{"id":366769,"date":"2025-08-17T22:38:04","date_gmt":"2025-08-17T21:38:04","guid":{"rendered":"https:\/\/realites.com.tn\/fr\/?p=366769"},"modified":"2025-08-17T22:38:04","modified_gmt":"2025-08-17T21:38:04","slug":"coucou-beach-le-reve-tunisien-a-la-derive","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/realites.com.tn\/fr\/coucou-beach-le-reve-tunisien-a-la-derive\/","title":{"rendered":"\u201cCoucou\u201d Beach : Le r\u00eave tunisien \u00e0 la d\u00e9rive"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: center;\"><em>Sur la c\u00f4te sauvage de Bizerte, une baie autrefois secr\u00e8te est aujourd\u2019hui devenue une ic\u00f4ne de l\u2019\u00e9t\u00e9 tunisien. Connue sous le nom de Coucou Beach, cette plage aurait tir\u00e9 son nom d\u2019une histoire de crime et de fuite. Le surnom \u00abCoucou\u00bb aurait \u00e9t\u00e9 attribu\u00e9 \u00e0 un homme, un criminel, qui trouvait refuge dans cette petite baie cach\u00e9e apr\u00e8s chaque m\u00e9fait. L\u2019acc\u00e8s \u00e0 cette plage n\u2019\u00e9tait presque possible que par bateau, ce qui en faisait un refuge id\u00e9al. Avec le temps, les habitants ont commenc\u00e9 \u00e0 d\u00e9signer cet endroit par ce pseudonyme. De ce pass\u00e9 trouble, il ne reste aujourd\u2019hui qu\u2019un nom devenu une marque, synonyme de d\u00e9connexion chic et de plaisirs estivaux.<\/em><\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong>De Rafraf \u00e0 Ghar El Melh, en passant par El Bounta, les baies isol\u00e9es de Bizerte connaissent chaque \u00e9t\u00e9 une transformation spectaculaire. Autrefois simples lieux de baignade familiale, elles se sont transform\u00e9es en destinations baln\u00e9aires pris\u00e9es, rebaptis\u00e9es \u00e0 coup de marketing de proximit\u00e9 \u00ab<em>Maldives tunisiennes<\/em>\u00bb. Le concept est simple. Les vacanciers viennent en v\u00e9hicule, stationnent dans des parkings, avant de prendre le bateau pour rejoindre la plage et y passer une journ\u00e9e hors du temps, loin des foules.<\/p>\n<p><strong>Les \u00abMaldives tunisiennes\u00bb<br \/>\n<\/strong>Ce mod\u00e8le s\u00e9duit un public de plus en plus \u00e0 la recherche d\u2019intimit\u00e9, de nature et de service au moindre co\u00fbt. En effet, il repose sur l\u2019id\u00e9e d\u2019un \u00ab<em>voyage aux Maldives sans passeport ni bagages, et sans \u00eatre oblig\u00e9 de payer les yeux de la t\u00eate<\/em>\u00bb. Pour une somme forfaitaire g\u00e9n\u00e9ralement entre 80 et 150 dinars par personne, le client est transport\u00e9 par barque jusqu\u2019\u00e0 la plage. L\u00e0, tout est pr\u00eat : tables dress\u00e9es, barbecue allum\u00e9, playlist lounge, cabines de douche, mini piscines, et le tour est jou\u00e9.<br \/>\nA \u201c<em>Coucou\u201d Beach<\/em>\u00a0seulement, on recense aujourd\u2019hui une trentaine de restaurants et plages \u00ab<em>priv\u00e9es<\/em>\u00bb, arborant des noms exotiques et flatteurs inspir\u00e9s des plus grandes destinations touristiques mondiales : Les Maldives, les Seychelles, Marbella, Saint-Tropez, Ibiza, et la liste est longue.<br \/>\n\u00c0 ces appellations qui font r\u00eaver de d\u00e9paysement total, s\u2019ajoute une strat\u00e9gie de communication digitale sauvage. En effet, en l\u2019absence de publicit\u00e9 traditionnelle, ces investisseurs misent tout sur les r\u00e9seaux sociaux, o\u00f9 ils d\u00e9ploient de v\u00e9ritables campagnes marketing virales. Sponsoring massif de publications, partenariats avec des influenceurs et influenceuses, publicit\u00e9s cibl\u00e9es sur Facebook, TikTok ou Instagram : chaque d\u00e9tail est pens\u00e9 pour cr\u00e9er une image d\u2019\u00e9vasion ultime. Des dizaines de vid\u00e9os promotionnelles, prises par drone, montrent des vues a\u00e9riennes spectaculaires : parasols align\u00e9s, eaux turquoise, brunchs en bord de mer et couchers de soleil \u00e9poustouflants.<br \/>\nCependant, derri\u00e8re cette fa\u00e7ade num\u00e9rique s\u00e9duisante se cachent des r\u00e9alit\u00e9s bien plus complexes, encadr\u00e9es ou du moins cens\u00e9es l\u2019\u00eatre, par une r\u00e9glementation stricte destin\u00e9e \u00e0 prot\u00e9ger le littoral tunisien.<br \/>\nEn effet, inutile de rappeler qu\u2019en Tunisie, l\u2019exploitation des plages tunisiennes est strictement encadr\u00e9e par la loi depuis la nuit des temps. L\u2019id\u00e9e que le rivage maritime appartient aux \u00ab<em>choses communes<\/em>\u00bb remonte \u00e0 l\u2019\u00e9poque carthaginoise, o\u00f9 une autorisation \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 exig\u00e9e pour toute construction en bord de mer, comme le rappelle bien l\u2019Agence de Protection et d\u2019Am\u00e9nagement du Littoral (APAL) dans une pr\u00e9sentation disponible sur son site web. Cette agence de protection du littoral, comme son nom l\u2019indique, insiste qu\u2019aucun espace ne peut l\u00e9galement \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 comme une plage priv\u00e9e : toute occupation du domaine public maritime doit faire l\u2019objet d\u2019un permis temporaire, d\u00e9livr\u00e9 dans le cadre d\u2019une proc\u00e9dure d\u00e9finie par le d\u00e9cret gouvernemental n\u00b01847 de 2014.<br \/>\nL\u2019article 8 de ce m\u00eame d\u00e9cret fixe la dur\u00e9e des autorisations \u00e0 une ann\u00e9e, renouvelable dans la limite de cinq ans, ce qui oblige les investisseurs \u00e0 renouveler r\u00e9guli\u00e8rement leurs d\u00e9marches administratives et \u00e0 rester dans une logique de court terme.<br \/>\nLes demandes doivent \u00eatre d\u00e9pos\u00e9es en d\u00e9but d\u2019ann\u00e9e et soumises \u00e0 une commission nationale pour \u00e9valuation, avant approbation par le minist\u00e8re de l\u2019Environnement. Pour les personnes physiques ou morales, une autorisation pr\u00e9alable \u00e0 l\u2019\u00e9chelle locale est \u00e9galement exig\u00e9e, notamment de la part des municipalit\u00e9s, avant l\u2019examen technique du dossier par l\u2019agence.<br \/>\nSelon l\u2019APAL, l\u2019occupation temporaire du domaine public maritime fait l\u2019objet d\u2019une forte demande \u00e0 l\u2019\u00e9chelle nationale, avec pr\u00e8s d\u2019un millier de requ\u00eates par an, pour seulement une centaine d\u2019autorisations accord\u00e9es. En 2015, on comptait 1018 occupations temporaires autoris\u00e9es \u00e0 travers le pays, dont 80 \u00e0 Bizerte.<br \/>\nSauf que derri\u00e8re cette d\u00e9coration tendance, se cache une autre r\u00e9alit\u00e9, bien moins photog\u00e9nique: le grignotage progressif du domaine public maritime et une \u00e9conomie parall\u00e8le florissante qui \u00e9chappe \u00e0 toute fiscalit\u00e9.<br \/>\nEn effet, ces installations massives ne sont pas neutres sur le plan environnemental. \u00a0Chaque \u00e9t\u00e9, les campagnes de contr\u00f4le mettent en lumi\u00e8re les d\u00e9rives r\u00e9currentes de l\u2019exploitation saisonni\u00e8re du littoral. La derni\u00e8re en date du mois dernier, men\u00e9e \u00e0 <em>\u201cCoucou\u201d Beach<\/em>, a r\u00e9v\u00e9l\u00e9 40 infractions, dont huit directement li\u00e9es \u00e0 des atteintes au domaine public maritime \u00e0 travers des am\u00e9nagements r\u00e9alis\u00e9s sans autorisation.<br \/>\nL\u2019usage de groupes \u00e9lectrog\u00e8nes sur le sable, l\u2019accumulation de d\u00e9chets, le rejet d\u2019eaux us\u00e9es, l\u2019utilisation de bateaux \u00e0 moteur dans des zones de reproduction marine sont autant de menaces directes pour l\u2019\u00e9cosyst\u00e8me littoral. Les constructions fixes ou en dur sont, quant \u00e0 elles, consid\u00e9r\u00e9es comme l\u2019une des principales menaces pour l\u2019\u00e9cosyst\u00e8me c\u00f4tier. Ces am\u00e9nagements rigides perturbent la mobilit\u00e9 naturelle des sables et emp\u00eachent la r\u00e9g\u00e9n\u00e9ration des dunes.<br \/>\nA cause des installations massives, ces plages voient donc leur flore pi\u00e9tin\u00e9e, les dunes se d\u00e9structurer, les fonds marins perturb\u00e9s par les ancres. Or, ces milieux sont fragiles. En effet, seulement quelques dizaines de m\u00e8tres s\u00e9parent \u201cCoucou\u201d Beach de la lagune de Ghar El Melh, un joyau \u00e9cologique trop souvent ignor\u00e9 des investisseurs et des vacanciers. Cette zone humide est class\u00e9e site Ramsar, une reconnaissance internationale qui d\u00e9signe les zones humides les plus importantes au monde pour la conservation de la biodiversit\u00e9. Cette zone abrite des esp\u00e8ces v\u00e9g\u00e9tales et animales prot\u00e9g\u00e9es, et constitue un lieu de reproduction, de nourrissage et de halte pour de nombreux oiseaux migrateurs. Mais aujourd\u2019hui, la pression humaine et touristique menace cet \u00e9quilibre. Et ceci est loin d\u2019\u00eatre un probl\u00e8me propre \u00e0 cette r\u00e9gion. A l\u2019\u00e9chelle nationale, l\u2019exploitation du domaine public maritime s\u2019accompagne d\u2019un nombre \u00e9lev\u00e9 d\u2019infractions en d\u00e9pit des proc\u00e9dures en vigueur concernant le respect des crit\u00e8res environnementaux.<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><strong><img fetchpriority=\"high\" decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-366771 alignleft\" src=\"https:\/\/realites.com.tn\/fr\/wp-content\/uploads\/2025\/08\/infraction-300x260.jpg\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"260\" srcset=\"https:\/\/realites.com.tn\/fr\/wp-content\/uploads\/2025\/08\/infraction-300x260.jpg 300w, https:\/\/realites.com.tn\/fr\/wp-content\/uploads\/2025\/08\/infraction.jpg 337w\" sizes=\"(max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/>Les infractions multipli\u00e9es par cinq apr\u00e8s la r\u00e9volution<br \/>\n<\/strong>L\u2019APAL rel\u00e8ve qu\u2019avant 2011, la moyenne annuelle nationale \u00e9tait d\u2019environ 150 infractions, un chiffre multipli\u00e9 par cinq apr\u00e8s la r\u00e9volution. En 2015, 432 infractions ont \u00e9t\u00e9 constat\u00e9es, dont 92 constructions en dur, 153 d\u00e9p\u00f4ts de mat\u00e9riaux ou de d\u00e9chets sur le littoral, 68 constructions de cl\u00f4tures, terrasses ou voies en b\u00e9ton, 57 violations d\u2019autorisations d\u2019occupation temporaire et 14 atteintes aux dunes ou destruction de bornes du DPM. L\u2019agence souligne que ces manquements sont souvent le r\u00e9sultat d\u2019un contr\u00f4le insuffisant, d\u2019un manque de moyens humains et logistiques, et d\u2019une pression croissante sur les espaces c\u00f4tiers.<br \/>\nSi les chiffres de 2015 sont d\u00e9j\u00e0 alarmants, il est fort probable que le bilan pour 2025 soit bien plus lourd, au vu de l\u2019urbanisation acc\u00e9l\u00e9r\u00e9e, de l\u2019extension des exploitations saisonni\u00e8res et d\u2019un contr\u00f4le toujours insuffisant.<\/p>\n<p><strong>La mis\u00e8re est plus \u00abp\u00e9nible au soleil\u00bb<br \/>\n<\/strong>Face \u00e0 cette situation environnementale alarmante, les organisateurs, au lieu de prendre conscience et d\u2019assumer leur responsabilit\u00e9, avancent comme justificatif la cr\u00e9ation d\u2019emplois pour les jeunes locaux. Et en r\u00e9alit\u00e9, l\u2019affirmation semble tenir: chaque espace de ce type fait vivre une petite \u00e9quipe compos\u00e9e de cuisiniers, serveurs, animateurs, etc. Certains \u00e9tudiants, saisonniers ou ch\u00f4meurs, y voient une opportunit\u00e9 de gagner quelques centaines de dinars en juillet et ao\u00fbt, dans une r\u00e9gion o\u00f9 les offres d\u2019emploi se font rares.<br \/>\nSauf que, il s\u2019agit, dans la majorit\u00e9 des cas, d\u2019un travail non d\u00e9clar\u00e9, sans contrat, sans couverture sociale, sans assurance et sans aucun recours en cas d\u2019abus ou d\u2019accident. C\u2019est le cas du jeune Ahmed, 24 ans, \u00a0qui travaille depuis la mi-juin dans l\u2019un de ces restaurants. Serveur le matin, pr\u00e9pos\u00e9 \u00e0 la grillade le midi, plongeur en fin d\u2019apr\u00e8s-midi, il encha\u00eene les t\u00e2ches. \u00abJe commence vers 8h et je \u00a0termine parfois vers minuit, surtout les week-ends. \u00c7a m\u2019arrive de passer la nuit sur place pour gagner quelques heures de sommeil. En tout, je touche environ 1000 dinars par mois. Pas de contrat, pas d\u2019assurance. Mais au moins, j\u2019ai un peu d\u2019argent, mieux que d\u2019\u00eatre au ch\u00f4mage comme beaucoup d\u2019autres\u00bb, raconte-t-il, les mains tach\u00e9es de fum\u00e9e et de charbon.<\/p>\n<p><strong>Entre eaux turquoise et \u00e9conomie grise<br \/>\n<\/strong>Tout comme Ahmed, des dizaines de jeunes occupent des postes pr\u00e9caires, expos\u00e9s \u00e0 la chaleur, au bruit et \u00e0 la pression constante d\u2019une client\u00e8le exigeante voire capricieuse : influenceuses en qu\u00eate de contenu glamour, couples ais\u00e9s venus vivre l\u2019exp\u00e9rience, familles ayant pay\u00e9 une petite fortune pour une journ\u00e9e paradisiaque. Face \u00e0 eux, les employ\u00e9s doivent assurer un service sans faille, avec le sourire et sous tension. Tout doit \u00eatre parfait.<br \/>\nEt pourtant, aucun re\u00e7u, aucune facture, aucun contrat de travail. Si certains op\u00e9rateurs respectent les r\u00e8gles en vigueur, dans la majorit\u00e9 de ces structures estivales, tout se paie en liquide, dans une opacit\u00e9 totale.<br \/>\nLors des week-ends complets, l\u2019addition globale dans une paillote abritant sept personnes peut ais\u00e9ment grimper jusqu\u2019\u00e0 1 500 dinars. Pas de caisse enregistreuse, pas de comptabilit\u00e9, pas de registre de personnel. L\u2019\u00c9tat, lui, ne voit passer ni TVA ni imp\u00f4t sur les soci\u00e9t\u00e9s, ni cotisations sociales. Ce vide fiscal massif fait de ces \u00e9tablissements des paradis fiscaux \u00e0 ciel ouvert.<br \/>\nEt lorsqu\u2019un contr\u00f4le exceptionnel est effectu\u00e9, les r\u00e9sultats confirment l\u2019ampleur du ph\u00e9nom\u00e8ne. Une campagne r\u00e9gionale a ainsi \u00e9t\u00e9 men\u00e9e le mois dernier dans cette r\u00e9gion. Sous l\u2019impulsion du gouvernorat de Bizerte, les services de contr\u00f4le \u00e9conomique de la Direction r\u00e9gionale du commerce, en coordination avec la Garde municipale, la Garde maritime et l\u2019Instance nationale de s\u00e9curit\u00e9 sanitaire des produits alimentaires (INSSPA), ont relev\u00e9 pas moins de 40 infractions en une seule journ\u00e9e. Parmi elles, 31 \u00e9taient d\u2019ordre \u00e9conomique, portant principalement sur l\u2019absence d\u2019affichage des prix, le d\u00e9faut de facturation et l\u2019exercice d\u2019activit\u00e9s commerciales sans autorisation. Une bonne partie de ces investisseurs saisonniers profitent du flou administratif et de l\u2019inaction des autorit\u00e9s. Les autorit\u00e9s r\u00e9gionales, en sous-effectif ou complices, ferment parfois les yeux. Quant aux campagnes de contr\u00f4le, elles sont rares et ponctuelles, ce qui permet \u00e0 ces structures de pousser comme des champignons d\u00e8s le mois de juin puis disparaissent \u00e0 la fin de l\u2019\u00e9t\u00e9.<\/p>\n<p><strong>Et si c\u2019\u00e9tait une opportunit\u00e9 ?<br \/>\n<\/strong>Le tableau pourrait para\u00eetre noir, mais il n\u2019est pas sans espoir. Ces initiatives t\u00e9moignent d\u2019une vraie demande populaire pour un tourisme local, simple et connect\u00e9 \u00e0 la nature.<br \/>\nAvec un peu de vision politique, ce mod\u00e8le pourrait \u00eatre r\u00e9gularis\u00e9, encadr\u00e9, \u00e9cologiquement responsable et fiscalement vertueux. Un label \u00ab\u00e9co-beach\u00bb tunisien, une taxe locale pour les communes, une formation des jeunes aux normes d\u2019hygi\u00e8ne, un partenariat avec des artisans ou producteurs locaux\u2026 Les pistes existent. Mais \u00e0 condition que l\u2019\u00c9tat agisse et cesse d\u2019\u00eatre spectateur.<br \/>\nLe ph\u00e9nom\u00e8ne n\u2019est pas propre \u00e0 Bizerte. Il s\u2019\u00e9tend \u00e0 Nabeul, Mahdia, etc. L\u2019\u00c9tat doit rapidement trancher en encadrant ce type de tourisme alternatif saisonnier via des appels d\u2019offres transparents, des normes environnementales et des contr\u00f4les de s\u00e9curit\u00e9 et en interdisant toute occupation du littoral sans autorisation. Ceci permettrait de sortir de l\u2019arbitraire et de l\u2019opacit\u00e9 qui entourent actuellement bon nombre d\u2019installations comme nous explique Tarek, un jeune dipl\u00f4m\u00e9 originaire de la r\u00e9gion qui garde un go\u00fbt amer de son exp\u00e9rience.<br \/>\nIl a imagin\u00e9 un projet simple et respectueux de l\u2019environnement : installer quelques tentes \u00e9co-con\u00e7ues et proposer des repas locaux, pr\u00e9par\u00e9s \u00e0 partir de produits bio issus de petits producteurs de la r\u00e9gion. Fort de sa formation acad\u00e9mique et professionnelle, son objectif \u00e9tait \u00e9galement de sensibiliser les visiteurs \u00e0 la pr\u00e9servation du littoral \u00e0 travers des ateliers p\u00e9dagogiques et des actions de nettoyage r\u00e9guli\u00e8res.<br \/>\nCependant, avant m\u00eame de pouvoir d\u00e9poser son dossier, on lui a rapidement fait comprendre que tout \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 \u00ab<em>r\u00e9serv\u00e9<\/em>\u00bb. \u00ab<em>Chaque \u00e9t\u00e9, ce sont toujours les m\u00eames qui reviennent<\/em>\u00bb, a-t-il conclu.<br \/>\nD\u2019apr\u00e8s nos sources, les autorit\u00e9s envisagent d\u00e9sormais de formaliser l\u2019exploitation saisonni\u00e8re du littoral en attribuant des patentes aux exploitants. Ce dispositif, inspir\u00e9 du r\u00e9gime fiscal des activit\u00e9s commerciales, permettrait d\u2019encadrer juridiquement les op\u00e9rateurs, de renforcer la tra\u00e7abilit\u00e9 des transactions et d\u2019assurer une contribution directe aux recettes publiques.<br \/>\nCependant, cette initiative se heurte \u00e0 un obstacle majeur : l\u2019article 23 du d\u00e9cret n\u00b02014-1847, qui impose le d\u00e9mant\u00e8lement int\u00e9gral des installations et la remise en \u00e9tat du site dans un d\u00e9lai de quinze jours suivant l\u2019expiration ou le retrait de l\u2019autorisation. Si ce principe est con\u00e7u pour prot\u00e9ger l\u2019environnement c\u00f4tier, il engendre en r\u00e9alit\u00e9 des co\u00fbts logistiques et financiers lourds pour les exploitants : d\u00e9montage, transport, stockage puis reconstruction quasi compl\u00e8te chaque saison. Une contrainte qui freine les projets durables et pousse souvent \u00e0 privil\u00e9gier des structures pr\u00e9caires parfois clandestines, con\u00e7ues pour \u00eatre rapidement rentabilis\u00e9es, au d\u00e9triment d\u2019un am\u00e9nagement de qualit\u00e9 et respectueux du littoral.<br \/>\nSelon nos informations, cet article 23 fait actuellement l\u2019objet d\u2019une r\u00e9vision afin d\u2019adapter ce cadre l\u00e9gal aux r\u00e9alit\u00e9s \u00e9conomiques et environnementales du secteur. L\u2019enjeu est de trouver un \u00e9quilibre entre protection du milieu naturel et viabilit\u00e9 \u00e9conomique des exploitations, pour encourager un d\u00e9veloppement plus responsable et p\u00e9renne.<br \/>\nParall\u00e8lement, il est indispensable de structurer et renforcer les contr\u00f4les afin de lutter efficacement contre les exploitations clandestines, qui aggravent la d\u00e9gradation du littoral et alimentent une \u00e9conomie parall\u00e8le au d\u00e9triment de l\u2019int\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral. Une telle approche \u00e9quilibr\u00e9e garantirait non seulement la pr\u00e9servation du domaine public maritime, mais aussi la justice \u00e9conomique entre acteurs du secteur.<br \/>\nMais penser uniquement en termes de r\u00e9glementation serait insuffisant si l\u2019on ignore les d\u00e9faillances structurelles. Tout au long de l\u2019\u00e9t\u00e9, l\u2019acc\u00e8s \u00e0 ces plages depuis la capitale vire au cauchemar. Routes \u00e9troites, infrastructures d\u00e9labr\u00e9es, embouteillages monstres d\u00e8s l\u2019aube, files interminables de voitures \u00e0 l\u2019aller comme au retour\u2026 M\u00eame les habitants peinent \u00e0 circuler. Le soir, le retour se transforme en v\u00e9ritable \u00e9preuve d\u2019endurance. Dans certains cas, la police, d\u00e9bord\u00e9e, bloque l\u2019acc\u00e8s aux v\u00e9hicules pour \u00e9viter la paralysie.<br \/>\nCe chaos routier n\u2019est qu\u2019un sympt\u00f4me de plus du manque de planification. Si l\u2019\u00c9tat veut faire de ce tourisme baln\u00e9aire une opportunit\u00e9 plut\u00f4t qu\u2019un fardeau, il lui faudra aussi penser mobilit\u00e9, acc\u00e8s, transports collectifs et urbanisme intelligent. Bref, passer du bricolage saisonnier \u00e0 une vraie strat\u00e9gie de d\u00e9veloppement territorial durable.<br \/>\n<em>\u201cCoucou\u201d Beach<\/em>\u00a0n\u2019est plus le refuge d\u2019un criminel en fuite. C\u2019est devenu le miroir d\u2019un r\u00eave baln\u00e9aire tunisien, \u00e0 la fois prometteur et fragile en l\u2019absence d\u2019une vision claire, d\u2019un cadre juste et d\u2019une volont\u00e9 politique \u00e0 la hauteur de ce potentiel. Sans r\u00e9gulation efficace, transparence et engagement collectif, ce r\u00eave risque de s\u2019\u00e9chouer sur les rivages de l\u2019improvisation. \u03b3<\/p>\n<p style=\"text-align: right;\"><em>NDLR : Pour ces lieux de d\u00e9tente, chacun y va de son appellation.<br \/>\nEntre Coucou Beach et Coco Beach, c&rsquo;est le cadre qui change.<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Sur la c\u00f4te sauvage de Bizerte, une baie autrefois secr\u00e8te est aujourd\u2019hui devenue une ic\u00f4ne de l\u2019\u00e9t\u00e9 tunisien. 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