{"id":3881,"date":"2013-05-08T08:00:28","date_gmt":"2013-05-08T07:00:28","guid":{"rendered":"http:\/\/www.realites.com.tn\/demo\/?p=3881"},"modified":"2013-05-08T08:00:28","modified_gmt":"2013-05-08T07:00:28","slug":"essence-de-la-revolution","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/realites.com.tn\/fr\/essence-de-la-revolution\/","title":{"rendered":"Essence de la R\u00e9volution"},"content":{"rendered":"<p class=\"p1\">\n\t<b style=\"line-height: 1.6em;\"><i>Il y a quelques jours, l&rsquo;affaire des caricaturistes de Mahdia a ressurgi sur le devant de la sc&egrave;ne. Longtemps annonc&eacute;, le pourvoi en cassation de Jabeur, l&rsquo;un des deux hommes condamn&eacute;s, a finalement &eacute;t&eacute; retir&eacute; ; le jeune d&eacute;tenu, &eacute;paul&eacute; par un comit&eacute; de soutien, s&rsquo;orientant aujourd&rsquo;hui vers une demande de gr&acirc;ce. Au-del&agrave; du fond, &agrave; savoir l&rsquo;atteinte au sacr&eacute; par deux citoyens tunisiens, l&rsquo;affaire pose une r&eacute;elle interrogation : de toutes les libert&eacute;s, la libert&eacute; de conscience est-elle la plus difficile &agrave; d&eacute;fendre dans une Tunisie en crise identitaire, repli&eacute;e sur ses valeurs s&ucirc;res ? &Eacute;clairage<\/i><\/b>\n<\/p>\n<p class=\"p2\">\n\t&nbsp;\n<\/p>\n<p class=\"p1\">\n\t&laquo;Toute personne a droit &agrave; la libert&eacute; de pens&eacute;e, de conscience et de religion; ce droit implique la libert&eacute; d&#39;avoir ou d&#39;adopter une religion ou une conviction de son choix, ainsi que la libert&eacute; de manifester sa religion ou sa conviction, individuellement ou en commun, tant en public qu&#39;en priv&eacute;, par le culte et l&#39;accomplissement des rites, les pratiques et l&#39;enseignement&raquo;. L&rsquo;article 18 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques, ratifi&eacute; depuis les ann&eacute;es 60 par la Tunisie, ne disjoint pas les trois libert&eacute;s. Elles&nbsp; sont comprises dans un m&ecirc;me bloc. Depuis l&rsquo;&eacute;nonc&eacute; du texte, la jurisprudence, notamment internationale, &eacute;largit jour apr&egrave;s jour l&rsquo;interpr&eacute;tation de la libert&eacute; de conscience. En r&eacute;sum&eacute;, elle implique la libert&eacute; de croire ou de ne pas croire, de pratiquer librement ou encore de changer de religion. Les limites telles que&nbsp; l&rsquo;atteinte &agrave; l&rsquo;ordre public ou encore la protection des droits fondamentaux d&#39;autrui sont conditionn&eacute;es par deux crit&egrave;res : la n&eacute;cessit&eacute; et la proportionnalit&eacute;.&nbsp;\n<\/p>\n<p class=\"p1\">\n\tTh&eacute;oriquement pr&eacute;sent&eacute;e, la libert&eacute; de conscience est hors d&rsquo;atteinte, car elle est la cons&eacute;cration supr&ecirc;me des libert&eacute;s individuelles qui devraient &ecirc;tre garanties pas l&rsquo;&Eacute;tat. Th&eacute;oriquement seulement&hellip; Car en Tunisie, parler de libert&eacute; de conscience &eacute;quivaut &agrave; marcher sur des &oelig;ufs. Le sujet, battu &agrave; plate couture par la notion de sacr&eacute;, souffre d&rsquo;un d&eacute;faut de perception qui se r&eacute;sumerait ainsi : les partisans de cette libert&eacute; d&eacute;fendent l&rsquo;ath&eacute;isme et constituent une menace pour l&rsquo;Islam. De fait, il n&rsquo;est donc pas surprenant de constater que mis &agrave; part les constitutionnalistes conscients de l&rsquo;importance des libert&eacute;s et quelques militants des droits humains, on ne se bouscule pas au portillon pour en parler&hellip; L&rsquo;affaire des deux caricaturistes de Mahdia en est la parfaite illustration (voir encadr&eacute;.)&nbsp;\n<\/p>\n<p class=\"p2\">\n\t&nbsp;\n<\/p>\n<p class=\"p1\">\n\t<b>La libert&eacute; de conscience, la &laquo;patate chaude&raquo;<\/b>\n<\/p>\n<p class=\"p1\">\n\tEst-il possible en Tunisie de soutenir deux hommes coupables d&rsquo;avoir port&eacute; atteinte &agrave; l&rsquo;image du proph&egrave;te ? La question pos&eacute;e embarrasse jusque dans les organisations&nbsp; de d&eacute;fense des droits humains. Pour les partis politiques, la question est tranch&eacute;e. L&rsquo;atteinte est simplement criminelle pour les uns, d&rsquo;autres &eacute;vitent un sujet qui ne pourrait pas remporter l&rsquo;adh&eacute;sion de l&rsquo;opinion publique. Tous critiquent un acte jug&eacute;&nbsp; ind&eacute;fendable&raquo;, car il&nbsp; touche &laquo;aux symboles religieux d&rsquo;autrui&raquo;.&nbsp; &laquo;Il est plus facile de d&eacute;fendre l&rsquo;absence de libert&eacute;s, de jouer sur la foi et les sentiments plut&ocirc;t que de d&eacute;fendre la libert&eacute;, estime l&rsquo;activiste Bochra Belhadj Hamida. Les partis politiques ne s&rsquo;engagent pas par peur de perdre l&rsquo;&eacute;lectorat&raquo;. Elle ne croit pas si bien dire&hellip; La Tunisie postr&eacute;volutionnaire ne manque pas d&rsquo;exemples en la mati&egrave;re. La diffusion du long-m&eacute;trage d&rsquo;animation&nbsp; Pers&eacute;polis a constitu&eacute; un facteur d&eacute;terminant dans la campagne &eacute;lectorale. Les quelques partis progressistes qui ont exprim&eacute; ouvertement leur soutien &agrave; la chaine Nessma TV en ont pay&eacute; le prix le 23 octobre. Il semblerait que la (tr&egrave;s grande) majorit&eacute; des formations ait retenu la le&ccedil;on. Si le positionnement est &laquo;compr&eacute;hensible&raquo; en ce qui concerne les partis politiques, les interrogations se posent d&egrave;s lors que l&rsquo;on analyse le &laquo;soutien&raquo; des ONG de d&eacute;fense des droits humains. Pour r&eacute;sumer, dans l&rsquo;affaire de Ghazi et Jabeur, plusieurs organisations telles que Reporters sans fronti&egrave;res (RSF), l&rsquo;International Freedom Of Expression Exchange (IFEX) ou encore Human Rights Watch (HWR) se sont exprim&eacute;es. &laquo;Mejri et Beji ont peut-&ecirc;tre choqu&eacute; certains Tunisiens par leurs publications, mais ce n&rsquo;est pas une raison pour les emprisonner&raquo;, d&eacute;clarait Sarah Leah Whitson, la directrice de la r&eacute;gion MENA dans un communiqu&eacute; publi&eacute; le&nbsp; 6 avril 2012. Ces soutiens ponctuels except&eacute;s, seule Amnesty International (AI) qui a pris une position ferme, suit &agrave; ce jour le d&eacute;veloppement du dossier. L&rsquo;ONG qui consid&egrave;re Jabeur comme un prisonnier d&rsquo;opinion lance r&eacute;guli&egrave;rement des&nbsp; campagnes de soutien, notamment&nbsp; sur les r&eacute;seaux sociaux. &laquo;Le soutien d&rsquo;Amnesty International, le fait que le suivi du dossier de Jabeur comme prisonnier d&rsquo;opinion ait &eacute;t&eacute; confi&eacute; &agrave; plusieurs groupes d&rsquo;AI, nous a confort&eacute;s dans notre d&eacute;marche, nous expliquent les membres du comit&eacute; de soutien Jabeur et Ghazi (&hellip;).&nbsp;\n<\/p>\n<p class=\"p1\">\n\tMalgr&eacute; des premiers contacts que nous esp&eacute;rons fructueux, les ONG tunisiennes sont parfois rest&eacute;es plus en arri&egrave;re sur ce dossier&raquo;. Et c&rsquo;est l&agrave; que le b&acirc;t blesse. En effet, d&egrave;s le d&eacute;but de l&rsquo;affaire, AI a consid&eacute;r&eacute; que Jabeur &eacute;tait un prisonnier d&rsquo;opinion, car il a &eacute;t&eacute; &laquo;arr&ecirc;t&eacute; pour ses id&eacute;es&raquo;. &laquo;Il n&#39;y a aucune raison pour que les autorit&eacute;s tunisiennes maintiennent Jabeur Mejri en prison&raquo;, a r&eacute;cemment d&eacute;clar&eacute; Philip Luther, le directeur du programme Moyen-Orient et Afrique du Nord d&#39;Amnesty International. Avant de poursuivre : &laquo;Il faut que cet homme soit lib&eacute;r&eacute; imm&eacute;diatement et sans condition et que les autorit&eacute;s r&eacute;forment de toute urgence les articles du Code p&eacute;nal qui restreignent la libert&eacute; d&#39;expression&raquo;. Mais l&rsquo;engagement des organisations internationales n&rsquo;a pour &eacute;cho que la frilosit&eacute; des organisations nationales. Depuis le d&eacute;but de l&rsquo;affaire, elles sont peu&nbsp; entendues. Certes, l&rsquo;avocat de Jabeur,&nbsp; Me Ahmed Mselmi, membre de la Ligue des Droits de l&rsquo;Homme (section Mahdia) a pris en charge l&rsquo;affaire &laquo;parce qu&rsquo;elle rel&egrave;ve de la libert&eacute; d&rsquo;expression&raquo;. Mis &agrave; part ce service (minimum) rendu, les jeunes de Mahdia n&rsquo;ont pas &agrave; proprement parler &eacute;t&eacute; soutenus. &laquo;Il n&rsquo;est pas tout &agrave; fait ais&eacute; de d&eacute;fendre cette affaire, explique Me Mokhtar Trifi, l&rsquo;ancien pr&eacute;sident de la LTDH. Normalement &ccedil;a devrait l&rsquo;&ecirc;tre&hellip; Car en d&eacute;fendant la libert&eacute; d&rsquo;expression et de conscience, les organisations d&eacute;fendaient non pas les id&eacute;es de ces jeunes, mais leur droit de les exprimer. Je ne suis pas d&rsquo;accord avec eux, mais les condamner &agrave; sept ans et demi de prison pour une opinion qui n&rsquo;est pas la mienne et qui est contraire &agrave; l&rsquo;opinion de la majorit&eacute; des Tunisiens n&rsquo;est pas normal. Lorsque nous avions&nbsp; d&eacute;fendu le groupe de Slimane, nous avions condamn&eacute; leurs actes, mais notre objectif&nbsp; &eacute;tait de leur garantir un proc&egrave;s &eacute;quitable&raquo;. Un avis que partage Bochra Belhadj Hamida : &laquo;Aujourd&rsquo;hui si tu d&eacute;fends les autres,&nbsp; c&rsquo;est que tu partages les m&ecirc;mes opinions !, s&rsquo;exclame-t-elle. Or, l&rsquo;essence m&ecirc;me de la libert&eacute; d&rsquo;expression est de d&eacute;fendre toute personne qui n&rsquo;a pas les m&ecirc;mes id&eacute;es que toi. Toute personne a le droit de s&rsquo;exprimer tant qu&rsquo;elle n&rsquo;appelle pas &agrave; la violence&raquo;. D&eacute;fendre l&rsquo;ind&eacute;fendable au risque de voir l&rsquo;opinion publique&nbsp; sombrer dans la confusion des positions&hellip; Tel est le risque qui n&rsquo;a pas &eacute;t&eacute; pris. Qui oserait dans le contexte actuel consid&eacute;rer deux ath&eacute;es comme des prisonniers d&rsquo;opinion ? L&rsquo;&eacute;quilibre est difficile &agrave; tenir et les arguments pas &eacute;vidents &agrave; pr&eacute;senter.&nbsp; &laquo;Il y a aussi la pression m&eacute;diatique et physique exerc&eacute;e contre toute personne qui d&eacute;fendrait ces individus, explique Me Trifi. Elle est tout de suite accus&eacute;e de m&eacute;cr&eacute;ante. Cela a dissuad&eacute; les militants des droits humains.&raquo;\n<\/p>\n<p class=\"p2\">\n\t&nbsp;\n<\/p>\n<p class=\"p1\">\n\t<b>Le mauvais pr&eacute;sage constitutionnel<\/b>\n<\/p>\n<p class=\"p1\">\n\tAlors que l&rsquo;ensemble des partis politiques signataires membres du Collectif du 18 octobre&nbsp; avaient reconnu la libert&eacute; de conscience, elle a &eacute;t&eacute; simplement &eacute;lud&eacute;e lors des discussions au sein des commissions constituantes &laquo;sous pr&eacute;texte que la libert&eacute; de cultes couvre la libert&eacute; de conscience&raquo;. &laquo; D&egrave;s lors que l&rsquo;on abordait le sujet, le d&eacute;bat s&rsquo;enflammait. Il y avait un refus cat&eacute;gorique, certains estimant que libert&eacute; de conscience est une terminologie existante dans les pays la&iuml;cs&raquo;, se souvient la d&eacute;put&eacute;e Selma Mabrouk, membre de la Commission des libert&eacute;s. Son absence aujourd&rsquo;hui n&rsquo;est pas l&rsquo;unique crainte. L&rsquo;affaire d&eacute;licate des caricaturistes de Mahdia refait surface&nbsp; au moment o&ugrave; le d&eacute;bat sur la Constitution fait rage. Le texte dans sa globalit&eacute; n&rsquo;inspire pas confiance. &laquo;L&rsquo;absence de libert&eacute; de conscience n&rsquo;est pas l&rsquo;unique probl&egrave;me. Cette&nbsp; Constitution (le brouillon pr&eacute;sent&eacute;) instaure une dictature bien solide, un &Eacute;tat religieux.&nbsp;\n<\/p>\n<p class=\"p1\">\n\tEn analysant le tout dans sa globalit&eacute;, on se rend compte que l&rsquo;&Eacute;tat rentrera dans la pratique religieuse des individus. Cet &Eacute;tat, dont la religion est l&rsquo;Islam, prot&eacute;gera la religion, le sacr&eacute;, &eacute;dictera ces lois selon les principes de l&rsquo;Islam&raquo;, poursuit la d&eacute;put&eacute;e. Elle n&rsquo;est pas la seule &agrave; nourrir cette crainte.&nbsp; Une fois de plus, les constitutionnalistes ont soulign&eacute; l&rsquo;absence flagrante de la libert&eacute; de conscience dans un cadre o&ugrave; l&rsquo;Islam devient, au terme de l&rsquo;interpr&eacute;tation donn&eacute;e par l&rsquo;article 136, religion d&rsquo;&Eacute;tat. &laquo;Le probl&egrave;me, dans le projet actuel, est que l&rsquo;on trouve la chose et son contraire, ce qui posera un probl&egrave;me d&rsquo;interpr&eacute;tation. Aujourd&rsquo;hui, chacun comprend le texte comme il l&rsquo;entend. La libert&eacute; de conscience doit &ecirc;tre pr&eacute;sente dans la Constitution. La version actuelle essaie de limiter les libert&eacute;s dans une lecture sp&eacute;ciale qui a comme r&eacute;f&eacute;rent la religion musulmane. Mais les citoyens tunisiens doivent avoir les m&ecirc;mes droits, quelles que soient leurs convictions. La loi doit s&rsquo;appliquer &agrave; nous de mani&egrave;re &eacute;gale&raquo;, conclut Me Trifi. Le paradoxe ne s&rsquo;arr&ecirc;te pas l&agrave;. La Constitution de la deuxi&egrave;me R&eacute;publique serait m&ecirc;me en retard sur ce point par rapport &agrave; celle de 1959 qui garantissait dans son article 5 &laquo;l&#39;inviolabilit&eacute; de la personne humaine et la libert&eacute; de conscience et (la protection du)&nbsp; libre exercice des cultes, sous r&eacute;serve qu&#39;il ne trouble pas l&#39;ordre public&raquo;. Absence du d&eacute;lit de pros&eacute;lytisme ou du crime de l&rsquo;apostasie, le dispositif l&eacute;gislatif tunisien qui a consacr&eacute; jusqu&rsquo;&agrave; pr&eacute;sent le droit positif a toujours &eacute;voqu&eacute; &laquo;les cultes&raquo;, car les Tunisiens sont &eacute;gaux devant la loi&raquo;. L&rsquo;exp&eacute;rience tunisienne d&eacute;montre que malgr&eacute; toutes ces garanties prises, rien n&rsquo;est d&eacute;finitivement acquis. De nombreux Tunisiens ont &eacute;t&eacute; entrav&eacute;s pendant des ann&eacute;es dans le libre exercice de leur culte&hellip; malgr&eacute; l&rsquo;inscription de cette libert&eacute; dans le texte fondamental. Ce simple rappel d&eacute;montre &agrave; quel point l&rsquo;enjeu de la libert&eacute; de conscience est fondamental.\n<\/p>\n<p class=\"p3\">\n\t<b><i>Azza Turki<\/i><\/b>\n<\/p>\n<p class=\"p2\">\n\t&nbsp;\n<\/p>\n<p class=\"p1\">\n\t<span class=\"s1\"><b>Portrait du premier r&eacute;fugi&eacute; tunisien<\/b><\/span>\n<\/p>\n<p class=\"p1\">\n\tGhazi Beji est consid&eacute;r&eacute; comme le premier r&eacute;fugi&eacute; de la Tunisie postr&eacute;volutionnaire ; un &laquo; titre &raquo; dont il se serait bien pass&eacute;. Agronome de formation, son ressentiment envers ses concitoyens&nbsp; transparait ais&eacute;ment. &laquo; Je n&rsquo;ai connu de ce pays que la censure et la r&eacute;pression. J&rsquo;&eacute;tais interdit de travailler avant &laquo; la R&eacute;volution &raquo; et exil&eacute; apr&egrave;s &laquo; la R&eacute;volution &raquo;, nous a-t-il dit. Selon HRW, Beji, aurait &laquo; d&eacute;cid&eacute; d&rsquo;&eacute;crire son livre apr&egrave;s avoir &eacute;t&eacute; licenci&eacute; de son travail dans une gare ferroviaire, puis d&rsquo;un emploi dans une usine. Il attribue ces deux licenciements &agrave; des coll&egrave;gues qui n&rsquo;acceptaient pas son ath&eacute;isme, ses remarques critiques sur l&rsquo;Islam, et son refus de je&ucirc;ner pendant le mois de Ramadan &raquo;. Ag&eacute; de 28 ans, le&nbsp; Tunisien originaire de Mahdia vit aujourd&rsquo;hui &laquo; en France avec une carte de s&eacute;jour fran&ccedil;aise et un titre de voyage de protection subsidiaire d&eacute;livr&eacute; par les autorit&eacute;s roumaines &raquo;. La travers&eacute;e de la M&eacute;diterran&eacute;e a &eacute;t&eacute; un long p&eacute;riple ; le jeune homme ayant &laquo; nag&eacute; de la Turquie en Gr&egrave;ce &agrave; travers le fleuve de Evros, march&eacute; &agrave; pied de la Gr&egrave;ce &agrave; la Roumanie, entr&eacute; en prison deux fois en Mac&eacute;doine, deux fois en Serbie et une fois en Roumanie, (il a &eacute;t&eacute;) attaqu&eacute; dans le camp de refugi&eacute;s de Radaouti par des musulmans &raquo;.&nbsp; Sa situation administrative r&eacute;gularis&eacute;e ne l&rsquo;a pas pour autant apais&eacute;. Ghazi est toujours en col&egrave;re&hellip; &laquo; J&rsquo;avais des difficult&eacute;s &agrave; vivre en soci&eacute;t&eacute;, raconte-t-il. Vous connaissez la situation des minorit&eacute;s en Tunisie&hellip; ils ne peuvent ni s&rsquo;exprimer dans les m&eacute;dias, ni pratiquer leurs croyances. Mais je n&rsquo;ai jamais cach&eacute; mes opinions. J&rsquo;ai &eacute;crit mon livre &laquo; l&rsquo;illusion de l&rsquo;Islam &raquo; car j&rsquo;ai souffert de la soci&eacute;t&eacute; qui m&rsquo;a accabl&eacute; et j&rsquo;ai voulu changer la mentalit&eacute; de notre peuple&raquo;. Malgr&eacute; &laquo; l&rsquo;intol&eacute;rance &raquo; dont il a &eacute;t&eacute; victime, le jeune homme s&rsquo;est d&eacute;clar&eacute; tout de m&ecirc;me surpris par la sentence du Tribunal de Mahdia : &laquo; Franchement, je n&rsquo;aurais jamais pens&eacute; que mon pays me condamnerait &agrave; 7 ans et demi de prison m&ecirc;me si j&rsquo;avais une id&eacute;e du fanatisme religieux dans notre soci&eacute;t&eacute;. Je consid&egrave;re que ma condamnation &eacute;tait une atteinte &agrave; la libert&eacute; d&rsquo;expression &raquo;, conclut le jeune homme condamn&eacute; par contumace.&nbsp;\n<\/p>\n<p class=\"p2\">\n\t&nbsp;\n<\/p>\n<p class=\"p1\">\n\t<span class=\"s1\"><b>Jabeur, prisonnier d&rsquo;opinion ?&nbsp;<\/b><\/span>\n<\/p>\n<p class=\"p1\">\n\t&laquo; (&hellip;) Nous demandons qu&rsquo;une gr&acirc;ce pr&eacute;sidentielle soit prononc&eacute;e le plus rapidement possible et nous sollicitons chacune et chacun d&rsquo;entre vous &agrave; manifester son support et son soutien &agrave; cette cause aupr&egrave;s de la pr&eacute;sidence de la R&eacute;publique tunisienne &raquo;. Cr&eacute;&eacute;e le 26 avril 2013 par le comit&eacute; de soutien (Ghazi et Jabeur), la page Facebook &laquo; Pour la gr&acirc;ce pr&eacute;sidentielle de Jabeur et Ghazi &raquo; a recueilli quelques 228 voix. Rappel sommaire des faits&hellip; D&eacute;but mars 2012, un avocat, Me Foued Cheikh Zaouali d&eacute;pose une plainte contre Jabeur Mejri et Ghazi Beji, les accusant d&rsquo;avoir &laquo; port&eacute; atteinte au proph&egrave;te par des photos et des &eacute;crits, ainsi qu&rsquo;aux valeurs sacr&eacute;es de l&rsquo;Islam, causant une fitna entre les musulmans &raquo;. Dans la foul&eacute;e, Jabeur qui est arr&ecirc;t&eacute; quelques jours plus tard est aussit&ocirc;t plac&eacute; en d&eacute;tention dans la prison &agrave; Mahdia. Il n&rsquo;en sortira plus&hellip; Le 28 mars 2012, une peine de sept ans de prison est prononc&eacute;e contre les deux hommes (dont l&rsquo;un, Ghazi, par contumace). Tout en reconnaissant la libert&eacute; de conscience, le tribunal de Mahdia les condamne pour avoir &laquo; nui &agrave; l&#39;ordre public et aux bonnes m&oelig;urs &raquo; en vertu des articles121(3) et 226 du Code p&eacute;nal, ainsi que de l&rsquo;article 86 du code des t&eacute;l&eacute;communications. Le jugement est confirm&eacute; en appel par la Cour (d&#39;appel) de Monastir le 25 juin dernier. &laquo; J&rsquo;ai fait un pourvoi en cassation. J&rsquo;ai notamment avanc&eacute; pour motifs que la&nbsp; Cour d&rsquo;appel&nbsp; s&rsquo;&eacute;tait fond&eacute;e sur des r&eacute;f&eacute;rences religieuses faisant fi des conventions internationales et sortant de sa neutralit&eacute;. Mais la Cour de cassation s&rsquo;est d&eacute;sist&eacute;e &agrave; la demande de Jabeur qui a pris la d&eacute;cision d&rsquo;effectuer une demande de gr&acirc;ce, une fois que sa&nbsp; condamnation est devenue d&eacute;finitive&raquo;, nous a expliqu&eacute; Me Ahmed Mselmi, son avocat. Jabeur n&rsquo;a pas b&eacute;n&eacute;fici&eacute; d&rsquo;une surexposition m&eacute;diatique nationale. Mais un comit&eacute; de soutien r&eacute;unissant des citoyens, des activistes, des avocats ou encore des journalistes, de toutes les nationalit&eacute;s a &eacute;t&eacute; constitu&eacute; d&egrave;s le 27 juin 2012 pour le soutenir. &laquo; Sa gen&egrave;se (du Comit&eacute;) est malheureusement assez classique. Elle ressemble aux comit&eacute;s de soutien qui se mettaient en place sous Ben Ali d&egrave;s lors qu&rsquo;une arrestation arbitraire avait lieu suivie d&rsquo;un proc&egrave;s r&eacute;alis&eacute; dans des conditions non optimales pour une Justice impartiale et suivi d&rsquo;une condamnation parfaitement disproportionn&eacute;e par rapport aux faits et au Droit et n&rsquo;ayant comme autre objectif qu&rsquo;un message politique de la part du pouvoir &raquo;, nous ont expliqu&eacute; ses membres qui ont cr&eacute;&eacute; un blog d&eacute;taillant les actions en faveur du prisonnier. Et de nombreuses inqui&eacute;tudes sur sa d&eacute;tention p&egrave;sent&hellip; En effet, selon certains, le jeune homme ne souffrirait d&rsquo;aucun probl&egrave;me. Mais selon les membres du comit&eacute;, &laquo;en Tunisie, les conditions de d&eacute;tention des prisonniers sont plus que difficiles. L&rsquo;&eacute;tat de d&eacute;labrement des installations, les conditions d&rsquo;hygi&egrave;ne pitoyables, la surpopulation carc&eacute;rale et les violences sont l&rsquo;horrible quotidien de la population carc&eacute;rale. Nous craignons pour la sant&eacute; physique de Jabeur. Il a &eacute;t&eacute; malade (il a attrap&eacute; la gale en prison) et nous craignons aussi qu&rsquo;il soit victime de violences en raison de ses opinions et des raisons de sa condamnation. A l&rsquo;occasion des parloirs, Jabeur n&rsquo;exprime pas, par pudeur et afin de ne pas d&eacute;moraliser sa famille, ces questions l&agrave; &raquo;.\n<\/p>\n<p class=\"p2\">\n\t&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Il y a quelques jours, l\u2019affaire des caricaturistes de Mahdia a ressurgi sur le devant de la sc\u00e8ne. Longtemps annonc\u00e9, le pourvoi en cassation de Jabeur, l\u2019un des deux hommes condamn\u00e9s, a finalement \u00e9t\u00e9 retir\u00e9 ; le jeune d\u00e9tenu, \u00e9paul\u00e9 par un comit\u00e9 de soutien, s\u2019orientant aujourd\u2019hui vers une demande de gr\u00e2ce. Au-del\u00e0 du fond, \u00e0 savoir l\u2019atteinte au sacr\u00e9 par deux citoyens tunisiens, l\u2019affaire pose une r\u00e9elle interrogation : de toutes les libert\u00e9s, la libert\u00e9 de conscience est-elle la plus difficile \u00e0 d\u00e9fendre dans une Tunisie en crise identitaire, repli\u00e9e sur ses valeurs s\u00fbres ? \u00c9clairage<\/p>\n","protected":false},"author":60,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_lmt_disableupdate":"","_lmt_disable":"","_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":""},"categories":[9],"tags":[],"class_list":["post-3881","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-societe"],"yoast_head":"<!-- This site is optimized with the Yoast SEO plugin v26.3 - https:\/\/yoast.com\/wordpress\/plugins\/seo\/ -->\n<title>Essence de la R\u00e9volution - R\u00e9alit\u00e9s Magazine<\/title>\n<meta name=\"description\" content=\"Il y a quelques jours, l\u2019affaire des caricaturistes de Mahdia a ressurgi sur le devant de la sc\u00e8ne. 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