{"id":3939,"date":"2013-05-02T08:37:02","date_gmt":"2013-05-02T07:37:02","guid":{"rendered":"http:\/\/www.realites.com.tn\/demo\/?p=3939"},"modified":"2013-05-02T08:37:02","modified_gmt":"2013-05-02T07:37:02","slug":"ce-qui-pose-probleme","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/realites.com.tn\/fr\/ce-qui-pose-probleme\/","title":{"rendered":"Ce qui pose probl\u00e8me"},"content":{"rendered":"<p class=\"p1\">\n\t<b style=\"line-height: 1.6em;\"><i>Apr&egrave;s des mois de travaux, l&rsquo;Assembl&eacute;e nationale constituante (ANC) a finalement rendu son troisi&egrave;me brouillon. Depuis, analys&eacute;e et d&eacute;cortiqu&eacute;e, la Constitution fait l&rsquo;objet de toutes les attentions. Et la pol&eacute;mique bat son plein en Tunisie&hellip;Le produit final est-il &agrave; la hauteur des id&eacute;aux port&eacute;s lors de la R&eacute;volution ? La Constitution porte-t-elle un projet de soci&eacute;t&eacute; ? Dessine-t-elle les contours d&rsquo;un vivre ensemble? Voici des &eacute;l&eacute;ments de r&eacute;ponse<\/i><\/b>\n<\/p>\n<p class=\"p2\">\n\t&nbsp;\n<\/p>\n<p class=\"p1\">\n\tInvit&eacute;s &agrave; fournir leurs opinions d&rsquo;experts, les constitutionnalistes ne peuvent cacher leur embarras. Les premiers conc&egrave;dent sans probl&egrave;me &laquo; une nette am&eacute;lioration par rapport &agrave; la premi&egrave;re mouture &raquo;. Les seconds cherchent article par article les points positifs. Mais l&rsquo;effort s&rsquo;arr&ecirc;te l&agrave;. Car d&egrave;s que l&rsquo;on rentre dans le d&eacute;tail, la phrase est l&acirc;ch&eacute;e sans l&rsquo;ombre d&rsquo;une h&eacute;sitation. Au-del&agrave; du point non tranch&eacute; (et &agrave; ce jour flou) de la nature civile de l&rsquo;&Eacute;tat, au-del&agrave; de l&rsquo;absence claire de toute r&eacute;f&eacute;rence &agrave; l&rsquo;universalit&eacute; des Droits de l&rsquo;Homme, au-del&agrave; des multiples interrogations port&eacute;es sur les libert&eacute;s, tous les experts sans exception, notent au fil de leur lecture &laquo; une absence d&rsquo;&acirc;me, de philosophie et d&rsquo;esprit &raquo; dans ce texte&hellip; ce qui pour la tr&egrave;s grande majorit&eacute; constitue une aberration pour la Constitution de la Tunisie post r&eacute;volution; R&eacute;volution qui a port&eacute; de nombreuses valeurs et esquiss&eacute; les contours d&rsquo;un nouveau syst&egrave;me. &laquo;Ce texte n&rsquo;a pas d&rsquo;&acirc;me, note le Pr. Farhat Horchani, accessoirement ancien membre de la commission d&#39;experts de la Haute instance. Il n&rsquo;a ni choix clairs, ni r&eacute;f&eacute;rentiels. Il est fait pour satisfaire en apparence tout le monde et du coup ne satisfait en apparence personne&raquo;. La publication du&nbsp; troisi&egrave;me brouillon de la Constitution a &eacute;t&eacute; accompagn&eacute;e par une diabolisation du texte de 1959. Les &eacute;loges du pr&eacute;sent texte font sourire certains constitutionnalistes. &laquo;Mieux r&eacute;dig&eacute;, plus clair, plus d&eacute;cid&eacute; et portant une vision nette&raquo; de la R&eacute;publique tunisienne en gestation, le texte&nbsp; (de 1959) note les experts &eacute;tait bien meilleur dans certains aspects. &laquo;Simplement, le contexte monopartisan et la pr&eacute;dominance du pouvoir ex&eacute;cutif&raquo; ont &eacute;t&eacute; les facteurs d&eacute;terminants de d&eacute;viance. &laquo;Je pense que cette Constitution souffre de trois d&eacute;fauts majeurs. D&rsquo;abord, elle est&nbsp; ambigu&euml; car le texte&nbsp; est un fourre-tout, avec des concepts qui peuvent &ecirc;tre interpr&eacute;t&eacute;s de&nbsp; diff&eacute;rentes mani&egrave;res. Ensuite, des concepts contradictoires ont &eacute;t&eacute; retenus. Enfin, l&rsquo;&eacute;galit&eacute; entre les pouvoirs&nbsp; n&rsquo;a pas &eacute;t&eacute; instaur&eacute;e&raquo;, poursuit le Professeur. Et ce dernier de craindre, &agrave; l&rsquo;instar de ses confr&egrave;res, un avenir tr&egrave;s probable dans lequel le juge aura &agrave; trancher &laquo; un texte &eacute;clat&eacute; qui va dans tous les sens &raquo;.&nbsp;\n<\/p>\n<p class=\"p2\">\n\t&nbsp;\n<\/p>\n<p class=\"p1\">\n\t<b>Un &Eacute;tat civil ?&nbsp;<\/b>\n<\/p>\n<p class=\"p1\">\n\tIl y a quelques mois, un d&eacute;bat avait enflamm&eacute; la Tunisie. Fallait-il ou pas inscrire la Chariaa dans la nouvelle Constitution ? Les partisans de l&rsquo;inscription, majoritairement du parti Ennahdha, avaient fini par abandonner l&rsquo;id&eacute;e et de garder&nbsp; l&rsquo;article 1er&nbsp; de la Constitution de 1959 dans sa version initiale. La disposition au terme de laquelle &laquo; la Tunisie est un &Eacute;tat libre, ind&eacute;pendant et souverain. L&rsquo;Islam est sa religion, l&rsquo;arabe est sa langue et la R&eacute;publique est son r&eacute;gime &raquo; est retenue. La &laquo; bataille &raquo; sur l&rsquo;inscription de la charia a &eacute;t&eacute; tellement rude que les tenants de la nature civile de l&rsquo;&Eacute;tat ont f&ecirc;t&eacute; le &laquo; pas en arri&egrave;re &raquo; du mouvement Ennahdha,&nbsp; aussit&ocirc;t assimil&eacute; &agrave; une victoire. Pourtant, nuance le Pr Salwa Hamrouni, ancien membre de la commission des experts, &laquo; cet article (1er) est probl&eacute;matique&nbsp; et fait partie du politiquement correct. Parfois, il a &eacute;t&eacute; appliqu&eacute; par la jurisprudence tunisienne dans le sens du respect des droits humains. Mais d&rsquo;autres juridictions ont opt&eacute; pour une interpr&eacute;tation plus conservatrice. Il n&rsquo;existe pas de jurisprudence constante, m&ecirc;me au niveau de la Cour de cassation&raquo;. Qu&rsquo;&agrave; cela ne tienne&hellip;Pour la frange progressiste de la soci&eacute;t&eacute; tunisienne, la guerre de la nature civile de l&rsquo;&Eacute;tat est m&ecirc;me d&eacute;finitivement emport&eacute;e ave son inscription (NDLR\/caract&egrave;re civil) dans la Constitution, et plus pr&eacute;cis&eacute;ment dans l&rsquo;article 2 au terme duquel &laquo; la Tunisie est un &Eacute;tat civil se fondant sur la citoyennet&eacute;, la volont&eacute; du peuple et la supr&eacute;matie de la loi &raquo;. Et l&rsquo;universitaire de s&rsquo;interroger : &laquo; Pourquoi avoir ajout&eacute; la volont&eacute; du peuple alors qu&rsquo;existe un article dans la Constitution faisant r&eacute;f&eacute;rence &agrave; la souverainet&eacute; (du peuple) ? Demain, il serait alors possible d&rsquo;affirmer qu&rsquo;une telle disposition m&ecirc;me contraire &agrave; l&rsquo;&eacute;tat civil pourrait passer, car le peuple en a d&eacute;cid&eacute; ainsi. Certes, le peuple d&eacute;cide mais l&rsquo;&Eacute;tat civil est avant tout bas&eacute; sur la citoyennet&eacute; &raquo;, tranche-t-elle. Ainsi, l&rsquo;&Eacute;tat de droit, l&rsquo;un des principaux corollaires de la nature civile de l&rsquo;&Eacute;tat est le grand absent du texte fondamental.&nbsp;\n<\/p>\n<p class=\"p2\">\n\t&nbsp;\n<\/p>\n<p class=\"p1\">\n\t<b>Cocktail explosif<\/b>\n<\/p>\n<p class=\"p1\">\n\tL&rsquo;inscription du caract&egrave;re civil de l&rsquo;&Eacute;tat dans l&rsquo;article 2 est-il une victoire ? Non r&eacute;pondent &agrave; l&rsquo;unisson les experts pour qui, si le terme charia en tant que tel a disparu, son ombre plane sur l&rsquo;ensemble du texte, le structure et le mine. Le roi &laquo;nature civil de l&rsquo;&Eacute;tat&raquo; est mis &eacute;chec et mat par une s&eacute;rie de pions qui le neutralisent. Sa pr&eacute;sence sur l&rsquo;&eacute;chiquier constitutionnelle n&rsquo;&eacute;pargne pas &agrave; la Tunisie la mise en place d&rsquo;un r&eacute;gime th&eacute;ocratique. Tout d&eacute;bute avec le paragraphe 2 du pr&eacute;ambule qui &eacute;voque &laquo;les constantes de l&rsquo;Islam, les valeurs universelles des Droits de l&rsquo;Homme&raquo;. La simple &eacute;vocation des &laquo;constantes de l&rsquo;Islam&raquo; n&rsquo;est qu&rsquo;une p&eacute;riphrase employ&eacute;e pour ne pas dire de la charia. &laquo;Que l&rsquo;on soit clair, mart&egrave;le le Pr Jawher Ben Mbarek, coordinateur du r&eacute;seau Doustourna, les constantes ne sont pas les valeurs. Ce sont des r&egrave;gles juridiques. La polygamie, l&rsquo;interdiction de l&rsquo;adoption, les ch&acirc;timents corporels sont des constantes de l&rsquo;Islam &raquo;. Et le doute n&rsquo;est plus permis lorsque ce paragraphe est lu &agrave; la lumi&egrave;re d&rsquo;autres articles. Ainsi, l&rsquo;article 5 relatif &agrave; la libert&eacute; de culte ou du moins &agrave; son organisation, figurant dans le chapitre consacr&eacute; aux principes g&eacute;n&eacute;raux (alors que la libert&eacute; de culte est par d&eacute;finition une libert&eacute;), la disposition parle de &laquo; la religion &raquo; (le terme est employ&eacute; au singulier),&nbsp; de la protection du &laquo; sacr&eacute; &raquo; (un terme g&eacute;n&eacute;rique sujet &agrave; des interpr&eacute;tations multiples) et nie la libert&eacute; de conscience. Toutefois, la plus grande crainte des constitutionnalistes se trouve dans l&rsquo;article 136 de la Constitution qui annihile totalement la nature civile de l&rsquo;&Eacute;tat. La disposition qui encadre la r&eacute;vision du texte constitutionnel pr&eacute;voit les normes dites supraconstitutionnelles. En r&eacute;sum&eacute;, elle pr&eacute;cise les articles qui ne peuvent &ecirc;tre touch&eacute;s par une quelconque r&eacute;vision. Et parmi les intouchables figure une interpr&eacute;tation singuli&egrave;re mais officielle de l&rsquo;article 1er au terme duquel le caract&egrave;re religieux de l&rsquo;&Eacute;tat est reconnu puisque l&rsquo;&laquo; Islam (est) religion de l&rsquo;&Eacute;tat &raquo;. Or c&rsquo;est l&agrave; que le b&acirc;t blesse&hellip;Si l&rsquo;article 1er p&ecirc;che par son ambigu&iuml;t&eacute;, de l&rsquo;avis de tous les constitutionnalistes, il n&rsquo;a jamais instaur&eacute; un &Eacute;tat th&eacute;ocratique dont la religion serait l&rsquo;Islam. L&rsquo;article consensuel n&rsquo;a jamais &eacute;t&eacute; une prescription. Il s&rsquo;agit davantage de la description d&rsquo;un fait social, &agrave; savoir que la majorit&eacute; des Tunisiens sont musulmans. Et c&rsquo;est ainsi que deux dispositions (le pr&eacute;ambule et l&rsquo;article 5) associ&eacute;es &agrave; l&rsquo;article 1er (d&eacute;fendu par les progressistes) finissent pas neutraliser le caract&egrave;re civil de l&rsquo;&Eacute;tat.\n<\/p>\n<p class=\"p2\">\n\t&nbsp;\n<\/p>\n<p class=\"p1\">\n\t<b>Absence d&rsquo;universalit&eacute;<\/b>\n<\/p>\n<p class=\"p1\">\n\tEn 2011, le monde a assist&eacute; admiratif &agrave; une r&eacute;volution portant et scandant des valeurs universelles. En 2013, l&rsquo;universalit&eacute;, notamment en mati&egrave;re de droits humains existe dans la Constitution&hellip; pour &ecirc;tre limit&eacute;e par le concept de sp&eacute;cificit&eacute; culturelle. &laquo; Il existe&nbsp; une attitude frileuse vis-&agrave;-vis du&nbsp; droit international de mani&egrave;re g&eacute;n&eacute;rale, et des conventions relatives aux droits humains en particulier. Il y a une sorte d&rsquo;allergie au droit international, un refus de l&rsquo;universalisme, un repli sur les sp&eacute;cificit&eacute;s culturelles. Les quelques droits que nous avons, peuvent &ecirc;tre vid&eacute;s par cette vision &eacute;triqu&eacute;e et tout &agrave; fait s&eacute;lective des droits humains. Lorsque nous travaillons sur les droits humains, nous savons pertinemment que leurs violations dans les &Eacute;tats non d&eacute;mocratiques viennent des sp&eacute;cificit&eacute;s culturelles. C&rsquo;est la porte ouverte pour vider ces droits de leurs contenus &raquo;, explique le Pr Salwa Hamrouni. Et elle n&rsquo;est pas la seule &agrave; partager la crainte. Avant d&rsquo;ajouter : &laquo; On sent le forcing en ce qui concerne la r&eacute;f&eacute;rence &agrave; l&rsquo;universalit&eacute; des Droits de l&rsquo;Homme. Et m&ecirc;me &eacute;voqu&eacute;e, elle est neutralis&eacute;e par la sp&eacute;cificit&eacute; culturelle. Le grand danger est de voir une Constitution ouvertement hostile &agrave; toute conception universelle des droits humains et manifestement orient&eacute;e vers les sp&eacute;cificit&eacute;s culturelles &raquo;. La crainte est l&eacute;gitime. En parcourant le texte &agrave; la recherche de l&rsquo;adh&eacute;sion de la Tunisie &agrave; l&rsquo;universalit&eacute; des droits humains (ce qu&rsquo;avait fait la Constitution de 1959 dans son article 5), le lecteur est sans cesse recadr&eacute; par la notion de &laquo; sp&eacute;cificit&eacute;s culturelles &raquo;. &laquo; D&eacute;j&agrave; au niveau du pr&eacute;ambule&nbsp; il existe deux concepts contradictoires: l&rsquo;universalit&eacute; des droits humains et les sp&eacute;cificit&eacute;s culturelles. Soit l&rsquo;un est affirm&eacute;, soit l&rsquo;autre&hellip;Le probl&egrave;me qui se pose est qu&rsquo;entend-on par &laquo; sp&eacute;cificit&eacute;s culturelles&raquo; ? En mettant le pr&eacute;ambule en parall&egrave;le avec&nbsp; l&rsquo;article 136, cela veut dire que l&rsquo;Islam est religion d&rsquo;&Eacute;tat et que donc les sp&eacute;cificit&eacute;s culturelles&nbsp; consacrent un retour &agrave; la charia.&nbsp; De m&ecirc;me, le pr&eacute;ambule peut &ecirc;tre interpr&eacute;t&eacute; comme instaurant une supra constitutionnalit&eacute; constitu&eacute;e par les &laquo;constances de l&rsquo;Islam&raquo; dont on ne connait pas le contenu et sur lesquels doit reposer tout le syst&egrave;me juridique tunisien. D&eacute;s lors, le &laquo;caract&egrave;re civil de l&rsquo;&Eacute;tat &raquo; et la &laquo; primaut&eacute; de la loi &raquo; affirm&eacute;s par l&rsquo;article 2 n&rsquo;ont plus aucun sens.&nbsp; Sur cette base,&nbsp; toute la l&eacute;gislation moderniste de la Tunisie adopt&eacute;e depuis 1956,&nbsp; peut &ecirc;tre mise en cause y compris l&rsquo;interdiction de la polygamie qui&nbsp; peut &ecirc;tre consid&eacute;r&eacute;e comme contraire &agrave; cette supra constitutionnalit&eacute; et donc &agrave; la Constitution&raquo;, affirme le Pr Farhat Horchani. Cette mise &agrave; mal de l&rsquo;universalit&eacute; par les sp&eacute;cificit&eacute;s n&rsquo;est pas simplement un argument th&eacute;orique. Elle pose de graves probl&egrave;mes de droits humains. Ainsi, la question de la peine capitale n&rsquo;est pas tranch&eacute;e (art 22). La libert&eacute; de conscience (donc de croire ou de ne pas croire) n&rsquo;est pas reconnue (art 5). Cette mise &agrave; mal d&eacute;note surtout d&rsquo;un repli sur soi&hellip; et sur un soi arbitrairement d&eacute;fini. Car selon les constituants, les sp&eacute;cificit&eacute;s culturelles sont arabo-musulmanes, ce qui nie tout un pas de l&rsquo;histoire ant&eacute;islamique du pays. Qu&rsquo;en est-il de la civilisation romaine ou carthaginoise ? Qu&rsquo;en est-il des berb&egrave;res ? Aucune r&eacute;f&eacute;rence de ces &laquo; sp&eacute;cificit&eacute;s &raquo; n&rsquo;est faite dans la Constitution.&nbsp; Cette obsession identitaire faite au d&eacute;triment de toute ouverture apparait r&eacute;guli&egrave;rement dans le texte. Ainsi en est-il de l&rsquo;article 35 qui pr&eacute;voit &laquo;&nbsp; l&rsquo;enracinement de la langue arabe &raquo;, un enracinement qui se fait dans l&rsquo;exclusion des autres langues. &nbsp;\n<\/p>\n<p class=\"p2\">\n\t&nbsp;\n<\/p>\n<p class=\"p1\">\n\t<b>Menaces sur les libert&eacute;s<\/b>\n<\/p>\n<p class=\"p1\">\n\tDans les &Eacute;tats d&eacute;mocratiques, les constitutions affirment les Droits et Libert&eacute;s. Les lois les limitent et les organisent. Au-del&agrave; du simple partage technique des t&acirc;ches, le choix est symbolique. Ce faisant, les Droits et Libert&eacute;s ins&eacute;r&eacute;s&nbsp; dans le texte le plus important du pays, la loi fondamentale, sont consacr&eacute;s. Dans la Constitution de la Tunisie post r&eacute;volution, le choix s&rsquo;est port&eacute;&hellip;sur les restrictions et les limitations. &laquo; Nous avons l&rsquo;impression que ce chapitre a &eacute;t&eacute; &eacute;crit dans un &eacute;tat d&rsquo;esprit m&eacute;fiant domin&eacute; par la crainte d&rsquo;avoir davantage de libert&eacute;s. C&rsquo;est un esprit qui consid&egrave;re que les libert&eacute;s sont une menace et un mal n&eacute;cessaire. L&rsquo;accent est mis davantage sur les conditions et les limitations des conditions d&rsquo;exercice plut&ocirc;t que sur la reconnaissance des droits &raquo;, note le Pr Jawher ben Mbarek. Les limitations ne d&eacute;rangent pas les constitutionnalistes. Ce qui suscitent leur crainte est la propension des constituants &agrave; trop les utiliser au cas pas cas. Probl&egrave;me ? Certains&nbsp; droits sont ind&eacute;rogeables (ou intouchables). En outre,&nbsp; en mati&egrave;re de droits et libert&eacute;s, les limites ob&eacute;issent &agrave; des r&egrave;gles tr&egrave;s strictes et &agrave; deux crit&egrave;res : la proportionnalit&eacute; et la n&eacute;cessit&eacute;. Ce sont les standards en la mati&egrave;re. Dans tous les cas, elles ne peuvent &ecirc;tre casuistiques. Et les exemples ne manquent pas&hellip;Ainsi, l&rsquo;article 33 (pr&eacute;voyant le&nbsp; droit syndical) est limit&eacute; par&nbsp; &laquo; la protection des moyens de production et des &eacute;quipements ou encore la continuit&eacute; du service public &raquo;. Non seulement, les concepts sont&nbsp; vagues, mais ils vident le droit de sa substance. L&rsquo;article 34 (relatif &agrave; l&rsquo;acc&egrave;s &agrave; l&rsquo;information) limite cet acc&egrave;s par le concept de s&eacute;curit&eacute; nationale et de donn&eacute;es personnelles&hellip;alors qu&rsquo;une loi encadre d&rsquo;ores et d&eacute;j&agrave; ce droit. L&rsquo;article 40 (relatifs aux libert&eacute;s d&rsquo;opinion, de penser, d&rsquo;expression, d&rsquo;information et de publication) limite ce qu&rsquo;il reconnait par des concepts vagues &laquo; le droit d&rsquo;autrui, la r&eacute;putation, la s&eacute;curit&eacute; ou encore la sant&eacute;&raquo;. &laquo; Les limitations n&rsquo;existent pas dans la Constitution, mais dans la loi qui organise les libert&eacute;s. La Constitution est un texte dont l&rsquo;objet principal est de prot&eacute;ger la libert&eacute;. Il aurait fallu un chapitre moins long avec des articles clairs qui reconnaissent les libert&eacute;s puis un article global qui &eacute;voque les conditions pr&eacute;vues par la loi telles qu&rsquo;elles sont con&ccedil;ues dans un &Eacute;tat d&eacute;mocratique &raquo;, estime le Pr Jawher Ben Mbarek.&nbsp;\n<\/p>\n<p class=\"p2\">\n\t&nbsp;\n<\/p>\n<p class=\"p1\">\n\t<b>La chakchouka tunisienne<\/b>\n<\/p>\n<p class=\"p1\">\n\tAlors que la pol&eacute;mique&nbsp; bat son plein sur la nature du r&eacute;gime &agrave; adopter, les&nbsp; experts se montrent plus cat&eacute;goriques. Selon eux, la question ne se limite pas &agrave; une simple distribution des pr&eacute;rogatives. Le mal est beaucoup plus enfoui, plus profond. Le r&eacute;gime politique est la face visible de l&rsquo;iceberg, celle qui d&eacute;montre l&rsquo;absence chronique de vision. &laquo; Il est caract&eacute;ris&eacute; par une construction anarchique. Jusqu&rsquo;&agrave; maintenant, malgr&eacute; l&rsquo;&eacute;volution de ce brouillon, nous sommes dans une ambigu&iuml;t&eacute;. Cette construction est faite sans plan d&rsquo;architecture, sans matrice. C&rsquo;est le chaos. C&rsquo;est comme si on &eacute;tait entr&eacute; dans l&rsquo;esprit d&rsquo;un fou &raquo;, avance le coordinateur du r&eacute;seau Doustourna. En r&eacute;sum&eacute;, selon les constitutionnalistes, le r&eacute;gime auquel ont abouti les constituants tunisiens est une v&eacute;ritable chakchouka insipide dans laquelle on trouve tout et surtout n&rsquo;importe quoi. &laquo; Cette Constitution&nbsp; est un compromis boiteux entre les th&egrave;ses contradictoires. Le r&eacute;gime pr&eacute;vu est hybride. C&rsquo;est un r&eacute;gime parlementaire d&eacute;guis&eacute;. Nous nous retrouvons avec un pr&eacute;sident &eacute;lu par le peuple, mais qui ne dispose pas de pouvoirs correspondant &agrave; cette l&eacute;gitimit&eacute; populaire&hellip;alors que le chef du gouvernement non &eacute;lu (par le peuple) dispose de pouvoirs plus importants. L&rsquo;&eacute;lection du Pr&eacute;sident par le peuple n&rsquo;a aucun sens &raquo;, souligne le Pr Horchani. Certains articles peuvent aboutir au mieux &agrave; un cafouillage et&nbsp; au pire &agrave; une crise constitutionnelle. Ainsi selon l&rsquo;article 77, la politique &eacute;trang&egrave;re de la Tunisie est d&eacute;termin&eacute;e par un consensus entre le pr&eacute;sident de la R&eacute;publique et le Chef du gouvernement. Qu&rsquo;adviendrait-il en cas de diff&eacute;rend entre les deux ? Selon l&rsquo;article 81, le pr&eacute;sident de la R&eacute;publique ne pr&eacute;side les conseils du ministre qu&rsquo;&agrave; l&rsquo;invitation du Chef du gouvernement, alors qu&rsquo;il est &eacute;lu par le peuple. Au terme de cette disposition, il est clair que malgr&eacute; le suffrage universel direct qui l&rsquo;a port&eacute; au pouvoir, le Pr&eacute;sident n&rsquo;est qu&rsquo;un ex&eacute;cutant qui a la fonction d&rsquo;un ministre. &laquo; Les pouvoirs du Chef de gouvernement, issu de la majorit&eacute; parlementaire sont importants. A c&ocirc;t&eacute; de cela, le Pr&eacute;sident est &eacute;lu, mais ne constitue pas de contre pouvoir. Ce dernier devrait avoir un droit de regard sur la politique g&eacute;n&eacute;rale du pays et des m&eacute;canismes r&eacute;ciproques entre le Parlement et lui, afin d&rsquo;instaurer un &eacute;quilibre entre les pouvoirs pourtant affirm&eacute;s. Mais cette id&eacute;e est absente de la Constitution. C&rsquo;est un r&eacute;gime parlementaire&nbsp; qui ne dit pas son nom. Ce n&rsquo;est pas un mauvais r&eacute;gime en soi, mais il n&eacute;cessite une maturit&eacute; de la classe politique, une alternance au pouvoir et une vie politique d&eacute;mocratique &raquo;, nuance le Pr Horchani. Le coordinateur du r&eacute;seau Doustourna se montre pour sa part nettement plus tranch&eacute; et critique : &laquo; Ils sont en train de regarder le r&eacute;gime politique en deux dimensions, comme une image alors que c&rsquo;est une sc&egrave;ne en 3D. Il faut aller en profondeur.&nbsp;\n<\/p>\n<p class=\"p1\">\n\tLe syst&egrave;me pr&eacute;vu organise les pouvoirs d&rsquo;une mani&egrave;re lat&eacute;rale. Pour cette raison il est archa&iuml;que. Depuis Montesquieu les choses ont &eacute;volu&eacute;. Il faut ajouter&nbsp; la profondeur du pouvoir local et r&eacute;gional et celle de pouvoir et de contre pouvoir. Ce r&eacute;gime est digne d&rsquo;une constitution du d&eacute;but du XXe si&egrave;cle &raquo;, conclut Jawher Ben Mbarek.\n<\/p>\n<p class=\"p2\">\n\t&nbsp;\n<\/p>\n<p class=\"p3\">\n\t<b><i>Azza Turki<\/i><\/b>\n<\/p>\n<p class=\"p4\">\n\t&nbsp;\n<\/p>\n<p class=\"p5\">\n\t<span class=\"s1\"><b>Femmes : le parent pauvre<\/b><\/span>\n<\/p>\n<p class=\"p1\">\n\tLe 13 ao&ucirc;t dernier, des milliers de Tunisiens et de Tunisiennes avaient battu le pav&eacute; pour crier leur refus de l&rsquo;article 28 de la Constitution qui &eacute;non&ccedil;ait&nbsp; &laquo; une compl&eacute;mentarit&eacute; &raquo; entre la femme et l&rsquo;homme. En reconnaissant l&rsquo;&eacute;galit&eacute; des chances dans la responsabilit&eacute;, en inscrivant &nbsp; l&rsquo;&eacute;limination des formes de violences, force est de constater que le texte a &eacute;volu&eacute;. Mais,&nbsp; il n&rsquo;a toujours pas franchi le pas historique de la reconnaissance de l&rsquo;&eacute;galit&eacute;&nbsp; totale entre l&rsquo;homme et la femme. Le nouveau brouillon pr&eacute;voit quatre articles que l&rsquo;on peut lier &agrave; la femme. Le premier, l&rsquo;article 6, pr&eacute;voit l&rsquo;&eacute;galit&eacute; devant et non pas par la loi. Au-del&agrave; de la simple diff&eacute;rence de terme, l&rsquo;impact en mati&egrave;re juridique est &eacute;norme. Cette disposition implique une &eacute;galit&eacute; des citoyens devant la loi mais des l&eacute;gislations &laquo; organisant &raquo; l&rsquo;in&eacute;galit&eacute;, &agrave; l&rsquo;instar de l&rsquo;h&eacute;ritage peuvent continuer &agrave; exister. Si l&rsquo;article 11, constatant &laquo; le partenariat &raquo; entre l&rsquo;homme et la femme est qualifi&eacute; de simple, prose sans impact normatif&nbsp; par les constitutionnalistes, l&rsquo;article 10 pr&eacute;voyant&nbsp; la protection de la famille suscite davantage de r&eacute;ticences. &laquo; Dans la plupart des soci&eacute;t&eacute;s, la famille est consid&eacute;r&eacute;e comme le noyau naturel d&rsquo;organisation sociale. Dire que l&rsquo;&Eacute;tat doit prot&eacute;ger la famille et son int&eacute;grit&eacute; peut poser probl&egrave;me si jamais le divorce ou le travail des femmes &eacute;taient pr&eacute;sent&eacute;s comme des menaces contre la famille. M&ecirc;me si les intentions sont bonnes, il existe plusieurs scenarii possibles et imaginables &raquo;, explique le Pr Salwa Hamrouni. Et le pire des sc&eacute;narii est &agrave; envisager. Le plus frappant dans cette Constitution est la vision st&eacute;r&eacute;otyp&eacute;e de la femme ind&eacute;niablement et in&eacute;luctablement li&eacute;e &agrave; la famille avant d&rsquo;&ecirc;tre une citoyenne &agrave; part enti&egrave;re.&nbsp; &nbsp;\n<\/p>\n<p class=\"p6\">\n\t&nbsp;\n<\/p>\n<p class=\"p4\">\n\t&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Apr&egrave;s des mois de travaux, l&rsquo;Assembl&eacute;e nationale constituante (ANC) a finalement rendu son troisi&egrave;me brouillon. Depuis, analys&eacute;e et d&eacute;cortiqu&eacute;e, la Constitution fait l&rsquo;objet de toutes les attentions. 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