{"id":3675,"date":"2013-06-05T11:07:59","date_gmt":"2013-06-05T10:07:59","guid":{"rendered":"http:\/\/www.realites.com.tn\/demo\/?p=3675"},"modified":"2013-06-05T11:07:59","modified_gmt":"2013-06-05T10:07:59","slug":"sommes-nous-racistes","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/realites.com.tn\/fr\/sommes-nous-racistes\/","title":{"rendered":"Sommes-nous racistes ?"},"content":{"rendered":"<p class=\"p1\">\n\t<b style=\"line-height: 1.6em;\"><i>Sommes-nous racistes&nbsp;? Consid&eacute;r&eacute;e comme &laquo;&nbsp;secondaire&nbsp;&raquo; si ce n&rsquo;est &laquo;&nbsp;contestable&nbsp;&raquo; par de nombreux Tunisiens, la question ne suscite pas grand int&eacute;r&ecirc;t. Pourtant la multiplication de nombreux actes racistes ces derniers temps nous incitent &agrave; nous interroger. Enqu&ecirc;te<\/i><\/b>\n<\/p>\n<p class=\"p2\">\n\t&nbsp;\n<\/p>\n<p class=\"p1\">\n\t&laquo;Salut n&egrave;gre ! La Tunisie est un pays Arabe, Berb&egrave;re et Caucasien ! Je maudis le Bey de vous avoir import&eacute;s et de vous avoir affranchis. Vous &ecirc;tes faits pour &ecirc;tre ob&eacute;issants et dociles et nous servir et maintenant vous osez faire les rebelles et vous r&eacute;volter contre vos ma&icirc;tres les Arabes&nbsp;! La Tunisie est aux Tunisiens et le restera et jamais nous nous m&eacute;tisserons JAMAIS avec vous&nbsp; !!!!!&raquo;&hellip; Ce genre de message, les militants des associations de lutte contre&nbsp;la discrimination raciale en re&ccedil;oivent quotidiennement. En Tunisie, parler de racisme suscite l&rsquo;&eacute;tonnement de l&rsquo;interlocuteur lambda. Le sujet quasi &laquo;&nbsp;absurde&nbsp;&raquo; fait partie du non-dit. &laquo;&nbsp;Il existe deux discours paradoxaux, nous explique l&rsquo;anthropologue St&eacute;phanie Pouessel. Certains le nient. D&rsquo;autres le reconnaissent. Toutefois, globalement, il y a une ignorance de ce ph&eacute;nom&egrave;ne. Le&nbsp; racisme est attribu&eacute; &agrave; l&rsquo;occident. Il est exog&egrave;ne. Les Tunisiens raisonnent en termes de &laquo;&nbsp;nous ne sommes pas racistes&nbsp;&raquo; car &laquo;&nbsp;nous ne sommes pas occidentaux&nbsp;&raquo;. L&rsquo;hypoth&egrave;se est aussit&ocirc;t confirm&eacute;e. Une &eacute;mission de t&eacute;l&eacute;vision consacr&eacute;e au ph&eacute;nom&egrave;ne a provoqu&eacute; l&rsquo;incompr&eacute;hension de nombreux Tunisiens&nbsp;: &laquo;&nbsp;Nous n&rsquo;avons pas de racisme. Cela n&rsquo;a rien &agrave; voir avec d&rsquo;autres pays&nbsp;&raquo;, d&eacute;clare-t-on en guise de commentaire. Avant de poursuivre&nbsp;: &laquo;&nbsp;mais chacun doit garder sa place&nbsp;&raquo;. Auparavant &eacute;lud&eacute;, le racisme est de plus en plus abord&eacute; depuis la R&eacute;volution, notamment gr&acirc;ce au dynamisme de certaines associations qui militent contre les discriminations raciales. Ses militants ne cessent de lever le voile sur des pratiques racistes. Fond&eacute; en juin 2012, l&rsquo;association ADAM pour l&rsquo;&eacute;galit&eacute; et le d&eacute;veloppement a &eacute;t&eacute; pionni&egrave;re. Et parler de ce ph&eacute;nom&egrave;ne&nbsp; n&rsquo;a pas &eacute;t&eacute; si &eacute;vident du c&ocirc;t&eacute; de la population &ldquo;blanche&rdquo;, comme du c&ocirc;t&eacute; de la population noire qui ne veut pas se consid&eacute;rer comme &laquo;&nbsp;complex&eacute;e&nbsp;&raquo;. &laquo;&nbsp;Beaucoup disent que &laquo;&nbsp;le racisme n&rsquo;existe pas en Tunisie. La preuve&nbsp;? Vous vivez avec nous&nbsp;&raquo;, nous confie la militante Maha Abdelhamid. Ils ne se rendent pas compte que les arguments utilis&eacute;s sont blessants. J&rsquo;aimerais simplement qu&rsquo;on me r&eacute;ponde&nbsp;: &laquo;&nbsp;tu es citoyenne comme nous&nbsp;&raquo;. Les Tunisiens souffriraient d&rsquo;un d&eacute;ni de racisme qu&rsquo;ils seraient donc incapables de gu&eacute;rir. &laquo;&nbsp;C&rsquo;est comme si quelqu&rsquo;un avait un virus sans s&rsquo;en apercevoir&nbsp;&raquo;, ajoute-t-elle. Pis, selon les membres de l&rsquo;association Adam et Mnemti, leur militantisme a m&ecirc;me suscit&eacute; la suspicion de certains. Ainsi, les accusations de semer &laquo;&nbsp;la fitna&nbsp;&raquo; et d&rsquo;avoir un financement &eacute;tranger auraient r&eacute;sonn&eacute; jusque dans les couloirs du Palais de Carthage.&nbsp;\n<\/p>\n<p class=\"p2\">\n\t&nbsp;\n<\/p>\n<p class=\"p1\">\n\t<b>Une image ind&eacute;l&eacute;bile<\/b>\n<\/p>\n<p class=\"p1\">\n\tLes faits se d&eacute;roulent &agrave; Nabeul&hellip;Une enseignante charg&eacute;e de r&eacute;partir les r&ocirc;les (d&rsquo;une&nbsp; pi&egrave;ce de th&eacute;&acirc;tre)&nbsp; entre les &eacute;l&egrave;ves de sa classe&nbsp; se tourne vers son &eacute;l&egrave;ve de huit ans de couleur noire&nbsp;: &laquo;&nbsp;joue le r&ocirc;le du serviteur car il te va bien&nbsp;&raquo;, lui dit-elle. L&rsquo;histoire, qui nous est relat&eacute;e par Maha Abdelhamid, date de cette ann&eacute;e. &laquo;&nbsp;Nous sommes en 2013. Pourtant, on confirme &agrave; ce jour une mentalit&eacute; qui date de deux si&egrave;cles en arri&egrave;re&nbsp;&raquo;, d&eacute;plore-t-elle. La repr&eacute;sentation est le premier indicateur du racisme&hellip;Les histoires racont&eacute;es d&eacute;montrent soit qu&rsquo;ils ne sont pas &agrave; leur avantage, soit qu&rsquo;ils sont inexistants. Ainsi, il n&rsquo;existe quasiment aucune trace de la population noire dans les manuels scolaires, et ce, &agrave; tous les niveaux. La &laquo;&nbsp;diversit&eacute;&nbsp;&raquo; a r&eacute;cemment fait son entr&eacute;e avec le personnage de &laquo;&nbsp;Mamadou&nbsp;&raquo; dans le manuel de troisi&egrave;me ann&eacute;e primaire, provoquant la col&egrave;re des (noirs) Tunisiens. &laquo;&nbsp;Maintenant, le raccourci est vite fait&hellip;Un individu de couleur noire &eacute;quivaut &agrave; &eacute;tranger&nbsp;&raquo;, regrette-t-on. La litt&eacute;rature, &eacute;galement, les d&eacute;nigre. &laquo;&nbsp;Il existe un petit livre, celui de Bou Saadia. Toutefois, l&rsquo;histoire est loin d&rsquo;&ecirc;tre conforme &agrave; la r&eacute;alit&eacute;. C&rsquo;est l&rsquo;histoire d&rsquo;un h&eacute;ros noir qui est b&ecirc;te et idiot&nbsp;&raquo;, nous explique Jalel Ayachi, membre de l&rsquo;association Adam, selon qui le livre &laquo;&nbsp;refl&egrave;te notre imaginaire collectif&nbsp;&raquo;. Certains textes de po&eacute;sie sont enseign&eacute;s sans les mettre dans leur contexte. Le plus illustre d&rsquo;entre eux &eacute;tant ceux du grand po&egrave;te arabe Al Moutanabi qui, dans ses textes attaquent le gouverneur (noir) du Caire Kafour Al Ikhchidi. &laquo;&nbsp;Dans l&rsquo;imaginaire, un noir ne peut &eacute;voluer que dans une activit&eacute;&nbsp; qui a un rapport avec le corps, comme les travaux domestiques ou le football. Mais il est incapable de faire un travail intellectuel. En Tunisie, un jeune lambda a le droit de r&ecirc;ver de devenir Pr&eacute;sident. Cela ne viendrait m&ecirc;me pas &agrave; l&rsquo;esprit d&rsquo;un enfant noir&nbsp;&raquo;, explique Taoufiq Chairi, le pr&eacute;sident d&rsquo;ADAM. La repr&eacute;sentation du noir &laquo;&nbsp;incapable, idiot uniquement apte aux travaux physiques&nbsp;&raquo; se traduit par des actes racistes quotidiens dont le mariage est sans nul doute l&rsquo;expression la plus pouss&eacute;e. Refus de la famille, regard de la soci&eacute;t&eacute;, ostracisme&hellip;Les couples souvent finissent par &laquo;&nbsp;c&eacute;der&nbsp;&raquo; &agrave; la pression.&nbsp; Dans le cas contraire, les sanctions sont impitoyables. &laquo;&nbsp;R&eacute;cemment le fils d&rsquo;une grande famille (blanche) de Gab&egrave;s a &eacute;pous&eacute; une jeune fille (noire). Sa famille l&rsquo;a d&eacute;sh&eacute;rit&eacute;e&nbsp;&raquo;, nous raconte Latifa Letifi, &eacute;galement membre de l&rsquo;association ADAM. Parall&egrave;lement, l&rsquo;&eacute;mergence d&rsquo;une &eacute;lite noire a augment&eacute; les mariages &laquo;&nbsp;mixtes&nbsp;&raquo;. Toutefois, l&agrave; encore, les apparences sont trompeuses et le facteur financier est d&eacute;terminant.&nbsp; &laquo;&nbsp;Aujourd&rsquo;hui le mariage avec un noir se monnaye. Il doit &ecirc;tre ais&eacute;. Un footballeur serait l&rsquo;id&eacute;al. Un homme noir ordinaire n&rsquo;a quasiment&nbsp; aucune chance d&rsquo;&eacute;pouser une blanche&nbsp;&raquo;, nous explique Taoufiq Chairi.&nbsp;\n<\/p>\n<p class=\"p2\">\n\t&nbsp;\n<\/p>\n<p class=\"p1\">\n\t<b>Une Tunisie &eacute;galitaire&nbsp;?&nbsp;<\/b>\n<\/p>\n<p class=\"p1\">\n\tEn Tunisie, il n&rsquo;existe pas de loi qui criminalise les injures ou les actes de violence&nbsp; &agrave; caract&egrave;re raciste. Cette d&eacute;faillance l&eacute;gislative a une cons&eacute;quence indubitable dans la r&eacute;signation des noirs Tunisiens. &laquo;&nbsp;Il (le noir Tunisien) ne porte pas plainte. Il a appris qu&rsquo;il devait se taire&nbsp;&raquo;, nous explique-t-on avant de nous d&eacute;tailler une longue proc&eacute;dure. En Tunisie, une personne de couleur noire, victime d&rsquo;une agression (physique ou verbale) &agrave; caract&egrave;re raciste se heurte d&rsquo;abord &agrave; &laquo;&nbsp;l&rsquo;imaginaire&nbsp;&raquo; de l&rsquo;agent de police qui recueille sa plainte. &laquo;&nbsp;Quel est le probl&egrave;me si on t&rsquo;a trait&eacute; de Oucif&nbsp;? Tu en es bien un&nbsp;!&nbsp;&raquo;. Dans le meilleur cas, s&rsquo;il se trouve face &agrave; un agent compr&eacute;hensif, sa plainte finit en &laquo;&nbsp;insulte&nbsp;&raquo;, ce qui p&eacute;nalement n&rsquo;a aucune incidence. R&eacute;sultat&nbsp;? Jamais une plainte (pour une affaire de racisme) n&rsquo;a abouti en Tunisie. Sur les centaines de plaintes adress&eacute;es &agrave; la haute instance des Droits de l&rsquo;Homme, pas une, n&rsquo;est &agrave; caract&egrave;re racial. L&rsquo;exemple seul de Saadia Mosbah, la pr&eacute;sidente de l&rsquo;association Mnemti, illustre cette anomalie juridico-judicaire. Chef de cabine dans une compagnie a&eacute;rienne, elle a r&eacute;cemment &eacute;t&eacute; la victime du &laquo;&nbsp; syst&egrave;me&nbsp;&raquo;. &laquo;&nbsp;Un passager essaie de me provoquer durant le vol, raconte-t-elle. En tant que chef de cabine, je ne pouvais me permettre d&rsquo;indisposer les passagers et d&rsquo;entrer en conflit avec lui. Je l&rsquo;ignore&hellip;Il prend alors un couteau et tente de m&rsquo;agresser. Je me suis retrouv&eacute;e &agrave; courir dans le couloir de l&rsquo;avion. Le security officer pr&eacute;sent, cens&eacute; me prot&eacute;ger, n&rsquo;a m&ecirc;me pas boug&eacute;. Pire, il a l&eacute;gitim&eacute; l&rsquo;acte. &laquo;&nbsp;Je le sortirai d&rsquo;affaires&nbsp;&raquo;, a-t-il dit&nbsp;&raquo;. Certes, Saadia Mosbah a d&eacute;pos&eacute; plainte mais elle ne s&rsquo;attend &agrave; aucune r&eacute;action judicaire car elle n&rsquo;en est pas &agrave; sa &laquo;&nbsp;premi&egrave;re exp&eacute;rience&nbsp;&raquo;. &nbsp; En 1996, une dame refuse que son fils, alors &acirc;g&eacute; de trois ans, participe &agrave; une pi&egrave;ce de th&eacute;&acirc;tre sous pr&eacute;texte qu&rsquo;il est noir.&nbsp; L&rsquo;enfant &eacute;cart&eacute; est traumatis&eacute;. Saadia mosbah porte plainte contre la parente. L&rsquo;affaire n&rsquo;est m&ecirc;me pas instruite. Cette d&eacute;faillance n&rsquo;est pas la seule d&egrave;s que l&rsquo;on parle de noirs. Selon les diff&eacute;rents t&eacute;moignages, la &laquo;&nbsp;Tunisie &eacute;galitaire&nbsp;&raquo; peine &agrave; voir le jour, et ce d&egrave;s l&rsquo;&eacute;cole.&nbsp; Et le ph&eacute;nom&egrave;ne alerte les activistes selon qui son ampleur est &agrave; l&rsquo;origine de l&rsquo;&eacute;chec scolaire de la population noire, un &eacute;chec non quantifiable, notamment en raison de l&rsquo;absence de statistiques. Harc&egrave;lements, humiliations et violence sont le lot des enfants noirs qui, selon les activistes, &laquo;&nbsp;vivent d&egrave;s l&rsquo;&eacute;cole leurs premiers chocs&nbsp;&raquo;. Il en est de m&ecirc;me pour le monde professionnel&hellip;rares sont les noirs qui acc&egrave;dent &agrave; des postes&nbsp; cl&eacute;s, y compris au sein de l&rsquo;Administration.&nbsp;\n<\/p>\n<p class=\"p2\">\n\t&nbsp;\n<\/p>\n<p class=\"p1\">\n\t<b>Le sud, une particularit&eacute;<\/b>\n<\/p>\n<p class=\"p1\">\n\tL&rsquo;affaire risque de faire grand bruit&hellip;En Tunisie, pays qui a aboli l&rsquo;esclavage depuis 1846, il y a encore des r&eacute;f&eacute;rences aux &laquo;&nbsp;affranchis&nbsp;&raquo;. En effet, &agrave; Djerba, les noms port&eacute;s par la population noire font &agrave; ce jour r&eacute;f&eacute;rence aux &laquo;&nbsp;ma&icirc;tres&nbsp;&raquo; de leurs anc&ecirc;tres. Et c&rsquo;est ainsi que l&rsquo;on trouve des X Atig Ben Salah ou Y Chouch&egrave;ne Ben Jemaa, atig et Chouch&egrave;ne signifiant affranchis. L&rsquo;anomalie administrative r&eacute;cemment d&eacute;couverte provoque la col&egrave;re et l&rsquo;incompr&eacute;hension des associations. &laquo;&nbsp;Nous en avons parl&eacute; au minist&egrave;re de la Justice. Il a promis d&rsquo;instaurer une commission mixte avec le minist&egrave;re de l&rsquo;Int&eacute;rieur. Nous ne voulons pas que ce probl&egrave;me soit r&eacute;gl&eacute; au cas par cas car la proc&eacute;dure peut &ecirc;tre longue. Nous voulons une implication de l&rsquo;Etat, une mesure exceptionnelle pour leur faciliter l&rsquo;op&eacute;ration&nbsp;&raquo;, nous a expliqu&eacute; Taoufik Chairi. Toutes parlent d&rsquo;une &laquo;&nbsp;exceptionnalit&eacute;&nbsp;&raquo; du sud tunisien, exceptionnalit&eacute; r&eacute;cemment montr&eacute;e dans un documentaire r&eacute;alis&eacute; par Ramzi Bejaoui sur les Abid Ghbonten (les esclaves de Ghbonten). Le film tourn&eacute; dans le village d&rsquo;El Gobsa&nbsp; &agrave; Sidi Makhlouf (M&eacute;denine) est une illustration de l&rsquo;expression du racisme en Tunisie pouss&eacute;e &agrave; son paroxysme. Une sc&egrave;ne d&eacute;sormais fameuse aura choqu&eacute; les spectateurs&nbsp;: elle montre deux bus scolaires, l&rsquo;un pour les &ldquo;blancs&rdquo; et l&rsquo;autre pour les &ldquo;affranchis&rdquo;. Cette situation dure depuis douze ans.&nbsp; Cet exemple n&rsquo;est pas isol&eacute;. A ce jour, parce que le maire d&rsquo;un village de Gab&egrave;s est noir, la municipalit&eacute; &nbsp; est appel&eacute;e par les habitants (blancs) dudit village &laquo;&nbsp;la municipalit&eacute; de somalie&nbsp;&raquo;. &Agrave; ce jour, dans certaines communes du Sud, il existe des cimeti&egrave;res r&eacute;serv&eacute;s aux blancs et d&rsquo;autres r&eacute;serv&eacute;s aux noirs. A ce jour, dans le sud, on fait appel &agrave; des cuisini&egrave;res, une hanana, un orchestre (etc.) noirs pour &laquo;&nbsp;&eacute;carter le mauvais &oelig;il&nbsp;&raquo;. R&eacute;cemment &agrave; El Mdou (un village situ&eacute; &agrave; 8 km de Gab&egrave;s), un imam aurait refus&eacute; de faire la pri&egrave;re fun&eacute;raire d&rsquo;un citoyen noir. &laquo;&nbsp;Le vrai combat a lieu dans le sud mais nous devons faire attention. Les noirs refusent de parler de racisme&nbsp; dans ces r&eacute;gions car il est souvent question de leur gagne pain&nbsp;&raquo;, nous confie Taoufik Chairi, pour qui le probl&egrave;me du racisme du sud r&eacute;side sans nul doute dans sa dimension sociale.\n<\/p>\n<p class=\"p2\">\n\t&nbsp;\n<\/p>\n<p class=\"p1\">\n\t<b>L&rsquo;impact de l&rsquo;&Eacute;tat national<\/b>\n<\/p>\n<p class=\"p1\">\n\tEt si l&rsquo;origine de ce racisme s&rsquo;expliquait en grande partie par l&rsquo;ignorance&nbsp;? &laquo;&nbsp;Pourquoi la Tunisie qui a donn&eacute; son nom (Ifriqya) &agrave; l&rsquo;Afrique lui tourne le dos aujourd&rsquo;hui&nbsp;?&nbsp;&raquo;, entend-on ici et l&agrave;. A travers les manuels scolaires et les diff&eacute;rentes politiques, un m&ecirc;me constat est fait&nbsp;: &laquo;&nbsp;la Tunisie a toujours valoris&eacute; son histoire m&eacute;diterran&eacute;enne et rarement regard&eacute; vers le sud&nbsp;&raquo;. Les exemples ne manquent pas&hellip; Aujourd&rsquo;hui, l&rsquo;un des plats les plus &laquo;&nbsp;fins&nbsp;&raquo; tunisiens, attribu&eacute; &agrave; la Marsa, la gnaouia (gombos) est en r&eacute;alit&eacute; originaire d&rsquo;Afrique&nbsp;; est li&eacute; &agrave; l&rsquo;esclavage domestique dans la Cour Beylicale. Une bonne partie de notre musique (les rythmes, la percussion&hellip;) sont africains. &laquo;&nbsp;L&rsquo;identit&eacute; nationale&nbsp; a &eacute;t&eacute; construite au moment des ind&eacute;pendances dans le monde arabe, nuance St&eacute;phanie Pouessel. A l&rsquo;&eacute;poque c&rsquo;&eacute;tait inconcevable d&rsquo;&ecirc;tre africain. Bourguiba &eacute;tait proche de Senghor&hellip; mais la langue fran&ccedil;aise les liait et non l&rsquo;appartenance &agrave; un m&ecirc;me continent&nbsp;&raquo;. Et cette derni&egrave;re de poursuivre&nbsp;:&nbsp;&laquo;&nbsp;Les noirs tunisiens se sentent avant tout tunisiens. Dans certaines situations, ils mettent en avant l&rsquo;africanit&eacute;. Mais nombreux d&rsquo;entre eux ne se sentent pas concern&eacute;s par cela. Beaucoup sont tr&egrave;s conservateurs et ont vot&eacute; Ennahdha. Quand on dit africanit&eacute;, on se r&eacute;f&egrave;re &agrave; une identit&eacute; alternative qui appartient &agrave; une certaine classe sociale qui entend se distinguer&nbsp; de l&rsquo;identit&eacute; occidentale &agrave; la Tunisienne&nbsp;&raquo;. Ses propos sont rapidement v&eacute;rifi&eacute;s&hellip; Nos interlocuteurs refusent les concepts de minorit&eacute; ou communaut&eacute;. &laquo;&nbsp;De quelle minorit&eacute; parle-t-on&nbsp;? Je suis tunisienne et musulmane. Nous ne sommes pas une minorit&eacute; mais des citoyens &agrave; part enti&egrave;re avec une particularit&eacute; physique visible&nbsp;&raquo;, s&rsquo;exclame Saadia Mosbah. Est-il possible d&rsquo;&ecirc;tre diff&eacute;rend dans un &Eacute;tat national&nbsp;? Et si au &laquo;&nbsp;racisme ordinaire&nbsp;&raquo;, le n&oelig;ud du probl&egrave;me &eacute;tait cette question. Comment penser la diversit&eacute; lorsque &laquo;&nbsp;l&rsquo;unit&eacute; du corps social&nbsp;&raquo; est le ma&icirc;tre mot. En Tunisie, la population noire est estim&eacute;e entre 10 et 20%. Toutefois, aucune statistique officielle ne vient prouver ces chiffres.&nbsp; &laquo;&nbsp;L&rsquo;Etat national est un &Eacute;tat niveleur. Il a apport&eacute; &agrave; la population noire ce qu&rsquo;il a apport&eacute; &agrave; l&rsquo;ensemble de la soci&eacute;t&eacute;&nbsp;: l&rsquo;&eacute;cole, l&rsquo;enseignement&hellip; et la possibilit&eacute; d&rsquo;acc&eacute;der &agrave; un statut meilleur. Dans quelle mesure ont-ils pu profiter de cela&nbsp;? Telle est la question&nbsp;&raquo;, s&rsquo;interroge l&rsquo;historien Abdelhamid Largu&egrave;che. Aujourd&rsquo;hui, les associations militent en faveur d&rsquo;une plus intervention de cet Etat niveleur. Leur combat s&rsquo;op&egrave;re sur deux fronts&nbsp;: l&rsquo;inscription dans la constitution du principe de la lutte contre toutes formes de discrimination, dont la discrimination raciale, et la p&eacute;nalisation des propos et actes racistes.\n<\/p>\n<p class=\"p3\">\n\t<b><i>Azza Turki<\/i><\/b>\n<\/p>\n<p class=\"p2\">\n\t&nbsp;\n<\/p>\n<p class=\"p1\">\n\t<span class=\"s1\"><b>L&rsquo;appel de Tozeur<\/b><\/span>\n<\/p>\n<p class=\"p1\">\n\tEn mai 2009, est organis&eacute; &agrave; Tozeur un colloque portant sur&nbsp; &laquo;&nbsp;les interactions culturelles entre l&rsquo;Afrique et le Monde arabo-musulman &raquo;. Un appel publi&eacute; et diffus&eacute; &agrave; l&rsquo;issue cette rencontre est repris en int&eacute;gralit&eacute; sur nos pages&nbsp;(voir photo jointe).&nbsp;\n<\/p>\n<p class=\"p2\">\n\t&nbsp;\n<\/p>\n<p class=\"p1\">\n\t<span class=\"s1\"><b>Lexique<\/b><\/span>\n<\/p>\n<p class=\"p1\">\n\tEn Tunisie, les noirs sont d&eacute;sign&eacute;s par la couleur de leur peau. &laquo;&nbsp;kahla&nbsp;&raquo; ou &laquo;&nbsp;kahlouch&nbsp;&raquo; font partie du quotidien. Mais il y a encore plus humiliant&#8230; A ce jour, le terme de &laquo;&nbsp;Oucif&nbsp;&raquo; ou &laquo;&nbsp;Abid&nbsp;&raquo; (esclaves)&nbsp; sont commun&eacute;ment utilis&eacute;s&nbsp;; le second &eacute;tant monnaie courante dans le sud. Il existe &eacute;galement un lexique qui se r&eacute;f&egrave;re davantage au physique d&rsquo;une mani&egrave;re p&eacute;jorative tels que Mahrouq ou khanfousa ou &agrave; la condition sociale de l&rsquo;individu tel que Khadem.\n<\/p>\n<p class=\"p2\">\n\t&nbsp;\n<\/p>\n<p class=\"p1\">\n\t<b>Origine&nbsp;<\/b>\n<\/p>\n<p class=\"p1\">\n\tCertains noirs sont en Tunisie depuis les temps les plus recul&eacute;s. Toutefois, selon les historiens, leur pr&eacute;sence est li&eacute;e en majeure partie au commerce des caravaniers. Si l&rsquo;esclavage est ancien, son institutionnalisation a eu lieu au Moyen-&acirc;ge avec les grandes conqu&ecirc;tes musulmanes.&nbsp; Dans les r&eacute;gions du sud, l&rsquo;esclavage &eacute;tait essentiellement li&eacute; aux activit&eacute;s agricoles. Il devenait domestique dans les villes au nord. La population noire, toujours selon les historiens, &eacute;taient exclue &laquo;&nbsp;du monde du savoir&nbsp;&raquo;. &laquo;&nbsp;L&rsquo;unique forme de prise en charge sur&nbsp; le plan culturel &eacute;tait la confr&eacute;rie&nbsp;&raquo;, nous explique l&rsquo;historien Abdelhamid Largu&egrave;che. Avant d&rsquo;ajouter&nbsp;: &laquo;&nbsp;Il y avait des strat&eacute;gies d&rsquo;&eacute;vitement. Les &eacute;changes matrimoniaux n&rsquo;existaient pas. Il arrivait que les classes dominantes prennent des noires parmi les concubines. Toutefois, ceci est presque une forme d&rsquo;exploitation sexuelle. Cette coexistence dans la distance a continu&eacute; m&ecirc;me apr&egrave;s l&rsquo;abolition de l&rsquo;esclavage&nbsp;&raquo;.\n<\/p>\n<p class=\"p2\">\n\t&nbsp;\n<\/p>\n<p class=\"p1\">\n\t<b>Abolition&nbsp;<\/b>\n<\/p>\n<p class=\"p1\">\n\tLa Tunisie ne cesse de s&rsquo;enorgueillir d&rsquo;&ecirc;tre le premier pays &agrave; avoir aboli l&rsquo;esclavage. En effet, le 23 janvier 1846, l&rsquo;esclavage est aboli par Ahmed Bey &agrave; la veille de son premier voyage en France. &laquo;&nbsp;A l&rsquo;&eacute;poque, il y avait une extr&ecirc;me flexibilit&eacute; des savants de la zitouna. Ainsi,&nbsp; le mufti mal&eacute;kite, Brahim Riahi, avait promulgu&eacute; une fatwa tr&egrave;s fine selon laquelle l&rsquo;abolition de l&rsquo;esclavage s&rsquo;imposait comme une n&eacute;cessit&eacute;,&nbsp;car&nbsp; les possesseurs d&rsquo;esclaves ne savaient pas &ecirc;tre justes avec leur possession. La mesure prot&eacute;geait les bons musulmans acqu&eacute;reurs d&rsquo;esclaves contre le p&eacute;ch&eacute; et les esclaves contre les maltraitances de toutes sortes&nbsp;&raquo;, nous a expliqu&eacute; l&rsquo;historien. Toutefois, le d&eacute;cret n&rsquo;a pas &eacute;t&eacute; respect&eacute;. Le&nbsp; 28 mai 1890, Ali Bey III, promulguait un second d&eacute;cret d&rsquo;abolition de l&rsquo;esclavage.\n<\/p>\n<p class=\"p2\">\n\t&nbsp;\n<\/p>\n<p class=\"p1\">\n\t<span class=\"s1\"><b>L&rsquo;impact inattendu&nbsp;?&nbsp;<\/b><\/span>\n<\/p>\n<p class=\"p1\">\n\tEt si le racisme avait un co&ucirc;t&nbsp;? C&rsquo;est ce qu&rsquo;affirme Blamassi Tour&eacute;, le pr&eacute;sident de l&rsquo;Association des &eacute;tudiants et stagiaires africains en Tunisie (AESAT) selon qui pr&egrave;s de 2.000 &eacute;tudiants africains (sur une communaut&eacute; estim&eacute;e &agrave; 9.000 individus) sont partis vers le Maroc. Meilleur accueil, une s&eacute;curit&eacute; assur&eacute;e, une compagnie a&eacute;rienne qui dessert l&rsquo;ensemble des grandes villes de l&rsquo;Afrique subsaharienne, la strat&eacute;gie du Royaume ch&eacute;rifien commence &agrave; porter ses fruits. &laquo;&nbsp;L&rsquo;institution universitaire est r&eacute;cente en Tunisie. Dans les ann&eacute;es 90, la destination &eacute;tait le Maroc. En 2003, la BAD est arriv&eacute;e en Tunisie. Elle a attir&eacute; dans son sillage des &eacute;tudiants qui repr&eacute;sentent jusqu&rsquo;&agrave; 60 &agrave; 70% du chiffre d&rsquo;affaires de certaines universit&eacute;s priv&eacute;es&nbsp;&raquo;, nous explique le pr&eacute;sident de l&rsquo;AESAT. Avant de d&eacute;plorer aussit&ocirc;t&nbsp;: &laquo;&nbsp;La Tunisie n&rsquo;a rien fait pour baliser cet acquis&nbsp;&raquo;. Pis, selon Blamassi Tour&eacute;, la situation s&rsquo;est aggrav&eacute;e depuis la R&eacute;volution. Aux probl&egrave;mes administratifs et universitaires, le sentiment d&rsquo;ins&eacute;curit&eacute; incite de plus en plus d&rsquo;&eacute;tudiants &agrave; quitter la Tunisie. R&eacute;cemment, l&rsquo;agression d&rsquo;un &eacute;tudiant burkinab&eacute; dans un immeuble de La Fayette a fait la une des m&eacute;dias. Ce dernier avait pourtant appel&eacute; la police. &laquo;&nbsp;Loin de moi de fustiger l&rsquo;&Eacute;tat tunisien mais il faut dire que depuis la R&eacute;volution certaines choses ont &eacute;t&eacute; n&eacute;glig&eacute;es. Une peur&nbsp; commence &agrave; s&rsquo;installer chez les noirs. Nous avons besoin d&rsquo;&ecirc;tre rassur&eacute;s mais nous ne le sommes pas. Nous savons qu&rsquo;il existe des agressions partout. Le probl&egrave;me est que la police refuse de r&eacute;agir. Pire, certaines agressions se d&eacute;roulent devant eux&nbsp;&raquo;, explique-t-il. Avant de nuancer&nbsp;: &laquo;&nbsp;La Tunisie n&rsquo;est pas raciste mais il y a des Tunisiens qui le sont. Pour r&eacute;soudre le probl&egrave;me, il faut commencer par admettre son existence. Il faut en d&eacute;battre.&nbsp;\n<\/p>\n<p class=\"p2\">\n\t&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Sommes-nous racistes ? 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