{"id":3373,"date":"2013-07-17T14:51:18","date_gmt":"2013-07-17T13:51:18","guid":{"rendered":"http:\/\/www.realites.com.tn\/demo\/?p=3373"},"modified":"2013-07-17T14:51:18","modified_gmt":"2013-07-17T13:51:18","slug":"lhumour-beldi-2","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/realites.com.tn\/fr\/lhumour-beldi-2\/","title":{"rendered":"L\u2019humour beldi"},"content":{"rendered":"<p class=\"p1\">\n\t<span style=\"line-height: 1.6em;\">Je quitte souvent la ville europ&eacute;enne et m&rsquo;enfonce dans la m&eacute;dina, o&ugrave; certaines m&oelig;urs, tomb&eacute;es en d&eacute;su&eacute;tude, s&rsquo;effacent plus lentement. Dans cette atmosph&egrave;re apaisante et spirituelle survit et s&rsquo;exhibe encore un mode de vie particulier qui, dans les beaux quartiers de Tunis, est condamn&eacute; &agrave; l&rsquo;oubli. Je mesure la finesse d&eacute;contract&eacute; des habitants et j&rsquo;appr&eacute;cie leur langage, leurs reparties et leurs bons mots&nbsp;; &agrave; l&rsquo;occasion, je fais un peu rena&icirc;tre le pass&eacute;, en marge du b&eacute;ton et du bruit du grand Tunis. Je remonte au Tunis cosmopolite d&rsquo;autrefois o&ugrave; se c&ocirc;toyaient Arabes, Juifs, Maltais, Italiens et Fran&ccedil;ais et qui a permis jadis l&rsquo;&eacute;closion d&rsquo;un humour bien tunisien qui avait ses codes et ses r&eacute;f&eacute;rences.&nbsp;<\/span>\n<\/p>\n<p class=\"p1\">\n\tLes gens de l&rsquo;&eacute;poque d&eacute;ploraient d&eacute;j&agrave; le temps qui passe et affirmaient qu&rsquo;ils ne riaient plus comme avant et que l&rsquo;humour vivait ses derniers jours. Ils racontaient &agrave; leurs descendants pendant les longues et paisibles soir&eacute;es d&rsquo;hiver, sans radio et sans t&eacute;l&eacute;, des histoires que personne n&rsquo;a jamais &eacute;crites et entonnaient des chansons qui n&rsquo;ont jamais &eacute;t&eacute; enregistr&eacute;es.&nbsp;\n<\/p>\n<p class=\"p1\">\n\tIls d&eacute;peignaient, par exemple, leur &eacute;motion, lorsqu&rsquo;ils ont pris pour la premi&egrave;re fois de leur vie le tramway &eacute;lectrique qui a remplac&eacute; les trams &agrave; chevaux : le grincement de la ferraille, les &eacute;tincelles en haut des perches, le wattman peu s&ucirc;r de sa conduite, qui s&rsquo;arr&ecirc;te en dehors de la station. Pour les aider &agrave; vaincre la peur, des b&eacute;n&eacute;voles ont invent&eacute; des r&eacute;clames, sous la forme de chansons l&eacute;nifiantes, en comptant sur le bouche &agrave; oreille pour faire passer le message.\n<\/p>\n<p class=\"p1\">\n\tPareil pour le t&eacute;l&eacute;phone qui effarouchait les bonnes gens avec sa sonnerie tonitruante et que nos a&icirc;n&eacute;s saisissaient avec pr&eacute;caution comme s&rsquo;il pouvait leur exploser dans les mains.\n<\/p>\n<p class=\"p1\">\n\tUne chanson les invitait &eacute;galement &agrave; ne pas h&eacute;siter &agrave; prendre l&rsquo;&eacute;couteur et &agrave; dire courageusement all&ocirc;&nbsp;!\n<\/p>\n<p class=\"p1\">\n\tDans la rue une panoplie de sc&eacute;nettes amusait&nbsp;les passants: les cris des vendeurs de sucreries et des marchands des quatre saisons, les litanies des mendiants. Et, de temps &agrave; autre, le chant langoureux de la daggaza, la liseuse d&rsquo;avenir ou du roba vecchia. Po&egrave;tes, comiques, amuseurs et humoristes ont autrefois v&eacute;cu ici et d&eacute;crit la population bariol&eacute;e, les dialectes pittoresques, les jargons et pataqu&egrave;s savoureux. Ils narr&eacute; aussi leurs vir&eacute;es &agrave; la Petite Sicile, la Petite Calabre, la Petite Malte et ses nombreux quartiers juifs, grecs ou espagnols.\n<\/p>\n<p class=\"p1\">\n\tLe contact avec les Tunisois d&rsquo;aujourd&rsquo;hui, rigides et coinc&eacute;s, n&rsquo;a pas le charme et la simplicit&eacute; d&rsquo;autrefois. A l&rsquo;&eacute;poque, le Tunisien &eacute;tait paisible, point belliqueux, trop humble pour se plaindre, trop indulgent pour se f&acirc;cher et surtout prompt &agrave; prendre indiff&eacute;remment le r&ocirc;le de victime de bourreau.&nbsp;\n<\/p>\n<p class=\"p1\">\n\tLe beldi, celui de la m&eacute;dina et des souks est particulier. Son humour est consensuel et complice, il faut le vouloir pour en tirer partie. Parfois, comme dans cette sc&egrave;ne, il n&rsquo;y a rien pour soutenir le rire, aucune histoire, aucun gag, seulement l&rsquo;envie de communier dans la bonne humeur. Pour une bonne plaisanterie, les artisans des souks &eacute;taient pr&ecirc;ts &agrave; tout et il leur arrivait, pour rire un bon coup, de jouer &agrave; leurs confr&egrave;res des tours pendables.&nbsp;\n<\/p>\n<p class=\"p1\">\n\tAu Hammam Kachachine, non loin de la mosqu&eacute;e Zitouna, un homme rondelet, emmitoufl&eacute; dans ses serviettes moelleuses, sort des bains, frais &eacute;moulu&nbsp;; il perd l&rsquo;&eacute;quilibre dans ses grossiers sabots en bois et tombe. Sa chute fixe l&rsquo;attention malveillante des clients arraisonn&eacute;s sur l&rsquo;estrade dans la p&acirc;leur limbique de ce temple de la propret&eacute;, dans l&rsquo;attente d&rsquo;&ecirc;tre s&eacute;ch&eacute;s et d&eacute;clar&eacute;s bons &agrave; sortir. Ils se tordent de rire et, pour assurer la relance, l&rsquo;un d&rsquo;eux r&eacute;plique que notre homme est bon pour aller, encore une fois, &agrave; la mouillette. Un autre surench&egrave;re : ne te couche pas l&agrave;-bas, c&rsquo;est ici que je t&rsquo;ai fait ton lit. Le rire &eacute;tant contagieux, d&rsquo;autres clients se joignent &agrave; eux et participent &agrave; leur liesse, et il est vrai que le tableau ne manque pas de mordant. Tout ce monde aurait pay&eacute; cher pour continuer &agrave; s&rsquo;amuser.\n<\/p>\n<p class=\"p2\">\n\t&nbsp;\n<\/p>\n<p class=\"p1\">\n\t<b>Du sucre sur la langue<\/b>\n<\/p>\n<p class=\"p1\">\n\tLes pens&eacute;es polies, la douceur et l&rsquo;am&eacute;nit&eacute; du langage &eacute;taient particuli&egrave;rement go&ucirc;t&eacute;es de ce c&ocirc;t&eacute; de Tunis. Les proverbes disaient &laquo;&nbsp;Mettez un peu de sucre sur votre langue et vous trouverez sur votre chemin une m&egrave;re meilleure que la v&ocirc;tre&nbsp;&raquo;, ou &laquo;&nbsp;Le langage affable peut &eacute;teindre une dette.&nbsp;&raquo; Les rustres &eacute;taient aussi l&eacute;gion dans la ville vieille. Certains s&rsquo;arr&ecirc;taient longuement devant leurs boutiques pour les &eacute;pier et, qui sait&nbsp;! &ecirc;tre t&eacute;moin d&rsquo;une de leurs excentricit&eacute;s. Comme ce savetier, habile artisan &agrave; Tourbet El Bey, qui ne confectionnait des chaussures qu&rsquo;aux clients dont la t&ecirc;te lui revenait.&nbsp;\n<\/p>\n<p class=\"p1\">\n\tCes bourrus restaient g&eacute;n&eacute;ralement c&eacute;libataires, parce qu&rsquo;ils redoutaient plus que tout l&rsquo;emprise des femmes. Encore aujourd&rsquo;hui les Tunisiens, surtout les beldis, sont le sexe faible dans le couple. On les voit souvent embarrass&eacute;s et on les entend b&eacute;gayer d&egrave;s qu&rsquo;il s&rsquo;agit d&rsquo;organiser quelque chose avec eux. Ils savent &agrave; peine dissimuler que sans le consentement de leurs femmes, ils ne puissent rien entreprendre.&nbsp;\n<\/p>\n<p class=\"p1\">\n\tCette femme beldia, mari&eacute;e &agrave; un homme d&rsquo;une extr&ecirc;me gentillesse, toujours prompt &agrave; lui faire plaisir, voulait tester encore une fois son all&eacute;geance et prouver &agrave; sa m&egrave;re qu&rsquo;elle tient bien les r&ecirc;nes du m&eacute;nage.&nbsp; Ce jour l&agrave;, elle eut l&rsquo;id&eacute;e compl&eacute;tement excentrique de l&rsquo;envoyer faire go&ucirc;ter le sel des hlalem &agrave; sa m&egrave;re qui habitait &agrave; quelques encablures de chez elle, ce qui poussa notre homme &agrave; traverser le souk El-blaghgia (des savetiers) &agrave; petits pas circonspects, le front emperl&eacute; de sueur, une cuiller &agrave; la main droite, tenue au niveau du visage pour surveiller la soupe des yeux et s&rsquo;assurer qu&rsquo;elle ne d&eacute;borde pas. Lorsque sa belle m&egrave;re est venue lui ouvrir la porte, elle eut un sourire malicieux en comprenant qu&rsquo;il s&rsquo;agit d&rsquo;un nouveau caprice de sa fille. Elle go&ucirc;ta le sel et eut cette r&eacute;ponse ambigu&euml; et pleine de sous-entendus&nbsp;: dis-lui de ne pas en rajouter, elle risque d&rsquo;effaroucher les convives.&nbsp;\n<\/p>\n<p class=\"p1\">\n\tL&rsquo;humour beldi ne s&rsquo;embarrassait pas de scrupules&nbsp;; jusqu&rsquo;aux ann&eacute;es soixante, les pi&egrave;ces radiophoniques faisaient feu de tous bois. Personne n&rsquo;&eacute;chappait &agrave; leur comique de situation plein de sarcasmes et d&rsquo;extravagances discriminatoires: l&rsquo;handicap&eacute;, l&rsquo;infirme, le b&eacute;gayeur&hellip; Et le noir qui semblait &ecirc;tre encore &agrave; l&rsquo;&eacute;tat d&rsquo;esclave et qu&rsquo;on chargeait g&eacute;n&eacute;ralement d&rsquo;une grande dose de stupidit&eacute;.\n<\/p>\n<p class=\"p1\">\n\tLe beldi est loin d&rsquo;&ecirc;tre audacieux, il est m&ecirc;me souvent poltron. Il n&rsquo;est point besoin de com&eacute;dies de th&eacute;&acirc;tre ou de farces radiophoniques pour plaisanter sa l&acirc;chet&eacute;. Mon mouton, mordu la veille de l&rsquo;A&iuml;d par mon chien loup, en a fait les&nbsp; frais, lorsque, me pr&eacute;cipitant vers le domicile du v&eacute;t&eacute;rinaire, tr&egrave;s beldi, qui n&rsquo;habite pas loin de chez-nous, il me re&ccedil;oit avec frayeur, comme s&rsquo;il e&ucirc;t vu pour la premi&egrave;re fois de sa vie un animal bless&eacute;. Il mit son coude devant ses yeux en r&eacute;p&eacute;tant qu&rsquo;il n&rsquo;aimait pas voir le sang et en me priant de d&eacute;guerpir au plus vite.\n<\/p>\n<p class=\"p2\">\n\t&nbsp;\n<\/p>\n<p class=\"p1\">\n\t<b>Le Zoufri et le Beldi<\/b>\n<\/p>\n<p class=\"p1\">\n\tLes prol&eacute;taires citadins et les beldis &eacute;taient souvent voisins&nbsp;; certains ouvriers ou petits commer&ccedil;ants auraient m&ecirc;me pu &ecirc;tre assimil&eacute;s aux Tunisois de souche ou du fond de la jarre, n&rsquo;e&ucirc;t &eacute;t&eacute; leurs faibles moyens. Beldis et ouvriers s&rsquo;entendaient g&eacute;n&eacute;ralement bien&nbsp;; rarement, un d&eacute;saccord venait opposer le sens de l&rsquo;humour du beldi &agrave; celui du zoufri, comme dans cette affaire qui a fait jaser la m&eacute;dina de Tunis pendant plusieurs ann&eacute;es.\n<\/p>\n<p class=\"p1\">\n\tDu temps o&ugrave; r&eacute;gnait la loi du talion, un pauvre boucher se vit, &agrave; cause d&rsquo;un petit larcin, condamn&eacute; &agrave; l&rsquo;amputation de sa main. Un juge voisin lui &eacute;vita de justesse ce ch&acirc;timent d&eacute;mesur&eacute;. Aussit&ocirc;t, il le prit sous sa protection v&eacute;reuse et il ne passa plus un journ&eacute;e sans qu&rsquo;il ne lui rendisse visite, choisissant &agrave; sa guise les meilleurs morceaux de viande et se gardant bien de payer. Une fois, il poussa m&ecirc;me l&rsquo;outrecuidance jusqu&rsquo;&agrave; demander &agrave; son vassal, qui a vendu toute sa marchandise, d&rsquo;&eacute;gorger un mouton, qu&rsquo;il d&eacute;pe&ccedil;a soigneusement pour son protecteur et que celui-ci emporta sans se soucier de la contrepartie. Un autre jour, voyant arriver son sauveur, notre boucher se trouvant de tr&egrave;s mauvaise humeur, mit sa main sur la planche, l&rsquo;amputa devant lui en utilisant son couperet le plus tranchant et la lui tendit, scellant d&eacute;finitivement le jugement suspendu.\n<\/p>\n<p class=\"p1\">\n\tAu cours de ma promenade dans le centre ville ou la m&eacute;dina de Tunis, je rencontre des beldis qui, sans intention aucune, suscitent le rire par un mode de comportement particulier qui se d&eacute;gage d&rsquo;une longue vie sans heurts, morne et rectiligne&nbsp;; une vie qui permet le d&eacute;veloppement de toutes sortes de manies et d&rsquo;obsessions. Au March&eacute; central, je rencontre un lointain parent que je n&rsquo;ai pas vu depuis la mort de ma m&egrave;re, il y a quatorze ans. Il m&rsquo;embrasse, me serre sinc&egrave;rement contre lui et s&rsquo;enquiert des nouvelles de la famille. Il semble plus int&eacute;ress&eacute; par les d&eacute;c&egrave;s que par les mariages et les naissances. Il repr&eacute;sente un de ces sp&eacute;cimens, moins rares qu&rsquo;on ne croit, dont l&rsquo;affection r&eacute;elle a besoin d&rsquo;&ecirc;tre nourrie par le malheur d&rsquo;autrui.&nbsp;\n<\/p>\n<p class=\"p1\">\n\tPlus tard, aux souks, je bois un caf&eacute; avec un beldi, autrefois grand compositeur de musique. En me parlant, il me caresse le haut du genou ou l&rsquo;avant bras. J&rsquo;&eacute;tais loin de lui en vouloir. Ces attouchements se font souvent et sans aucune arri&egrave;re pens&eacute;e. Connaissant sa femme qui semble &ecirc;tre ignorante de la tendresse des hommes, je me dis en souriant qu&rsquo;il doit se rattraper sur son propre sexe.\n<\/p>\n<p class=\"p1\">\n\tLes comm&eacute;rages sont le passe temps favori des beldis ; pas forc&eacute;ment m&eacute;chants, ils meublent leur oisivet&eacute;, surtout celle de leurs femmes, traditionnellement affect&eacute;es &agrave; l&rsquo;espace domestique.\n<\/p>\n<p class=\"p1\">\n\tMais, en fait, qu&rsquo;est-ce qu&rsquo;un beldi&nbsp;? Wikipedia nous dit que les familles beldis d&rsquo;autrefois poss&eacute;daient au moins une habitation dans la m&eacute;dina de Tunis et que ses membres exer&ccedil;aient un m&eacute;tier artisanal, b&eacute;n&eacute;ficiaient de rentes ou occupaient des fonctions politiques ou religieuses.&nbsp;\n<\/p>\n<p class=\"p1\">\n\tQue faire alors des notables de toutes les grandes villes et d&rsquo;autres personnes, moins prosp&egrave;res qui se sont int&eacute;gr&eacute;s depuis des g&eacute;n&eacute;rations &agrave; la vie urbaine et qui revendiquent aujourd&rsquo;hui le titre de beldi, comme si ils pouvaient en tirer quelque gloire. Qu&rsquo;ils le prennent, ce titre&nbsp;! Ils n&rsquo;auraient vraiment pas de quoi en &ecirc;tre fier&nbsp;! Aujourd&rsquo;hui on reconna&icirc;t les beldis surtout &agrave; leur d&eacute;cadence.\n<\/p>\n<p class=\"p2\">\n\t&nbsp;\n<\/p>\n<p class=\"p3\">\n\t<b><i>L.E&nbsp;.<\/i><\/b>\n<\/p>\n<p class=\"p2\">\n\t&nbsp;\n<\/p>\n<p class=\"p1\">\n\t<span class=\"s1\"><b>Les pauvres sont indispensables au rire *<\/b><\/span>\n<\/p>\n<p class=\"p1\">\n\tCharlot, en corps &agrave; corps perp&eacute;tuel avec la faim, le froid et la police, est toujours pr&eacute;sent &agrave; l&rsquo;esprit lorsqu&rsquo;on se demande s&rsquo;il convient de rire des mis&egrave;res des autres. Vous vous souvenez peut-&ecirc;tre du film de Chaplin o&ugrave; Charlot sauve la vie &agrave; un homme riche, mais solitaire et d&eacute;sesp&eacute;r&eacute;, qui voulait se jeter dans un fleuve. L&rsquo;homme rentre chez lui&nbsp;avec le clochard et reprend en sa compagnie le go&ucirc;t de vivre, mais au chant du coq, il le jette impitoyablement &agrave; la porte et &ccedil;a recommence plusieurs nuits comme &ccedil;a.&nbsp;\n<\/p>\n<p class=\"p1\">\n\tCharlot et nombre de ses &eacute;pigones des com&eacute;dies et films burlesques confirment en tout cas que l&rsquo;&acirc;me la plus sensible ne r&eacute;siste pas au rire cruel. &Agrave; vous de voir si l&rsquo;on peut trouver dr&ocirc;les des histoires comme la suivante&nbsp;! Une femme &eacute;gyptienne de basse condition envoie son fils chercher du pain. Nous avons besoin de trois pains, lui dit-elle, un pour ton p&egrave;re, un pour toi et un pour moi. &Agrave; son retour, sa m&egrave;re l&rsquo;appelle du balcon, pour lui dire&nbsp;: va rendre un pain, petit, ton p&egrave;re est mort.\n<\/p>\n<p class=\"p1\">\n\tLa richesse &eacute;tant&nbsp;relative, il arrive que le pauvre se gausse des malheurs de plus pauvre que lui. &Agrave; son retour de prison o&ugrave; il a &eacute;t&eacute; bien molest&eacute;, le jeune Habib est entour&eacute; de ses potes et leur raconte ce qu&rsquo;il a d&ucirc; endurer&nbsp;: privation de nourriture, humiliations, gifles et coups de poing. Et qu&rsquo;est-ce qu&rsquo;ils t&rsquo;ont encore fait&nbsp;? demande Ali. Ils ont br&ucirc;l&eacute; des cigarettes sur ma poitrine&nbsp;! Et encore&nbsp;? Demande un autre&nbsp;? Ils ont m&ecirc;me introduit de l&rsquo;&eacute;lectricit&eacute; dans mon anus&nbsp;! Et Ali de r&eacute;pondre&nbsp;: ils t&rsquo;auraient mis aussi un compteur d&rsquo;eau, tu aurais pu mettre ton derri&egrave;re en location.\n<\/p>\n<p class=\"p1\">\n\tNous avons l&agrave; un comique spontan&eacute;, percutant et point port&eacute; &agrave; la compassion et aux bons sentiments.\n<\/p>\n<p class=\"p1\">\n\tL&rsquo;humour a sans doute quelque affinit&eacute; avec le mirage, les illusions s&eacute;duisent les gens d&eacute;munis, mais ils en gardent toujours, faute d&rsquo;autre chose, la part du rire.&nbsp;\n<\/p>\n<p class=\"p1\">\n\tHabib pleure au bord de la mer, lorsqu&rsquo;une bouteille vide ramen&eacute;e par les vagues atterrit &agrave; sa proximit&eacute;. &Agrave; peine la touche-t-il que le g&eacute;nie de la l&eacute;gende en sort et lui demande de se d&eacute;p&ecirc;cher de faire un v&oelig;u. Habib lui explique qu&rsquo;il vient d&rsquo;&ecirc;tre renvoy&eacute; de chez lui avec femme et enfants et que son souhait le plus urgent est de trouver un toit pour mettre sa famille &agrave; l&rsquo;abri. Tu parles&nbsp;! R&eacute;pond le g&eacute;nie. Tu vois que j&rsquo;habite dans une bouteille, et tu veux que je te trouve un appart&nbsp;! Cette blague scelle pour ainsi dire l&rsquo;effondrement d&rsquo;un r&ecirc;ve entretenu depuis des si&egrave;cles par les fables et les contes de f&eacute;es.&nbsp;\n<\/p>\n<p class=\"p1\">\n\tLa pauvret&eacute; peut pousser les hommes &agrave; bien des exc&egrave;s. Ce musulman compl&egrave;tement d&eacute;muni arrive dans une grande mosqu&eacute;e et demande &agrave; l&rsquo;imam&nbsp;: &agrave; qui appartient cette mosqu&eacute;e&nbsp;? &Agrave; tous les musulmans, r&eacute;pond l&rsquo;imam. Alors je veux vendre ma part. Et voici une autre plaisanterie qui ne peut na&icirc;tre que d&rsquo;un bien r&eacute;el besoin. Un riche touriste offre un perroquet &agrave; un autochtone. Le lendemain, il lui demande&nbsp;: alors, comment tu le trouves le perroquet&nbsp;? Tr&egrave;s bon, on dirait du poulet.\n<\/p>\n<p class=\"p2\">\n\t&nbsp;\n<\/p>\n<p class=\"p1\">\n\t<b>Faiseur de miracles<\/b>\n<\/p>\n<p class=\"p1\">\n\tConnaissant tr&egrave;s bien ses fr&egrave;res de mis&egrave;re et &agrave; quel point le besoin fausse leur jugement, ce pauvre homme, qui a de l&rsquo;ambition, leur propose, en l&rsquo;absence d&rsquo;une justice humaine, d&rsquo;&ecirc;tre leur interm&eacute;diaire aupr&egrave;s de Dieu. Les soucis des pauvres gens &eacute;tant toujours affaire d&rsquo;argent, le pauvre escroc s&rsquo;informe et se met au courant de leurs peines&nbsp;: partage d&rsquo;un h&eacute;ritage qui tra&icirc;ne, pension suspendue, mauvaise r&eacute;colte. Notre homme m&egrave;ne l&rsquo;enqu&ecirc;te sur ses victimes et se met si bien au fait des circonstances de leurs malheurs qu&rsquo;il devient en mesure d&rsquo;&eacute;valuer la dur&eacute;e du calvaire et le d&eacute;lai du d&eacute;nouement. Il finit par acqu&eacute;rir une solide r&eacute;putation de faiseur de miracles. On se passe le mot qu&rsquo;il est bien introduit aupr&egrave;s de Dieu et les commissions affluent. On lui promet beaucoup plus pour son entremise aupr&egrave;s du Seigneur, &agrave; condition que le solde soit vers&eacute; lorsque Dieu pourvoira. C&rsquo;est alors qu&rsquo;un pauvre diable qui n&rsquo;a aucune chance de toucher un jour un seul millime lui demande d&rsquo;interc&eacute;der en sa faveur&nbsp;; il s&rsquo;accroche &agrave; lui et ne le l&acirc;che plus. Devant l&rsquo;ent&ecirc;tement et les supplications de son client ind&eacute;sirable, notre homme finit par s&rsquo;incliner&nbsp;; il c&egrave;de et r&eacute;dige sans grande conviction une lettre en sa faveur qu&rsquo;il promet d&rsquo;adresser &agrave; Dieu. Un jour, le trouvant &agrave; son r&eacute;veil comme d&rsquo;habitude au seuil de sa porte, le m&eacute;dium se sent exc&eacute;d&eacute; et se dit &agrave; lui-m&ecirc;me&nbsp;: donnons &agrave; ce va-nu-pieds la r&eacute;ponse qu&rsquo;il m&eacute;rite. Il lui annonce avoir enfin re&ccedil;u la r&eacute;ponse &agrave; sa requ&ecirc;te, il le conduit &agrave; son bureau o&ugrave; il cherche le dossier cens&eacute; le concerner. Il fait semblant de lire la missive divine&nbsp;; voil&agrave;&nbsp;! Lui ass&egrave;ne-t-il. Dieu m&rsquo;a r&eacute;pondu en ces termes&nbsp;: je ne connais pas cet homme et je ne l&rsquo;ai jamais cr&eacute;e&nbsp;! L&rsquo;humour est aussi une fa&ccedil;on de se tirer d&rsquo;embarras, sans se tirer d&rsquo;affaire. Comme dans les affaires de justice courantes, notre pauvre homme d&eacute;cide de faire appel.&nbsp;\n<\/p>\n<p class=\"p1\">\n\tCet autre pauvre invente une de ces fables g&eacute;n&eacute;reuses destin&eacute;es &agrave; all&eacute;ger les souffrances des gens de sa condition.\n<\/p>\n<p class=\"p1\">\n\tIl fait la sieste dans l&rsquo;oasis, sous le palmier. Des enfants jouant &agrave; colin-maillard le d&eacute;rangent dans son repos. Il se redresse, les appelle, leur raconte, pour se d&eacute;barrasser d&rsquo;eux, que dans l&rsquo;oasis la plus proche on distribue gratuitement des friandises, des dattes sans doute. Les enfants d&eacute;guerpissent aussit&ocirc;t. Il s&rsquo;attend &agrave; ce qu&rsquo;ils reviennent rapidement et se dit qu&rsquo;il n&rsquo;aurait pas besoin de plus que &ccedil;a pour faire son petit somme. Ne voyant pas les enfants revenir, il se dit&nbsp;: et si c&rsquo;&eacute;tait vrai qu&rsquo;on distribue des friandises &agrave; c&ocirc;t&eacute;, pourquoi n&rsquo;en profiterais-je pas aussi&nbsp;? Et il se pr&eacute;cipite dans la direction indiqu&eacute;e fallacieusement aux enfants.&nbsp;\n<\/p>\n<p class=\"p1\">\n\tCet autre homme se baisse pour vider le sable de ses babouches, lorsqu&rsquo;il se l&egrave;ve, il voit derri&egrave;re lui une file d&rsquo;attente et finit par se dire&nbsp;: si les gens font la queue, c&rsquo;est que quelque chose va &ecirc;tre distribu&eacute;e et dans ce cas je suis trop bien plac&eacute; pour perdre mon rang. Les hommes derri&egrave;re lui ont sans doute pens&eacute;, l&rsquo;un apr&egrave;s l&rsquo;autre, qu&rsquo;une file d&rsquo;attente ne pouvait que pr&eacute;sager du m&ecirc;me cadeau. C&rsquo;est, en somme, le mirage du n&eacute;cessiteux qui croit &agrave; ses propres menteries.&nbsp;\n<\/p>\n<p class=\"p1\">\n\tTitre inspir&eacute; de Coluche qui a dit &laquo;Je pense que les pauvres sont indispensables &agrave; la soci&eacute;t&eacute;, &agrave; condition qu&rsquo;ils le restent.&raquo;\n<\/p>\n<p class=\"p3\">\n\t<b><i>L.E.<\/i><\/b>\n<\/p>\n<p class=\"p2\">\n\t&nbsp;\n<\/p>\n<p class=\"p1\">\n\t<span class=\"s1\"><b>Les obs&egrave;ques joyeuses<\/b><\/span>\n<\/p>\n<p class=\"p1\">\n\tIl &eacute;tait fr&eacute;quent dans le vieux de Tunis, ferm&eacute; &agrave; la circulation, de porter le mort &agrave; sa derni&egrave;re demeure sur une civi&egrave;re. Les lecteurs, qui r&eacute;citent les invocations, marchent devant, derri&egrave;re viennent ceux qui accompagnent le d&eacute;funt, en dernier lieu, la famille. Sur le trajet, quiconque est de force &agrave; porter la civi&egrave;re s&rsquo;y pr&ecirc;te volontiers pour soulager les porteurs. Et voil&agrave; que lors d&rsquo;un de ces enterrements, les regards se portent sur Si Brahim, homme de faible constitution, timide et renfrogn&eacute;, qui fait r&eacute;guli&egrave;rement l&rsquo;objet des mauvaises plaisanteries de ses voisins au souk des orf&egrave;vres. On l&rsquo;encourage des yeux &agrave; porter la civi&egrave;re ; quelques acquiescements lui promettent une rel&egrave;ve rapide. Et le voil&agrave; pr&ecirc;t &agrave; prendre part &agrave; ce rituel fun&egrave;bre, ne serait-ce que pour la r&eacute;compense attach&eacute;e &agrave; ce geste pieux. Mais, par le langage des yeux, les hommes se sont donn&eacute; aussi le mot pour ne point prendre la rel&egrave;ve. Si Brahim souffre sous le poids de la civi&egrave;re pendant qu&rsquo;on continue &agrave; soulager les autres porteurs, il ouvre de grands yeux &agrave; la recherche d&rsquo;une &acirc;me charitable qui veuille le lib&eacute;rer de ce fardeau. Mais on &eacute;vite son regard, et il comprend qu&rsquo;il s&rsquo;est fait avoir encore une fois. Il transpire &agrave; grosses gouttes avant de s&rsquo;effondrer, entra&icirc;nant avec lui les autres porteurs, la civi&egrave;re et le mort et provoquant un terrible remue-m&eacute;nage et une franche rigolade dans les rangs du cort&egrave;ge fun&egrave;bre. Plus de rire que de mal. Le spectacle fut douloureux pour la famille du d&eacute;funt, mais, ne dit-on pas que l&rsquo;humour est r&eacute;fractaire aux &acirc;mes sensibles.\n<\/p>\n<p class=\"p1\">\n\t&nbsp;Ils suivaient, &agrave; pied, l&rsquo;enterrement d&rsquo;une prostitu&eacute;e qu&rsquo;ils avaient l&rsquo;habitude de fr&eacute;quenter. Le cimeti&egrave;re &eacute;tait loin et ils &eacute;puis&egrave;rent tous les th&egrave;mes et vinrent &agrave; parler des charmes de la ch&egrave;re disparue. Elle avait une peau de velours, un corps superbe, une poitrine opulente, un visage &agrave; donner le sourire &agrave; un iman au cours de la pri&egrave;re du vendredi. Le fils de la dame, qui devan&ccedil;ait le cort&egrave;ge, entendant ces horreurs qui coupaient par intermittence la solennit&eacute; de l&rsquo;enterrement, s&rsquo;arr&ecirc;ta net, se retourna, lan&ccedil;ant &agrave; l&rsquo;adresse des troubles deuil : &Eacute;voquez les vertus de vos morts. Ils r&eacute;pondirent en ch&oelig;ur ce que vous avez sans doute d&eacute;j&agrave; devin&eacute; !\n<\/p>\n<p class=\"p3\">\n\t<b><i>L.E.<\/i><\/b>\n<\/p>\n<p class=\"p2\">\n\t&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Je quitte souvent la ville europ&eacute;enne et m&rsquo;enfonce dans la m&eacute;dina, o&ugrave; certaines m&oelig;urs, tomb&eacute;es en d&eacute;su&eacute;tude, s&rsquo;effacent plus lentement. Dans cette atmosph&egrave;re apaisante et spirituelle survit et s&rsquo;exhibe encore&hellip;<\/p>\n","protected":false},"author":60,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_lmt_disableupdate":"","_lmt_disable":"","_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":""},"categories":[9],"tags":[],"class_list":["post-3373","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-societe"],"yoast_head":"<!-- This site is optimized with the Yoast SEO plugin v26.3 - https:\/\/yoast.com\/wordpress\/plugins\/seo\/ -->\n<title>L\u2019humour beldi - R\u00e9alit\u00e9s Magazine<\/title>\n<meta name=\"description\" content=\"Je quitte souvent la ville europ&eacute;enne et m&rsquo;enfonce dans la m&eacute;dina, o&ugrave; certaines m&oelig;urs, tomb&eacute;es en\" \/>\n<meta name=\"robots\" content=\"index, follow, max-snippet:-1, max-image-preview:large, max-video-preview:-1\" \/>\n<link rel=\"canonical\" href=\"https:\/\/realites.com.tn\/fr\/lhumour-beldi-2\/\" \/>\n<meta property=\"og:locale\" content=\"fr_FR\" \/>\n<meta property=\"og:type\" content=\"article\" \/>\n<meta property=\"og:title\" content=\"L\u2019humour beldi - R\u00e9alit\u00e9s Magazine\" \/>\n<meta property=\"og:description\" content=\"Je quitte souvent la ville europ&eacute;enne et m&rsquo;enfonce dans la m&eacute;dina, o&ugrave; 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