercent un pouvoir temporel qui va &ecirc;tre inlassablement contest&eacute;. Les r&eacute;voltes sont d&rsquo;ordre social et religieux. Vers 870, les Zinj (des esclaves noirs, amen&eacute;s pour cultiver la canne &agrave; sucre dans les r&eacute;gions mar&eacute;cageuses) se soul&egrave;vent et menacent Bagdad. La fragilit&eacute; du Califat est d&eacute;montr&eacute;e. Au 10&egrave;me si&egrave;cle, ce sont les Qarmates qui fondent un Etat communautaire, pillent Bosra, prennent La Mecque et s&rsquo;emparent de la pierre noire.\n<\/p>\n<p>\n\tLe r&eacute;gime, afin d&rsquo;assurer sa protection, constitue une garde de jeunes esclaves turcs. Cependant, celle-ci &eacute;loigne le Calife de la population et s&rsquo;accapare le pouvoir. La dynastie abasside n&rsquo;est plus qu&rsquo;une fa&ccedil;ade. Les &eacute;mirs buyides (originaires de la Caspienne) contr&ocirc;lent les leviers de l&rsquo;autorit&eacute; et en usent pour favoriser leur religion chiite, au nom du calife sunnite. Ils seront eux-m&ecirc;mes balay&eacute;s par les Turcs Seljukides (Bagdad prise et d&eacute;truite en 1258). C&rsquo;est l&rsquo;effondrement des Abassides, mais, de fait, ils n&rsquo;auront r&eacute;gn&eacute; v&eacute;ritablement qu&rsquo;un si&egrave;cle.\n<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;\n<\/p>\n<p>\n\t<strong>Le califat de Cordoue<\/strong>\n<\/p>\n<p>\n\tAl-Andalus est l&rsquo;autre grand foyer de transmission &agrave; l&rsquo;occident chr&eacute;tien de la pens&eacute;e gr&eacute;co-arabe.\n<\/p>\n<p>\n\tEn 756, l&rsquo;Omeyyade Abel ar-Rahman fonde l&rsquo;&eacute;mirat de Cordoue, puis un califat, apr&egrave;s avoir rompu tout lien avec les Abbasides de Bagdad. Il survit, gagne l&rsquo;Espagne et l&agrave;, dans un pays o&ugrave; les groupes ethniques s&rsquo;affrontent (Arabes, Y&eacute;m&eacute;nites, Berb&egrave;res, Espagnols convertis ou non, Juifs, Slaves, etc.) et o&ugrave; il ne dispose d&rsquo;aucun appui, il installe un r&eacute;gime qui va se caract&eacute;riser par sa stabilit&eacute; et son rayonnement.\n<\/p>\n<p>\n\tLe rayonnement est g&eacute;ographique d&rsquo;abord. C&rsquo;est la guerre contre les royaumes chr&eacute;tiens du Nord et dont la mort &agrave; Roncevaux de Roland (778) reste l&rsquo;&eacute;pisode le plus fameux.&nbsp;\n<\/p>\n<p>\n\tLe rayonnement est d&rsquo;abord urbain. L&rsquo;&eacute;mirat redonne vie aux villes endormies (S&eacute;ville, Tol&egrave;de) et gr&acirc;ce &agrave; son administration et ses richesses fait b&acirc;tir de fastueuses r&eacute;sidences. L&rsquo;agriculture se d&eacute;veloppe enfin. L&rsquo;am&eacute;lioration du syst&egrave;me d&rsquo;irrigation accro&icirc;t le rendement des cultures traditionnelles (vigne, olivier) et l&rsquo;introduction de la canne &agrave; sucre, des agrumes, du palmier, dattier.\n<\/p>\n<p>\n\tCordoue rivalise avec Le Caire (Fust&acirc;t) et Bagdad.\n<\/p>\n<p>\n\tCependant, l&rsquo;&eacute;mirat passe son temps &agrave; mater les r&eacute;voltes (Tol&egrave;de et Cordoue elle-m&ecirc;me) et &agrave; essayer de r&eacute;duire les pressions ext&eacute;rieures et les raids des Normands. Il ne r&eacute;sistera pas &agrave; ces forces contradictoires et au d&eacute;but du II&egrave;re si&egrave;cle, les Reyes de Ta&iuml;fas (muluq at-taw&acirc;&rsquo;if) se partagent sa d&eacute;pouille et fondent plus de vingt principaut&eacute;s.\n<\/p>\n<p>\n\tChacun revendique l&rsquo;h&eacute;ritage de Cordoue. Les cours rivalisent en prestige, elles abritent philosophes, savants et po&egrave;tes.\n<\/p>\n<p>\n\tAnnex&eacute;e par les empires du Maghreb (Almoravides et Almohades), entam&eacute;e par les pouss&eacute;es chr&eacute;tiennes (prise de Tol&egrave;de en 1085) Al-Andalus continue &agrave; &ecirc;tre le lieu o&ugrave; le Monde arabe et l&rsquo;Europe sont le plus largement entr&eacute; en contacts guerriers, il est vrai, mais en &eacute;change d&rsquo;id&eacute;es, surtout.\n<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;\n<\/p>\n<p>\n\t<strong>La litt&eacute;rature et la po&eacute;sie<\/strong>\n<\/p>\n<p>\n\tAl Biruni (mort en 1050) reste le mod&egrave;le du lettr&eacute; qui s&rsquo;investit dans la culture arabe et lui apporte une dimension universelle. Originaire de Khawarizm (Caspienne), &eacute;crivain en arabe et en persan, il t&eacute;moigne&nbsp;: &laquo;J&rsquo;ai &eacute;t&eacute; &eacute;duqu&eacute; dans une langue (celle du Khw&acirc;rizm) [&hellip;] Ensuite, je me suis mis &agrave; apprendre l&rsquo;arabe et le persan, et je suis par cons&eacute;quent un intrus dans ces deux langues. Mais j&rsquo;avoue que je pr&eacute;f&egrave;re &ecirc;tre insult&eacute; en arabe qu&rsquo;&ecirc;tre exalt&eacute; en persan&raquo;.\n<\/p>\n<p>\n\tLe jugement est rude, mais il traduit la force d&rsquo;attraction et de f&eacute;d&eacute;ration de l&rsquo;arabe dans un contexte (Bagdad) o&ugrave; pourtant la composante persane est majoritaire.\n<\/p>\n<p>\n\tLe premier chef-d&rsquo;&oelig;uvre&nbsp;de la litt&eacute;rature arabe r&eacute;sume, par son cheminement, cette &eacute;poque&nbsp;: Kalila wa Dimna est l&rsquo;adaptation en arabe par Ibn Al-Muqaffa&rsquo;a de la version persane de fables indiennes.\n<\/p>\n<p>\n\tLe moment est favorable &agrave; l&rsquo;&eacute;closion litt&eacute;raire. D&eacute;j&agrave;, les grammairiens fixent les r&egrave;gles d&rsquo;une langue aussi pure et proche de ses origines que possible et les premiers dictionnaires apparaissent. Les princes sont lib&eacute;raux et l&rsquo;aristocratie se veut m&eacute;c&egrave;ne.\n<\/p>\n<p>\n\tLes genres litt&eacute;raires fleurissent&nbsp;: celui de l&rsquo;&eacute;p&icirc;tre, de la nouvelle (ris&acirc;la), des s&eacute;ances (maq&acirc;m&acirc;t, m&eacute;langes de fiction et de r&eacute;alit&eacute; dont l&rsquo;action renvoie &agrave; un personnage central).\n<\/p>\n<p>\n\tUne nouvelle valeur s&rsquo;impose&nbsp;: la n&eacute;cessit&eacute; de la culture. Les sciences religieuses et profanes se d&eacute;ploient, les controverses sont fr&eacute;quentes. Dans ce bouillonnement d&rsquo;id&eacute;es, les conservateurs et les partisans de la raison, les tenants de la puret&eacute; arabe et ceux de l&rsquo;ouverture &agrave; l&rsquo;&eacute;tranger, s&rsquo;accordent &agrave; composer un savoir vivre ensemble.\n<\/p>\n<p>\n\tCes valeurs distinctives de l&rsquo;honn&ecirc;te homme se nomment l&rsquo;adab. Al-J&acirc;hidh (mort en 868) et Ibn Qutayba (mort en 889) sont les champions de la culture, esprits encyclop&eacute;diques, curieux de tout, pol&eacute;mistes et vulgarisateurs qui cultivent la verve et la belle langue.\n<\/p>\n<p>\n\tLa po&eacute;sie s&rsquo;attache &agrave; explorer des th&egrave;mes nouveaux. Al Mutanabbi (mort en&nbsp; 965), le courtisan orgueilleux, c&eacute;l&egrave;bre les grandes victoires et chante la gloire de ses protecteurs. Al Ma&rsquo;arr&icirc; (mort en 1058) exprime l&rsquo;amertume du monde. Aveugle &agrave; l&rsquo;&acirc;ge de 4 ans, il clame le d&eacute;sespoir, la r&eacute;volte contre Dieu et l&rsquo;humanit&eacute;.\n<\/p>\n<p>\n\tAbu Nuw&acirc;s (mort en 815) use de son immense talent et de l&rsquo;intimit&eacute; des califes pour se livrer au scandale et &agrave; la provocation. Il subvertit la po&eacute;sie traditionnelle et chante le vin et les amours illicites.\n<\/p>\n<p>\n\tLa litt&eacute;rature se partage, elle se go&ucirc;te en public, le soir et la nuit. Le peuple pratique, lui aussi, la palabre. Sur les places, les conteurs r&eacute;citent po&eacute;sie et gestes. Le narrateur est ma&icirc;tre du texte et de son auditoire : pour maintenir l&rsquo;attention de son public, il introduit des variantes, ouvre une histoire au sein de l&rsquo;histoire, interrompt le r&eacute;cit aux moments palpitants.\n<\/p>\n<p>\n\tLes Mille et une nuits sont l&rsquo;expression m&ecirc;me de la litt&eacute;rature populaire et de colportage. Elles sont, avec le Roman d&rsquo;Antar, les l&eacute;gendes de la mer, les complaintes de Majn&ucirc;n (le fou d&rsquo;amour) une m&eacute;moire itin&eacute;rante.\n<\/p>\n<p>\n\tL&rsquo;Espagne arabo-andalouse s&rsquo;&eacute;panouit. Elle cr&eacute;e une po&eacute;sie originale : Ibn Hazm (mort en 1063) qui fut aussi juriste et th&eacute;ologien invente les codes de l&rsquo;amour courtois, Tawq al-Ham&acirc;ma (Le collier de la colombe). Les troubadours seront les continuateurs de cet art de la strophe et du m&eacute;lange des langues.\n<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;\n<\/p>\n<p>\n\t<strong>Les arts<\/strong>\n<\/p>\n<p>\n\tL&rsquo;art de l&rsquo;Islam &ldquo;&nbsp;est un art qui sert non pas de fin en soi, mais d&rsquo;interm&eacute;diaire entre l&rsquo;homme et ce qui existe. Ce qui a rendu les artistes du monde islamique uniques, c&rsquo;est d&rsquo;avoir pu montrer que l&rsquo;eau se boit mieux dans un beau verre, que la lumi&egrave;re est plus belle lorsqu&rsquo;elle &eacute;mane d&rsquo;un chandelier richement incrust&eacute;.&nbsp;&rdquo; Oleg Grabar\n<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;\n<\/p>\n<p>\n\t<strong>La calligraphie et l&rsquo;enluminure<\/strong>\n<\/p>\n<p>\n\tL&rsquo;introduction du papier et la diffusion du livre ont contribu&eacute; au d&eacute;veloppement de l&rsquo;illustration et de l&rsquo;enluminure.\n<\/p>\n<p>\n\tCe sont les ouvrages de m&eacute;decine, de zoologie, d&rsquo;astrologie qui dans un premier temps sont illustr&eacute;s, tandis que l&rsquo;usage d&rsquo;enluminer le Coran se g&eacute;n&eacute;ralise.\n<\/p>\n<p>\n\tLes oeuvres de fiction sont plus rarement agr&eacute;ment&eacute;es. A quelques exceptions : le Kalila wa Dimna, dont le texte est utilis&eacute; pour l&rsquo;apprentissage d&rsquo;un arabe de qualit&eacute; ; les Maq&acirc;m&acirc;t d&rsquo;al Hariri de Bassora (mort en 1122) qui retrace les aventures du rus&eacute; Abu Zayd ; le Shahnama de Firdaws&icirc; (mort en 1020), long po&egrave;me de 60.000 distiques a donn&eacute; mati&egrave;re aux enluminures les plus spectaculaires.\n<\/p>\n<p>\n\tLa calligraphie s&rsquo;inscrit au coeur de l&rsquo;art arabo-islamique. Selon la tradition, l&rsquo;&eacute;criture est un don divin (enseign&eacute; &agrave; Adam). De plus, l&rsquo;arabe est la langue du message divin transmis aux hommes par Muhammad. La perfection du Coran est la preuve de sa nature sup&eacute;rieure : depuis toute &eacute;ternit&eacute;, le texte coranique est &eacute;crit sur une tablette c&eacute;leste que seuls les anges peuvent contempler.\n<\/p>\n<p>\n\tD&egrave;s lors, &eacute;crire c&rsquo;est entrer en contact avec Dieu et recopier le Coran c&rsquo;est comme effleurer la parole divine. Voil&agrave; pour les origines de la belle &eacute;criture.\n<\/p>\n<p>\n\tCependant, les plus anciennes formes d&rsquo;&eacute;criture arabe (le coufique) sont anguleuses et irr&eacute;guli&egrave;res en raison du principal support utilis&eacute; : la pierre. Mais l&rsquo;&eacute;criture va s&rsquo;&eacute;tendre &agrave; toutes sortes de surface (papier, parchemin, bois, c&eacute;ramique, textiles&#8230;) et les graphies se multiplient. Et le coufique lui-m&ecirc;me va gagner en harmonie et rythme et devenir feuillu, tress&eacute;, quadrangulaire&#8230;\n<\/p>\n<p>\n\tIbn Muqla (mort en 940), vizir de Bagdad et &ldquo;&nbsp;prince des calligraphes&nbsp;&rdquo; a codifi&eacute; les proportions de l&rsquo;&eacute;criture et a d&eacute;fini les six &eacute;critures de base (de l&rsquo;&eacute;criture du copiste aux &eacute;critures plus ornementales). D&rsquo;autres types sont venus s&rsquo;ajouter au r&eacute;pertoire classique : le ghub&acirc;r (&eacute;criture miniature), le makus (en miroir)&#8230;\n<\/p>\n<p>\n\tAvec Ibn Muqla, la calligraphie devient une science des proportions et un art du geste, une g&eacute;om&eacute;trie et un envol. Les calligraphies deviennent des pi&egrave;ces recherch&eacute;es et couteuses : elles se placent sur un march&eacute; et atteignent des prix &eacute;tonnants (ce qui encourage les faussaires&#8230;). Les calligraphes b&eacute;n&eacute;ficient du statut social le plus &eacute;lev&eacute; parmi les artistes.\n<\/p>\n<p>\n\tMais la notion d&rsquo;art se d&eacute;marque de la tradition occidentale.\n<\/p>\n<p>\n\tEn effet, le calligraphe ne produit pas une oeuvre ind&eacute;pendante et autonome, il ajoute la valeur de la beaut&eacute; &agrave; des objets qui pr&eacute;existent et qui ont une fonction utilitaire (vaisselle, livres, murs&#8230;). Bref, il ornemente un support, il d&eacute;core la r&eacute;alit&eacute;. Il est l&rsquo;artisan qui pare l&rsquo;enveloppe des choses.\n<\/p>\n<p>\n\tLa calligraphie livre les clefs de l&rsquo;ornementation arabo-islamique. Celle-ci s&rsquo;&eacute;loigne de la repr&eacute;sentation r&eacute;aliste de la nature pour affirmer la valeur d&eacute;corative des lignes et des entrelacs et tendre vers l&rsquo;abstraction en une sorte de v&eacute;g&eacute;tation exub&eacute;rante et une g&eacute;om&eacute;trie imaginaire.\n<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;\n<\/p>\n<p>\n\t<strong>L&rsquo;arabesque<\/strong>\n<\/p>\n<p>\n\tL&rsquo;ornement &agrave; &nbsp;la mani&egrave;re islamique est un rythme ininterrompu, une v&eacute;g&eacute;tation irr&eacute;aliste, un mouvement sans fin, une variation inlassable.\n<\/p>\n<p>\n\tPour les hommes du d&eacute;sert &agrave; qui le Coran propose le paradis comme &ldquo;un jardin sublime dont les fruits &agrave; cueillir seront &agrave; port&eacute;e de la main&rdquo; et que les voies de conqu&ecirc;te conduisent vers les jardins de Grenade et d&rsquo;Ispahan, l&rsquo;arabesque v&eacute;g&eacute;tale est une promesse d&rsquo;infini.\n<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;\n<\/p>\n<p>\n\t<strong>L&rsquo;ornementation g&eacute;om&eacute;trique<\/strong>\n<\/p>\n<p>\n\tElle touche &agrave; la pure abstraction. A son propos, certains parlent d&rsquo;un art de math&eacute;maticiens et d&rsquo;astronomes. Peut-&ecirc;tre parce qu&rsquo;il d&eacute;rive de l&rsquo;ajustement et de la superposition de polygones &eacute;toil&eacute;s de 6, 8, 10 ou 12 branches. Il reste que ces figures aux multiples foyers sont une invitation &agrave; contempler les multiples voies qui m&egrave;nent vers le divin.\n<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;\n<\/p>\n<p>\n\t<strong>L&rsquo;architecture<\/strong>\n<\/p>\n<p>\n\t&laquo; al-Mutassim fit venir des architectes et leur dit de choisir les emplacements les plus appropri&eacute;s et ils s&eacute;lectionn&egrave;rent plusieurs sites pour les palais. Il donna &agrave; chacun de ses courtisans un palais &agrave; construire (&#8230;). Puis, il fit d&eacute;limiter des lots de terrain pour les fonctionnaires militaires et civils et pour la population et pour la Grande mosqu&eacute;e. Et il fit am&eacute;nager les march&eacute;s autour de la mosqu&eacute;e, avec de larges rang&eacute;es, toutes les diff&eacute;rentes vari&eacute;t&eacute;s de marchandises devant &ecirc;tre nettement s&eacute;par&eacute;es. &laquo; C&rsquo;est ainsi que l&rsquo;historien Al-Ya&rsquo;aq&ucirc;bi (mort en 897) &eacute;voque la fr&eacute;n&eacute;sie architecturale qui saisit le calife abbasside lorsque celui-ci transf&egrave;re sa capitale de Bagdad &agrave; Samarra (environ 100 km plus au nord) vers 836.\n<\/p>\n<p>\n\tDe la premi&egrave;re Bagdad, il ne reste presque plus de traces, tant son prestige avait attir&eacute; la convoitise des hordes orientales. Samarra n&rsquo;a pas connu le m&ecirc;me sort et t&eacute;moigne du rapide d&eacute;veloppement d&rsquo;une architecture profane et religieuse. En voici quelques indications : la Grande mosqu&eacute;e (alors la plus grande au monde) semble, de l&rsquo;ext&eacute;rieur, une forteresse. Une enceinte &eacute;paisse de plus de deux m&egrave;tres d&eacute;limite un p&eacute;rim&egrave;tre de 240 m sur 160 m ; le minaret, haut de 50 m, s&rsquo;inspire des ziggourats m&eacute;sopotamiens (rampes h&eacute;lico&iuml;dales).\n<\/p>\n<p>\n\tA d&eacute;faut de les d&eacute;crire, laissons aux noms des palais le soin de les &eacute;voquer : le ch&acirc;teau de l&rsquo;Amoureux (al-&Acirc;shiq) se tenait sur la m&ecirc;me rive du Tigre que le palais de la Fianc&eacute;e (Kasr al-&lsquo;Arous). Les d&eacute;corations de Samarra multiplient les niches, le stuc, la fresque et la mosa&iuml;que.\n<\/p>\n<p>\n\tLe g&eacute;nie andalou est d&rsquo;avoir cr&eacute;&eacute; un &eacute;quilibre &agrave; partir de la diversit&eacute; ; les diff&eacute;rences ethniques et religieuses ont droit de cit&eacute;. Le reste n&rsquo;est que p&eacute;rip&eacute;tie politique.\n<\/p>\n<p>\n\tLa grande mosqu&eacute;e de Cordoue est le symbole de cette mise en harmonie : les toits &agrave; pignon sont de Syrie ; Byzance fournit les mosa&iuml;ques ; Tunis les vo&ucirc;tes et l&rsquo;Iran les arcs ; l&rsquo;alternance de pierre et de brique provient de Rome&#8230;\n<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;\n<\/p>\n<p>\n\t<strong>Math&eacute;matiques et astronomie<\/strong>\n<\/p>\n<p>\n\t&laquo;Chiffre&raquo;&nbsp;: l&rsquo;histoire du mot m&eacute;rite d&rsquo;&ecirc;tre racont&eacute;e.\n<\/p>\n<p>\n\tEn empruntant aux Indiens leur syst&egrave;me de num&eacute;ration et d&rsquo;&eacute;criture&nbsp;de position des nombres (qui facilite grandement les op&eacute;rations arithm&eacute;tiques) les Arabes d&eacute;sign&egrave;rent le 0 : as-sifr, litt&eacute;ralement, le vide. Le mot fut latinis&eacute; en Zephirum&nbsp;; en Italie, il devient zefero puis z&eacute;ro&nbsp;; en France, il devient chiffre &ndash; pour d&eacute;signer l&rsquo;ensemble des caract&egrave;res num&eacute;riques &ndash; et pour lever l&rsquo;&eacute;quivoque on emprunta &agrave; l&rsquo;italien le z&eacute;ro pour d&eacute;signer la valeur nulle qui &agrave; proprement parler devrait avoir l&rsquo;exclusivit&eacute; de s&rsquo;appeler chiffre.\n<\/p>\n<p>\n\tL&rsquo;histoire des math&eacute;matiques regorge d&rsquo;inventions arabes. Le mot &laquo;algorithme&raquo; vient du nom du grand math&eacute;maticien Al-Khwarizm&icirc;, qui est le p&egrave;re de l&rsquo;alg&egrave;bre et l&rsquo;auteur du Kitab al Jabr (de jabara, r&eacute;duire).\n<\/p>\n<p>\n\tC&rsquo;est aux Arabes encore que l&rsquo;on doit la d&eacute;signation des inconnues par la lettre&nbsp;x (Xay en espagnol, d&eacute;formation de chay&nbsp;: la chose).\n<\/p>\n<p>\n\tM&ecirc;me si elles sont le fait d&rsquo;&eacute;rudits, comme le po&egrave;te Omar&nbsp;Khayyam qui fournit la solution des &eacute;quations du troisi&egrave;me degr&eacute;, ces recherches math&eacute;matiques ont des finalit&eacute;s pratiques et visent &agrave; r&eacute;soudre des probl&egrave;mes quotidiens (calcul de la surface, am&eacute;nagement urbain, etc.)\n<\/p>\n<p>\n\tL&rsquo;astronomie est, elle aussi, &eacute;tudi&eacute;e &agrave; des fins pratiques&nbsp;: la pr&eacute;diction. Sur la base de l&rsquo;astrologie persane, de nombreux savants &eacute;tablissent le calcul des longitudes, r&eacute;forment le calendrier et avant Copernic (qui eut connaissance de leurs travaux) critiquent Ptol&eacute;m&eacute;e et construisent un mod&egrave;le plan&eacute;taire centr&eacute; autour du Soleil.\n<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;\n<\/p>\n<p>\n\t<strong>La m&eacute;decine<\/strong>\n<\/p>\n<p>\n\tAu Moyen &acirc;ge, les Arabes sont les pionniers de la recherche m&eacute;dicale. Ils ont conserv&eacute; les savoirs de l&rsquo;Antiquit&eacute; et les enseignements d&rsquo;Hippocrate et de Galien. En particulier, ils reprennent la th&eacute;orie des quatre humeurs, selon laquelle les maladies r&eacute;sultent d&rsquo;un d&eacute;s&eacute;quilibre entre la bile, le phlegme, le sang et l&rsquo;atrabile qui gouvernent le corps et la personnalit&eacute;. Les traitements consistent &agrave; r&eacute;tablir la pond&eacute;ration initiale par la prescription de rem&egrave;des et d&rsquo;une alimentation choisis.\n<\/p>\n<p>\n\tLes docteurs arabes d&eacute;veloppent ces savoirs en s&rsquo;appuyant sur une conception logique des affections et une approche m&eacute;thodique. Ainsi, ils inventorient et d&eacute;crivent les sympt&ocirc;mes, ils am&eacute;liorent l&rsquo;art du diagnostic et la pratique clinique et posent les r&egrave;glements de la profession.\n<\/p>\n<p>\n\tLes apports sont nombreux et favoris&eacute;s par la construction d&rsquo;h&ocirc;pitaux (Bagdad, Le&nbsp;Caire, Damas, Samarkand, etc.) contr&ocirc;l&eacute;s par un ma&icirc;tre, la diffusion des principes d&rsquo;hygi&egrave;ne (asepsie et isolation des contagieux &agrave; une &eacute;poque o&ugrave;, en Europe, on pensait que la l&egrave;pre et la peste se transmettaient par le regard&nbsp;!) et encore par une abondante pharmacop&eacute;e, aliment&eacute;e par le commerce caravanier ou maritime. Plantes, drogues animales, extraits min&eacute;raux entrant dans la composition des empl&acirc;tres, onguents, cataplasmes, cachets.\n<\/p>\n<p>\n\tLe Canon d&rsquo;Avicenne, cette monumentale encyclop&eacute;die, pr&eacute;sente et classe pr&egrave;s de 800 rem&egrave;des et le vocabulaire conserve les traces de cette inventivit&eacute; chimique et pharmacologique, ou des termes arabes pass&eacute;s dans toutes les langues&nbsp;: drogue, alambic, alcool, benjoin, benz&egrave;ne, &eacute;lixir, soude, talc, ambre, safran, santal, s&eacute;n&eacute;, etc.\n<\/p>\n<p>\n\tLa grande figure du g&eacute;nie m&eacute;dical est bien entendu Avicenne (Ibn Sin&acirc;, 980-1037), qui commen&ccedil;a &agrave; exercer &agrave; l&rsquo;&acirc;ge de 16 ans et &agrave; qui l&rsquo;on doit les descriptions de la m&eacute;ningite, de la pleur&eacute;sie et plus de 100 ouvrages m&eacute;dicaux et philosophiques.\n<\/p>\n<p>\n\tSan Canon fut traduit, puis publi&eacute; en Europe, en 1473, pour la premi&egrave;re fois. Au si&egrave;cle suivant, on comptait 36 &eacute;ditions.\n<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;\n<\/p>\n<p>\n\t<strong>Physique et chimie<\/strong>\n<\/p>\n<p>\n\tTant dans le domaine de l&rsquo;optique que dans celui de la m&eacute;canique, les Arabes ne sont seulement les g&eacute;rants d&rsquo;un h&eacute;ritage&nbsp;: ils le font fructifier, inventent de nouvelles techniques (utiles &agrave; l&rsquo;agriculture&nbsp;: norias, pressoir &agrave; huile et &agrave; canne) et d&rsquo;impressionnants automates. Al-Jazar&icirc; avait construit une monumentale horloge o&ugrave; des cercles en mouvement repr&eacute;sentaient le mouvement du zodiaque, du Soleil et de la Lune. Pour sonner les heures, des oiseaux l&acirc;chaient des billes sur des cymbales et des figurines jouaient du tambour et d&rsquo;autres instruments.\n<\/p>\n<p>\n\tLes alchimistes parviennent &agrave; cr&eacute;er des corps nouveaux (acides et alcool, etc.) Ils sont en qu&ecirc;te de la pierre philosophale et du secret de la transmutation des m&eacute;taux en or. Mais certains refusent la magie et ne retiennent que l&rsquo;exp&eacute;rimentation.\n<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;\n<\/p>\n<p>\n\t<strong>La philosophie<\/strong>\n<\/p>\n<p>\n\t&laquo;Il est impensable que Dieu ait distingu&eacute; certains hommes pour leur donner la pr&eacute;valence sur la masse des autres.&raquo; Al-R&acirc;z&icirc; (mort en 925)\n<\/p>\n<p>\n\tLa passion des livres et la grande vogue de traduction (du grec vers le syriaque, puis l&rsquo;arabe) ont permis de sauvegarder les &oelig;uvres d&rsquo;Aristote, Platon, Porphyre&hellip; Les biblioth&egrave;ques publiques se multiplient (plus de 100 &agrave; Bagdad vers 900). Celle du&nbsp;Caire compte &nbsp;1.600.000 volumes (souvent des chapitres). La passion des id&eacute;es distingue les hommes de qualit&eacute; et, dans cette soci&eacute;t&eacute; structur&eacute;e par l&rsquo;Islam, se posait la question de la raison et de la foi.\n<\/p>\n<p>\n\tLa position la plus radicale est adopt&eacute;e par Al-R&acirc;z&icirc; qui rejette en bloc les religions r&eacute;v&eacute;l&eacute;es et les miracles. Son ath&eacute;isme favorise une conception progressive de la connaissance&nbsp;: les savoirs sont provisoires et perfectibles.&nbsp;\n<\/p>\n<p>\n\tMais pour la plupart des penseurs, l&rsquo;Islam est &agrave; la base de la falsafa (philosophie dans l&rsquo;Islam). Le principe est que la v&eacute;rit&eacute; est une, qu&rsquo;elle soit r&eacute;v&eacute;l&eacute;e ou obtenue par la raison, et peu importe son origine arabe ou &eacute;trang&egrave;re. C&rsquo;est la th&egrave;se d&rsquo;Al-Kind&icirc; (mort en 873) que la tradition c&eacute;l&egrave;bre comme &laquo;le philosophe des Arabes&raquo;, qui finit par donner l&rsquo;avantage &agrave; la connaissance divine et devint mystique. &Agrave; sa suite, Far&acirc;bi (mort en 950) consacra ses nombreux commentaires &agrave; montrer l&rsquo;accord de Platon et Aristote avec la pens&eacute;e islamique. Sa &laquo;cit&eacute; mod&egrave;le&raquo; reprend et adapte la R&eacute;publique platonicienne.\n<\/p>\n<p>\n\tCependant, la r&eacute;flexion philosophique abordait des sujets d&eacute;licats (unit&eacute; de la cr&eacute;ation, survie du corps et de l&rsquo;&acirc;me) et, pour la majorit&eacute; des croyants, les r&eacute;f&eacute;rences aux &laquo;&nbsp;sciences arabes&raquo; demeurent suspectes, proches de l&rsquo;h&eacute;r&eacute;sie et dangereusement innovantes.\n<\/p>\n<p>\n\tL&rsquo;attaque contre les philosophes va venir d&rsquo;al-Ghaz&acirc;li (mort en 1111). Il d&eacute;nonce l&rsquo;impuret&eacute; de leurs th&egrave;ses (n&eacute;gation de la cr&eacute;ation du monde, de sa fin, de la&nbsp;r&eacute;surrection des corps). Ghaz&acirc;li souligne l&rsquo;importance des sciences utiles pour la communaut&eacute; mais sa distinction entre sciences religieuses et non religieuses (ghayr shar&rsquo;iyya) repousse la philosophie aux marges les plus &eacute;loign&eacute;es de la religion.\n<\/p>\n<p>\n\tLa riposte attendra un si&egrave;cle et viendra d&rsquo;Occident avec Ibn Rushd (mort en 1198), qui justifie l&rsquo;accord de la doctrine coranique et l&rsquo;effort philosophique et surtout, la possibilit&eacute; d&rsquo;un plein exercice de la raison.\n<\/p>\n<p>\n\tIbn Rushd, latinis&eacute; en Averro&egrave;s est sans doute l&rsquo;Andalou qui a laiss&eacute; la plus profonde marque sur la pens&eacute;e humaine.\n<\/p>\n<p>\n\tM&eacute;decin, administrateur, astronome, philosophe encore, sa r&eacute;putation a &eacute;t&eacute; immense dans le monde arabe et dans le monde chr&eacute;tien. L&rsquo;anecdote en fait le prototype de l&rsquo;ath&eacute;e. Son oeuvre est plus pr&eacute;occup&eacute;e de concilier foi et raison et ses commentaires d&rsquo;Aristote expriment le besoin d&rsquo;incr&eacute;dulit&eacute; en m&ecirc;me temps que la diversit&eacute; d&rsquo;expressions de la v&eacute;rit&eacute;.\n<\/p>\n<p>\n\tIl va influencer profond&eacute;ment la scolastique m&eacute;di&eacute;vale.\n<\/p>\n<p>\n\tMais son oeuvre ne pourrait satisfaire les th&eacute;ologiens chr&eacute;tiens (dont St-Thomas) bien peu dispos&eacute; &agrave; concevoir la philosophie comme une discipline ind&eacute;pendante. Les Arabes, dans un geste qui va marquer leur lente descente vers l&rsquo;abime de l&rsquo;obscurantisme dont nous souffrons encore aujourd&rsquo;hui et qui se pr&eacute;sente, sans ironie, comme une &laquo;&nbsp;renaissance&raquo;, avaient br&ucirc;l&eacute; ses livres,&nbsp; et la philosophie devint dakh&icirc;la, &eacute;trang&egrave;re.\n<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;\n<\/p>\n<p style=\"text-align: right;\">\n\t<strong><em>Par Hassan Arfaoui<\/em><\/strong><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00ab Quand on se rend compte de toute l\u2019\u00e9tendue des domaines que les Arabes embrass\u00e8rent dans leurs exp\u00e9rimentations scientifiques, leurs pens\u00e9es et leurs \u00e9crits, on voit que, sans les Arabes, la science et la philosophie europ\u00e9ennes ne se seraient pas d\u00e9velopp\u00e9es \u00e0 l\u2019\u00e9poque comme elles l\u2019ont fait.<\/p>\n","protected":false},"author":60,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_lmt_disableupdate":"","_lmt_disable":"","_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":""},"categories":[3,5],"tags":[],"class_list":["post-1940","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-a-la-une","category-politique"],"yoast_head":"<!-- This site is optimized with the Yoast SEO plugin v26.3 - 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