{"id":277290,"date":"2022-10-04T12:16:00","date_gmt":"2022-10-04T12:16:00","guid":{"rendered":"https:\/\/mahfoudhi.xyz\/ar\/?p=277289"},"modified":"2022-10-04T12:16:00","modified_gmt":"2022-10-04T12:16:00","slug":"claude-nataf-une-sentinelle-contre-l-oubli","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/realites.com.tn\/fr\/claude-nataf-une-sentinelle-contre-l-oubli\/","title":{"rendered":"Claude Nataf, une sentinelle contre l\u2019oubli"},"content":{"rendered":"<p><span style=\"font-size:14px;\"><span style=\"font-family:Arial,Helvetica,sans-serif;\"><em>L<\/em><strong><em><em>&rsquo;<\/em><\/em><\/strong><em>histoire des Juifs de Tunisie doit beaucoup &agrave; des historiens comme&nbsp;Paul Sebag ou Claude Nataf qui lui ont consacr&eacute; des d&eacute;cennies de recherches. Seuls les travaux des historiens de cette qualit&eacute; ont permis d&rsquo;&eacute;viter que la quasi-disparition de la communaut&eacute; juive en Tunisie n&rsquo;entra&icirc;ne l&rsquo;oubli d&rsquo;une histoire plurimill&eacute;naire. R&eacute;alit&eacute;s a profit&eacute; du s&eacute;jour en Tunisie de Claude Nataf, pr&eacute;sident de la Soci&eacute;t&eacute; d&rsquo;histoire des Juifs de Tunisie (SHJT), pour lui poser quelques questions sur son parcours et sur le travail de m&eacute;moire inestimable qu&rsquo;accomplit depuis plus de 20 ans l&rsquo;institution qu&rsquo;il pr&eacute;side. Interview.<\/em><\/span><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size:14px;\"><span style=\"font-family:Arial,Helvetica,sans-serif;\"><strong>Vos liens familiaux avec la Tunisie remontent &agrave; plusieurs si&egrave;cles : que peut nous en dire l&#39;historien que vous &ecirc;tes ?<\/strong><br \/>\nAu-del&agrave; de mon histoire familiale personnelle qui n&rsquo;int&eacute;resse pas le public, je crois qu&rsquo;il faut marquer l&rsquo;anciennet&eacute; de la pr&eacute;sence juive en Tunisie puisque les Juifs &eacute;taient pr&eacute;sents &agrave; l&rsquo;&eacute;poque romaine, qu&rsquo;ils y &eacute;taient nombreux et que les vestiges arch&eacute;ologiques conserv&eacute;s au Bardo et &agrave; Carthage ou la n&eacute;cropole de Gammarth, comme les &eacute;crits des P&egrave;res de l&rsquo;&Eacute;glise comme Augustin ou Tertullien en sont t&eacute;moins. Il est m&ecirc;me possible que les Juifs aient &eacute;t&eacute; pr&eacute;sents en Tunisie d&egrave;s l&rsquo;&eacute;poque punique, mais l&rsquo;historien ne peut l&rsquo;affirmer faute de preuves scientifiquement admissibles. Le juda&iuml;sme a pr&eacute;c&eacute;d&eacute; l&rsquo;Islam sur la terre tunisienne. Le noyau d&rsquo;origine s&rsquo;est renforc&eacute; au cours de la conqu&ecirc;te arabe de Juifs venus d&rsquo;Orient puis &agrave; partir du XIVe si&egrave;cle de Juifs venus du continent europ&eacute;en. On trouve des Nataf &agrave; Pampelune en 1390, ce qui confirmerait l&rsquo;origine espagnole attest&eacute;e par les r&eacute;cits familiaux mais la pr&eacute;sence des Nataf en Tunisie est &eacute;galement attest&eacute;e peu de temps apr&egrave;s cette date retrouv&eacute;e dans les archives du notariat de Pampelune. La premi&egrave;re famille juive install&eacute;e &agrave; Tunis en 1558 &eacute;tait la famille Nataf, suivie peu apr&egrave;s par des juifs originaires du Maroc avant que Tunis ne devienne la premi&egrave;re ville juive de Tunisie. &nbsp;<br \/>\nParmi mes anc&ecirc;tres en ligne directe, on compte plusieurs ca&iuml;ds des Juifs, c&rsquo;est-&agrave;-dire des notables nomm&eacute;s par le bey et charg&eacute;s de repr&eacute;senter aupr&egrave;s de lui la communaut&eacute; juive, et d&rsquo;autres dirigeants communautaires. &nbsp;J&rsquo;ai aussi une ascendance Borgel par mon arri&egrave;re-grand-m&egrave;re Ma&iuml;a Borgel &eacute;pouse Nataf. Elle &eacute;tait la fille d&rsquo;un grand rabbin et la petite-fille du Grand rabbin de Tunisie.&nbsp;<br \/>\nIl y avait tr&egrave;s peu de Borgel en Tunisie. Quatre d&rsquo;entre eux furent Grands rabbins de Tunisie se succ&eacute;dant sur 2 si&egrave;cles : le plus ancien &eacute;tait Nathan Borgel dit Nathan 1er qui a &eacute;crit en 1776 un livre qui s&#39;appelle le &laquo; Hoq Nathan &raquo;, qui veut dire le droit selon Nathan en h&eacute;breu. Ce livre &eacute;tait tr&egrave;s connu dans toute la diaspora europ&eacute;enne. Tous les grands talmudistes connaissent le &laquo; Hoq Nathan &raquo; mais ne savent pas que c&#39;est l&#39;&oelig;uvre d&#39;un rabbin tunisien ; son fils Elie Borgel 1er lui a succ&eacute;d&eacute; en tant que grand rabbin de Tunisie ; le poste de Grand rabbin de Tunis a &eacute;t&eacute; occup&eacute; ensuite par son neveu, Nathan 2e, dont la tombe se trouve au cimeti&egrave;re du Borgel pr&egrave;s de celle de Hai Ta&iuml;eb. Son neveu, le Grand rabbin Eliahou Borgel 2e lui a succ&eacute;d&eacute; &agrave; partir de 1882, d&eacute;but du protectorat jusqu&#39;en 1898. A sa mort, il a &eacute;t&eacute; enterr&eacute; dans le cimeti&egrave;re qui se trouve actuellement &agrave; l&rsquo;Avenue Khereddine Pacha. C&rsquo;est lui qui avait acquis ce cimeti&egrave;re, non pas de ses deniers comme certains le disent ou l&rsquo;&eacute;crivent, mais avec les fonds de la communaut&eacute; en 1890.&nbsp;<br \/>\nA l&rsquo;&eacute;poque, la ville de Tunis n&rsquo;&eacute;tait pas aussi &eacute;tendue et le cimeti&egrave;re se trouvait dans un petit village aux portes de la ville. A la mort du Grand rabbin en 1898, les Autorit&eacute;s ont d&eacute;cid&eacute; que ce village serait appel&eacute; Borgel pour honorer sa m&eacute;moire. L&rsquo;arr&ecirc;t du bus en face du cimeti&egrave;re s&rsquo;appelle Borgel. C&rsquo;est ce que mentionne la plaque en langue arabe. Ce n&rsquo;est pas le cimeti&egrave;re qui s&rsquo;appelle Borgel, mais le lieu-dit o&ugrave; est situ&eacute; le cimeti&egrave;re.&nbsp;<br \/>\nIl y avait 5 familles patriciennes dans la communaut&eacute; juive de Tunis &nbsp;comme l&#39;a montr&eacute; Jacques Taieb dans son livre sur les &laquo; soci&eacute;t&eacute;s juives du Maghreb moderne &raquo; : les &nbsp;Bessis , les Borgel, les Chemama, les Cohen-Tanuggi et les Nataf ; ces &nbsp;familles occupaient toutes les fonctions dans la communaut&eacute; : les Bessis &nbsp;&eacute;taient des banquiers, les Cohen-Tanuggi faisaient du commerce maritime, les Chemama &nbsp;&eacute;taient des fonctionnaires du Beylik puisqu&rsquo;on les retrouve &agrave; chaque g&eacute;n&eacute;ration comme Ca&iuml;d, receveur des finances ; les Borgel &eacute;tait des rabbins, et les Nataf des dirigeants la&iuml;cs de la communaut&eacute;.<br \/>\nMon origine est tunisienne, incontestablement, m&ecirc;me si dans certains livres on fait passer les Borgel pour des Livournais, ce qui est une erreur. &nbsp;Le premier Borgel connu dans l&#39;histoire a s&eacute;journ&eacute; &agrave; Livourne comme commer&ccedil;ant mais il est parti de Tunis pour aller simplement travailler &agrave; Livourne et il est revenu ensuite.&nbsp;<br \/>\nJ&rsquo;aimerais pour compl&eacute;ter souligner que le Grand rabbin Elie Borgel a eu le m&eacute;rite de comprendre la modernit&eacute; et lorsque l&rsquo;Alliance isra&eacute;lite universelle s&rsquo;est install&eacute;e en Tunisie, vous savez que quand l&#39;Alliance isra&eacute;lite s&rsquo;est install&eacute;e en Orient, le corps rabbinique s&#39;est plut&ocirc;t insurg&eacute; en disant qu&rsquo;on allait fabriquer des ath&eacute;es ; au contraire, en Tunisie le corps rabbinique a fait abandon de 25% des ressources de la communaut&eacute; pour les &eacute;coles de l&rsquo;Alliance, destin&eacute;es &agrave; dispenser l&rsquo;enseignement profane. En fait, c&#39;est la seule communaut&eacute; juive au monde qui ait accept&eacute; de sacrifier une partie de la taxe sur la viande casher qui est destin&eacute;e &agrave; alimenter l&#39;enseignement religieux, la synagogue, au profit d&rsquo;un enseignement profane qui a permis l&rsquo;&eacute;mergence d&rsquo;une &eacute;lite intellectuelle et la transformation &eacute;conomique et sociale de la Tunisie.&nbsp;<br \/>\nMon grand-p&egrave;re &eacute;tait avocat ; il &eacute;tait tr&egrave;s respect&eacute; dans tous les milieux judiciaires ; il commen&ccedil;a sa carri&egrave;re en 1909 ; licenci&eacute; en droit, 3 fois laur&eacute;at de la facult&eacute; d&rsquo;Aix-en-Provence, il a &eacute;t&eacute; plusieurs fois membre du conseil de l&#39;Ordre et B&acirc;tonnier de 1938 &agrave; 1945.<\/span><\/span><br \/>\n<span style=\"font-size:14px;\"><span style=\"font-family:Arial,Helvetica,sans-serif;\">Il a &eacute;t&eacute; le seul avocat juif &agrave; plaider dans l&#39;affaire dite du Jellaz : il a &eacute;vit&eacute; la peine de mort &agrave; plusieurs personnes ; il est d&eacute;c&eacute;d&eacute; en Tunisie en 1962.<\/span><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size:14px;\"><span style=\"font-family:Arial,Helvetica,sans-serif;\"><strong>Qu&rsquo;est-ce qui a conduit l&rsquo;universitaire Claude Nataf &agrave; consacrer une partie importante de sa carri&egrave;re scientifique &agrave; l&rsquo;histoire de la Tunisie ?<\/strong><br \/>\nJe pense qu&#39;il y a eu d&rsquo;abord quelque chose de sentimental.<br \/>\n&Eacute;colier en Tunisie, je ne comprenais pas que l&rsquo;on ne nous enseigne pas l&rsquo;histoire de la Tunisie alors que nous connaissions les grandes heures de chacun des rois de France. L&rsquo;histoire de la Tunisie m&rsquo;int&eacute;ressait et je glanais ici ou l&agrave; et sans m&eacute;thode, tout ce qui pouvait me la faire conna&icirc;tre. Cet int&eacute;r&ecirc;t s&rsquo;est accru au fur et &agrave; mesure que je terminais mes &eacute;tudes sup&eacute;rieures et que vivant en France, la Tunisie de mon enfance devenait pour moi un souvenir. J&#39;ai vraiment commenc&eacute; s&eacute;rieusement &agrave; &eacute;tudier l&#39;histoire des Juifs de Tunisie alors que j&#39;avais acquis une certaine maturit&eacute; : j&#39;avais 40 ans. Ce n&rsquo;&eacute;tait sans doute pas au d&eacute;but un int&eacute;r&ecirc;t intellectuel. Pas de la nostalgie, mais une auto-critique intime : &laquo; Cette histoire est mienne et je ne la connais pas ou tr&egrave;s peu et tr&egrave;s mal. &raquo;<br \/>\nEnsuite, il y a eu la constatation que les Juifs de Tunisie de ma g&eacute;n&eacute;ration commen&ccedil;aient &agrave; s&#39;int&eacute;resser au pass&eacute; de leurs parents, peut-&ecirc;tre par ce lien sentimental &agrave; la Tunisie. Ils s&#39;y int&eacute;ressaient mais mal parce qu&#39;ils n&#39;avaient pas les cl&eacute;s, la cl&eacute; &eacute;tant pour moi l&#39;histoire de la Tunisie dont seule la connaissance pouvait aider &agrave; comprendre les minorit&eacute;s et les parcours individuels.&nbsp;<br \/>\nJe me suis donc dit qu&#39;avant de r&eacute;fl&eacute;chir &agrave; la situation des Juifs de Tunisie, il fallait conna&icirc;tre l&#39;histoire de la Tunisie ; comment voulez-vous parler de l&#39;histoire des Auvergnats ou des Bretons, sans conna&icirc;tre l&#39;histoire de France ?<br \/>\nAyant &eacute;tudi&eacute; l&#39;histoire de la Tunisie, j&#39;ai pu &agrave; partir de l&agrave; r&eacute;fl&eacute;chir et rechercher ce qui avait &eacute;t&eacute;, &agrave; l&#39;int&eacute;rieur de l&#39;histoire de la Tunisie, l&#39;histoire d&#39;une minorit&eacute; religieuse qui &eacute;tait la minorit&eacute; juive.<br \/>\nJ&rsquo;ai tr&egrave;s t&ocirc;t partag&eacute; cette conviction et cette approche avec Jacques Ta&iuml;eb, professeur agr&eacute;g&eacute; qui, apr&egrave;s avoir enseign&eacute; en Tunisie dans l&#39;enseignement secondaire, a enseign&eacute; en France dans l&#39;enseignement sup&eacute;rieur.<br \/>\nJacques Ta&iuml;eb a consacr&eacute; ses premiers travaux de recherche &agrave; l&rsquo;histoire de l&rsquo;Ariana, alors petite bourgade &agrave; la sortie de Tunis et qui comptait une nombreuse population juive qu&rsquo;il a &eacute;tudi&eacute;e comme l&rsquo;une des composantes d&rsquo;un ensemble suburbain. Plus tard et en fonction de l&rsquo;avancement de ses recherches, il a publi&eacute; plusieurs articles et un petit livre sur les Juifs du Maghreb &agrave; l&#39;&eacute;poque pr&eacute;coloniale. Pour moi, je n&#39;avais pas travaill&eacute; sur l&#39;histoire des Juifs de Tunisie, mais sur les Fran&ccedil;ais de Tunisie et leurs r&eacute;actions face &agrave; la d&eacute;colonisation. En travaillant sur ce sujet, je me suis naturellement int&eacute;ress&eacute; aux consultations auxquelles les Autorit&eacute;s fran&ccedil;aises avaient proc&eacute;d&eacute; entre 1954 et 1956 quant &agrave; l&rsquo;&eacute;volution des rapports franco-tunisiens. Tous les corps constitu&eacute;s, les repr&eacute;sentants des professions, les organisations confessionnelles ont &eacute;t&eacute; consult&eacute;s et j&rsquo;ai d&eacute;couvert &agrave; cette occasion les d&eacute;clarations ou les m&eacute;moires des organismes juifs. &nbsp;J&rsquo;ai exploit&eacute; &agrave; cette fin, les archives nationales de Tunisie qui se trouvaient &agrave; l&rsquo;&eacute;poque &agrave; Dar El Bey. J&rsquo;y ai connu un universitaire tunisien Abdelkrim Allagui qui effectuait des recherches pour sa th&egrave;se sur la communaut&eacute; juive de Tunis : cela a &eacute;t&eacute; le d&eacute;but d&#39;une amiti&eacute; et d&#39;une collaboration.<br \/>\nJ&rsquo;ai beaucoup parl&eacute; avec &nbsp;Jacques Ta&iuml;eb des sources consid&eacute;rables qui se trouvaient aux archives tunisiennes et &nbsp;nous avons compris qu&rsquo;il y avait &eacute;norm&eacute;ment de choses &agrave; faire sur l&#39;histoire des Juifs de Tunisie que nous &nbsp;voulions mieux conna&icirc;tre et mieux faire conna&icirc;tre, car tout ce qui se produisait en France &agrave; l&rsquo;&eacute;poque, mis &agrave; part quelques articles d&rsquo;historiens trop peu nombreux comme Lucette Valensi ou &nbsp;Juliette Bessis, relevait de la litt&eacute;rature, de la bonne litt&eacute;rature certes comme les merveilleux romans d&rsquo;Albert Memmi, ou encore &laquo; &nbsp;Les &nbsp;belles de Tunis &raquo; de Nine Moati, &laquo; Balace Bounel &raquo; de Marco Koskas &raquo;, &laquo; Qui se souvient du Caf&eacute; Rubens &raquo; de Georges Memmi, &nbsp;etc.<br \/>\nNous avons &eacute;t&eacute; encourag&eacute;s par le fait qu&rsquo;il y avait au m&ecirc;me moment au sein de l&rsquo;universit&eacute; tunisienne un int&eacute;r&ecirc;t certain pour l&#39;histoire des minorit&eacute;s. C&#39;est surtout le doyen Charfi qui fut pionnier en y int&eacute;ressant ses &eacute;tudiants et qui dit &nbsp;histoire des minorit&eacute;s en Tunisie ne peut pas ignorer la minorit&eacute; juive ; il y avait un mouvement analogue en Isra&euml;l o&ugrave; pour des raisons politiques, on commen&ccedil;ait &agrave; remettre en avant l&#39;identit&eacute; s&eacute;pharade : une chaire d&#39;histoire du juda&iuml;sme s&eacute;farade a &eacute;t&eacute; cr&eacute;&eacute;e &agrave; l&#39;universit&eacute; h&eacute;bra&iuml;que de J&eacute;rusalem et parmi la minorit&eacute; s&eacute;pharade, les Isra&eacute;liens ne pouvaient ignorer les minorit&eacute;s d&rsquo;origine maghr&eacute;bine.&nbsp;<br \/>\nD&eacute;cid&eacute;s &agrave; faire quelque chose, Jacques Ta&iuml;eb et moi-m&ecirc;me avons d&eacute;cid&eacute; de constituer en 1997 la Soci&eacute;t&eacute; d&#39;histoire des Juifs de Tunisie, une soci&eacute;t&eacute; savante non communautaire, non confessionnelle puisque nos membres ne sont pas tous Juifs ; Nous ne sommes pas une universit&eacute;, mais la &nbsp;vocation de cette soci&eacute;t&eacute; savante est d&rsquo;impulser, de faire du lobbying pour pousser les centres d&#39;&eacute;tudes universitaires qui s&#39;int&eacute;ressent aux &eacute;tudes juives &nbsp;&agrave; ne pas n&eacute;gliger les Juifs du Maghreb et particuli&egrave;rement ceux de Tunisie.&nbsp;<br \/>\nL&rsquo;objectif de notre association est de stimuler la recherche en organisant des conf&eacute;rences, en contactant des directeurs de recherche, en sugg&eacute;rant des sujets et de favoriser une coop&eacute;ration scientifique &agrave; plusieurs niveaux entre tous les chercheurs qui s&#39;int&eacute;ressent &agrave; cette question.<br \/>\nA ce stade de mon propos et pour pr&eacute;venir votre interrogation, Je voudrais faire deux observations : la premi&egrave;re, c&#39;est que l&#39;universit&eacute; fran&ccedil;aise a une longue tradition jacobine ; on n&rsquo;&eacute;tudiait pas l&#39;histoire des minorit&eacute;s : la R&eacute;publique est une et indivisible.<br \/>\nDans les ann&eacute;es 90, l&#39;universit&eacute; fran&ccedil;aise s&#39;est ouverte &agrave; la recherche sur les minorit&eacute;s ; nous avons eu la chance de cr&eacute;er la soci&eacute;t&eacute; d&#39;histoire des Juifs de Tunisie au moment o&ugrave; l&rsquo;Universit&eacute; fran&ccedil;aise regardait avec moins de d&eacute;dain les &eacute;tudiants et enseignants qui voulaient s&#39;int&eacute;resser &agrave; l&#39;histoire de la minorit&eacute; juive.<br \/>\nLa 2e observation, c&#39;est que nous n&#39;&eacute;tions, ni les uns, ni les autres habitu&eacute;s &agrave; ce qu&rsquo;&eacute;tait une association : nous &eacute;tions des chercheurs individualistes et il a fallu apprendre &agrave; g&eacute;rer une soci&eacute;t&eacute; savante.&nbsp;<br \/>\nNous avons r&eacute;ussi &agrave; maintenir l&#39;ind&eacute;pendance de la soci&eacute;t&eacute; et son caract&egrave;re acad&eacute;mique ; cela n&rsquo;a pas &eacute;t&eacute; simple, car certains voulaient nous proposer du folklore, de la musique, de la danse, des moments de m&eacute;moire d&rsquo;originaires et ce n&rsquo;&eacute;tait pas ce que nous ambitionnions.&nbsp;<br \/>\nJe dois dire que la mayonnaise a bien pris parce que par la suite, des associations d&rsquo;originaires se sont int&eacute;ress&eacute;es &agrave; l&#39;histoire et nous ont consult&eacute;s pour l&rsquo;organisation de conf&eacute;rences ou pour des conseils de lecture. Nous avons eu la chance de coop&eacute;rer tr&egrave;s vite avec l&#39;universit&eacute; tunisienne et notamment avec celle de la Manouba.<br \/>\nGr&acirc;ce &agrave; l&#39;appui de Dali Jazi, alors ministre de l&#39;Enseignement sup&eacute;rieur du gouvernement tunisien, nous avons pu organiser avec la facult&eacute; de la Manouba un colloque qui s&#39;intitulait &laquo; La Tunisie au miroir de sa communaut&eacute; juive &raquo;.<br \/>\nNous avons fait &agrave; cette occasion avec les chercheurs tunisiens le point sur ce qui existait en mati&egrave;re de travaux de recherche &agrave; propos des communaut&eacute;s juives de Tunisie et des perspectives en fonction des sources archivistiques disponibles. Un livre a &eacute;t&eacute; publi&eacute; deux ans plus tard par le Centre de publication universitaire de Tunisie. Il est &eacute;puis&eacute; et on ne l&rsquo;a pas r&eacute;&eacute;dit&eacute; malheureusement.&nbsp;<\/span><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size:14px;\"><span style=\"font-family:Arial,Helvetica,sans-serif;\"><strong>Vous venez d&rsquo;&eacute;voquer les sources pour l&rsquo;historien. Se trouvent-elles toutes en Tunisie ?&nbsp;<\/strong><br \/>\nNon, les archives concernant les Juifs de Tunisie sont dispers&eacute;es, or un historien a besoin d&rsquo;avoir acc&egrave;s aux archives.&nbsp;<br \/>\nIl y a des archives tr&egrave;s riches en Tunisie ; il y a en France les archives du Quai d&rsquo;Orsay et celles de l&rsquo;ancienne r&eacute;sidence g&eacute;n&eacute;rale conserv&eacute;es &agrave; Nantes et les archives de l&rsquo;Alliance isra&eacute;lite. Il y a aussi des archives en Isra&euml;l, comme celles du mouvement sioniste ou celles de familles qui y ont &eacute;migr&eacute; ; il y a des archives en Turquie et en Italie.&nbsp;<\/span><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size:14px;\"><span style=\"font-family:Arial,Helvetica,sans-serif;\"><strong>La soci&eacute;t&eacute; d&rsquo;histoire des Juifs de Tunisie joue depuis 25 ans un r&ocirc;le important dans la connaissance de l&rsquo;histoire des Juifs de Tunisie ; pourriez-vous nous rappeler les conditions de sa fondation, ses principales activit&eacute;s et ses projets futurs ?<\/strong><br \/>\nPourquoi avons-nous cr&eacute;&eacute; la soci&eacute;t&eacute; d&#39;histoire des Juifs de Tunisie ? La soci&eacute;t&eacute; a connu un d&eacute;veloppement tr&egrave;s important, ce qui prouve qu&rsquo;elle correspondait &agrave; un besoin et nous avons vu pousser les &eacute;tudiants &agrave; pr&eacute;parer des travaux sur l&#39;histoire des Juifs de Tunisie. Actuellement, c&#39;est quelque chose qui tombe un peu en d&eacute;su&eacute;tude, pas seulement en France mais &eacute;galement en Tunisie et aussi en Isra&euml;l.<br \/>\nLes &eacute;tudiants s&#39;aper&ccedil;oivent que les perspectives de carri&egrave;re sont limit&eacute;es quand vous avez travaill&eacute; sur l&rsquo;histoire des Juifs de Tunisie.<br \/>\nNous avons d&eacute;cid&eacute; r&eacute;cemment de tenter de relancer ce mouvement en donnant en octobre prochain une conf&eacute;rence qui va pr&eacute;senter l&#39;historiographie des Juifs de Tunisie.<\/span><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size:14px;\"><span style=\"font-family:Arial,Helvetica,sans-serif;\"><strong>La SHJT a consacr&eacute; plusieurs travaux &agrave; la rafle op&eacute;r&eacute;e par les SS &agrave; Tunis du 9 d&eacute;cembre 1942. Qu&rsquo;est-ce qui justifie cet int&eacute;r&ecirc;t et n&rsquo;y a-t-il pas de diff&eacute;rences majeures avec celle du Vel d&rsquo;Hiv de juillet 1942 en France ?<\/strong><br \/>\nLa SHJT a consacr&eacute; des travaux importants non pas tant &agrave; la rafle des juifs du 9 d&eacute;cembre 1942 mais &agrave; la situation des Juifs de Tunisie pendant les 6 mois d&#39;occupation de la Tunisie par les forces de l&#39;Axe. &Eacute;videmment, un des faits majeurs de cette p&eacute;riode a &eacute;t&eacute; la rafle du 9 d&eacute;cembre 1942 &agrave; Tunis.<br \/>\nIl faut savoir que jusqu&#39;en 1997 on s&#39;int&eacute;ressait tr&egrave;s peu &agrave; ce qui s&#39;&eacute;tait pass&eacute; en Afrique du Nord et en Tunisie pendant la Seconde Guerre mondiale.&nbsp;<br \/>\nIl y a eu deux livres de t&eacute;moignages qui ont &eacute;t&eacute; publi&eacute;s en Tunisie juste en 1943 et 1944 et qui n&#39;ont pas &eacute;t&eacute; r&eacute;&eacute;dit&eacute;s parce que lorsque les Juifs de Tunisie ont d&eacute;couvert ce qui s&#39;&eacute;tait pass&eacute; en Europe en 1945, ils ont estim&eacute; qu&rsquo;il y avait d&#39;autres souffrances beaucoup plus importantes.&nbsp;<br \/>\nIls ont eu une sorte d&#39;humilit&eacute; &agrave; ne pas vouloir parler de ce qu&rsquo;ils avaient subi.&nbsp;<br \/>\nIl y a eu ensuite un livre publi&eacute; &agrave; Paris en 1955 par Jacques Sabille : c&rsquo;est le premier livre d&#39;historien sur les Juifs de Tunisie sous l&#39;occupation allemande ; il a &eacute;t&eacute; publi&eacute; &agrave; Paris mais n&#39;a eu aucun succ&egrave;s malgr&eacute; ses grandes qualit&eacute;s. &nbsp;Puis il y a eu un livre d&#39;un historien isra&eacute;lien Michel Abitbol sur les Juifs d&#39;Afrique du Nord sous Vichy ; il s&#39;int&eacute;resse surtout &agrave; l&rsquo;Alg&eacute;rie ; &agrave; propos de la Tunisie, il n&#39;a travaill&eacute; que sur les rares archives ouvertes au chercheur &agrave; l&rsquo;&eacute;poque. Il faut dire que dans les ann&eacute;es 70, les archives publiques tant tunisiennes que fran&ccedil;aises ou allemandes n&rsquo;&eacute;taient pas ouvertes. Michel Abitbol a entendu quelques t&eacute;moins.&nbsp;<br \/>\nMoi-m&ecirc;me, en 1990, dans un s&eacute;minaire organis&eacute; &agrave; la Sorbonne par le professeur Andr&eacute; Kaspi, j&#39;ai consacr&eacute; une s&eacute;ance &agrave; la situation du juda&iuml;sme tunisien entre 1940 et 1943. Ce qui a fait d&eacute;couvrir &agrave; beaucoup d&#39;universitaires que la Tunisie avait &eacute;t&eacute; un champ de bataille entre novembre 1942 et mai 1943.<br \/>\nJ&#39;ai &eacute;galement publi&eacute; en 1995 dans la revue Pard&egrave;s, une &eacute;tude sur cette question.<br \/>\nL&rsquo;apport de la SHJT a &eacute;t&eacute; d&eacute;terminant pour mieux comprendre la situation des Juifs de Tunisie sous l&rsquo;occupation allemande, d&rsquo;autant que la Tunisie &eacute;tait le seul pays d&#39;Afrique du Nord &agrave; avoir &eacute;t&eacute; occup&eacute;e par les forces de l&rsquo;Axe.&nbsp;<br \/>\nPour revenir &agrave; votre question sur la rafle en France du 28 juillet 1942, je sais qu&rsquo;elle a &eacute;t&eacute; connue en Tunisie parce qu&rsquo;il y a eu d&#39;abord un article d&#39;un journal collabo de Paris, &laquo; L&#39;&oelig;uvre &raquo; ; les dirigeants de la communaut&eacute; l&rsquo;ont &eacute;galement su. Puis il y a eu Radio Londres, une &eacute;mission de Jean Marin qui a d&eacute;crit ce qui s&rsquo;&eacute;tait pass&eacute; au Vel d&rsquo;Hiv. &nbsp;<br \/>\nQuand les Allemands sont entr&eacute;s en contact avec la communaut&eacute; juive de Tunis en novembre 1942, ses dirigeants s&rsquo;attendaient &agrave; une rafle et &eacute;taient conscients des cons&eacute;quences possibles.<br \/>\nBien s&ucirc;r, la rafle de Tunis de 1942 n&#39;est pas comparable &agrave; la rafle du Vel d&#39;Hiv parce qu&rsquo;il y a eu pour cette derni&egrave;re 15000 personnes arr&ecirc;t&eacute;es et ensuite d&eacute;port&eacute;es &agrave; quelques exceptions pr&egrave;s.&nbsp;<br \/>\nNous savons maintenant que les nazis avaient d&eacute;cid&eacute; l&#39;extermination des Juifs de toute la surface de la terre. &nbsp; Je reste persuad&eacute; &agrave; partir des documents que j&rsquo;ai &eacute;tudi&eacute;s que la solution finale a &eacute;t&eacute; envisag&eacute;e pour les Juifs de Tunisie. Rudolf Rahn, le diplomate d&eacute;tach&eacute; en Tunisie comme conseiller politique des troupes allemandes le sous-entend dans ses M&eacute;moires.&nbsp;<br \/>\nLe Colonel SS Rauff, en charge de l&rsquo;action antijuive en Tunisie, &eacute;tait un adjoint d&rsquo;Eichmann. Auparavant, on lui avait confi&eacute; la mission d&rsquo;&eacute;liminer les Juifs d&rsquo;&Eacute;gypte et de Palestine, mission qu&rsquo;il n&rsquo;avait pu mener &agrave; bien en raison de la victoire britannique et du recul de l&rsquo;Arm&eacute;e de Rommel &agrave; laquelle Rauff &eacute;tait rattach&eacute;, en Libye puis en Tunisie.<br \/>\nIl n&#39;a pas pu le faire en Tunisie en raison du peu d&rsquo;hommes &agrave; sa disposition et parce qu&rsquo;il a &eacute;chou&eacute; &agrave; mobiliser la population musulmane contre les Juifs.&nbsp;<br \/>\nQuelque temps avant la fin de l&#39;occupation de la Tunisie, une personnalit&eacute; tunisienne, Mohamed Chenick, Premier ministre du Bey, a eu vent des sombres intentions de Rauff ; il a pr&eacute;venu les dirigeants de la communaut&eacute; pour les inciter &agrave; prendre leurs pr&eacute;cautions. Le journal de guerre du G&eacute;n&eacute;ral italien Lorenzelli confirme cette version.&nbsp;<br \/>\nEn conclusion, je pense vraiment que le but des Allemands &eacute;tait l&#39;extermination mais qu&rsquo;il &eacute;tait impossible de les d&eacute;porter par avion en grand nombre. Seuls 43 Juifs de Tunisie ont &eacute;t&eacute; d&eacute;port&eacute;s par avion.<\/span><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size:14px;\"><span style=\"font-family:Arial,Helvetica,sans-serif;\"><strong>Quelles sont selon vous les causes d&eacute;terminantes de la quasi-disparition de la communaut&eacute; juive de Tunisie ? &Eacute;tait-elle selon vous in&eacute;luctable ?<\/strong><br \/>\nD&#39;abord, quand on parle du d&eacute;part des Juifs de Tunisie, il faut bien comprendre que la communaut&eacute; juive de Tunisie &eacute;tait une communaut&eacute; h&eacute;t&eacute;rog&egrave;ne mais que l&rsquo;h&eacute;t&eacute;rog&eacute;n&eacute;it&eacute; ne voulait pas dire s&eacute;gr&eacute;gation &agrave; l&rsquo;int&eacute;rieur de la communaut&eacute; ; je m&#39;explique : il y avait &agrave; peu pr&egrave;s 100.000 Juifs en Tunisie en 1956 dont 23 000 &agrave; 25 000 Juifs fran&ccedil;ais, soit un quart environ ; ceux-l&agrave; ont donc suivi le sort de la population fran&ccedil;aise. Il est bien &eacute;vident que ceux qui &eacute;taient fonctionnaires sont partis les premiers. Lorsque la Tunisie ind&eacute;pendante a adopt&eacute; son statut de la fonction publique, il y a de hauts fonctionnaires fran&ccedil;ais qui ont &eacute;t&eacute; gard&eacute;s mais ceux qui occupaient des postes subalternes que le gouvernement tunisien pouvait ais&eacute;ment remplacer par des Tunisiens ont &eacute;t&eacute; remis &agrave; la disposition du gouvernement fran&ccedil;ais dont de nombreux Juifs qui &eacute;taient facteurs, commis d&rsquo;administration, interpr&egrave;tes, etc.<br \/>\nLa majorit&eacute; des Juifs tunisiens voulait rester en Tunisie et adh&eacute;rait au nouvel ordre politique, mais il y a eu des causes externes qui ont entra&icirc;n&eacute; son d&eacute;part.<br \/>\nJe cite la Constitution de 1959 qui dispose que la Tunisie est un &Eacute;tat musulman ; ce qui a g&ecirc;n&eacute;, c&rsquo;est non pas l&rsquo;affirmation que l&rsquo;&Eacute;tat tunisien &eacute;tait un &Eacute;tat musulman, mais de lire que le pr&eacute;sident de la R&eacute;publique devait &ecirc;tre musulman.&nbsp;<br \/>\nPour les Juifs tunisiens, il y a eu &agrave; ce moment-l&agrave; le sentiment qu&rsquo;ils n&rsquo;&eacute;taient pas &eacute;gaux, non pas qu&rsquo;ils aient pens&eacute; pr&eacute;senter un jour un candidat &agrave; la pr&eacute;sidence de la R&eacute;publique, mais il s&rsquo;agissait d&rsquo;une question de principe d&rsquo;autant qu&rsquo;en mati&egrave;re constitutionnelle, leur r&eacute;f&eacute;rence &eacute;tait le mod&egrave;le fran&ccedil;ais qui ne stipulait aucune appartenance religieuse pour le chef de l&rsquo;&Eacute;tat.&nbsp;<br \/>\nCela a &eacute;t&eacute; un premier choc ; le 2e choc s&rsquo;est produit au Maroc. Bourguiba avait assur&eacute; qu&rsquo;il n&rsquo;interdirait jamais l&#39;&eacute;migration : &laquo; Si les Juifs veulent partir, ils peuvent le faire &raquo; et effectivement, il a tenu parole. Rappelons qu&rsquo;au Maroc, il y a des Juifs qui ont &eacute;t&eacute; emp&ecirc;ch&eacute;s de partir et mis dans un camp ; certains ont pens&eacute; qu&rsquo;une chose pareille pourrait se produire en Tunisie apr&egrave;s Bourguiba.<br \/>\nDonc des gens qui n&#39;avaient pas l&#39;intention de partir se sont dit : &laquo; Partons tant qu&#39;on a aujourd&#39;hui la libert&eacute; de partir &raquo;.<br \/>\nIl y a eu aussi une d&eacute;cision qui a &eacute;t&eacute; prise par l&#39;ensemble des pays arabes, &agrave; savoir la rupture des relations postales avec Isra&euml;l ; ceux qui avaient de la famille, des amis &agrave; qui ils ne pouvaient plus &eacute;crire se sont inqui&eacute;t&eacute;s de cette premi&egrave;re &eacute;volution du lib&eacute;ralisme bourguibien. Il y a eu aussi la collectivisation avec Ben Salah ; m&ecirc;me si on ne peut pas dire qu&rsquo;il s&rsquo;agissait de mesures prises &agrave; l&#39;encontre de la communaut&eacute; juive, mais d&rsquo;une mesure g&eacute;n&eacute;rale, cela a entra&icirc;n&eacute; une paup&eacute;risation progressive des commer&ccedil;ants et de l&rsquo;ensemble de la classe moyenne qui n&rsquo;a eu comme solution que le d&eacute;part. Il y a eu aussi des probl&egrave;mes pour les licences d&#39;importation avec des pratiques parfois discriminatoires envers les commer&ccedil;ants juifs. Il faut citer un autre probl&egrave;me d&#39;ordre national : &nbsp;l&#39;arabisation &agrave; outrance. Cela a pos&eacute; des probl&egrave;mes pour les parents juifs qui voyaient les perspectives de carri&egrave;re se r&eacute;tr&eacute;cir pour leurs enfants.<br \/>\nPuis, il y a eu la guerre de 6 jours de 1967 ; le choc a &eacute;t&eacute; l&#39;incendie de la grande synagogue de Tunis plus que la guerre elle-m&ecirc;me qui se d&eacute;roulait &agrave; des milliers de kilom&egrave;tres. Beaucoup de Juifs se sont sentis l&acirc;ch&eacute;s par Bourguiba qui a d&eacute;clar&eacute; ne pas avoir &eacute;t&eacute; inform&eacute; &agrave; temps des d&eacute;bordements visant les boutiques et les lieux de culte des Juifs.<\/span><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size:14px;\"><span style=\"font-family:Arial,Helvetica,sans-serif;\"><strong>Vous contribuez sur le plan intellectuel &agrave; maintenir le lien qui unit la diaspora juive tunisienne &agrave; la Tunisie ; mais la rel&egrave;ve est-elle assur&eacute;e ?&nbsp;<\/strong><br \/>\nJe crois que cette rel&egrave;ve est assur&eacute;e ; il y a quelques ann&eacute;es, j&rsquo;&eacute;tais plus pessimiste mais je vois l&#39;&eacute;mergence d&#39;une nouvelle g&eacute;n&eacute;ration d&#39;historiens qui ont des interrogations diff&eacute;rentes, des probl&eacute;matiques diff&eacute;rentes qui s&#39;accrochent davantage &agrave; la micro-histoire mais qui sont originaires de Tunisie et qui reprennent le flambeau que nous allons leur passer. D&rsquo;ailleurs, si j&#39;ai repris la pr&eacute;sidence de la SHJT qui, entre-temps, avait &eacute;t&eacute; assur&eacute;e par intermittence par Armand Attal, Ariel Danan puis Claire Rubinstein, c&rsquo;est pour aider ces jeunes historiens &agrave; constituer la rel&egrave;ve et renouer avec une embellie des relations entre les historiens musulmans de Tunisie et les historiens de France et d&#39;Europe.<br \/>\nIl y a une &eacute;cole historique de qualit&eacute; en Tunisie : cette ann&eacute;e, 5 th&egrave;ses ont &eacute;t&eacute; soutenues sur des sujets touchant de pr&egrave;s ou de loin le juda&iuml;sme tunisien. Il faut pers&eacute;v&eacute;rer dans cette voie.&nbsp;<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: right;\"><span style=\"font-size:14px;\"><span style=\"font-family:Arial,Helvetica,sans-serif;\"><strong>Interview r&eacute;alis&eacute;e par Samir Ben Makhlouf&nbsp;<\/strong><\/span><\/span><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L&rsquo;histoire des Juifs de Tunisie doit beaucoup &agrave; des historiens comme&nbsp;Paul Sebag ou Claude Nataf qui lui ont consacr&eacute; des d&eacute;cennies de recherches. 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