{"id":240,"date":"2013-02-13T22:14:57","date_gmt":"2013-02-13T21:14:57","guid":{"rendered":"http:\/\/positifdemo.com\/realite\/?p=240"},"modified":"2013-02-13T22:14:57","modified_gmt":"2013-02-13T21:14:57","slug":"240","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/realites.com.tn\/fr\/240\/","title":{"rendered":"D\u2019une R\u00e9volution l\u2019autre"},"content":{"rendered":"<p>\n\t<a href=\"http:\/\/positifdemo.com\/realite\/wp-content\/uploads\/Alazhar.jpg\" data-rel=\"penci-gallery-image-content\" ><img decoding=\"async\" alt=\"Alazhar\" class=\"aligncenter size-medium wp-image-241\" height=\"150\" src=\"http:\/\/positifdemo.com\/realite\/wp-content\/uploads\/Alazhar-225x150.jpg\" style=\"float: right;\" width=\"225\" \/><\/a>\n<\/p>\n<p>\n\t<strong style=\"line-height: 1.6em;\">Pendant une semaine le philosophe Youssef Seddik a pu constater au Caire sur le terrain des tumultes et des &eacute;clats de rire de l&rsquo;Egyptien, combien il y a de similitudes dans le processus r&eacute;volutionnaire dans la vall&eacute;e du Nil et le n&ocirc;tre en Tunisie. Invit&eacute; d&rsquo;honneur, comme le dit l&rsquo;Egyptien (toujours emphatique !) au 44e Salon du Livre &agrave; l&rsquo;occasion de la parution de son ouvrage &laquo; Nous n&rsquo;avons jamais lu le Coran &raquo; en arabe, le penseur tunisien n&rsquo;a pu r&eacute;sister &agrave; l&rsquo;attraction de l&rsquo;Egypte politique en plein travail d&rsquo;enfantement&hellip; Notre confr&egrave;re Safwene Grira, de France 24, l&rsquo;a interrog&eacute; pour R&eacute;alit&eacute;s.<\/strong>\n<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;\n<\/p>\n<p>\n\t<strong><em>Vous revenez d&rsquo;un s&eacute;jour au Caire , s&rsquo;agissait-il d&rsquo;une double prospection, celle de l&rsquo;&eacute;cho de votre livre et de l&rsquo;&eacute;tat du processus r&eacute;volutionnaire en Egypte ?<\/em><\/strong>\n<\/p>\n<p>\n\tVous ne pouvez pas vous imaginer combien cette question s&rsquo;inscrit dans la r&eacute;alit&eacute;. Une maison d&rsquo;&eacute;dition, Attanwir (les Lumi&egrave;res) reprend vie apr&egrave;s une faillite &agrave; Beyrouth, apr&egrave;s un prestige sur le droit fil des publications dans le vif de la modernit&eacute; arabe, rena&icirc;t de ses cendres simultan&eacute;ment &agrave; Beyrouth, le Caire et Tunis. C&rsquo;est elle qui a eu le courage de publier un livre comme le mien qui a fait peur, sans raison &agrave; mon avis, &agrave; cinq &eacute;diteurs locaux. &nbsp;Mon &eacute;diteur a tenu &agrave; ce qu&rsquo;il paraisse au 44e Salon du Livre cairote. Mais, &agrave; ma grande surprise, ce sont les organisateurs sur place qui m&rsquo;ont fait l&rsquo;agr&eacute;able surprise de m&rsquo;appeler, dans la h&acirc;te, comme invit&eacute; d&rsquo;honneur. Mon premier sentiment a &eacute;t&eacute; ma joie de rencontrer l&rsquo;espace r&eacute;volutionnaire &eacute;gyptien que je suivais &agrave; travers les m&eacute;dias et les coups de fil &agrave; mes amis. Le bonheur de voir mon livre para&icirc;tre en arabe est devenu vraiment secondaire.\n<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;\n<\/p>\n<p>\n\t<strong><em>Vous revenez &agrave; un pays que vous avez bien connu par le pass&eacute;&hellip;<\/em><\/strong>\n<\/p>\n<p>\n\tJ&rsquo;ai en effet un rapport extr&ecirc;mement passionn&eacute; avec l&rsquo;Egypte. Depuis mon enfance, les chansons d&rsquo;Abdelwahab, d&rsquo;Om Kalthoum, Esmahan emplissaient notre environnement familial, mes fr&egrave;res et soeurs et moi. Un peu plus tard, entre 8 et 10 ans, les po&egrave;mes de Chawki, Hafez Ibrahim, des moins connus comme Ali Mahmoud Taha ou Mohamad Hassan Ismail, &eacute;taient notre pain quotidien puisqu&rsquo;on les apprenait par coeur &agrave; travers tous ces grands chanteurs et cantatrices. En 1973, mon journal m&rsquo;a envoy&eacute; sur le front et j&rsquo;ai rat&eacute; mon avion. Je me suis dirig&eacute; dare-dare &agrave; Bab Souika, sans dire un mot &agrave; mon directeur, j&rsquo;ai pris un louage jusqu&rsquo;&agrave; Tripoli, puis un autre jusqu&rsquo;&agrave; Benghazi, puis un troisi&egrave;me jusqu&rsquo;au Caire. Et l&agrave; imm&eacute;diatement, je me suis d&eacute;plac&eacute; en plein sur le front &agrave; Suez. Je connais toute l&rsquo;Egypte, du nord au sud, d&rsquo;est en ouest, et j&rsquo;ai retrouv&eacute; dans le sud de ce pays beaucoup de mon Tozeur natal.C&rsquo;est dire que mes &laquo;prestations&raquo; &agrave; Madinat Nasr, espace du Salon du Livre, n&rsquo;&eacute;taient rien par rapport &agrave; mes retrouvailles avec une Egypte en pleine effervescence r&eacute;volutionnaire&hellip;\n<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;\n<\/p>\n<p>\n\t<strong><em>&laquo;Nous n&rsquo;avons jamais lu le Coran&raquo; est un ouvrage dont on pourrait penser qu&rsquo;il ne serait pas tr&egrave;s orthodoxe, comment a-t-il &eacute;t&eacute; per&ccedil;u par une Egypte gouvern&eacute;e par les Ikhw&acirc;n ?<\/em><\/strong>\n<\/p>\n<p>\n\tJe dois avouer que j&rsquo;ai eu une petite peur, temp&eacute;r&eacute;e toutefois par une volont&eacute; de d&eacute;fi. Je me disais que mon livre qui a trouv&eacute; beaucoup de succ&egrave;s dans les milieux francophones quand il a &eacute;t&eacute; &eacute;dit&eacute; &agrave; Paris en 2004 doit vraiment marquer une nouvelle naissance dans la plus grande capitale du monde arabe et dans notre langue. A ma grande surprise, j&rsquo;ai d&eacute;couvert que l&rsquo;Egypte d&rsquo;Al Azhar, des Fr&egrave;res Musulmans qui sont l&agrave; depuis un si&egrave;cle, avait un rapport avec la pens&eacute;e libre beaucoup plus sain, en tous les cas beaucoup plus respectueux du d&eacute;bat, que celui qui a cours chez nous depuis qu&rsquo;Ennahdha et les Salafistes ont investi nos espaces. Le temps d&rsquo;alerte, pour pr&eacute;venir de mon arriv&eacute;e et de mes deux conf&eacute;rences &eacute;tait tr&egrave;s court, et pourtant le public &eacute;tait l&agrave;. Tr&egrave;s au courant de ce qui se passe en Tunisie, des auteurs, des controverses, et m&ecirc;me de ce qui se dit autour de la Constitution &agrave; l&rsquo;ANC. Le plus surprenant c&rsquo;est que des m&eacute;dias, t&eacute;l&eacute;visions radios et presse, labellis&eacute;s islamistes, m&rsquo;ont sollicit&eacute; pour des entretiens, parfois de 52 minutes, sachant bien &agrave; quoi ils s&rsquo;en tenaient. Je me reconnaissais en effet de Nasr Hamed Abou Zid, de Brahim Khalil Ibrahim et de tous ceux dans le monde arabo-musulman qui refusent de ruminer le leg islamique, Coran compris, et risquent de le &laquo;lire&raquo; c&rsquo;est &agrave; dire de le reproduire selon mes cat&eacute;gories mentales, historiques, sociales et m&ecirc;me fantasmatiques et &eacute;motionnelles. Une cha&icirc;ne financ&eacute;e par l&rsquo;Arabie Saoudite comme Assalamou Alaykom y&rsquo;a Rasoul Allah&raquo; (Paix sur toi &Ocirc; Envoy&eacute; de Dieu) s&rsquo;est entretenu avec moi pendant une heure sur cette f&acirc;cheuse tendance de l&rsquo;islam &laquo;momifi&eacute;&raquo; depuis toujours de sacraliser une personne comme le Proph&egrave;te dont le Texte R&eacute;v&eacute;l&eacute; ne cesse d&rsquo;ass&eacute;ner qu&rsquo;il n&rsquo;est qu&rsquo;un humain ordinaire. Le r&eacute;sultat &eacute;tait une &eacute;mission que je n&rsquo;imagine pas possible &agrave; la t&eacute;l&eacute; ou la radio Zeitouna.\n<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;\n<\/p>\n<p>\n\t<strong><em>Comment l&rsquo;expliquez-vous: cette volont&eacute; de figer l&rsquo;islam dans une lecture &laquo;momifi&eacute;e&raquo; serait-elle au service de quelque dessein politique particulier ? <\/em><\/strong>\n<\/p>\n<p>\n\tNous n&rsquo;avons rien &agrave; envier &agrave; l&rsquo;Egypte quand il s&rsquo;agit de penser l&rsquo;Etat. Les deux pays ont eu un pass&eacute; ottoman, centralisateur. Les deux pays ont consacr&eacute; l&rsquo;intellectuel pour inspirer, voire infl&eacute;chir les pouvoirs. Mais quand il s&rsquo;agit du religieux, il y a une profonde diff&eacute;rence. L&rsquo;Egypte sait qu&rsquo;elle est amarr&eacute;e solidement au Texte r&eacute;v&eacute;l&eacute;, qu&rsquo;elle l&rsquo;a m&ecirc;me devanc&eacute; avec le premier promoteur &laquo;la&iuml;c&raquo; de l&rsquo;Unicit&eacute; de Dieu, &agrave; savoir le grand pharaon Akh&eacute;naton. Ce fait est d&rsquo;ailleurs explicitement signal&eacute; dans le Coran quand &laquo;un homme qui avait la foi et qui la dissimulait&raquo; a dit (&agrave; propos de Mo&iuml;se): &laquo;Tueriez-vous un homme qui a dit mon Seigneur c&rsquo;est Dieu ? (Coran Sourate Ghafer). Ce sentiment de proximit&eacute; &agrave; l&rsquo;&eacute;gard du religieux islamique donne &agrave; l&rsquo;Egyptien un certain apaisement, quand bien m&ecirc;me serait-il intransigeant sur les principes et le culte. L&rsquo;&eacute;loignement du Maghr&eacute;bin des sources premi&egrave;res de cette religion lui donne une certaine culpabilit&eacute; d&eacute;fensive qui se transforme tr&egrave;s vite en agressivit&eacute;, en refus du d&eacute;bat.\n<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;\n<\/p>\n<p>\n\t<strong><em>L&rsquo;actuelle Arabie correspond historiquement au foyer de la R&eacute;v&eacute;lation. Les Saoudiens seraient-ils selon votre raisonnement les chantres de la tol&eacute;rance ? <\/em><\/strong>\n<\/p>\n<p>\n\tVous plaisantez ? L&rsquo;Arabie actuelle, avec ses Emirats et son Royaume, a &eacute;t&eacute; transform&eacute;e depuis Lawrence d&rsquo;Arabie et Sykes-Picot en un espace tout &agrave; fait contraire &agrave; celui ouvert par le Proph&egrave;te Mohamed. Un espace d&rsquo;ailleurs d&eacute;nonc&eacute; par le Coran, celui de ces B&eacute;douins (A&rsquo;ar&acirc;b) qui transforment l&rsquo;immensit&eacute; en prison. Cela en en excluant m&eacute;thodiquement la m&eacute;moire, les balises, les rep&egrave;res et les fondations. C&rsquo;est ce que ces gens-l&agrave; ont fait de l&rsquo;islam de Mohamed et leur avatar s&rsquo;exporte aujourd&rsquo;hui, tous azimuts, pour &eacute;teindre toutes les volont&eacute;s de modernisation, de d&eacute;passement, d&rsquo;avancer vers les Lumi&egrave;res.\n<\/p>\n<p>\n\tMais revenons &agrave; l&rsquo;Egypte, d&rsquo;apr&egrave;s ce que vous me d&icirc;tes, rien dans les deux pays ne les pr&eacute;dispose &agrave; la convergence. Et pourtant les comparaisons entre les deux mod&egrave;les sont l&eacute;gion.\n<\/p>\n<p>\n\tIl y a un nouveau processus qui a d&eacute;marr&eacute; depuis les deux &laquo;R&eacute;volutions&raquo; de janvier. C&rsquo;est que les deux pays se regardent, je dirais m&ecirc;me se jalousent quand l&rsquo;un ou l&rsquo;autre arrive &agrave; arracher &agrave; la force des choses et aux r&eacute;sistances du Vieux monde une avanc&eacute;e. Celui qui vient d&rsquo;avoir cette avanc&eacute;e est comme envi&eacute; par l&rsquo;autre et cela lui donne une d&eacute;termination, des ailes, pour arracher la m&ecirc;me chose. Aujourd&rsquo;hui, les deux pays sont sur le fil du rasoir quant &agrave; la question d&rsquo;une Constitution, v&eacute;ritablement r&eacute;volutionnaire. Et, &agrave; ce sujet, ce sont les Egyptiens qui nous devancent. J&rsquo;ai concr&egrave;tement, avec la perception d&rsquo;un journaliste, observ&eacute; que la Constitution &eacute;gyptienne vot&eacute;e &agrave; la h&acirc;te dans un esprit d&rsquo;entourloupe, de manigance et de trompe-l&rsquo;&oelig;il, ne trouve aucune cr&eacute;dibilit&eacute; aupr&egrave;s de l&rsquo;Egyptien ordinaire. Que dire de la classe politique qui la consid&egrave;re d&eacute;sormais comme nulle et non avenue. Le syst&egrave;me du pouvoir, Mursi en premier, n&rsquo;y croit plus puisque sur l&rsquo;essentiel, il vient d&rsquo;accepter de la rediscuter. C&rsquo;est cela qui arrivera pour la n&ocirc;tre &agrave; mon avis, et je ne proph&eacute;tise pas quand bien m&ecirc;me elle serait vot&eacute;e par les &eacute;lus de l&rsquo;ANC ou si elle est soumise &agrave; un r&eacute;f&eacute;rendum dont je ne vois pas du tout la logique. Le plus important c&rsquo;est qu&rsquo;en Egypte, le citoyen a compris que la religion n&rsquo;a rien &agrave; voir avec les articles d&rsquo;une Constitution. &Ccedil;a y est. L&rsquo;Egyptien tr&egrave;s fervent, acceptant que son monde dans sa totalit&eacute; soit devenu un temple, un sanctuaire, un lieu exclusivement de culte, ne comprend pas que Dieu puisse s&rsquo;inscrire dans le marbre d&rsquo;une Constitution. Un tel document fondamental pour lui doit organiser la vie ici- bas, assurer le &laquo;iich&raquo; (pain noir), &eacute;ventuellement le prestige et la gloire de l&rsquo;Egypte parmi les Nations, mais certainement pas le salut dans l&rsquo;au-del&agrave;.\n<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;\n<\/p>\n<p>\n\t<strong><em>Si cet &eacute;tat d&rsquo;esprit commande le citoyen &eacute;gyptien, et si cela nous est inaccessible,&ensp;&agrave;&ensp;nous&ensp;autres Maghr&eacute;bins, de par cette culpabilit&eacute; d&eacute;fensive que vous d&eacute;crivez, devrais- je comprendre que tout ce qu&rsquo;on dit depuis des lustres sur l&rsquo;&eacute;mancipation et la modernit&eacute; du Tunisien ne serait qu&rsquo;un mythe ?<\/em><\/strong>\n<\/p>\n<p>\n\tIl y a des nuances&hellip;Le processus de modernit&eacute;, chez nous et chez eux, n&rsquo;a pas &eacute;t&eacute; le m&ecirc;me. La monarchie &eacute;gyptienne, il serait trop long de l&rsquo;expliquer, a promu une vie intellectuelle extr&ecirc;mement intense. Sous les Rois Fouad et Farouk, d&rsquo;immenses talents ont &eacute;t&eacute; non seulement r&eacute;v&eacute;l&eacute;s mais encourag&eacute;s : Amin Al Khoury qui est le premier &agrave; oser lire le Coran et non pas seulement le r&eacute;citer, Kacem Amin qui a d&eacute;fendu l&rsquo;int&eacute;grit&eacute; de la personne f&eacute;minine en m&ecirc;me temps que la premi&egrave;re leader d&rsquo;un mouvement f&eacute;minin, Houda Chaarawi qui a une large avenue en plein centre du Caire portant son nom, Ali Abderraziq, auteur de &laquo;L&rsquo;islam et les fondements du Pouvoir&raquo; qui a montr&eacute; qu&rsquo;il &eacute;tait contraire &agrave; Dieu d&rsquo;asseoir un pouvoir terrestre sur la religion, Taha Hussein, enfin, pour ne citer que ceux-l&agrave;, qui a os&eacute; soutenir que le Coran n&rsquo;&eacute;tait que le dialecte de Quraich. Tous ces noms-l&agrave; ont marqu&eacute; l&rsquo;Egypte m&ecirc;me s&rsquo;ils ont &eacute;t&eacute; condamn&eacute;s, d&eacute;chus, ou mis &agrave; l&rsquo;index. Chez nous en Tunisie c&rsquo;est tr&egrave;s pauvre, c&rsquo;est insuffisant pour que le peuple, les gens de la rue, prennent possession, se fassent leurs ces avanc&eacute;es. A part Aboul Kacem Chebbi et Tahar Haddad, qui restent parmi nous encore fragiles et facilement d&eacute;nigrables par leurs adversaires sectaires ou stupides, &agrave; part ceux-l&agrave;, Bourguiba &agrave; mon avis, puis Ben Ali surtout, nous ont &eacute;cart&eacute; d&rsquo;une pens&eacute;e efficace politiquement, et de l&rsquo;islam qui se pr&eacute;tend politique, en particulier. Nous devons rejoindre l&rsquo;Egypte sur ce point et imposer l&rsquo;id&eacute;e qu&rsquo;il nous faut d&rsquo;abord traverser la muraille religieuse avant d&rsquo;arriver &agrave; l&rsquo;aire libre des Lumi&egrave;res.\n<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;\n<\/p>\n<p>\n\t<strong><em>Vous d&eacute;crivez le processus r&eacute;volutionnaire en Egypte comme un navire traversant une mer docile et sans flots. Je crois bien me souvenir qu&rsquo;il y a eu des morts et des bless&eacute;s ces derniers jours. Cela est bien la preuve d&rsquo;une anomalie quelque part. Une anomalie qui nous a &eacute;t&eacute; &eacute;pargn&eacute;e en Tunisie&hellip;<\/em><\/strong>\n<\/p>\n<p>\n\tL&rsquo;Egypte a pr&egrave;s de 90 millions d&rsquo;habitants, maintenant. C&rsquo;est un pays essentiellement de villes, de cit&eacute;s. Avec une ruralit&eacute; qui se maintient pour l&rsquo;essentiel dans ses limites champ&ecirc;tres et rustiques. En Tunisie, ce que nous devrions d&eacute;plorer, c&rsquo;est cette autonomie de nos r&eacute;gions quand ils sont dans l&rsquo;insurrection ou l&rsquo;&eacute;meute. Nous n&rsquo;avons pas, quand il s&rsquo;agit de cela, la perception de la Nation. C&rsquo;est pourquoi les pouvoirs depuis toujours, quand c&rsquo;est Ben Guerdene ou Siliana qui s&rsquo;insurge, proc&egrave;dent par circonscriptions du mal et ils passent &agrave; un autre dossier, comme si Ben Guerdene, le Kef ou Bizerte, ne soulevait pas un probl&egrave;me d&rsquo;abord et principalement national. En Egypte, l&rsquo;id&eacute;e de Nation est selon moi accomplie. Ce que vous me d&icirc;tes paradoxalement le confirme. Si les violences &agrave; Suez ou &agrave; Assiout produisent plus de d&eacute;g&acirc;ts loin ailleurs, c&rsquo;est qu&rsquo;il y a une r&eacute;sonance, un retentissement de l&rsquo;&eacute;v&egrave;nement ponctuel partout dans le pays. Ce qui m&rsquo;a le plus frapp&eacute;, &eacute;mu, int&eacute;ress&eacute; pour une &eacute;tude ult&eacute;rieure de la question, c&rsquo;est l&rsquo;apparition d&rsquo;un ph&eacute;nom&egrave;ne absolument nouveau, celui que les Egyptiens ordinaires s&rsquo;ent&ecirc;tent &agrave; nommer en anglais en parlant de ces &laquo;black blocks&raquo; qui viennent de se manifester un peu partout, &agrave; Port Said ou Ismaileyya d&rsquo;abord, puis &agrave; Marsa Matrouh, au Caire, en Alexandrie. Des groupes cagoul&eacute;s, arm&eacute;s, et surtout r&eacute;solus &agrave; en d&eacute;coudre avec l&rsquo;appareil le plus apparent de toute autorit&eacute;, &agrave; savoir, les forces de l&rsquo;ordre. On parle de 8000 &agrave; 10.000 personnes, non organis&eacute;es selon les modalit&eacute;s des groupes r&eacute;volutionnaires traditionnels. Dix au maximum se rassemblent selon les hasards des voisinages, des camaraderies, et peuvent se dissoudre &agrave; n&rsquo;importe quel moment, mais qui utilisent les r&eacute;seaux sociaux pour donner des directives, des consignes cod&eacute;es afin de s&eacute;vir le plus s&eacute;v&egrave;rement contre les porteurs d&rsquo;uniforme. Ils observent une tr&egrave;s grande rigueur, je dirais m&ecirc;me une justice, &agrave; s&rsquo;en prendre &agrave; tel ou tel grad&eacute; de la police en instruisant sur son comportement avant et apr&egrave;s la R&eacute;volution pour l&rsquo;&eacute;pingler, l&rsquo;isoler et le punir. A Port-Said, pendant mon s&eacute;jour, ils viennent de faire un acte qui a convaincu tous les Egyptiens, d&rsquo;abord de leur dangerosit&eacute;, ensuite de l&rsquo;id&eacute;e que quelque part, ils ont raison. Apr&egrave;s les &eacute;meutes dans les trois grandes villes du Canal, le Pr&eacute;sident Mursi a d&eacute;cr&eacute;t&eacute; le couvre-feu (&laquo;hadhr&raquo; en arabe). Ils ont fait circuler, d&rsquo;abord dans cette r&eacute;gion et puis partout en Egypte, que ce couvre-feu ne sera pas respect&eacute;, avec un slogan de pur humour &eacute;gyptien, &laquo;hadhr &icirc;h ell&icirc; enta gay et&rsquo;oul al&icirc;h) (&laquo;De quel couvre feu tu causes !&raquo; , parodie d&rsquo;une c&eacute;l&egrave;bre chanson d&rsquo;Oum Kalthoum). Et d&rsquo;organiser, &agrave; l&rsquo;entr&eacute;e du couvre-feu, un match de football sur la place publique entre l&rsquo;Arm&eacute;e et les Black Blocks cagoul&eacute;s&hellip;L&rsquo;&eacute;meute autour du Palais pr&eacute;sidentiel la nuit du vendredi dernier a renforc&eacute; aupr&egrave;s de la population leur prestige, puisque l&rsquo;un d&rsquo;eux, surpris en flagrant d&eacute;lit de d&eacute;tenir une centaine de Molotovs, a &eacute;t&eacute; pris &agrave; partie par des grad&eacute;s et des soldats, d&eacute;shabill&eacute; et ainsi tra&icirc;n&eacute; au sol jusqu&rsquo;&agrave; la voiture blind&eacute;e qui allait le conduire en prison. Le tout a &eacute;t&eacute; film&eacute; par la cha&icirc;ne Al Hayat. Et tous les Egyptiens savent maintenant que leur R&eacute;volution a pris un nouveau tournant..Il n&rsquo;y a plus de religion qui tienne quand le pouvoir admet qu&rsquo;un &ecirc;tre humain, quel qu&rsquo;il soit, ainsi trait&eacute;. Rabbena ma &lsquo;alchi keda (Notre Dieu n&rsquo;a jamais dit &ccedil;a !).<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Pendant une semaine le philosophe Youssef Seddik a pu constater au Caire sur le terrain des tumultes et des &eacute;clats de rire de l&rsquo;Egyptien, combien il y a de similitudes&hellip;<\/p>\n","protected":false},"author":60,"featured_media":242,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_lmt_disableupdate":"","_lmt_disable":"","_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":""},"categories":[7],"tags":[],"class_list":["post-240","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-monde"],"yoast_head":"<!-- This site is optimized with the Yoast SEO plugin v26.3 - https:\/\/yoast.com\/wordpress\/plugins\/seo\/ -->\n<title>D\u2019une R\u00e9volution l\u2019autre - R\u00e9alit\u00e9s Magazine<\/title>\n<meta name=\"description\" content=\"Pendant une semaine le philosophe Youssef Seddik a pu constater au Caire sur le terrain des tumultes et des &eacute;clats de rire de l&rsquo;Egyptien,\" \/>\n<meta name=\"robots\" content=\"index, follow, max-snippet:-1, max-image-preview:large, max-video-preview:-1\" \/>\n<link rel=\"canonical\" href=\"https:\/\/realites.com.tn\/fr\/240\/\" \/>\n<meta property=\"og:locale\" content=\"fr_FR\" \/>\n<meta property=\"og:type\" content=\"article\" \/>\n<meta property=\"og:title\" content=\"D\u2019une R\u00e9volution l\u2019autre - 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