{"id":274814,"date":"2022-06-12T15:49:00","date_gmt":"2022-06-12T15:49:00","guid":{"rendered":"https:\/\/mahfoudhi.xyz\/ar\/?p=274813"},"modified":"2022-06-12T15:49:00","modified_gmt":"2022-06-12T15:49:00","slug":"habib-bourguiba-le-reformateur-les-lecons-et-les-enseignements","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/realites.com.tn\/fr\/habib-bourguiba-le-reformateur-les-lecons-et-les-enseignements\/","title":{"rendered":"Habib Bourguiba, le r\u00e9formateur : Les le\u00e7ons et les enseignements"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: right;\"><strong>Par Mohamed Ali Ben Sgha&iuml;er<\/strong><\/p>\n<p><em>La date du 1er juin 1955 aurait pu passer cette ann&eacute;e inaper&ccedil;ue, comme ce fut le cas d&rsquo;ailleurs les ann&eacute;es pr&eacute;c&eacute;dentes, pourtant elle s&rsquo;assimile &agrave; une date glorieuse et grav&eacute;e dans la m&eacute;moire des Tunisiens. Ce jour symbolique, illustre, m&eacute;morable et embl&eacute;matique li&eacute; au retour triomphal du leader Bourguiba de son exil repr&eacute;sentait, dans la saga de l&rsquo;ind&eacute;pendance, une date cl&eacute;.<br \/>\nHeureusement que l&rsquo;Association des &eacute;tudes bourguibiennes a pris, de concert avec l&rsquo;Acad&eacute;mie tunisienne des sciences, des lettres et des arts Be&iuml;t al-Hikma, la m&eacute;ritoire initiative de c&eacute;l&eacute;brer ce premier pas sur le chemin de la lib&eacute;ration de la Tunisie en organisant les 1er et 2 juin, la premi&egrave;re &eacute;dition des Journ&eacute;es bourguibiennes sous le th&egrave;me &laquo;Habib Bourguiba, le r&eacute;formateur&raquo;.<\/em><\/p>\n<p>En pr&eacute;sence d&rsquo;une assistance tri&eacute;e sur le volet compos&eacute;e dans sa majorit&eacute; d&rsquo;&eacute;minentes personnalit&eacute;s politiques ayant occup&eacute; de tr&egrave;s hautes fonctions au sein de l&rsquo;Etat telles que les anciens pr&eacute;sidents de la R&eacute;publique Foued Mebaza&acirc; et Mohamed Ennaceur, l&rsquo;ancien pr&eacute;sident de la Constituante Mustapha Ben Ja&acirc;far, l&rsquo;ancien ministre des Transports puis des Affaires sociales sous Ben Ali, Ahmed Smaoui et bien d&rsquo;autres anciens commis de l&rsquo;Etat. Cette rencontre a permis &agrave; cette constellation de conf&eacute;renciers d&rsquo;&eacute;tudier Bourguiba ainsi que la s&eacute;rie de r&eacute;formes qu&rsquo;il avait entreprises d&egrave;s le milieu des ann&eacute;es 1950.<br \/>\nEtudier Bourguiba, &ldquo;c&rsquo;est &eacute;tudier la Tunisie, son histoire, son pr&eacute;sent et son avenir&rdquo;, &eacute;nonce Mahmoud Ben Romdhane, pr&eacute;sident de l&rsquo;Acad&eacute;mie lors de l&rsquo;ouverture de cet &eacute;v&egrave;nement dont nous publions les actes de la premi&egrave;re journ&eacute;e.<br \/>\nQuant au pr&eacute;sident de l&rsquo;Association des &eacute;tudes bourguibiennes, Ahmed Ouna&iuml;es, il a consid&eacute;r&eacute; qu&rsquo;&agrave; travers cette manifestation marqu&eacute;e malheureusement par l&rsquo;absence criante des nouvelles g&eacute;n&eacute;rations de Tunisiens, &laquo; nous r&eacute;pondons &agrave; un devoir imp&eacute;rieux qui &eacute;mane de notre tr&eacute;fonds, celui d&rsquo;&eacute;voquer la place de l&rsquo;homme, pr&eacute;sident, leader et penseur Habib Bourguiba qui fut un conservateur, un partisan de la philosophie du capital, progressiste, r&eacute;formateur et peut-&ecirc;tre r&eacute;volutionnaire &raquo;.<br \/>\nTrente-cinq ans apr&egrave;s la fin de son r&egrave;gne, Bourguiba devrait jouir d&rsquo;un jugement juste et honn&ecirc;te. &nbsp;Selon le diplomate chevronn&eacute; Ahmed Ouna&iuml;es, le Za&iuml;m croyait dans la m&eacute;thode &laquo; de la r&eacute;forme et non pas de la r&eacute;volution et qui ne voulait pas d&eacute;truire mais plut&ocirc;t critiquer pour pouvoir construire, reconstruire, reformer et faire &eacute;voluer &raquo;.<\/p>\n<p><strong>L&rsquo;&eacute;cole de la R&eacute;publique, cl&eacute; de vo&ucirc;te du progr&egrave;s de la Nation<\/strong><br \/>\nInaugurant la s&eacute;rie des conf&eacute;rences de la premi&egrave;re journ&eacute;e, pr&eacute;sid&eacute;e par Mounira Chapoutot Remadi, professeure &eacute;m&eacute;rite d&rsquo;histoire &nbsp;&agrave; l&rsquo;universit&eacute; de Tunis, Noureddine Dougui, historien et sp&eacute;cialiste de l&rsquo;&eacute;poque contemporaine, s&rsquo;est appuy&eacute; dans son intervention sur une question &eacute;minemment importante : que d&eacute;signe l&rsquo;&eacute;cole de la R&eacute;publique ? Pour l&rsquo;orateur, la r&eacute;ponse &eacute;tait limpide et sans ambages. Il s&rsquo;agit d&rsquo;une &laquo; institution &eacute;ducative issue des politiques publiques volontaristes visant &agrave; mettre l&rsquo;instruction &agrave; la port&eacute;e du peuple tunisien &raquo;, largement inspir&eacute;e de Bourguiba qui a accord&eacute; dans sa pens&eacute;e, une place essentielle au changement de la mentalit&eacute; et consid&eacute;r&eacute; l&rsquo;&eacute;cole comme principal levier du changement.&nbsp;<br \/>\nBourguiba a fait face en 1956, alors que la Tunisie venait &agrave; peine d&rsquo;arracher son ind&eacute;pendance, &agrave; des probl&egrave;mes insurmontables &agrave; cause d&rsquo;un h&eacute;ritage &eacute;ducatif assez lourd, issu du protectorat fran&ccedil;ais, pr&eacute;cise le pan&eacute;liste. Cet h&eacute;ritage a &eacute;t&eacute; marqu&eacute; par un taux de scolarit&eacute; ne d&eacute;passant pas 20%, et par une carte scolaire discordante bas&eacute;e sur une disparit&eacute; immense entre les r&eacute;gions c&ocirc;ti&egrave;res et celles de l&rsquo;int&eacute;rieur du pays, un vrai d&eacute;sert scolaire, et entre les groupes, les confessions et les populations, tunisienne, europ&eacute;enne, isra&eacute;lite ou autres.<br \/>\nL&rsquo;auteur de &ldquo;Wassila Bourguiba : La main invisible&rdquo;, un remarquable ouvrage biographique d&eacute;volu &agrave; la premi&egrave;re Dame de la Tunisie ind&eacute;pendante, s&rsquo;est bas&eacute; dans son expos&eacute; sur la probl&eacute;matique inh&eacute;rente &agrave; la mani&egrave;re dont s&rsquo;est effectu&eacute;e la transition du syst&egrave;me scolaire et ce, du protectorat vers l&rsquo;&eacute;cole de la R&eacute;publique.<br \/>\nLa gen&egrave;se de la r&eacute;forme de l&rsquo;&eacute;ducation s&rsquo;est confront&eacute;e, d&rsquo;apr&egrave;s Pr Dougui, &agrave; quatre probl&egrave;mes, &agrave; savoir l&rsquo;unification de l&rsquo;enseignement, la planification de la capacit&eacute; d&rsquo;accueil scolaire, le contenu de la formation et la langue de l&rsquo;enseignement. Cette r&eacute;forme dans laquelle se sont impliqu&eacute;es aussi les organisations nationales dont l&rsquo;UGTT, est issue d&rsquo;une m&ucirc;re r&eacute;flexion ayant dur&eacute; deux ans et suscit&eacute; le d&eacute;bat dans les m&eacute;dias tunisiens.<br \/>\nPour r&eacute;pondre &agrave; ces exigences, des mesures d&rsquo;urgence ont &eacute;t&eacute; mises en place. On pourra citer, d&rsquo;apr&egrave;s l&rsquo;intervenant, la nationalisation des &eacute;coles coranique (213 &eacute;coles ont &eacute;t&eacute; nationalis&eacute;es le 1er octobre 1956) et ce, &agrave; travers l&rsquo;int&eacute;gration de leur personnel dans la fonction publique et l&rsquo;application des programmes &eacute;ducatifs du minist&egrave;re. La deuxi&egrave;me mesure consistait en la reconversion des annexes de la Grande Mosqu&eacute;e en &eacute;tablissement d&rsquo;enseignement secondaire zeitounien. S&rsquo;agit-il alors d&rsquo;une s&eacute;cularisation de l&rsquo;enseignement zeitounien ?, s&rsquo;interroge Pr Dougui qui opte plut&ocirc;t pour une r&eacute;ponse nuanc&eacute;e. Et pour cause, les &eacute;coles &agrave; projet religieux ne seront plus cautionn&eacute;es par l&rsquo;Etat. L&rsquo;&eacute;cole tunisienne continuera cependant &agrave; int&eacute;grer une dimension religieuse. Pour l&rsquo;orateur, malgr&eacute; leur impr&eacute;gnation par l&rsquo;esprit des Lumi&egrave;res, Bourguiba et ses collaborateurs ne se disaient pas la&iuml;cs.<br \/>\nMais qu&rsquo;en est-il de la vision &eacute;ducative bourguibienne ? Pr Noureddine Dougui se r&eacute;f&egrave;re, pour r&eacute;pondre &agrave; cette question, aux trois discours de Bourguiba prononc&eacute;s en d&eacute;cembre 1956, en juin 1958 et en octobre 1959. Il ressortait de ces discours les grandes lignes de la r&eacute;forme, son orientation, les grands principes de sa conception, le maintien des liens culturels avec la France et le rappel du rapport entre la d&eacute;cadence intellectuelle et le sous-d&eacute;veloppement g&eacute;n&eacute;ral, ainsi que les raisons de la suppression de l&rsquo;enseignement zeitounien.<br \/>\nL&rsquo;intervenant a insist&eacute; sur le fait que l&rsquo;enseignement &eacute;tait pour Bourguiba, &laquo; la cl&eacute; de vo&ucirc;te du progr&egrave;s de la Nation et l&rsquo;affaire d&rsquo;Etat qui doit avoir le monopole de sa restructuration et de son orientation &raquo;. Bourguiba &eacute;tait convaincu que &laquo; les contenus de formation doivent correspondre aux r&eacute;alit&eacute;s et aux objectifs du pays, r&eacute;pondre aux exigences de rationalit&eacute; et s&rsquo;inspirer des valeurs r&eacute;publicaines de citoyennet&eacute; et de discipline &raquo;.<br \/>\nLa concr&eacute;tisation de cette conviction ou de ce v&oelig;u en une r&eacute;alit&eacute; n&rsquo;a pas tard&eacute;, puisqu&rsquo;en 1958, consid&eacute;r&eacute;e par Pr Dougui comme une ann&eacute;e charni&egrave;re pour la Tunisie, une loi comportant des mesures de taille a &eacute;t&eacute; promulgu&eacute;e. Cette fameuse Loi de 1958 s&rsquo;est articul&eacute;e sur trois grands principes, en l&rsquo;occurrence &laquo; l&rsquo;&eacute;ducation pour tous sans distinction d&rsquo;ordre racial, religieux ou social, l&rsquo;acc&egrave;s gratuit &agrave; l&rsquo;&eacute;ducation &agrave; tous les degr&eacute;s aux deux sexes et l&rsquo;instruction obligatoire de six &agrave; douze ans lorsque les conditions s&rsquo;y pr&ecirc;tent &raquo;.<br \/>\nNoureddine Dougui a pass&eacute; en revue lors de son intervention les enjeux de la r&eacute;forme entreprise par Bourguiba. Il s&rsquo;agit notamment de l&rsquo;enjeu linguistique qui &eacute;tait au c&oelig;ur de ce projet et qui a suscit&eacute; une vive pol&eacute;mique au sein d&rsquo;une population conservatrice et fortement attach&eacute;e aux valeurs arabo-musulmanes. En effet, selon l&rsquo;intervenant, la tendance de l&rsquo;opinion &eacute;tait &agrave; la veille de l&rsquo;ind&eacute;pendance orient&eacute;e vers l&rsquo;arabisation progressive, une arabisation &laquo; envisag&eacute;e sous l&rsquo;angle de la logique identitaire &raquo;.&nbsp;<br \/>\n&laquo; L&rsquo;arabe, pr&eacute;cise Pr Dougui, devient la langue principale de la culture et de la formation pour toutes les sections et toutes les options alors que le fran&ccedil;ais est maintenu comme langue v&eacute;hiculaire dans les seules sections transitoires &raquo;. Cela dit, l&rsquo;&eacute;cole tunisienne telle que con&ccedil;ue par Bourguiba, &laquo; sera bilingue et le fran&ccedil;ais gardera son statut de langue &eacute;trang&egrave;re privil&eacute;gi&eacute;e, conform&eacute;ment aux vues de Mahmoud Messa&acirc;di et de l&rsquo;inspecteur fran&ccedil;ais Jean Debiesse &raquo;.&nbsp;<br \/>\nCette r&eacute;forme a-t-elle port&eacute; ses fruits ? Pour Noureddine Dougui, les r&eacute;sultats &eacute;taient largement concluants. En effet, la r&eacute;publique de Bourguiba est parvenue &agrave; &laquo; la mise en place d&rsquo;un enseignement national moderne, une dissolution de l&rsquo;enseignement traditionnel et la r&eacute;duction de l&rsquo;enseignement purement fran&ccedil;ais &raquo;. On pourra &eacute;galement citer parmi les acquis de cette politique de r&eacute;forme l&rsquo;&eacute;tablissement d&rsquo;un r&eacute;seau d&rsquo;institution de formation de formateurs, la cr&eacute;ation d&rsquo;une industrie du livre scolaire, la promotion de la condition f&eacute;minine, le net recul de l&rsquo;analphab&eacute;tisme, l&rsquo;ouverture du pays sur le monde et sur les valeurs du XXe si&egrave;cle, etc.<\/p>\n<p><strong>La r&eacute;forme de l&rsquo;&eacute;ducation, un vrai combat pour l&rsquo;&eacute;mancipation de la femme<\/strong><br \/>\nLa docteure en Lettres et civilisation fran&ccedil;aises Raba&acirc; Ben Achour a, &agrave; travers une intervention tr&egrave;s appr&eacute;ci&eacute;e par l&rsquo;assistance, d&eacute;cortiqu&eacute; l&rsquo;&oelig;uvre bourguibienne en mati&egrave;re de r&eacute;forme de l&rsquo;&eacute;ducation. En effet, en se basant sur son exp&eacute;rience d&rsquo;enseignante aux enseignements secondaire et universitaire, Raba&acirc; Ben Achour a dress&eacute; un bilan plut&ocirc;t mitig&eacute;. Dr Ben Achour a tent&eacute; d&rsquo;inscrire la r&eacute;forme dans le contexte historique qui lui a donn&eacute; naissance, mais aussi de pr&eacute;ciser ce qu&rsquo;elle est devenue dans les ann&eacute;es suivantes et au fil du temps, en particulier aujourd&rsquo;hui.&nbsp;<br \/>\nPour l&rsquo;intervenante, la r&eacute;forme de l&rsquo;enseignement &eacute;tait une n&eacute;cessit&eacute; imp&eacute;rieuse, voire un &laquo; imp&eacute;ratif qui &eacute;tait d&rsquo;autant plus important qu&rsquo;il constituait une des priorit&eacute;s des revendications d&eacute;j&agrave; des jeunes Tunisiens au 19e si&egrave;cle puis des destouriens &raquo;. Le d&eacute;veloppement de la Nation fra&icirc;chement ind&eacute;pendante passait in&eacute;vitablement par la formation &laquo;des ing&eacute;nieurs, des cadres sup&eacute;rieurs, des techniciens, des fonctionnaires, et une main-d&rsquo;&oelig;uvre capable de r&eacute;pondre aux exigences des services publics, de l&rsquo;industrie, de l&rsquo;agriculture et du commerce &raquo;. &nbsp;Un autre aspect ayant marqu&eacute; cette r&eacute;forme, selon l&rsquo;oratrice, a trait &agrave; la reconstruction de &laquo; la personnalit&eacute; nationale &raquo; et ce, &laquo; en unifiant l&rsquo;enseignement, en le g&eacute;n&eacute;ralisant et en donnant &agrave; la langue arabe, reconnue d&eacute;j&agrave; comme langue officielle dans les conventions de l&rsquo;autonomie interne, la place qui lui revenait&raquo;.<br \/>\nCes choix fondamentaux impos&eacute;s par la d&eacute;colonisation et par le projet de d&eacute;veloppement &eacute;conomique et social, explique l&rsquo;intervenante, &eacute;taient d&rsquo;autant plus difficiles &agrave; cristalliser qu&rsquo;ils ne faisaient pas l&rsquo;unanimit&eacute;. De ce fait, poursuit-elle, ces choix ont oppos&eacute; &laquo; les adeptes de l&rsquo;arabisation totale et les partisans du bilinguisme et de l&rsquo;arabisation progressive &raquo;.<br \/>\nCe projet que Raba&acirc; Ben Achour consid&egrave;re comme &ldquo;&eacute;minemment politique&rdquo;, qui se fonde tout &agrave; la fois &laquo; sur la n&eacute;cessit&eacute; de d&eacute;veloppement technique, mat&eacute;riel et culturel, mais aussi sur la restauration de la personnalit&eacute; tunisienne, &eacute;tait tributaire d&rsquo;un contexte pour le moins complexe &raquo;. En effet, l&rsquo;analphab&eacute;tisme, la diversit&eacute; des mod&egrave;les d&rsquo;enseignement et le manque d&rsquo;enseignants ont plong&eacute; selon l&rsquo;oratrice, les responsables dans une inextricable contradiction. Et c&rsquo;est l&agrave; qu&rsquo;une vague de questions a &eacute;t&eacute; soulev&eacute;e par Ben Achour : &laquo; Que fallait-il faire ? Opter pour l&rsquo;arabisation totale et condamner le pays au repli identitaire ? Maintenir l&rsquo;enseignement du fran&ccedil;ais et de la culture qui le v&eacute;hicule et faire d&rsquo;une certaine fa&ccedil;on all&eacute;geance au colonisateur ? Jeter son d&eacute;volu sur un syst&egrave;me bic&eacute;phale d&eacute;j&agrave; en cours dans les &eacute;coles franco-arabes et au coll&egrave;ge Sadiki ? La r&eacute;forme qui se voulait moderne et au diapason de l&rsquo;Europe pouvait-elle sans choquer l&rsquo;opinion et les partisans de l&rsquo;ancrage dans la culture nationale, faire l&rsquo;impasse sur l&rsquo;arabisation et l&rsquo;int&eacute;gration de l&rsquo;enseignement religieux dans les programmes ? Comment se pr&eacute;sente la nouvelle r&eacute;forme qui se fonde sur les choix de la modernit&eacute; scientifique et de la double culture ? Comment a-t-elle &eacute;vit&eacute; les &eacute;cueils d&rsquo;un choix qui pouvait engendrer le m&eacute;contentement de l&rsquo;opinion ? Comment cette r&eacute;forme, qui trahissait h&eacute;sitations et atermoiements durant la p&eacute;riode transitoire, a-t-elle r&eacute;ussi &agrave; s&rsquo;imposer avec force en 1958 ? &raquo;&nbsp;<br \/>\nEn passant en revue la progression du processus &eacute;ducatif en Tunisie, la chercheure a pr&eacute;cis&eacute; que notre pays disposait, avant m&ecirc;me la conqu&ecirc;te fran&ccedil;aise, &laquo; d&rsquo;un syst&egrave;me &eacute;ducatif complexe &agrave; c&ocirc;t&eacute; de l&rsquo;enseignement traditionnel et mill&eacute;naire dispens&eacute; dans les Kottebs puis dans la Grande Mosqu&eacute;e, l&rsquo;universit&eacute; de la Zitounaqui a essay&eacute; de r&eacute;aliser maintes r&eacute;formes et de se moderniser &raquo;.&nbsp;<br \/>\nDr Ben Achour n&rsquo;a pas manqu&eacute; l&rsquo;occasion de rappeler que la Tunisie comptait d&eacute;j&agrave; trois institutions &eacute;ducatives de grande envergure, &agrave; savoir l&rsquo;Ecole militaire ou polytechnique du Bardo cr&eacute;&eacute;e en 1837, le Lyc&eacute;e Sadiki cr&eacute;&eacute; en 1875 et l&rsquo;Association de la Khaldounia cr&eacute;&eacute;e en 1876. Ces &eacute;tablissements scolaires modernes &laquo; avaient en commun le souci de prodiguer un enseignement bilingue et d&rsquo;accorder leur importance aux mati&egrave;res dites profanes tout en assurant un enseignement religieux &raquo;, poursuit l&rsquo;oratrice.<br \/>\nCet h&eacute;ritage riche et &eacute;difiant &eacute;tait la base de la r&eacute;forme de 1958 car Bourguiba, pr&eacute;cise la pan&eacute;liste, n&rsquo;a pas fait table rase du pass&eacute;.&nbsp;<br \/>\nL&rsquo;engagement de la Tunisie dans la r&eacute;forme de l&rsquo;enseignement datait de septembre 1955, alors qu&rsquo;elle &eacute;tait encore sous le r&eacute;gime de l&rsquo;autonomie interne et que le Destour &eacute;tait divis&eacute; par le conflit entre Habib Bourguiba et Salah Ben Youssef.<br \/>\nCette rivalit&eacute; entre les deux leaders du mouvement national qui a embras&eacute; davantage le conflit au sein du parti destourien avait &laquo; des r&eacute;percussions sur le choix du syst&egrave;me &eacute;ducatif tunisien &raquo;. Car, dixit l&rsquo;enseignante &agrave; l&rsquo;universit&eacute; tunisienne, si les partisans de Bourguiba &laquo; sont favorables &agrave; une orientation vers la modernit&eacute; occidentale, ceux de Ben Youssef sont plus radicaux et plut&ocirc;t adeptes d&rsquo;un enseignement arabis&eacute; qui serait certes ouvert &agrave; l&rsquo;enseignement fran&ccedil;ais, aux sciences technologiques modernes, mais aussi &agrave; l&rsquo;&eacute;ducation religieuse &raquo;.<br \/>\nLa question de la langue d&rsquo;enseignement et de la culture fran&ccedil;aise constitue, d&rsquo;apr&egrave;s l&rsquo;auteure de &ldquo;Quelques jours de la vie d&rsquo;un couple&rsquo;&rsquo;, le point d&rsquo;achoppement et un enjeu politique de taille.&nbsp;<br \/>\nLa professeure Raba&acirc; Ben Achour a jet&eacute; la lumi&egrave;re sur la r&eacute;forme de l&rsquo;&eacute;ducation entreprise par le contestable ministre de l&rsquo;Education Mahmoud Messa&acirc;di, fervent d&eacute;fenseur de l&rsquo;arabisation. Cette r&eacute;forme introduite par la loi du 4 novembre 1958 est entr&eacute;e en vigueur d&egrave;s la rentr&eacute;e 1958-1959.<br \/>\nL&rsquo;oratrice est revenue sur &laquo; ce que les responsables consid&egrave;rent comme &eacute;tant des innovations, en particulier le pr&eacute;sident Bourguiba, qui a insist&eacute; sur l&rsquo;instauration de l&rsquo;enseignement moyen qui a remplac&eacute; l&rsquo;enseignement professionnel, ainsi que sur la scolarisation des filles &raquo;.&nbsp;<br \/>\nPour convaincre les Tunisiens de l&rsquo;importance du cycle d&rsquo;&eacute;tudes de cours appel&eacute; &laquo; enseignement moyen &raquo;, Bourguiba d&eacute;clarait, rapporte l&rsquo;oratrice, que &laquo; la r&eacute;forme apporte une innovation, la cr&eacute;ation de l&rsquo;enseignement moyen. Cet enseignement vise la formation rapide des cadres de base pour diff&eacute;rentes branches d&rsquo;activit&eacute;, lib&eacute;rale, commerciale, industrielle, qui s&rsquo;apparentent aux conditions du renouveau &eacute;conomique et social &raquo;. D&rsquo;ailleurs, le pr&eacute;sident de la R&eacute;publique a mis l&rsquo;enseignement moyen et l&rsquo;enseignement secondaire sur un pied d&rsquo;&eacute;galit&eacute;.<br \/>\nDans ce contexte, Dr Raba&acirc; Ben Achour a rapport&eacute; l&rsquo;allocution que Bourguiba a accord&eacute;e &agrave; la Radio tunisienne, le 15 octobre 1959. Il a affirm&eacute; sans d&eacute;tours, &laquo; qu&rsquo;au lieu d&rsquo;enseigner la syntaxe, la morphologie, le droit religieux, la r&eacute;flexion grammaticale et les modes de po&eacute;sie, il faut apprendre aux gens &agrave; faire &oelig;uvre utile pour leur pays. Il y a des pays qui initient l&rsquo;enfant d&egrave;s sa prime jeunesse aux travaux manuels, chez nous en revanche, on ignore la valeur du bricolage et du travail manuel pour l&rsquo;enfant. Dans son ignorance, la m&egrave;re frappe son fils quand elle le voit jouer avec des bouts de bois. Elle les lui prend et les jette dans un puits. &nbsp;Va apprendre tes le&ccedil;ons, lui dit-elle. Eh bien, il fallait le laisser faire. Ce bricolage lui sera peut-&ecirc;tre plus utile que tout ce que vous appelez le&ccedil;ons et enseignements &raquo;.<br \/>\nL&rsquo;universitaire estime que r&eacute;former pour Bourguiba, c&rsquo;est r&eacute;former les esprits, c&rsquo;est entreprendre de changer les mentalit&eacute;s, c&rsquo;est dit-il, le 7 avril 1958, un &eacute;l&eacute;ment indissociable de la lutte contre le colonialisme. &nbsp;La vraie r&eacute;forme, celle qui heurte le plus la soci&eacute;t&eacute; tunisienne, est la scolarisation des filles. &nbsp;Le pr&eacute;sident Bourguiba en a fait son cheval de bataille.<br \/>\nEn effet, entre 1955 et 1960, on remarque qu&rsquo;une sensible progression de la scolarisation des filles a &eacute;t&eacute; enregistr&eacute;e, passant de 60314 filles en 1955, &agrave; 113769 en 1960. Bourguiba a consid&eacute;r&eacute; la r&eacute;sistance des familles &agrave; la scolarisation des filles comme un obstacle sur la voie de la r&eacute;forme. Le d&eacute;fi &eacute;tant pour lui &laquo; d&rsquo;&eacute;lever le niveau du peuple tout entier, hommes et femmes &raquo;.<br \/>\nCette r&eacute;forme requiert selon l&rsquo;oratrice, &laquo; des moyens dont l&rsquo;Etat ne dispose pas. La solution a port&eacute; sur la r&eacute;duction du temps scolaire et l&rsquo;orientation &raquo;.<br \/>\nSur un autre plan, Raba&acirc; Ben Achour a mis l&rsquo;accent sur un probl&egrave;me sur lequel Bourguiba s&rsquo;est pench&eacute;, celui de la renationalisation de l&rsquo;enseignement. &nbsp;&laquo; La notion de renationalisation, explique la pan&eacute;liste, implique d&rsquo;abord de redonner &agrave; la langue arabe la place pr&eacute;&eacute;minente qui lui revient de droit. La r&eacute;forme Messa&acirc;di a, effectivement, amorc&eacute; un processus d&rsquo;arabisation, puisque les deux premi&egrave;res ann&eacute;es du cycle primaire &eacute;taient arabis&eacute;es. Dans l&rsquo;enseignement secondaire, rapporte l&rsquo;expos&eacute; des motifs de la Loi de 1958, on retrouve le r&ocirc;le de la langue, de la culture et de la formation arabe&raquo;. &nbsp;<br \/>\nUn autre volet de la renationalisation que l&rsquo;oratrice a mis en relief est celui de l&rsquo;int&eacute;gration de l&rsquo;enseignement religieux dans les programmes scolaires, de la premi&egrave;re ann&eacute;e primaire &agrave; la 6e ann&eacute;e secondaire.<br \/>\nLa r&eacute;forme Messa&acirc;di a mis en place, selon Ben Achour, un syst&egrave;me tout &agrave; la fois moderne et religieux. &nbsp;A ce propos, elle se r&eacute;f&egrave;re &agrave; un extrait de &laquo;Bourguiba : Radioscopie d&rsquo;un r&egrave;gne &raquo;, un livre de Chedli Klibi, dans lequel on peut lire : &laquo; Bourguiba va tenir la redoutable gageure d&rsquo;allier le positivisme aux principes directeurs de l&rsquo;islam. Il va renouer avec l&rsquo;aspiration des grands docteurs de la loi, en poussant l&rsquo;ijtihad le plus loin possible. Contrairement &agrave; Atat&uuml;rk, Bourguiba avait compris que le ressort de la modernit&eacute; r&eacute;sidait dans la lib&eacute;ration de la raison et non pas dans l&rsquo;imitation m&eacute;canique des soci&eacute;t&eacute;s &eacute;trang&egrave;res &raquo;. La conception bourguibienne, avance l&rsquo;intervenante, &laquo; est originale parce qu&rsquo;elle s&rsquo;appuie sur la libre interpr&eacute;tation des textes sacr&eacute;s influenc&eacute;s par l&rsquo;humanisme et par les id&eacute;es des Lumi&egrave;res &raquo;. &laquo; Bourguiba avait l&rsquo;ambition d&rsquo;affranchir la soci&eacute;t&eacute; tunisienne de la d&eacute;cadence par le seul usage de la raison &raquo;, poursuit-elle.<br \/>\nDr Raba&acirc; Ben Achour consid&egrave;re, &eacute;galement, que l&rsquo;introduction de l&rsquo;enseignement religieux &laquo; semble &ecirc;tre plus un moyen d&rsquo;introduire une lecture innovante et rationnelle de la religion, qu&rsquo;un recul strat&eacute;gique cens&eacute; mettre fin au m&eacute;contentement des conservateurs et des partisans de l&rsquo;enseignement traditionnel &raquo;.<\/p>\n<p><strong>La langue fran&ccedil;aise, un &laquo; plaidoyer &raquo; pour l&rsquo;ind&eacute;pendance<\/strong><br \/>\nPour expliciter le rapport particulier entre Habib Bourguiba et la langue fran&ccedil;aise, ch&egrave;re &agrave; son c&oelig;ur, les organisateurs ont fait appel &agrave; une personne appropri&eacute;e, Samir marzouki, membre de l&rsquo;acad&eacute;mie Be&iuml;t al-Hikma et professeur &eacute;m&eacute;rite &agrave; l&rsquo;universit&eacute; de la Manouba et qui ma&icirc;trise bien son sujet.<br \/>\nD&egrave;s sa prise de parole, il est all&eacute; au vif du sujet. &nbsp;Marzouki consid&egrave;re que &laquo; la perception tr&egrave;s positive de Bourguiba de la langue fran&ccedil;aise, con&ccedil;ue comme une langue particuli&egrave;rement apte &agrave; v&eacute;hiculer les id&eacute;es progressistes et &agrave; conduire &agrave; la lib&eacute;ration de l&rsquo;esprit, une langue de la philosophie et de la science, ne semble pas avoir vari&eacute; tout au long du parcours de Bourguiba&raquo;.<br \/>\nPour le sp&eacute;cialiste de litt&eacute;rature fran&ccedil;aise et francophone, Bourguiba ne diff&egrave;re pas des r&eacute;formateurs du 19e si&egrave;cle tels que Kheireddine, Ataturk, Attahtaoui, Ibn Abi Dhiaf ou m&ecirc;me des &eacute;crivains comme Abou el Kacem Chebbi. Et ce, bien &eacute;videmment gr&acirc;ce &agrave; son statut de &laquo;sadikien, nourri aux meilleures sources de la langue arabe et de la culture arabo-musulmane&raquo;.<br \/>\nBourguiba, poursuit l&rsquo;orateur, &laquo; percevait gr&acirc;ce &agrave; la ma&icirc;trise du type d&rsquo;enseignement qu&rsquo;il avait re&ccedil;u, gr&acirc;ce aussi &agrave; l&rsquo;ouverture que lui procurait la langue fran&ccedil;aise sur les grandes &oelig;uvres de la pens&eacute;e positiviste et progressiste et &agrave; la perspective qu&rsquo;elle introduisait dans son univers mental, ce qui &eacute;tait inad&eacute;quat un historique ou scl&eacute;ros&eacute; dans le premier versant de sa culture &raquo;.<br \/>\nSamir Marzouki consid&egrave;re aussi que Bourguiba a fait montre d&rsquo;une &laquo; tr&egrave;s forte impr&eacute;gnation par la litt&eacute;rature fran&ccedil;aise, particuli&egrave;rement la litt&eacute;rature romantique. On se souvient avec quelle &eacute;motion et quelle pr&eacute;cision il citait de m&eacute;moire, dans ses discours, Alfred de Vigny et Victor Hugo, ainsi que de ses photographies tr&egrave;s hugoliennes lors de son bannissement sur l&rsquo;&icirc;le de la Galite, dans lequel il voyait une sorte de duplication de l&rsquo;exil hugolien en r&eacute;volte contre Napol&eacute;on III &raquo;.<br \/>\nSamir Sa&iuml;ed, &eacute;galement vice-pr&eacute;sident de la F&eacute;d&eacute;ration internationale des professeurs de fran&ccedil;ais, a &eacute;voqu&eacute; lors de son intervention l&rsquo;attachement particulier de Bourguiba au Sadiki et aux figures tut&eacute;laires de l&rsquo;enseignement de l&rsquo;arabe comme Che&iuml;kh Dja&iuml;et et Mohamed Lasram et du fran&ccedil;ais comme Ren&eacute; Decoli&egrave;re &agrave; qui il doit ce qu&rsquo;il appelle son initiation parfaite &agrave; la langue fran&ccedil;aise.<br \/>\nDans la lutte contre l&rsquo;h&eacute;g&eacute;monie coloniale, Bourguiba a accord&eacute;, selon Dr Samir Marzouki, au fran&ccedil;ais un irr&eacute;ductible int&eacute;r&ecirc;t. &laquo; Il retournait ainsi contre le colonisateur sa propre arme, la langue &agrave; travers laquelle il a pu acqu&eacute;rir la sup&eacute;riorit&eacute; intellectuelle et technique qui lui procura l&rsquo;avantage de la confrontation &eacute;conomico-politique avec la Tunisie et les Tunisiens &raquo;, avance l&rsquo;orateur.<br \/>\nBourguiba et ses camarades de lutte contre le colonialisme ont us&eacute; de la langue fran&ccedil;aise pour&nbsp;<br \/>\n&laquo;l&rsquo;exposition de leur revendication, l&rsquo;analyse et la d&eacute;nonciation de l&rsquo;injustice et de l&rsquo;oppression exerc&eacute;e par le syst&egrave;me colonial et l&rsquo;argumentation en faveur de l&rsquo;autonomie et de l&rsquo;ind&eacute;pendance &raquo;.&nbsp;<br \/>\nDans ce sens, l&rsquo;intervenant s&rsquo;est r&eacute;f&eacute;r&eacute; &agrave; un discours de Bourguiba prononc&eacute; &agrave; l&rsquo;universit&eacute; de Montr&eacute;al en 1968 dans lequel le pr&eacute;sident tunisien revint sur le r&ocirc;le jou&eacute; par le fran&ccedil;ais en renfort de l&rsquo;arabe dans la lutte anticolonialiste. &laquo; Langue des philosophes et de la libert&eacute;, prononce Bourguiba, le fran&ccedil;ais allait construire en outre &agrave; c&ocirc;t&eacute; de l&rsquo;arabe, un puissant moyen de contestation et de rencontre. Au d&eacute;fi de la suj&eacute;tion, doubl&eacute;e de toutes sortes de pr&eacute;tentions &agrave; l&rsquo;annexion ou &agrave; la co-souverainet&eacute; gr&acirc;ce &agrave; la langue fran&ccedil;aise, tout autant que gr&acirc;ce &agrave; l&rsquo;arabe, par la parole et par les &eacute;crits, lorsque la fortune le permettait, toujours d&rsquo;ailleurs de fa&ccedil;on hasardeuse, nous pouvions opposer &agrave; l&rsquo;oppression notre contestation fondamentale et notre revendication de la libert&eacute;, de la dignit&eacute;, de l&rsquo;identit&eacute; nationale &raquo;.<br \/>\nSelon Samir Marzouiki, le fran&ccedil;ais, langue internationalement parl&eacute;e repr&eacute;sentait pour Bourguiba un plaidoyer pour l&rsquo;ind&eacute;pendance qu&rsquo;il ne cessa de peaufiner et de diffuser &agrave; l&rsquo;&eacute;chelle internationale.&nbsp;<br \/>\n&laquo;Seule langue de port&eacute;e universelle qu&rsquo;il dominait, poursuit l&rsquo;orateur, elle lui permit de r&eacute;v&eacute;ler aux yeux du monde les exactions du r&eacute;gime colonial et de faire avancer son projet ind&eacute;pendantiste &raquo;. Il s&rsquo;agit d&rsquo;une langue qui fut en quelque sorte un portevoix dans la lutte nationaliste.<br \/>\nC&rsquo;est &agrave; travers la langue fran&ccedil;aise, &eacute;crit Bourguiba, que &laquo; nous avons pu forger une nouvelle repr&eacute;sentation de notre volont&eacute; nationale, que nous avons pu la communiquer, la propager, la faire entendre, la faire comprendre dans le monde francophone bien s&ucirc;r, mais au-del&agrave; m&ecirc;me des fronti&egrave;res de cet univers linguistique. C&rsquo;est &agrave; travers l&rsquo;usage de la langue fran&ccedil;aise que nous avons pu faire entendre la voix de la Tunisie dans le concert des nations &raquo;.<br \/>\nSur un autre plan, le rapport entre Bourguiba et la francophonie &eacute;tait tr&egrave;s particulier. Ayant &eacute;t&eacute; l&rsquo;un des initiateurs de ce projet international d&rsquo;envergure, &agrave; savoir l&rsquo;Organisation internationale de la Francophonie, ce concept &laquo; tel qu&rsquo;appr&eacute;hend&eacute; par Bourguiba n&rsquo;&eacute;tait nullement contradictoire avec l&rsquo;attachement &agrave; l&rsquo;identit&eacute; arabo-musulmane de la Tunisie, car il va de pair avec un refus obstin&eacute; et radical de la d&eacute;personnalisation et de l&rsquo;assimilation. &raquo;&nbsp;<br \/>\nIl s&rsquo;agissait pour Bourguiba, insiste Samir Marzouki, d&rsquo;un &laquo; choix motiv&eacute; par l&rsquo;imp&eacute;ratif de l&rsquo;efficacit&eacute; et qui ne constitue nullement une adh&eacute;sion totale et sans nuance &agrave; la langue et &agrave; la culture de la puissance dominatrice. Il prend au contraire dans celle-ci ce qu&rsquo;elle offre de plus performant mais n&rsquo;abandonne en aucune mani&egrave;re ce qui rel&egrave;ve de l&rsquo;identit&eacute; propre et du noyau culturel autour duquel s&rsquo;est constitu&eacute;e la personnalit&eacute; tunisienne &raquo;.<br \/>\nEt quid de l&rsquo;introduction de la langue fran&ccedil;aise dans l&rsquo;&eacute;ducation ? Pour l&rsquo;ex-directeur de l&rsquo;&eacute;ducation et de la formation continue au sein du minist&egrave;re de l&rsquo;Education qui n&rsquo;a pas tari d&rsquo;&eacute;loges sur la r&eacute;forme bourguibienne dans ce sens, &laquo; la r&eacute;forme que le leader nationaliste envisageait devait, &agrave; ses yeux, aussi bien s&rsquo;opposer &agrave; toute fermeture sur soi et toute isolation, que faire pi&egrave;ce &agrave; toute tentative de d&eacute;racinement et de dilution dans la langue et la culture fran&ccedil;aise &raquo;.<br \/>\nLe leader de l&rsquo;&eacute;lite francophone, avance le directeur de l&rsquo;Observatoire mondial de la langue fran&ccedil;aise, qui a r&eacute;volutionn&eacute; le Destour, &nbsp;a toujours tenu &agrave; distinguer l&rsquo;adversaire politique que repr&eacute;sentait le r&eacute;gime colonial de la langue et de la culture fran&ccedil;aise dont il tenait &agrave; tirer le meilleur profit, pour l&rsquo;atteinte de ses objectifs d&rsquo;autonomie, ainsi que pour le d&eacute;veloppement de son pays.<\/p>\n<p><strong>Bourguiba et l&rsquo;information : une relation complexe&nbsp;<\/strong><br \/>\n&laquo; Grand tribun, f&eacute;ru d&rsquo;histoire et de po&eacute;sie, Bourguiba se pr&eacute;sentait toujours comme un homme de culture accompli. De m&ecirc;me, fondateur d&rsquo;un journal, l&rsquo;Action tunisienne, auteur d&rsquo;articles de combat et d&rsquo;analyse, il n&rsquo;a eu de cesse de se targuer d&rsquo;&ecirc;tre un parfait journaliste &raquo;. C&rsquo;est en ces termes qu&rsquo;Abdelaziz Kacem, ancien directeur de l&rsquo;Etablissement de la radio et de la t&eacute;l&eacute;vision tunisienne RTT, a &eacute;bauch&eacute; son intervention portant sur la relation qu&rsquo;entretenait le Combattant supr&ecirc;me avec le secteur de l&rsquo;information.&nbsp;<br \/>\nAvocat de formation, Bourguiba avait des rapports assez particuliers avec les m&eacute;dias, ce dont t&eacute;moignent notoirement toutes les publications inh&eacute;rentes au parcours de ce commis hors pair. On les d&eacute;couvrira dans les lignes qui suivront.&nbsp;<br \/>\nPour l&rsquo;ancien directeur de l&rsquo;RTT, Bourguiba, qui monopolisait &agrave; l&rsquo;&eacute;poque l&rsquo;information audiovisuelle dans le pays a, seulement sept mois apr&egrave;s l&rsquo;Ind&eacute;pendance, annonc&eacute; la couleur : &laquo;La presse joue un r&ocirc;le capital dans la vie d&rsquo;un peuple. La presse comme moyen d&rsquo;action sur l&rsquo;opinion publique et sur les hommes joue un r&ocirc;le d&eacute;terminant. La radio, source auxiliaire d&rsquo;information, jouit d&rsquo;une audience encore plus large et offre &agrave; son d&eacute;tenteur un instrument particuli&egrave;rement efficace pour convertir les foules &agrave; ses id&eacute;es. L&rsquo;une et l&rsquo;autre sont une arme &agrave; double tranchant, elles sont capables du meilleur comme du pire &raquo;, soutient le leader Bourguiba qui ne pouvait concevoir le journalisme que &laquo; comme un outil de lutte contre le sous-d&eacute;veloppement, celui de la terre ingrate et des mentalit&eacute;s abruties &raquo;.<br \/>\nBourguiba avait une vision largement claire et tr&egrave;s pertinente du journalisme. A ses yeux, &laquo; la qualit&eacute; essentielle d&rsquo;un journaliste est de servir un id&eacute;al qu&rsquo;il s&rsquo;&eacute;vertue &agrave; communiquer &agrave; ses lecteurs. Il n&rsquo;est pas admissible que sous couvert de la libert&eacute; de la presse, on cherche &agrave; &eacute;diter de fausses nouvelles, &agrave; tromper l&rsquo;opinion et &agrave; attenter &agrave; l&rsquo;ordre public &raquo;.<br \/>\nPassant en revue le d&eacute;veloppement du secteur de l&rsquo;information &agrave; l&rsquo;&egrave;re bourguibienne, l&rsquo;orateur nous informe que Bourguiba avait cr&eacute;&eacute;, d&egrave;s la constitution du premier gouvernement, un secr&eacute;tariat d&rsquo;Etat charg&eacute; de l&rsquo;Irchad \u0627\u0644\u0627\u0631\u0634\u0627\u062f , terme officiellement traduit par &laquo; orientation &raquo;. &nbsp;Ce d&eacute;partement semblable &agrave; celui qui existait d&eacute;j&agrave; en Egypte depuis 1952, avait pour mission de plancher, nous &eacute;claire Abdelaziz Kacem, aussi bien sur l&rsquo;information que sur la formation. &laquo; Il s&rsquo;agissait dans l&rsquo;esprit de Bourguiba d&rsquo;une p&eacute;dagogie &agrave; la conscientisation et &agrave; la mobilisation &raquo;, poursuit-il.<br \/>\nC&rsquo;est ainsi que tous les programmes radio diffus&eacute;s et plus tard t&eacute;l&eacute;vis&eacute;s, du journal &agrave; la vari&eacute;t&eacute;, en passant par toutes sortes d&rsquo;entretiens et de documentaires, relevaient de l&rsquo;Irchad. Ce n&rsquo;est que plus tard quele terme &laquo; I&icirc;lam &raquo; ou informations au sens moderne sera consacr&eacute;, pr&eacute;cise-t-il.<br \/>\nSe pr&eacute;parant &agrave; sortir un livre intitul&eacute; &laquo; L&rsquo;auditeur supr&ecirc;me &raquo;, (Almoustami&ocirc;u al Akbar) sur le mod&egrave;le du &laquo; Combattant supr&ecirc;me &raquo;, portant sur la capacit&eacute; inou&iuml;e de Bourguiba d&rsquo;&eacute;couter la radio, Abdelaziz Kacem consid&egrave;re que &laquo; la capacit&eacute; d&rsquo;&eacute;coute du pr&eacute;sident est de 6h, r&eacute;parties sur la journ&eacute;e. C&rsquo;est une &eacute;coute assidue, attentive, critique et qui couvre des &eacute;missions politiques, culturelles et sociales, l&rsquo;action gouvernementale, l&rsquo;activit&eacute; des ministres dans les r&eacute;gions, l&rsquo;actualit&eacute; internationale. Il en prend connaissance &agrave; travers le journal parl&eacute; de 7h du matin et surtout par le bulletin radiophonique le plus complet, celui de 17h suivi du Hadith et alyaoum ou Propos du jour &raquo;.&nbsp;<br \/>\nSur un ton un peu amer, l&rsquo;ancien premier responsable de la &laquo; radio du Pr&eacute;sident &raquo; a soulign&eacute; que &laquo; la conception bourguibienne du journalisme implique la censure. Une censure s&rsquo;appliquant jusqu&rsquo;aux dires m&ecirc;me du pr&eacute;sident &raquo;. Dans ce m&ecirc;me ordre d&rsquo;id&eacute;es, l&rsquo;orateur a rappel&eacute; le probl&egrave;me qui se posait toujours avec la rediffusion de l&rsquo;un des discours pr&eacute;sidentiels, discours ou simplement le choix du fragment &agrave; passer dans &laquo; Tawjihat Erra&iuml;s &raquo;.<br \/>\nAu terme de son intervention, l&rsquo;ancien directeur de la Biblioth&egrave;que nationale et auteur de &laquo;Culture arabe\/culture fran&ccedil;aise : la parent&eacute; reni&eacute;e&raquo; et &laquo;Le voile est-il islamique ?&raquo;, a d&eacute;voil&eacute; une information &agrave; propos de Bourguiba qui semble avoir suscit&eacute; l&rsquo;&eacute;tonnement des pr&eacute;sents : &laquo;Bourguiba, cet homme p&eacute;tri de culture fran&ccedil;aise n&rsquo;a jamais &eacute;cout&eacute; RTCI. Il n&rsquo;&eacute;coutait que la cha&icirc;ne nationale ou la radio de Monastir lorsqu&rsquo;il se trouve &agrave; sa ville natale &raquo;. Et Abdelaziz Kacem de terminer son intervention par un t&eacute;moignage tr&egrave;s significatif : &laquo; Puisque le pr&eacute;sident n&rsquo;exer&ccedil;ait pas son contr&ocirc;le sur RTCI, j&rsquo;ai donn&eacute; &agrave; cette cha&icirc;ne toutes les libert&eacute;s que vous pouvez imaginer maintenant &raquo;.<\/p>\n<p><strong>La r&eacute;forme des mentalit&eacute;s, un chantier d&rsquo;envergure<\/strong><br \/>\nLargement applaudie, l&rsquo;intervention de la romanci&egrave;re Emna Belhaj Yahya, pr&eacute;sent&eacute;e par Faouzia Charfi, a &eacute;t&eacute; amplement appr&eacute;ci&eacute;e. Portant sur les r&eacute;formes des mentalit&eacute;s que Bourguiba avait entreprises tout au long de son parcours, le texte d&rsquo;Emna Belhaj Yahya se pr&eacute;valait d&rsquo;une port&eacute;e po&eacute;tique for&ccedil;ant le respect. N&rsquo;y allant pas par quatre chemins, l&rsquo;acad&eacute;micienne tr&egrave;s c&eacute;l&egrave;bre est entr&eacute;e dans le vif du sujet. Pour elle, &laquo; le Za&iuml;m avait foi en lui-m&ecirc;me et en son &eacute;toile, ce qui l&rsquo;aida &agrave; communiquer son enthousiasme aux masses et assoir son charisme. Il avait des convictions qu&rsquo;il sut d&eacute;fendre avec vigueur. D&egrave;s la premi&egrave;re p&eacute;riode de l&rsquo;Ind&eacute;pendance, il d&eacute;clara que celle-ci n&rsquo;&eacute;tait gu&egrave;re une fin en soi, mais un moyen pour assurer la promotion du Tunisien. C&rsquo;&eacute;tait l&agrave; son v&eacute;ritable projet &agrave; lui, qu&rsquo;il baptisa &laquo; Al Jihad al akbar &raquo; et qu&rsquo;il portait en lui depuis ses jeunes ann&eacute;es &raquo;.<br \/>\nR&eacute;dig&eacute; dans un style remarquable, le texte de Belhaj Yahya a fait vivre &agrave; l&rsquo;assistance, dont la majorit&eacute; &eacute;crasante a v&eacute;cu ces r&eacute;formes bourguibiennes, des moments nostalgiques riches en &eacute;motions.<br \/>\n&laquo; Gr&acirc;ce aux cycles successifs de l&rsquo;enseignement qu&rsquo;il re&ccedil;ut, pr&eacute;cise l&rsquo;intervenante, Bourguiba d&eacute;couvrit les trois grands principes humanistes auxquels il adh&eacute;rera : l&rsquo;instruction comme instrument d&rsquo;&eacute;mancipation, le droit comme instrument de protection des personnes, et la raison comme moyen de lib&eacute;rer l&rsquo;esprit du dogme &raquo;.<br \/>\nPour lib&eacute;rer le dogme, un travail de longue haleine s&rsquo;imposait. C&rsquo;est pourquoi l&rsquo;oratrice a insist&eacute; sur le fait que &laquo; les mentalit&eacute;s n&rsquo;&eacute;voluent que si le corps social s&rsquo;empare de nouvelles normes. Bourguiba s&rsquo;engagea donc &agrave; fond dans un chantier d&rsquo;envergure, non par des mesurettes, mais en prenant le taureau par les cornes et en s&rsquo;attaquant &agrave; des sujets cruciaux : la femme et la famille &agrave; travers les grandes innovations du CSP, la proclamation de la R&eacute;publique, la g&eacute;n&eacute;ralisation de l&rsquo;enseignement, la gestion du religieux, la loi sur l&rsquo;adoption, l&rsquo;&eacute;conomie, l&rsquo;administration des terres coloniales, la liquidation des biens dits Hbous &raquo;.<br \/>\nCette vraie dynamique que Bourguiba a enclench&eacute;e au sein d&rsquo;une soci&eacute;t&eacute; &agrave; la majorit&eacute; r&eacute;trograde, conservatrice et attach&eacute;e aveugl&eacute;ment aux us et traditions d&eacute;pass&eacute;s, a surpris l&rsquo;opinion qui &laquo; n&rsquo;opposa pas de r&eacute;sistance. Il semble m&ecirc;me que plut&ocirc;t r&eacute;ceptive, elle ait accept&eacute; de partager la vision qu&rsquo;avait son chef d&rsquo;un pays qui choisit de se d&eacute;barrasser du retard historique, de la l&eacute;thargie et d&rsquo;entrer dans une &egrave;re o&ugrave; il pourra se joindre &agrave; la caravane des nations d&eacute;velopp&eacute;es &raquo;.<br \/>\nEmna Belhaj Yahya est revenue &eacute;galement dans son &eacute;loquent expos&eacute; sur la notion de lien social que le Combattant supr&ecirc;me a r&eacute;ussi &agrave; mettre en place. &nbsp;&laquo; Cette notion est importante, elle se r&eacute;f&egrave;re &agrave; un &ecirc;tre collectif en train de voir le jour avec la dynamique de r&eacute;formes &raquo;. Cette notion suppose, d&rsquo;apr&egrave;s la romanci&egrave;re internationale, &laquo; un pacte dont les termes instaurent une relation de r&eacute;ciprocit&eacute; et de solidarit&eacute;, pacte cr&eacute;ant un espace politique et moral assum&eacute;, une mani&egrave;re d&rsquo;&ecirc;tre qui dresse un nouveau portrait de l&rsquo;individu et de la cit&eacute; &raquo;. S&rsquo;agit-il d&rsquo;un &laquo; nouveau lien social ? D&rsquo;une nouvelle figure de la tunisianit&eacute; n&eacute;e du verbe Bourguiba ?&raquo;, s&rsquo;interroge la chercheure.<br \/>\nPour tenter de r&eacute;pondre, elle a propos&eacute; de se questionner &laquo; sur le contenu de la consistance de ce bouillonnement des esprits et sur cette effervescence facilement observable &raquo;.<br \/>\nPierre de touche des r&eacute;formes, sans doute la plus importante, le CSP la plus grande &oelig;uvre bourguibienne en mati&egrave;re d&rsquo;&eacute;mancipation de la femme, &laquo; s&rsquo;est attaqu&eacute; aux structures de base de la soci&eacute;t&eacute; traditionnelle en sortant les femmes de l&rsquo;ombre, en mettant fin &agrave; leur suj&eacute;tion, en les dirigeant vers les &eacute;coles, les bureaux, les usines, et en leur permettant de contr&ocirc;ler leur f&eacute;condit&eacute; par l&rsquo;acc&egrave;s &agrave; la contraception. C&rsquo;est comme une cage qui s&rsquo;ouvre, comme un nouveau style de vie qui se laisse entrevoir, et c&rsquo;est la moiti&eacute; de la soci&eacute;t&eacute; tunisienne qui est concern&eacute;e par le souffle de cette nouvelle l&eacute;gislation &raquo;.&nbsp;<br \/>\nParmi les r&eacute;formes entreprises par Bourguiba en mati&egrave;re de changement des mentalit&eacute;s, il y avait celle de maintenir le fran&ccedil;ais comme deuxi&egrave;me lange d&rsquo;enseignement. L&rsquo;intervenante a pr&eacute;cis&eacute; que Bourguiba, &laquo; avocat &eacute;loquent ma&icirc;trisant parfaitement l&rsquo;arabe et le fran&ccedil;ais, n&rsquo;avait de complexe vis-&agrave;-vis d&rsquo;aucune des deux langues. Si l&rsquo;arabe est honor&eacute; et d&eacute;clar&eacute; langue nationale, il n&rsquo;en demeure pas moins qu&rsquo;il voit dans le fran&ccedil;ais un moyen d&rsquo;ouverture sur le monde, un lien avec les valeurs du droit aux lumi&egrave;res et &agrave; la modernit&eacute; et en m&ecirc;me temps permettant d&rsquo;&eacute;chapper au ghetto de l&rsquo;unilinguisme qui, s&rsquo;il avait &eacute;t&eacute; choisi, aurait renforc&eacute; la d&eacute;pendance &agrave; l&rsquo;&eacute;gard d&rsquo;un monde arabe en &eacute;tat de stagnation &raquo;.<\/p>\n<p><strong>Bourguiba et l&rsquo;histoire de la Tunisie&nbsp;<\/strong><br \/>\nLors de son intervention, l&rsquo;acteur et dramaturge Mohamed Raja Farhat a essay&eacute; de faire part des r&eacute;flexions de Bourguiba sur l&rsquo;histoire, une discipline &agrave; laquelle ce dernier accordait un int&eacute;r&ecirc;t particulier.&nbsp;<br \/>\nFarhat a annonc&eacute;, d&egrave;s le d&eacute;but de son expos&eacute;, qu&rsquo;il &eacute;tait fascin&eacute; non par l&rsquo;indiff&eacute;rence, mais plut&ocirc;t par la prudence du Combattant supr&ecirc;me vis-&agrave;-vis de &laquo; l&rsquo;interm&egrave;de carthaginois de la Tunisie &raquo;.<br \/>\n&laquo; Bourguiba n&rsquo;aimait pas Carthage passionn&eacute;ment &raquo;, assure l&rsquo;orateur. Et de poursuivre : &laquo; Bourguiba n&rsquo;aimait pas le parlement ou le s&eacute;nat de Carthage surtout apr&egrave;s le retour d&rsquo;Hannibal &raquo;. &nbsp;<br \/>\nCette d&eacute;claration, faut-il le mentionner, serait un peu exorbitante, voire excessive m&ecirc;me, marmonnaient certains pr&eacute;sents &agrave; la salle ! C&rsquo;&eacute;tait, du moins, l&rsquo;impression qui pr&eacute;valait &agrave; la fin de cet interm&egrave;de tr&egrave;s attrayant dont quelques d&eacute;tails sont rest&eacute;s en travers de la gorge de certains.<br \/>\nToutefois, Bourguiba, l&rsquo;homme et la saga de l&rsquo;ind&eacute;pendance de la Tunisie, selon Raja Farhat, &laquo; aimait bien l&rsquo;esprit retors de Jugurtha, le diplomate, le politique, cet adorateur du mode de vie romain qui a eu plus de fortune avec Bourguiba&raquo;.<br \/>\nRaja Farhat, dont les propos ont suscit&eacute; de vifs remous au sein de l&rsquo;assistance, n&rsquo;a pas m&acirc;ch&eacute; ses mots en d&eacute;clarant qu&rsquo;&laquo; on dirait que les relations avec Carthage &eacute;taient ill&eacute;gitimes au temps de Bourguiba, puisque la Tunisie ind&eacute;pendante avait toute la libert&eacute; d&rsquo;honorer ou de ne pas honorer Carthage, Alyssa, ou Hannibal.&raquo;<br \/>\nL&rsquo;homme passionn&eacute; de l&rsquo;Histoire de la Tunisie et des grands noms qui l&rsquo;ont marqu&eacute;e s&rsquo;est pos&eacute; la question : &laquo; Pourquoi notre relation avec Carthage est si probl&eacute;matique ? &raquo; Pis encore, il enfonce davantage le clou en focalisant sur la relation m&ecirc;me de Bourguiba avec toute l&rsquo;histoire de la Tunisie. Pour l&rsquo;orateur qui parlait malais&eacute;ment mais d&eacute;lib&eacute;r&eacute;ment, &laquo; la relation de Bourguiba avec l&rsquo;histoire de la Tunisie est une relation accord&eacute;on. Il &eacute;tait fascin&eacute; par les grands esprits tels qu&rsquo;Ibn Khaldoun&raquo;.<br \/>\nLe metteur en sc&egrave;ne de &laquo; Bourguiba, derni&egrave;re prison &raquo; et &lsquo;&lsquo;Bourguiba l&rsquo;Interview&rsquo;&rsquo; consid&egrave;re qu&rsquo;il s&rsquo;agissait chez Bourguiba &laquo; d&rsquo;une fascination de l&rsquo;histoire de la Tunisie, une esp&egrave;ce d&rsquo;aller-retour dans l&rsquo;histoire. Il &eacute;tait toujours critique vis-&agrave;-vis de l&rsquo;histoire de son pays. Il a trouv&eacute; finalement le subterfuge. C&rsquo;est asseoir une culture nationale &raquo;.<br \/>\nTout comme Hannibal, qui appelait &agrave; former une arm&eacute;e populaire nationale carthaginoise, a fait rappeler Raja Farhat, Bourguiba, lui aussi, a fond&eacute; une arm&eacute;e nationale, c&rsquo;est s&ucirc;r, mais il a exhort&eacute; les historiens &agrave; r&eacute;diger une histoire de la Tunisie depuis la pr&eacute;histoire jusqu&rsquo;&agrave; maintenant. &laquo; Je veux lire une histoire tunisienne de la Tunisie &raquo;, insista-t-il.<br \/>\nC&rsquo;est dire que &laquo; l&rsquo;attachement de Bourguiba &agrave; la clarification de la relation avec notre histoire, avec Hannibal, Carthage, Elyssa, les Magonides, les Barcides, etc. &raquo; &eacute;tait de mise d&rsquo;apr&egrave;s le dramaturge qui a incarn&eacute; le r&ocirc;le de Bourguiba dans sa pi&egrave;ce de th&eacute;&acirc;tre plus de 200 fois.<br \/>\nEt les fruits ont tenu finalement les promesses des fleurs puisqu&rsquo;un premier tome a &eacute;t&eacute; d&eacute;j&agrave; r&eacute;dig&eacute;, a pr&eacute;cis&eacute; l&rsquo;&eacute;loquent orateur. Et d&rsquo;ajouter dans ce m&ecirc;me ordre d&rsquo;id&eacute;es : &laquo;D&rsquo;autres tentatives de r&eacute;&eacute;crire l&rsquo;histoire de la Tunisie ont eu lieu. L&rsquo;Institut d&rsquo;arch&eacute;ologie et d&rsquo;arts a &eacute;t&eacute; fond&eacute; et a ligu&eacute; les historiens pour r&eacute;&eacute;crire l&rsquo;histoire de la Tunisie, l&rsquo;inventer pratiquement &agrave; partir du n&eacute;ant et avec des rencontres souvent nerveuses avec Bourguiba qui corrigeait leurs propositions &raquo;.<br \/>\nEn guise de conclusion, Raja Farhat qui nous a emmen&eacute;s dans une longue promenade, &agrave; travers la grande r&eacute;forme humaine, scientifique et historique de Bourguiba, a soutenu que &laquo; plus nous approfondissons la connaissance de cette p&eacute;riode, de ces 30 ann&eacute;es glorieuses de Bourguiba, plus nous gagnons les cl&eacute;s pour l&rsquo;avenir de la Tunisie &raquo;.<br \/>\nC&rsquo;est pourquoi, toujours d&rsquo;apr&egrave;s l&rsquo;intervenant, il faut que nous &laquo; r&eacute;cup&eacute;rions les cl&eacute;s, afin que ce pays renaisse de ses cendres et ne soit pas dans cet &eacute;tat lamentable &raquo;.<br \/>\nPremier en son genre en Tunisie, ce colloque a permis de rendre un hommage &agrave; une personnalit&eacute; dont l&rsquo;&oelig;uvre a, &eacute;tait et sera un riche sujet de recherche passionnant et tr&egrave;s inspirant. C&rsquo;est dans ce cadre d&rsquo;ailleurs qu&rsquo;Ahmed Ouna&iuml;es, le coorganisateur de cette initiative salutaire a annonc&eacute; que ce cycle de conf&eacute;rences portant sur Bourguiba, axera l&rsquo;ann&eacute;e prochaine sur le th&egrave;me de &ldquo;Habib Bourguiba, le fondateur&rdquo;.&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: right;\"><strong>M.A.B.S<\/strong><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Par Mohamed Ali Ben Sgha&iuml;er La date du 1er juin 1955 aurait pu passer cette ann&eacute;e inaper&ccedil;ue, comme ce fut le cas d&rsquo;ailleurs les ann&eacute;es pr&eacute;c&eacute;dentes, pourtant elle s&rsquo;assimile &agrave;&hellip;<\/p>\n","protected":false},"author":60,"featured_media":235602,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_lmt_disableupdate":"","_lmt_disable":"","_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":""},"categories":[5],"tags":[],"class_list":["post-274814","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-politique"],"yoast_head":"<!-- This site is optimized with the Yoast SEO plugin v26.3 - 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