{"id":397061,"date":"2026-10-14T14:34:45","date_gmt":"2026-10-14T13:34:45","guid":{"rendered":"https:\/\/realites.com.tn\/fr\/?p=397061"},"modified":"2026-10-14T14:34:45","modified_gmt":"2026-10-14T13:34:45","slug":"les-hommes-de-bourguiba-de-la-grace-a-la-disgrace","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/realites.com.tn\/fr\/les-hommes-de-bourguiba-de-la-grace-a-la-disgrace\/","title":{"rendered":"Les hommes de Bourguiba :\u00a0De la gr\u00e2ce \u00e0 la disgr\u00e2ce"},"content":{"rendered":"<p><em><strong>L\u2019histoire politique de la Tunisie bourguibienne se lit comme une s\u00e9rie de chutes. De Salah Ben Youssef, abattu dans une chambre d\u2019h\u00f4tel \u00e0 Francfort en 1961, \u00e0 Habib Bourguiba lui-m\u00eame, s\u00e9questr\u00e9 \u00e0 Monastir jusqu\u2019\u00e0 sa mort en 2000, aucun des principaux acteurs du r\u00e9gime n\u2019a quitt\u00e9 le pouvoir par une voie institutionnelle ordinaire. Tous ont \u00e9t\u00e9 promus par le m\u00eame homme, tous ont cru un moment \u00eatre indispensables, et tous \u2014 \u00e0 une seule exception pr\u00e8s, celle de Ben Ali \u2014 ont \u00e9t\u00e9 \u00e9cart\u00e9s par une d\u00e9cision unilat\u00e9rale du pr\u00e9sident.<\/strong><\/em><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Le sch\u00e9ma est d\u2019une r\u00e9gularit\u00e9 presque m\u00e9canique : promotion spectaculaire, concentration de pouvoirs, exposition politique maximale, puis imputation personnelle d\u2019un \u00e9chec collectif, \u00e9viction, effacement et souvent, criminalisation. Ce n\u2019est pas une succession d\u2019accidents mais la logique de fonctionnement d\u2019un r\u00e9gime de pouvoir personnel.<\/p>\n<p>Cet article reconstitue ces fins de pouvoir une \u00e0 une, en d\u00e9gage la grammaire commune, d\u00e9crit la solitude particuli\u00e8re qui les accompagne et propose de premi\u00e8res conclusions sur ce que cette m\u00e9canique a co\u00fbt\u00e9 \u00e0 la construction politique tunisienne. Ce n\u2019est qu\u2019un pr\u00e9lude \u00e0 des fins de pouvoir plus ou moins semblables durant les deux \u00e8res qui ont suivi et que nous traiterons dans nos prochains num\u00e9ros.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h5><span style=\"color: #993300;\"><strong>Le cadre : un pouvoir sans partage : <\/strong><strong>La personnalisation comme syst\u00e8me<\/strong><\/span><\/h5>\n<p>Le r\u00e9gime issu de l\u2019ind\u00e9pendance ne s\u2019organise pas autour d\u2019institutions mais autour d\u2019un homme. Les analystes de la p\u00e9riode d\u00e9crivent \u00abla naissance d\u2019un dispositif personnalis\u00e9 du pouvoir, dont d\u00e9pend le fonctionnement des organisations et institutions\u00bb, avec un \u00abchef omnipotent et entour\u00e9 d\u2019une cour attentive aux volont\u00e9s, aux inclinations du leader\u00bb. Michel Camau a r\u00e9sum\u00e9 ce double mouvement comme une \u00ab\u00e9tatisation de la soci\u00e9t\u00e9\u00bb ayant pour contrepartie une \u00abprivatisation de l\u2019\u00c9tat\u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire l\u2019appropriation de la repr\u00e9sentation par un cercle restreint de professionnels de la politique.<\/p>\n<p>Cette configuration a une cons\u00e9quence directe sur le sort des seconds : leur l\u00e9gitimit\u00e9 n\u2019est jamais autonome. Elle est d\u00e9l\u00e9gu\u00e9e, r\u00e9vocable et ne repose sur aucun mandat propre. Le parti unique \u2014 le N\u00e9o-Destour devenu Parti socialiste destourien (PSD) \u2014 \u00e9tend ses ramifications dans tous les secteurs du pays et ne tol\u00e8re aucune opposition, ce qui prive tout dirigeant \u00e9cart\u00e9 de la moindre base de repli.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h5><span style=\"color: #993300;\"><strong>Le verrou constitutionnel de 1975<\/strong><\/span><\/h5>\n<p>Le dispositif atteint son point d\u2019aboutissement juridique en 1975 : la loi constitutionnelle du 19 mars proclame Bourguiba pr\u00e9sident \u00e0 vie, puis la r\u00e9vision du 8 avril 1976 supprime la limitation du nombre de mandats pr\u00e9sidentiels. \u00c0 partir de l\u00e0, la question de la succession devient structurellement insoluble : il n\u2019existe plus d\u2019horizon l\u00e9gal de transmission, seulement une comp\u00e9tition de cour autour d\u2019un homme vieillissant. Chaque Premier ministre devient de fait un \u00abdauphin\u00bb pr\u00e9sum\u00e9 \u2014 et donc une menace potentielle.<\/p>\n<p>Le pouvoir de d\u00e9l\u00e9gation illustre bien l\u2019asym\u00e9trie : lorsque Bourguiba s\u2019absente du territoire, il transf\u00e8re par d\u00e9cret \u00abtoutes ses attributions\u00bb au Premier ministre, mais uniquement pour la dur\u00e9e de son absence. Le second n\u2019existe que par intermittence et par la volont\u00e9 du premier.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h2 style=\"text-align: center;\"><span style=\"color: #993300;\"><strong>Les chutes, une \u00e0 une<\/strong><\/span><\/h2>\n<ol>\n<li>\n<h5><strong> Salah Ben Youssef : <\/strong>la matrice de toutes les \u00e9liminations<\/h5>\n<\/li>\n<\/ol>\n<p>Le premier \u00e9cart\u00e9 n\u2019est pas un ministre mais un fr\u00e8re d\u2019armes. Ancien secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral du N\u00e9o-Destour et ancien ministre de la Justice, Ben Youssef devient le principal adversaire de Bourguiba apr\u00e8s leur rupture sur les modalit\u00e9s de l\u2019ind\u00e9pendance. Traqu\u00e9, il fuit \u00e0 Tripoli, puis au Caire, o\u00f9 sa pr\u00e9sence finit par devenir g\u00eanante<img fetchpriority=\"high\" decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-397098 alignleft\" src=\"https:\/\/realites.com.tn\/fr\/wp-content\/uploads\/2026\/10\/Salah-Ben-Youssef-208x300.jpg\" alt=\"\" width=\"208\" height=\"300\" srcset=\"https:\/\/realites.com.tn\/fr\/wp-content\/uploads\/2026\/10\/Salah-Ben-Youssef-208x300.jpg 208w, https:\/\/realites.com.tn\/fr\/wp-content\/uploads\/2026\/10\/Salah-Ben-Youssef.jpg 425w\" sizes=\"(max-width: 208px) 100vw, 208px\" \/><\/p>\n<p>Le 12 ao\u00fbt 1961, apr\u00e8s une derni\u00e8re rencontre avec Bourguiba \u00e0 Zurich en mars, il est assassin\u00e9 dans une chambre de l\u2019h\u00f4tel Royal \u00e0 Francfort, attir\u00e9 par deux compatriotes. Sa femme l\u2019attendait dans un caf\u00e9 voisin de la Kaiserstrasse ; c\u2019est elle qui, trois heures plus tard, s\u2019inqui\u00e8te et le fait d\u00e9couvrir mortellement bless\u00e9. Les assassins pr\u00e9sum\u00e9s regagnent aussit\u00f4t la Suisse, o\u00f9 leur trace n\u2019est jamais retrouv\u00e9e malgr\u00e9 l\u2019intervention d\u2019Interpol.<\/p>\n<p>La port\u00e9e de cet \u00e9pisode d\u00e9passe le cas individuel. Il installe dans la culture politique du r\u00e9gime l\u2019id\u00e9e que la dissidence peut co\u00fbter la vie \u2014 et ce message reste actif : Ahmed Ben Salah, fuyant en 1973, \u00abcraint pour sa vie\u00bb pr\u00e9cis\u00e9ment parce qu\u2019il se souvient de Francfort. En 1975, Bourguiba affirme publiquement que les auteurs ont \u00abrendu justice\u00bb. La fin de pouvoir de Ben Youssef, c\u2019est la solitude absolue de l\u2019exil\u00e9 politique dans une chambre d\u2019h\u00f4tel \u00e9trang\u00e8re.<\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<ol start=\"2\">\n<li>\n<h5><strong> Ahmed Ben Salah : l<\/strong>e bouc \u00e9missaire d\u2019une politique pr\u00e9sidentielle<\/h5>\n<\/li>\n<\/ol>\n<p><img decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-397099 alignright\" src=\"https:\/\/realites.com.tn\/fr\/wp-content\/uploads\/2026\/10\/ahmed-ben-salah-bourguiba-300x279.jpg\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"279\" srcset=\"https:\/\/realites.com.tn\/fr\/wp-content\/uploads\/2026\/10\/ahmed-ben-salah-bourguiba-300x279.jpg 300w, https:\/\/realites.com.tn\/fr\/wp-content\/uploads\/2026\/10\/ahmed-ben-salah-bourguiba-768x714.jpg 768w, https:\/\/realites.com.tn\/fr\/wp-content\/uploads\/2026\/10\/ahmed-ben-salah-bourguiba.jpg 799w\" sizes=\"(max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/>Ben Salah est le cas le plus d\u00e9monstratif du m\u00e9canisme. Propuls\u00e9 \u00e0 la t\u00eate d\u2019un superminist\u00e8re regroupant le Plan, les Finances et l\u2019\u00c9conomie, il met en pratique durant toute la d\u00e9cennie 1960 la politique de collectivisation. Il fut, selon la formule employ\u00e9e \u00e0 sa mort, \u00able ministre le plus puissant de Habib Bourguiba\u00bb, artisan d\u2019une modernisation volontariste de l\u2019\u00e9conomie et de l\u2019\u00e9ducation.<\/p>\n<p>La chute se d\u00e9roule en s\u00e9quences soigneusement \u00e9chelonn\u00e9es :<\/p>\n<p><strong>3 ao\u00fbt 1969<\/strong> : Bourguiba rejette la g\u00e9n\u00e9ralisation des coop\u00e9ratives que Ben Salah tentait de faire ent\u00e9riner.<\/p>\n<p><strong>8 septembre 1969<\/strong> : il est d\u00e9charg\u00e9 de ses responsabilit\u00e9s \u00e9conomiques ; le grand minist\u00e8re est de nouveau \u00e9clat\u00e9 en trois d\u00e9partements distincts. Le m\u00eame jour, Ladgham est charg\u00e9 \u00abde coordonner les affaires de l\u2019\u00c9tat et de superviser les phases du d\u00e9veloppement\u00bb.<\/p>\n<p><strong>7-9 novembre 1969<\/strong> : il est d\u00e9mis de son dernier portefeuille, l\u2019\u00c9ducation nationale, et exclu du gouvernement et du parti.<\/p>\n<p><strong>29 d\u00e9cembre 1969<\/strong> : placement en r\u00e9sidence surveill\u00e9e.<\/p>\n<p><strong>24 mars 1970<\/strong> : arrestation.<\/p>\n<p><strong>9-24 mai 1970<\/strong> : la Haute Cour, juridiction \u00abcr\u00e9\u00e9e de toutes pi\u00e8ces\u00bb pour lui, si\u00e8ge cinq jours et le condamne \u00e0 dix ans de travaux forc\u00e9s pour haute trahison, assortis de dix ans de r\u00e9sidence surveill\u00e9e et de privation des droits civiques.<\/p>\n<p>Le chef d\u2019accusation dit tout de la logique du r\u00e9gime : \u00abavoir sciemment induit en erreur le chef de l\u2019\u00c9tat et port\u00e9 ainsi atteinte aux int\u00e9r\u00eats sup\u00e9rieurs de la nation\u00bb. Autrement dit, la responsabilit\u00e9 de la politique pr\u00e9sidentielle est transf\u00e9r\u00e9e au ministre, pr\u00e9sent\u00e9 comme ayant abus\u00e9 de la confiance et du mauvais \u00e9tat de sant\u00e9 du pr\u00e9sident durant les deux derni\u00e8res ann\u00e9es. L\u2019Assembl\u00e9e nationale approuve les conclusions d\u2019une commission parlementaire l\u2019accusant de \u00abforfaiture\u00bb et de \u00abcomplot contre la s\u00fbret\u00e9 de l\u2019\u00c9tat\u00bb.<\/p>\n<p>L\u2019isolement est ici litt\u00e9ral et poignant. D\u00e9tenu au secret dans une cellule de la prison civile de Tunis, il ne re\u00e7oit que la visite hebdomadaire de sa femme et de ses enfants, pendant trois quarts d\u2019heure, et voit son fr\u00e8re tous les quinze jours. Pendant son proc\u00e8s, il ne cesse de r\u00e9p\u00e9ter qu\u2019il \u00e9tait sinc\u00e8re, qu\u2019il croyait en sa politique et que ses erreurs n\u2019\u00e9taient pas de mauvaise foi : \u00abOn m\u2019a donn\u00e9 la possibilit\u00e9 de mettre en pratique mes convictions, je l\u2019ai fait\u00bb. Le 4 f\u00e9vrier 1973, il s\u2019\u00e9vade, dissimulant ses traits sous un voile de femme \u00e0 l\u2019arri\u00e8re d\u2019une voiture, traverse \u00e0 pied la fronti\u00e8re alg\u00e9rienne et se r\u00e9fugie en Europe.<\/p>\n<p>L\u2019\u00e9pilogue est amer. Graci\u00e9 apr\u00e8s la chute de Bourguiba, il rentre en Tunisie le 18 juin 1988 apr\u00e8s quinze ans d\u2019exil. Ben Ali lui fait remettre en liquide ses arri\u00e9r\u00e9s de retraite, mais le place sur \u00e9coute t\u00e9l\u00e9phonique et lui interdit toute activit\u00e9 politique. Sa demande d\u2019enregistrement du Parti de l\u2019unit\u00e9 populaire, d\u00e9pos\u00e9e le 21 ao\u00fbt 1989, est simplement ignor\u00e9e. En septembre 1990, il repart en exil, ne rentrant d\u00e9finitivement qu\u2019en septembre 2000. Il meurt \u00e0 Tunis le 16 septembre 2020, \u00e0 94 ans.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<ol start=\"3\">\n<li>\n<h5><strong> Bahi Ladgham : l<\/strong>a disgr\u00e2ce silencieuse du fid\u00e8le<\/h5>\n<\/li>\n<\/ol>\n<p>Ladgham est le cas de la fin de pouvoir sans proc\u00e8s, sans scandale \u2014 et peut-\u00eatre la plus m\u00e9lancolique. V\u00e9ritable num\u00e9ro deux du r\u00e9gime d\u00e8s 1957, destourien historique et dauphin pr\u00e9sum\u00e9 jusqu\u2019en 1970, il est nomm\u00e9 Premier ministre le 7 novembre 1969 apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 chef du gouvernement de facto pendant douze ans.<\/p>\n<p><img decoding=\"async\" class=\" wp-image-397100 alignleft\" src=\"https:\/\/realites.com.tn\/fr\/wp-content\/uploads\/2026\/10\/Bahi-Ladgham-276x300.jpg\" alt=\"\" width=\"202\" height=\"220\" srcset=\"https:\/\/realites.com.tn\/fr\/wp-content\/uploads\/2026\/10\/Bahi-Ladgham-276x300.jpg 276w, https:\/\/realites.com.tn\/fr\/wp-content\/uploads\/2026\/10\/Bahi-Ladgham-942x1024.jpg 942w, https:\/\/realites.com.tn\/fr\/wp-content\/uploads\/2026\/10\/Bahi-Ladgham-768x835.jpg 768w, https:\/\/realites.com.tn\/fr\/wp-content\/uploads\/2026\/10\/Bahi-Ladgham.jpg 1166w\" sizes=\"(max-width: 202px) 100vw, 202px\" \/>Sa chute vient de son m\u00e9rite m\u00eame. Pendant que Bourguiba s\u00e9journe \u00e0 Paris pour se soigner, Ladgham \u0153uvre \u00e0 consolider la coh\u00e9sion nationale et \u00e0 redresser l\u2019\u00e9conomie ; c\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment au retour du pr\u00e9sident que leurs relations se d\u00e9t\u00e9riorent. Apr\u00e8s une r\u00e9union houleuse avec Bourguiba, il pr\u00e9sente sa d\u00e9mission et celle de son gouvernement le 26 juillet 1970. Bourguiba la refuse \u2014 non par attachement, mais par calcul : il lui demande de rester quelque temps afin de permettre \u00e0 son successeur, H\u00e9di Nouira, de prendre la rel\u00e8ve, ce qui advient le 2 novembre 1970. Le Monde r\u00e9sume sans m\u00e9nagement : \u00abUn an plus tard, le 2 novembre 1970, il fut limog\u00e9 et remplac\u00e9 par H\u00e9di Nouira\u00bb.<\/p>\n<p>L\u2019isolement prend ici la forme d\u2019un long silence. D\u00e8s 1971, il entre en brouille avec Bourguiba, et les retrouvailles n\u2019ont lieu que dix ans plus tard, en juin 1981, gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019entremise de Mohamed Mzali. Mais Ladgham avait d\u00e9j\u00e0 pris ses distances avec l\u2019action politique pour ne plus jamais revenir sur la sc\u00e8ne. Sa dignit\u00e9 ultime tient dans son refus obstin\u00e9 des approches r\u00e9p\u00e9t\u00e9es de Ben Ali, invitant m\u00eame ses pairs \u00e0 refuser toute compromission avec le nouveau r\u00e9gime. Il meurt \u00e0 Paris en 1998.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<ol start=\"4\">\n<li>\n<h5><strong> Ahmed Mestiri : l<\/strong>a sortie par la conviction<\/h5>\n<\/li>\n<\/ol>\n<p>Mestiri illustre la variante du d\u00e9part volontaire, qui n\u2019\u00e9chappe pas pour autant \u00e0 la sanction. Ayant exprim\u00e9 publiquement son opposition \u00e0 la politique des coop\u00e9ratives de Ben Salah, il est exclu du PSD le 29 janvier 1968, avant d\u2019\u00eatre r\u00e9int\u00e9gr\u00e9 au bureau politique le 23 avril 1970, apr\u00e8s l\u2019\u00e9chec du syst\u00e8me coop\u00e9ratif et le limogeage de Ben Salah.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-397101 alignright\" src=\"https:\/\/realites.com.tn\/fr\/wp-content\/uploads\/2026\/10\/Ahmed-mestiri-en-juillet-1957-300x207.jpg\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"207\" srcset=\"https:\/\/realites.com.tn\/fr\/wp-content\/uploads\/2026\/10\/Ahmed-mestiri-en-juillet-1957-300x207.jpg 300w, https:\/\/realites.com.tn\/fr\/wp-content\/uploads\/2026\/10\/Ahmed-mestiri-en-juillet-1957.jpg 720w\" sizes=\"(max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/>Nomm\u00e9 ministre de l\u2019Int\u00e9rieur le 12 juin 1970, il d\u00e9missionne un an plus tard, le 21 juin 1971, parce que les promesses de Bourguiba en mati\u00e8re d\u2019ouverture politique et de d\u00e9mocratisation n\u2019ont pas \u00e9t\u00e9 tenues. Son limogeage effectif de l\u2019Int\u00e9rieur avait \u00e9t\u00e9 prononc\u00e9 par d\u00e9cret pr\u00e9sidentiel, sur fond de conflit avec l\u2019aile conservatrice du r\u00e9gime, notamment \u00e0 propos des nominations dans la s\u00e9curit\u00e9.<\/p>\n<p>\u00c9lu au comit\u00e9 central du PSD lors du congr\u00e8s d\u2019octobre 1971, il devient une menace : par crainte que l\u2019aile lib\u00e9rale prenne le contr\u00f4le du parti, Bourguiba suspend ses activit\u00e9s et l\u2019expulse d\u00e9finitivement le 21 janvier 1972. Il conserve son si\u00e8ge de d\u00e9put\u00e9 et continue \u00e0 critiquer le r\u00e9gime, jusqu\u2019\u00e0 son exclusion de l\u2019Assembl\u00e9e nationale le 20 juillet 1973, sur la base du nouveau paragraphe 109 du code \u00e9lectoral pr\u00e9voyant que le d\u00e9put\u00e9 exclu du parti perd automatiquement son si\u00e8ge. D\u00e9tail r\u00e9v\u00e9lateur du caract\u00e8re instrumental de ce droit : ce texte avait \u00e9t\u00e9 introduit en 1970 pour \u00eatre appliqu\u00e9 \u00e0 Ben Salah, puis abrog\u00e9. En novembre 1972, avec dix autres figures destouriennes, il adresse \u00e0 Bourguiba une lettre critiquant l\u2019\u00e9tat politique et \u00e9conomique du pays.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<ol start=\"5\">\n<li>\n<h5><strong> Habib Achour : l<\/strong>a chute r\u00e9p\u00e9t\u00e9e du contre-pouvoir<\/h5>\n<\/li>\n<\/ol>\n<p>Le cas Achour montre que la m\u00e9canique de la disgr\u00e2ce ne visait pas seulement les ministres, mais tout foyer d\u2019autorit\u00e9 autonome. Cofondateur de l\u2019UGTT en 1946, il la dirige \u00e0 trois reprises : 1963-1965, 1970-1978 et 1984-1989.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-397102 alignleft\" src=\"https:\/\/realites.com.tn\/fr\/wp-content\/uploads\/2026\/10\/habib-achour-300x172.jpg\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"172\" srcset=\"https:\/\/realites.com.tn\/fr\/wp-content\/uploads\/2026\/10\/habib-achour-300x172.jpg 300w, https:\/\/realites.com.tn\/fr\/wp-content\/uploads\/2026\/10\/habib-achour-768x439.jpg 768w, https:\/\/realites.com.tn\/fr\/wp-content\/uploads\/2026\/10\/habib-achour.jpg 960w\" sizes=\"(max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/>Chaque cycle se termine par une chute. En juin 1965, l\u2019incendie et le naufrage d\u2019un bac appartenant \u00e0 l\u2019une de ses entreprises font six morts ; le pouvoir utilise l\u2019accident pour l\u2019emprisonner un mois et le faire condamner \u00e0 six mois de prison et 3 000 dinars d\u2019amende pour faux et outrage \u00e0 magistrat. La logique est explicite : \u00able pouvoir, exc\u00e9d\u00e9 que Habib Achour se rebelle et refuse les injonctions du parti, profite de l\u2019accident pour l\u2019\u00e9carter\u00bb.<\/p>\n<p>Le second \u00e9pisode est sanglant. La gr\u00e8ve g\u00e9n\u00e9rale du 26 janvier 1978 est violemment r\u00e9prim\u00e9e par l\u2019arm\u00e9e, appel\u00e9e \u00e0 la rescousse par le gouvernement ; des centaines de morts et d\u2019innombrables bless\u00e9s jonchent les rues. Un millier de syndicalistes sont arr\u00eat\u00e9s. Achour est plac\u00e9 en r\u00e9sidence surveill\u00e9e puis arr\u00eat\u00e9 le 28 janvier 1978 ; onze des treize membres du comit\u00e9 ex\u00e9cutif de l\u2019UGTT se retrouvent sous les verrous, d\u00e9capitant la direction de la plus puissante organisation de masse du pays. Le pouvoir les accuse d\u2019avoir \u00abde longue date ourdi un complot destin\u00e9 \u00e0 renverser le r\u00e9gime bourguibiste\u00bb. Tenu pour responsable du Jeudi noir, il est condamn\u00e9 par la cour de s\u00fbret\u00e9 de l\u2019\u00c9tat \u00e0 dix ans de travaux forc\u00e9s, avant d\u2019\u00eatre graci\u00e9 en ao\u00fbt 1979.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<ol start=\"6\">\n<li>\n<h5><strong> H\u00e9di Nouira : l<\/strong>a seule chute non politique<\/h5>\n<\/li>\n<\/ol>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-397103 alignright\" src=\"https:\/\/realites.com.tn\/fr\/wp-content\/uploads\/2026\/10\/hedi-nouira-300x169.jpg\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"169\" srcset=\"https:\/\/realites.com.tn\/fr\/wp-content\/uploads\/2026\/10\/hedi-nouira-300x169.jpg 300w, https:\/\/realites.com.tn\/fr\/wp-content\/uploads\/2026\/10\/hedi-nouira-1024x576.jpg 1024w, https:\/\/realites.com.tn\/fr\/wp-content\/uploads\/2026\/10\/hedi-nouira-768x432.jpg 768w, https:\/\/realites.com.tn\/fr\/wp-content\/uploads\/2026\/10\/hedi-nouira-1536x864.jpg 1536w, https:\/\/realites.com.tn\/fr\/wp-content\/uploads\/2026\/10\/hedi-nouira.jpg 1920w\" sizes=\"(max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/>Nouira constitue l\u2019exception qui \u00e9claire la r\u00e8gle. Oppos\u00e9 \u00e0 la politique des coop\u00e9ratives de Ben Salah, il avait su rester en retrait tout en continuant de pr\u00e9sider \u00e0 la destin\u00e9e de la Banque centrale \u2014 strat\u00e9gie de survie qui lui vaut d\u2019\u00eatre appel\u00e9 \u00e0 la primature en 1970. Il joue un r\u00f4le majeur dans le d\u00e9veloppement de l\u2019\u00e9conomie et la dynamique de la soci\u00e9t\u00e9 tunisiennes, malgr\u00e9 les crises du pouvoir : le conflit avec l\u2019UGTT et Habib Achour, achev\u00e9 par les \u00e9v\u00e9nements sanglants du 26 janvier 1978, puis la tentative de coup d\u2019\u00c9tat men\u00e9e depuis Gafsa par le r\u00e9gime libyen \u00e0 l\u2019aube du 27 janvier 1980.<\/p>\n<p>Sa sortie ne rel\u00e8ve pas d\u2019un limogeage. Le 23 avril 1980, victime d\u2019une attaque c\u00e9r\u00e9brale ayant entra\u00een\u00e9 une h\u00e9mipl\u00e9gie, il quitte d\u00e9finitivement la vie politique. Les sources situent explicitement cette attaque dans le sillage du coup de Gafsa et de l\u2019\u00e9chec du projet d\u2019union tuniso-libyenne. Mohamed Mzali lui succ\u00e8de.<\/p>\n<p>L\u2019isolement est ici celui du corps. Emport\u00e9 par une longue maladie, il meurt le 25 janvier 1993 \u00e0 La Marsa et est inhum\u00e9 \u00e0 Monastir. Il aura pass\u00e9 les treize derni\u00e8res ann\u00e9es de sa vie hors de toute vie publique. Le paradoxe est cruel : le seul homme fort de Bourguiba dont la chute ne fut pas d\u00e9cid\u00e9e par Bourguiba est aussi celui dont le retrait fut le plus d\u00e9finitif.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<ol start=\"7\">\n<li>\n<h5><strong> Driss Guiga : l<\/strong>a responsabilit\u00e9 imput\u00e9e du sang vers\u00e9<\/h5>\n<\/li>\n<\/ol>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-397104 alignleft\" src=\"https:\/\/realites.com.tn\/fr\/wp-content\/uploads\/2026\/10\/driss-guiga-220x300.jpg\" alt=\"\" width=\"220\" height=\"300\" srcset=\"https:\/\/realites.com.tn\/fr\/wp-content\/uploads\/2026\/10\/driss-guiga-220x300.jpg 220w, https:\/\/realites.com.tn\/fr\/wp-content\/uploads\/2026\/10\/driss-guiga-751x1024.jpg 751w, https:\/\/realites.com.tn\/fr\/wp-content\/uploads\/2026\/10\/driss-guiga-768x1047.jpg 768w, https:\/\/realites.com.tn\/fr\/wp-content\/uploads\/2026\/10\/driss-guiga-1126x1536.jpg 1126w, https:\/\/realites.com.tn\/fr\/wp-content\/uploads\/2026\/10\/driss-guiga-1502x2048.jpg 1502w\" sizes=\"(max-width: 220px) 100vw, 220px\" \/>Les \u00e9meutes du pain de l\u2019hiver 1983-1984 exigent un coupable, et le ministre de l\u2019Int\u00e9rieur en tient le r\u00f4le. Face \u00e0 la crise, Guiga adopte une posture politique inattendue en appelant \u00e0 la d\u00e9mission du gouvernement \u2014 positionnement qui ne le prot\u00e8ge pas.<\/p>\n<p>\u00c9cart\u00e9 du gouvernement le 7 janvier 1984, il quitte la Tunisie le 8, d\u00e8s le lendemain. Le 13 mars 1984, apr\u00e8s que Bourguiba a pris connaissance du rapport de la commission d\u2019enqu\u00eate charg\u00e9e de \u00abd\u00e9limiter les responsabilit\u00e9s\u00bb, il est renvoy\u00e9 devant la Haute Cour de justice pour haute trahison. Le rapport lui reproche d\u2019avoir laiss\u00e9 dans les tiroirs du minist\u00e8re les avertissements de l\u2019administration r\u00e9gionale sur les risques de soul\u00e8vement, d\u2019avoir laiss\u00e9 les services de s\u00e9curit\u00e9 commettre des carences \u00abdans plus d\u2019un cas intentionnelles\u00bb, et de s\u2019\u00eatre livr\u00e9 \u00e0 diverses malversations depuis mars 1980. L\u2019accusation politique est plus crue encore : avoir voulu exploiter la r\u00e9volte du pain pour prendre la place de Mzali et devenir le successeur d\u00e9sign\u00e9 de Bourguiba.<\/p>\n<p>Guiga est condamn\u00e9 par contumace \u00e0 dix ans de prison, ses biens sont saisis et mis sous s\u00e9questre judiciaire, et Mzali lui succ\u00e8de \u00e0 l\u2019Int\u00e9rieur. Il s\u2019exile \u00e0 Londres, o\u00f9 il travaille comme conseiller d\u2019un homme d\u2019affaires saoudien pr\u00e9sident d\u2019une fondation pour la promotion du soufisme.<\/p>\n<p>Sa d\u00e9fense, publi\u00e9e par la presse fran\u00e7aise, dit toute l\u2019incompr\u00e9hension de l\u2019homme l\u00e2ch\u00e9 : il rappelle avoir quitt\u00e9 librement son pays apr\u00e8s en avoir inform\u00e9 le chef de l\u2019\u00c9tat, qui venait de lui dire \u00abJe n\u2019ai rien \u00e0 vous reprocher\u00bb. Dans une lettre adress\u00e9e \u00e0 Bourguiba, il \u00e9crit se voir assign\u00e9 devant une Haute Cour pour haute trahison \u00aben me demandant ce qui me vaut cet exc\u00e8s d\u2019honneur ou cette indignit\u00e9\u00bb. Il d\u00e9nonce la composition et les m\u00e9thodes de la commission d\u2019enqu\u00eate, ainsi qu\u2019un rapport pr\u00e9tendument confidentiel comportant \u00abun ensemble de calomnies non v\u00e9rifi\u00e9es\u00bb.<\/p>\n<p>Le Monde souligne la port\u00e9e institutionnelle : c\u2019\u00e9tait la seconde fois seulement depuis l\u2019ind\u00e9pendance qu\u2019un membre du gouvernement comparaissait pour haute trahison devant la Haute Cour, la premi\u00e8re ayant \u00e9t\u00e9 Ahmed Ben Salah en 1970. La m\u00eame juridiction d\u2019exception, la m\u00eame incrimination, \u00e0 quatorze ans d\u2019intervalle. Le retour n\u2019aura lieu qu\u2019apr\u00e8s le changement de r\u00e9gime de 1987 : bri\u00e8vement incarc\u00e9r\u00e9, il passe treize jours \u00e0 la prison civile de Tunis puis est condamn\u00e9 \u00e0 cinq ans avec sursis et rel\u00e2ch\u00e9. Il meurt centenaire, \u00e0 101 ans.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<ol start=\"8\">\n<li>\n<h5><strong> Mohamed Mzali : l<\/strong>e fils spirituel d\u00e9savou\u00e9<\/h5>\n<\/li>\n<\/ol>\n<p>Mzali cumule le poste de Premier ministre et de secr\u00e9tariat g\u00e9n\u00e9ral du PSD \u2014 concentration qui fait de lui le successeur le plus visible. Proche de l\u2019Arabie saoudite et des pays du Golfe, il annule une circulaire interdisant le port du hidjab dans les \u00e9coles publiques et obtient du pr\u00e9sident l\u2019amnistie des repr\u00e9sentants du Mouvement de la tendance islamique, futur Ennahdha.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-397105 alignright\" src=\"https:\/\/realites.com.tn\/fr\/wp-content\/uploads\/2026\/10\/Mohamed-Mzali-198x300.jpg\" alt=\"\" width=\"198\" height=\"300\" srcset=\"https:\/\/realites.com.tn\/fr\/wp-content\/uploads\/2026\/10\/Mohamed-Mzali-198x300.jpg 198w, https:\/\/realites.com.tn\/fr\/wp-content\/uploads\/2026\/10\/Mohamed-Mzali-674x1024.jpg 674w, https:\/\/realites.com.tn\/fr\/wp-content\/uploads\/2026\/10\/Mohamed-Mzali-768x1166.jpg 768w, https:\/\/realites.com.tn\/fr\/wp-content\/uploads\/2026\/10\/Mohamed-Mzali.jpg 897w\" sizes=\"(max-width: 198px) 100vw, 198px\" \/>Le 8 juillet 1986, il est limog\u00e9 simultan\u00e9ment de ses fonctions de Premier ministre et de secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral du parti, et remplac\u00e9 par Rachid Sfar. Sa position avait \u00e9t\u00e9 durablement fragilis\u00e9e par les \u00e9meutes du pain de 1984.<\/p>\n<p>La suite est un roman noir. Il quitte le pays dans la clandestinit\u00e9 vers la France via les fronti\u00e8res terrestres avec l\u2019Alg\u00e9rie, d\u00e9guis\u00e9 dans un sefsari. Une source \u00e9voque un passage par la Suisse avant l\u2019installation en France. Sa disparition de son domicile est confirm\u00e9e par les milieux autoris\u00e9s en septembre 1986, sans que l\u2019on sache s\u2019il est encore en Tunisie ou d\u00e9j\u00e0 \u00e0 l\u2019\u00e9tranger. Le 20 avril 1987, il est condamn\u00e9 par contumace par la Cour criminelle de Tunis \u00e0 une peine de prison ferme pour abus de biens sociaux et enrichissement ill\u00e9gal.<\/p>\n<p>L\u2019isolement de Mzali est celui du disciple r\u00e9pudi\u00e9. En exil, il publie une <em>Lettre ouverte \u00e0 Habib Bourguiba<\/em> dans laquelle, en \u00abfils spirituel bless\u00e9 mais n\u00e9anmoins fid\u00e8le\u00bb, il d\u00e9signe l\u2019entourage pr\u00e9sidentiel \u00e0 la vindicte tunisienne \u2014 ceux qui ont \u00abcomplot\u00e9\u00bb et obtenu sa disgr\u00e2ce \u2014 tout en s\u2019\u00e9vertuant \u00e0 pr\u00e9server la figure du pr\u00e9sident lui-m\u00eame. Il ne cesse de r\u00e9cuser sa condamnation et garde des relations tendues avec le r\u00e9gime. Le pourvoi de l\u2019avocat g\u00e9n\u00e9ral d\u00e9bouche sur un arr\u00eat de cassation du 5 ao\u00fbt 2002, qui annule la condamnation par contumace et lui permet de rentrer d\u00e8s le lendemain, apr\u00e8s pr\u00e8s de quinze ans d\u2019exil. Il m\u00e8ne ensuite un train de vie assez discret. Transf\u00e9r\u00e9 \u00e0 Paris pour soins aux frais de l\u2019\u00c9tat sur ordre de Ben Ali, il y meurt le 23 juin 2010, \u00e0 85 ans, et est enterr\u00e9 au cimeti\u00e8re de l\u2019Imam El Mezri \u00e0 Monastir. Il avait publi\u00e9 un livre au titre qui r\u00e9sume sa vie : <em>Un Premier ministre de Bourguiba t\u00e9moigne<\/em>.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<ol start=\"9\">\n<li>\n<h5>Rachid Sfar : l\u2019\u00e9viction absurde<\/h5>\n<\/li>\n<\/ol>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-397106 alignleft\" src=\"https:\/\/realites.com.tn\/fr\/wp-content\/uploads\/2026\/10\/Rachid-Sfar-300x215.jpg\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"215\" srcset=\"https:\/\/realites.com.tn\/fr\/wp-content\/uploads\/2026\/10\/Rachid-Sfar-300x215.jpg 300w, https:\/\/realites.com.tn\/fr\/wp-content\/uploads\/2026\/10\/Rachid-Sfar-768x551.jpg 768w, https:\/\/realites.com.tn\/fr\/wp-content\/uploads\/2026\/10\/Rachid-Sfar.jpg 784w\" sizes=\"(max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/>Sfar est nomm\u00e9 Premier ministre le 8 juillet 1986 pour r\u00e9tablir les \u00e9quilibres financiers et \u00e9conomiques du pays. Technocrate ayant occup\u00e9 de 1977 \u00e0 1986 les portefeuilles de l\u2019Industrie, de la D\u00e9fense nationale, de la Sant\u00e9, de l\u2019\u00c9conomie nationale et des Finances, il incarne la gestion plut\u00f4t que le projet politique. Son gouvernement int\u00e8gre Ben Ali, d\u2019abord comme ministre de l\u2019Int\u00e9rieur, puis avec le titre de ministre d\u2019\u00c9tat.<\/p>\n<p>Les circonstances de son \u00e9viction, le 2-3 octobre 1987, sont d\u2019une \u00e9loquence rare sur l\u2019\u00e9tat du r\u00e9gime : il essuie une col\u00e8re du pr\u00e9sident qui, affaibli par la maladie, ne se souvient pas avoir nomm\u00e9 Abdelmalek Laarif \u00e0 la direction du PSD et en fait porter la responsabilit\u00e9 \u00e0 son Premier ministre. Bourguiba nomme alors son ministre de l\u2019Int\u00e9rieur, Ben Ali, pour le remplacer.<\/p>\n<p>Sfar est le seul de la s\u00e9rie \u00e0 ne conna\u00eetre ni la prison ni l\u2019exil. \u00c9lu \u00e0 la Chambre des d\u00e9put\u00e9s en octobre 1986, il en devient le pr\u00e9sident de 1987 \u00e0 1988, reste membre du PSD puis du RCD lorsque Ben Ali acc\u00e8de \u00e0 la pr\u00e9sidence, et est nomm\u00e9 ambassadeur \u00e0 Bruxelles de 1988 \u00e0 1992. Constatant la faible utilit\u00e9 de son travail, il demande en 1996 \u00e0 faire valoir ses droits \u00e0 la retraite comme ancien Premier ministre, pour reprendre \u00abune certaine libert\u00e9\u00bb. Il meurt le 20 juillet 2023, \u00e0 90 ans. \u00c9cart\u00e9 un mois avant la destitution de Bourguiba, il a \u00e9chapp\u00e9 de justesse au r\u00f4le de t\u00e9moin g\u00eanant.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<ol start=\"10\">\n<li>\n<h5><strong> Habib Bourguiba : le<\/strong>\u00a0m\u00e9canisme retourn\u00e9 contre son inventeur<\/h5>\n<\/li>\n<\/ol>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-397107 alignright\" src=\"https:\/\/realites.com.tn\/fr\/wp-content\/uploads\/2026\/10\/bourguiba-ben-ali-300x245.jpg\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"245\" srcset=\"https:\/\/realites.com.tn\/fr\/wp-content\/uploads\/2026\/10\/bourguiba-ben-ali-300x245.jpg 300w, https:\/\/realites.com.tn\/fr\/wp-content\/uploads\/2026\/10\/bourguiba-ben-ali-1024x835.jpg 1024w, https:\/\/realites.com.tn\/fr\/wp-content\/uploads\/2026\/10\/bourguiba-ben-ali-768x626.jpg 768w, https:\/\/realites.com.tn\/fr\/wp-content\/uploads\/2026\/10\/bourguiba-ben-ali.jpg 1139w\" sizes=\"(max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/>Le dernier maillon est celui du fabricant. Le 7 novembre 1987, Ben Ali renverse le pr\u00e9sident de la R\u00e9publique pour raisons de sant\u00e9 et acc\u00e8de au pouvoir. Dans la nuit du 6 novembre, un groupe de sept m\u00e9decins tunisiens signe un rapport certifiant l\u2019incapacit\u00e9 mentale du pr\u00e9sident \u00e0 assumer ses fonctions. L\u2019action est justifi\u00e9e par l\u2019article 57 de la Constitution, invoquant l\u2019\u00abemp\u00eachement absolu\u00bb du chef de l\u2019\u00c9tat. Ben Ali pr\u00eate serment le jour m\u00eame devant une r\u00e9union extraordinaire de l\u2019Assembl\u00e9e nationale. L\u2019op\u00e9ration est sans effusion de sang.<\/p>\n<p>Il faut noter que cette \u00e9viction s\u2019est d\u00e9roul\u00e9e avec l\u2019accord presque unanime de l\u2019\u00e9lite politique : les sept m\u00e9decins mobilis\u00e9s \u00abn\u2019ont fait que traduire ce consensus\u00bb. Bourguiba, qui ne travaillait plus \u00e0 la fin de son r\u00e8gne qu\u2019une ou deux heures par jour, continuait n\u00e9anmoins d\u2019appliquer les r\u00e8gles du pouvoir personnel qui avaient fait sa force. Le r\u00e9gime qu\u2019il avait construit pour n\u2019avoir aucun rival fonctionnait encore parfaitement \u2014 simplement, il en \u00e9tait devenu l\u2019objet.<\/p>\n<p>L\u2019isolement final est le plus long de tous. Pouss\u00e9 hors du palais de Carthage \u00e0 l\u2019aube du 7 novembre, il est conduit d\u2019abord \u00e0 Mornag, puis \u00e0 Monastir. Il y passe le reste de ses jours en r\u00e9sidence surveill\u00e9e jusqu\u2019\u00e0 sa mort le 6 avril 2000, soit treize ann\u00e9es d\u2019assignation \u00e0 domicile. Son m\u00e9decin personnel, le professeur Amor Chadli, a document\u00e9 sur 600 pages \u00able r\u00e9gime de r\u00e9sidence surveill\u00e9e impos\u00e9 au Pr\u00e9sident et les supplices subis, jusqu\u2019\u00e0 sa mort\u00bb. Un autre t\u00e9moignage, celui de son garde rapproch\u00e9, d\u00e9crit son quotidien \u00e0 Monastir en soulignant sa s\u00e9r\u00e9nit\u00e9 et la distance qu\u2019il mettait avec ce qui lui arrivait, affichant une tr\u00e8s haute dignit\u00e9.<\/p>\n<p>La solitude n\u2019est pas seulement politique. Il avait annonc\u00e9 brusquement, par un simple communiqu\u00e9 du 11 ao\u00fbt 1986, son divorce de Wassila Ben Ammar, alors que son \u00e9pouse se soignait depuis plusieurs mois aux \u00c9tats-Unis. Elle quitte le palais et le pays en 1986 pour rentrer en 1988 sans accepter de le revoir. Apr\u00e8s la destitution, la presse tunisienne annonce qu\u2019elle a envoy\u00e9 \u00e0 Ben Ali un message \u00abexprimant sa confiance dans la nouvelle direction politique\u00bb. Elle n\u2019est pas enterr\u00e9e dans le mausol\u00e9e de Bourguiba \u00e0 Monastir.<\/p>\n<p>Admis le 5 mars 2000 \u00e0 l\u2019h\u00f4pital militaire de Tunis pour une pneumopathie, son \u00e9tat jug\u00e9 critique, il meurt \u00e0 sa r\u00e9sidence de Monastir le 6 avril 2000 \u00e0 9h50, \u00e0 l\u2019\u00e2ge de 97 ans. Ben Ali d\u00e9cr\u00e8te sept jours de deuil national et fait transf\u00e9rer la d\u00e9pouille \u00e0 la maison du RCD \u00e0 Tunis avant l\u2019inhumation au mausol\u00e9e familial. Quinze ans apr\u00e8s, un ouvrage comm\u00e9moratif constatait que \u00abla Tunisie et les Tunisiens n\u2019en ont pas encore fait leur deuil\u00bb, et \u00e9voquait la maison familiale de Monastir spoli\u00e9e par Ben Ali, propri\u00e9t\u00e9 pay\u00e9e par Bourguiba de ses propres deniers, au sujet de laquelle une lettre d\u2019octobre 2012 est rest\u00e9e sans r\u00e9ponse.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h2><span style=\"color: #993300;\"><strong>\u00a0La grammaire commune de la disgr\u00e2ce<\/strong><\/span><\/h2>\n<p>En croisant les dix trajectoires, six r\u00e9gularit\u00e9s se d\u00e9gagent.<\/p>\n<p><strong>-La promotion comme pi\u00e8ge<\/strong><\/p>\n<p>Plus la promotion est spectaculaire, plus la chute est brutale. Ben Salah re\u00e7oit un superminist\u00e8re cumulant le Plan, les Finances, l\u2019\u00c9conomie puis l\u2019\u00c9ducation ; Mzali cumule primature et secr\u00e9tariat g\u00e9n\u00e9ral du parti. Cette concentration n\u2019est pas une marque de confiance durable : elle rend l\u2019homme identifiable, donc imputable. \u00c0 l\u2019inverse, Nouira avait surv\u00e9cu aux ann\u00e9es Ben Salah pr\u00e9cis\u00e9ment en restant en retrait \u00e0 la Banque centrale, et Sfar s\u2019en est sorti en restant un technicien sans base politique.<\/p>\n<p><strong>-Le transfert de responsabilit\u00e9<\/strong><\/p>\n<p>Le r\u00e9gime fonctionne par externalisation de l\u2019\u00e9chec vers le second. La collectivisation \u00e9tait une politique valid\u00e9e au sommet, mais l\u2019incrimination retenue contre Ben Salah est d\u2019avoir \u00absciemment induit en erreur le chef de l\u2019\u00c9tat\u00bb et d\u2019avoir abus\u00e9 du mauvais \u00e9tat de sant\u00e9 du pr\u00e9sident. Un m\u00e9canisme identique frappe Guiga en 1984, accus\u00e9 d\u2019avoir dissimul\u00e9 les avertissements sur les risques d\u2019\u00e9meute, alors que la d\u00e9cision d\u2019augmenter le prix du pain \u00e9tait gouvernementale. La formule des sources est nette : Bourguiba, \u00abmalade, d\u00e9sorient\u00e9 par la mont\u00e9e des m\u00e9contentements, d\u00e9\u00e7u par le bilan\u00bb, fait traduire son ministre en justice.<\/p>\n<p><strong>\u00a0&#8211;<\/strong><strong>La judiciarisation d\u2019exception<\/strong><\/p>\n<p>La Haute Cour de justice n\u2019est pas un tribunal ordinaire. Cr\u00e9\u00e9e \u00abde toutes pi\u00e8ces\u00bb pour Ben Salah, pr\u00e9sid\u00e9e par un haut magistrat et compos\u00e9e de juges tous d\u00e9put\u00e9s d\u00e9sign\u00e9s par leurs pairs, elle ne juge que deux ministres en trente ans \u2014 Ben Salah en 1970 et Guiga en 1984 \u2014 pour la m\u00eame incrimination de haute trahison. Le droit lui-m\u00eame est instrumentalis\u00e9 : le paragraphe 109 du code \u00e9lectoral, permettant de d\u00e9choir un d\u00e9put\u00e9 exclu du parti, est introduit en 1970 pour Ben Salah, abrog\u00e9, puis ressorti contre Mestiri en 1973.<\/p>\n<p><strong>-La gradation m\u00e9thodique<\/strong><\/p>\n<p>Aucune chute n\u2019est instantan\u00e9e. Ben Salah subit cinq \u00e9tapes en huit mois, du d\u00e9saveu politique \u00e0 l\u2019arrestation. Ladgham d\u00e9missionne en juillet mais reste en poste jusqu\u2019en novembre, le temps d\u2019organiser sa propre rel\u00e8ve. Mestiri est exclu, r\u00e9int\u00e9gr\u00e9, renomm\u00e9, red\u00e9missionn\u00e9, r\u00e9\u00e9lu au comit\u00e9 central, suspendu, exclu, puis d\u00e9chu. Cette lenteur a une fonction : elle d\u00e9mon\u00e9tise l\u2019homme progressivement, jusqu\u2019\u00e0 ce que son \u00e9viction ne provoque plus de r\u00e9action.<\/p>\n<p><strong>-L\u2019exil comme condition normale <\/strong><strong>de l\u2019ancien dirigeant<\/strong><\/p>\n<p>Ben Youssef meurt en exil. Ben Salah passe quinze ans hors de Tunisie, puis y retourne encore en 1990. Guiga s\u2019installe \u00e0 Londres. Mzali vit pr\u00e8s de quinze ans en France. La Tunisie de Bourguiba n\u2019offre aucune place \u00e0 l\u2019ancien d\u00e9tenteur du pouvoir : ni retraite honorable, ni opposition l\u00e9gale, ni statut d\u2019ancien responsable. Seul le d\u00e9part ou le silence.<\/p>\n<p><strong>-L\u2019effacement plut\u00f4t que la m\u00e9moire<\/strong><\/p>\n<p>Ladgham, num\u00e9ro deux du r\u00e9gime pendant treize ans, dispara\u00eet totalement de la sc\u00e8ne apr\u00e8s 1971 et ne revient jamais. Nouira, artisan de la d\u00e9cennie \u00e9conomique la plus dynamique, vit treize ans sans aucune vie publique. La comm\u00e9moration ne vient que bien plus tard, par des s\u00e9minaires et des hommages posthumes. La r\u00e8gle du r\u00e9gime \u00e9tait que l\u2019histoire n\u2019ait qu\u2019un seul auteur \u2014 ce que confirme l\u2019analyse du storytelling bourguibien, o\u00f9 la construction narrative de sa propre vie est constamment au service de la construction de son pouvoir.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h2 style=\"text-align: center;\"><span style=\"color: #993300;\"><strong>La tristesse de l\u2019isolement : une typologie<\/strong><\/span><\/h2>\n<p>La solitude de ces hommes n\u2019est pas une figure de style. Elle prend des formes concr\u00e8tes et distinctes.<\/p>\n<p><strong>La solitude du corps enferm\u00e9.<\/strong> Ben Salah au secret, avec trois quarts d\u2019heure de visite familiale par semaine. Bourguiba \u00e0 Monastir pendant treize ans, dont son m\u00e9decin d\u00e9crit les \u00absupplices\u00bb.<\/p>\n<p><strong>La solitude du fugitif. <\/strong>Ben Salah franchissant \u00e0 pied la fronti\u00e8re alg\u00e9rienne sous un voile de femme. Mzali passant clandestinement en Alg\u00e9rie d\u00e9guis\u00e9 dans un sefsari. Deux Premiers ministres ou quasi Premiers ministres d\u2019un m\u00eame pays r\u00e9duits au travestissement pour sauver leur libert\u00e9.<\/p>\n<p><strong>La solitude de l\u2019incompr\u00e9hension. <\/strong>Guiga \u00e9crivant \u00e0 Bourguiba qu\u2019il se demande \u00abce qui me vaut cet exc\u00e8s d\u2019honneur ou cette indignit\u00e9\u00bb, apr\u00e8s s\u2019\u00eatre entendu dire par le pr\u00e9sident lui-m\u00eame : \u00abJe n\u2019ai rien \u00e0 vous reprocher\u00bb. Mzali, en exil, incapable d\u2019accuser le pr\u00e9sident et reportant tout sur son entourage.<\/p>\n<p><strong>La solitude de la fid\u00e9lit\u00e9 inutile.<\/strong> Ladgham, qui avait travaill\u00e9 \u00e0 redresser le pays pendant l\u2019hospitalisation du chef, et dont c\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment ce travail qui d\u00e9clenche la rupture. Puis dix ans de brouille, une r\u00e9conciliation tardive en 1981, et le refus d\u00e9finitif de revenir.<\/p>\n<p><strong>La solitude du corps trahi.<\/strong> Nouira, foudroy\u00e9 par une h\u00e9mipl\u00e9gie au lendemain de Gafsa, quittant d\u00e9finitivement la vie publique \u00e0 69 ans pour treize ans de maladie.<\/p>\n<p><strong>La solitude intime.<\/strong> Bourguiba divor\u00e7ant par communiqu\u00e9 d\u2019une \u00e9pouse absente et malade, puis apprenant que celle-ci a assur\u00e9 son successeur de sa confiance, et qu\u2019elle refusera de le revoir jusqu\u2019\u00e0 sa mort.<\/p>\n<p>Ce qui frappe, c\u2019est la sym\u00e9trie finale. L\u2019homme qui a organis\u00e9 l\u2019isolement de tous ses lieutenants a fini par en subir la version la plus longue. Et le fait que ses obs\u00e8ques nationales aient \u00e9t\u00e9 d\u00e9cr\u00e9t\u00e9es par celui qui l\u2019avait d\u00e9pos\u00e9 ajoute \u00e0 l\u2019ironie une dimension proprement tragique.<\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<h2 style=\"text-align: center;\"><span style=\"color: #993300;\"><strong>Premi\u00e8res conclusions pour la Tunisie de l\u2019\u00e8re Bourguiba<\/strong><\/span><\/h2>\n<p><strong><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-397108 alignright\" src=\"https:\/\/realites.com.tn\/fr\/wp-content\/uploads\/2026\/10\/Le-gouvernement-Mzali-1980-1986-300x186.jpg\" alt=\"\" width=\"398\" height=\"247\" srcset=\"https:\/\/realites.com.tn\/fr\/wp-content\/uploads\/2026\/10\/Le-gouvernement-Mzali-1980-1986-300x186.jpg 300w, https:\/\/realites.com.tn\/fr\/wp-content\/uploads\/2026\/10\/Le-gouvernement-Mzali-1980-1986-768x475.jpg 768w, https:\/\/realites.com.tn\/fr\/wp-content\/uploads\/2026\/10\/Le-gouvernement-Mzali-1980-1986.jpg 827w\" sizes=\"(max-width: 398px) 100vw, 398px\" \/>\u00a0<\/strong><\/p>\n<ol>\n<li><strong> La comp\u00e9tence a \u00e9t\u00e9 syst\u00e9matiquement sacrifi\u00e9e \u00e0 la s\u00e9curit\u00e9 du chef<\/strong><\/li>\n<\/ol>\n<p>Ben Salah avait b\u00e2ti une politique de modernisation volontariste de l\u2019\u00e9conomie et de l\u2019\u00e9ducation ; il finit aux travaux forc\u00e9s. Mestiri portait un projet d\u2019ouverture d\u00e9mocratique ; il est exclu du parti et du parlement. Le r\u00e9gime a r\u00e9p\u00e9t\u00e9 l\u2019\u00e9limination de ses propres cadres les plus structurants, non pour incomp\u00e9tence, mais parce que leur autonomie devenait mesurable. Le co\u00fbt est un appauvrissement continu de la profondeur d\u2019\u00e9lite dirigeante.<\/p>\n<ol start=\"2\">\n<li><strong> L\u2019absence de m\u00e9canisme de succession a produit une comp\u00e9tition destructrice<\/strong><\/li>\n<\/ol>\n<p>En verrouillant constitutionnellement la pr\u00e9sidence \u00e0 vie en 1975, puis en supprimant la limitation des mandats en 1976, le r\u00e9gime a rendu la succession pensable seulement comme complot. Le r\u00e9sultat est visible dans l\u2019accusation port\u00e9e contre Guiga \u2014 avoir voulu exploiter les \u00e9meutes pour devenir successeur d\u00e9sign\u00e9 \u2014 et dans l\u2019issue de 1987, o\u00f9 la transmission ne pouvait plus se faire que par un rapport m\u00e9dical sign\u00e9 de nuit.<\/p>\n<ol start=\"3\">\n<li><strong> Le droit est devenu une technique de r\u00e8glement de comptes<\/strong><\/li>\n<\/ol>\n<p>Haute Cour cr\u00e9\u00e9e pour un accus\u00e9, article du code \u00e9lectoral introduit puis abrog\u00e9 selon les besoins, cour de s\u00fbret\u00e9 de l\u2019\u00c9tat condamnant un syndicaliste \u00e0 dix ans avant une gr\u00e2ce pr\u00e9sidentielle un an plus tard : la justice fonctionne comme prolongement de la volont\u00e9 pr\u00e9sidentielle. Cela a durablement d\u00e9valu\u00e9 l\u2019id\u00e9e de l\u00e9galit\u00e9 et rendu possible en 1987 un changement de r\u00e9gime habill\u00e9 d\u2019une proc\u00e9dure constitutionnelle.<\/p>\n<ol start=\"4\">\n<li><strong> Les contre-pouvoirs sociaux ont \u00e9t\u00e9 bris\u00e9s, non int\u00e9gr\u00e9s<\/strong><\/li>\n<\/ol>\n<p>La r\u00e9pression du 26 janvier 1978 \u2014 arm\u00e9e dans les rues, des centaines de morts, un millier d\u2019arrestations, onze des treize membres de l\u2019Ex\u00e9cutif de l\u2019UGTT emprisonn\u00e9s \u2014 marque l\u2019\u00e9chec d\u2019un r\u00e9gime \u00e0 absorber une organisation de masse qu\u2019il avait lui-m\u00eame contribu\u00e9 \u00e0 faire na\u00eetre. Les \u00e9meutes du pain de 1984 puis la crise de 1986 montrent que ce verrouillage n\u2019a rien r\u00e9gl\u00e9 : il a seulement d\u00e9plac\u00e9 le conflit vers la rue.<\/p>\n<ol start=\"5\">\n<li><strong> La chute du syst\u00e8me \u00e9tait inscrite dans son fonctionnement<\/strong><\/li>\n<\/ol>\n<p>Le r\u00e9gime avait \u00e9t\u00e9 construit pour qu\u2019aucune force ne puisse contester le pr\u00e9sident. Il en r\u00e9sulte qu\u2019\u00e0 la fin, la seule voie de changement disponible \u00e9tait le coup de palais. La succession s\u2019est faite \u00abpratiquement sans heurts, avec l\u2019accord presque unanime de l\u2019\u00e9lite politique\u00bb \u2014 non par vertu institutionnelle, mais parce qu\u2019il ne restait plus aucun acteur capable de contester quoi que ce soit. Un syst\u00e8me qui produit sa propre rel\u00e8ve par la seule voie du complot est structurellement condamn\u00e9 \u00e0 recommencer.<\/p>\n<ol start=\"6\">\n<li><strong> Une culture politique de la loyaut\u00e9 verticale sans garantie<\/strong><\/li>\n<\/ol>\n<p>Le trait le plus durable est peut-\u00eatre celui-ci : dans le bourguibisme, la fid\u00e9lit\u00e9 n\u2019assure aucune protection, et le m\u00e9rite peut devenir un motif de suspicion. Cette le\u00e7on a \u00e9t\u00e9 apprise par tous ceux qui ont surv\u00e9cu \u2014 et son enseignement pratique est la prudence, l\u2019effacement, la reconversion technocratique. Sfar en est le mod\u00e8le r\u00e9ussi. Ce n\u2019est pas une \u00e9cole de responsabilit\u00e9 politique, mais de survie administrative.<\/p>\n<p><strong>Ce qui reste ouvert<\/strong><\/p>\n<p>Trois \u00e9l\u00e9ments m\u00e9ritent d\u2019\u00eatre signal\u00e9s comme incertains ou insuffisamment document\u00e9s dans les sources accessibles. D\u2019abord, les circonstances exactes de l\u2019\u00e9vasion de Ben Salah en 1973 demeurent \u00abmyst\u00e9rieuses\u00bb, les autorit\u00e9s elles-m\u00eames ayant \u00e9t\u00e9 surprises compte tenu de ses conditions de d\u00e9tention au secret. Ensuite, la responsabilit\u00e9 directe de Bourguiba dans l\u2019assassinat de Ben Youssef, si elle est largement admise et corrobor\u00e9e par sa d\u00e9claration de 1975, n\u2019a jamais fait l\u2019objet d\u2019une enqu\u00eate judiciaire aboutie, la trace des ex\u00e9cutants ayant \u00e9t\u00e9 perdue en Suisse. Enfin, les r\u00e9cits de la nuit du 6 au 7 novembre 1987 reposent essentiellement sur des t\u00e9moignages produits apr\u00e8s 2011, dont le croisement critique reste un chantier historiographique.<\/p>\n<p>Le prolongement naturel de cet article concerne la reproduction du m\u00eame m\u00e9canisme sous les r\u00e9gimes suivants : la mise \u00e0 l\u2019\u00e9cart de H\u00e9di Baccouche, premier chef de gouvernement de Ben Ali, la trajectoire des hommes forts du RCD, puis la fuite de Ben Ali lui-m\u00eame le 14 janvier 2011 vers l\u2019Arabie saoudite, suivie de mandats d\u2019arr\u00eat internationaux. La continuit\u00e9 est frappante : le r\u00e9gime qui avait renvers\u00e9 Bourguiba a fini de la m\u00eame mani\u00e8re, \u00e9cart\u00e9 par la rue plut\u00f4t que par une proc\u00e9dure \u2014 et son fondateur a lui aussi termin\u00e9 en exil.<\/p>\n<p style=\"text-align: right;\"><strong><em>\u00a0A suivre\u2026 Prochain article\u00a0: \u00abLes fins de pouvoir\u00bb \u00a0 des hommes de Ben Ali<\/em><\/strong><\/p>\n<p><strong><em>\u00a0<\/em><\/strong><\/p>\n<hr \/>\n<h5><span style=\"color: #993300;\"><strong>Mansour Moalla : Un intellectuel public qui ne s\u2019efface pas<\/strong><\/span><\/h5>\n<p>Mansour Moalla n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 ministre sous Ben Ali. Toute sa carri\u00e8re gouvernementale s\u2019est d\u00e9roul\u00e9e sous Bourguiba, entre 1967 et 1983. C\u2019est pourtant Ben Ali qui a mis fin \u00e0 sa seconde vie, celle de banquier.<\/p>\n<p><strong>Un parcours gouvernemental, enti\u00e8rement bourguibien<img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-397097 alignright\" src=\"https:\/\/realites.com.tn\/fr\/wp-content\/uploads\/2026\/10\/Mansour-Moalla-Bourguiba-225x300.jpg\" alt=\"\" width=\"282\" height=\"376\" srcset=\"https:\/\/realites.com.tn\/fr\/wp-content\/uploads\/2026\/10\/Mansour-Moalla-Bourguiba-225x300.jpg 225w, https:\/\/realites.com.tn\/fr\/wp-content\/uploads\/2026\/10\/Mansour-Moalla-Bourguiba.jpg 720w\" sizes=\"(max-width: 282px) 100vw, 282px\" \/><\/strong><\/p>\n<p>N\u00e9 \u00e0 Sfax le 1<sup>er<\/sup> mai 1930, dipl\u00f4m\u00e9 de l\u2019ENA de Paris et docteur en droit de la Sorbonne, il fut le premier directeur g\u00e9n\u00e9ral de la Banque centrale de Tunisie de 1958 \u00e0 1961, puis directeur de l\u2019\u00c9cole nationale d\u2019administration. Il occupe ensuite quatre portefeuilles successifs : Industrie et Commerce (1967-1968), PTT (1969-1970), Plan (1970-1974) et Finances et Plan (1980-1983). C\u2019est durant ce dernier mandat qu\u2019il contribue \u00e0 cr\u00e9er l\u2019Ordre des experts-comptables de Tunisie en 1983.<\/p>\n<p><strong>Sa premi\u00e8re fin de pouvoir : juin 1983<\/strong><\/p>\n<p>Il est \u00e9cart\u00e9 du gouvernement en 1983 \u00e0 la suite d\u2019un diff\u00e9rend avec le Premier ministre Mohamed Mzali concernant le d\u00e9ficit budg\u00e9taire et la caisse de compensation. Un t\u00e9moignage situe le d\u00e9clencheur au Conseil des ministres du 9 juin 1983, o\u00f9 Moalla \u00e9met des r\u00e9serves sur le financement d\u2019une double voie destin\u00e9e \u00e0 relier l\u2019a\u00e9roport de Monastir au palais pr\u00e9sidentiel de Skan\u00e8s. Autrement dit : le ministre des Finances a refus\u00e9 de payer une route de prestige pour le pr\u00e9sident, et il est parti trois semaines plus tard.<\/p>\n<p>Sa sortie s\u2019inscrit dans une h\u00e9morragie. Dans \u00abLes Trois D\u00e9cennies Bourguiba\u00bb Tahar Belkhodja dit : \u00abEn juin 1983, ce fut le d\u00e9part du gouvernement de Mansour Moalla et de moi-m\u00eame, suivi d\u2019Azouz Lasram en octobre, puis de Driss Guiga en janvier 1984 apr\u00e8s les \u00e9meutes du pain\u00bb. Or c\u2019est exactement le sujet qui l\u2019avait fait tomber : le gouvernement annonce le 19 septembre 1983 la suppression de la compensation sur les produits c\u00e9r\u00e9aliers \u2014 d\u00e9cision qui d\u00e9clenchera les \u00e9meutes du pain et ouvrira la longue agonie du r\u00e9gime. Moalla avait eu raison trop t\u00f4t.<\/p>\n<p><strong>Sa seconde fin de pouvoir : juin 1993, celle-l\u00e0 sous Ben Ali<\/strong><\/p>\n<p>Fondateur de la BIAT en 1975-1976 \u2014 avec pour associ\u00e9 Habib Bourguiba Jr., fils du pr\u00e9sident \u2014 ainsi que du Groupe des Assurances de Tunisie et de l\u2019Institut arabe des chefs d\u2019entreprises en 1984-1985, il est redevenu, apr\u00e8s 1983, pr\u00e9sident de sa banque et l\u2019une des figures du patronat tunisien.<\/p>\n<p>En juin 1993, il doit d\u00e9missionner de toutes ses fonctions officielles pour sauver sa banque. La cause est une campagne de diffamation publique fond\u00e9e sur l\u2019all\u00e9gation de l\u2019existence d\u2019une loge ma\u00e7onnique qui aurait vis\u00e9 \u00e0 \u00abcontr\u00f4ler les structures de l\u2019\u00e9conomie nationale\u00bb \u2014 campagne survenue apr\u00e8s ses critiques contre l\u2019alignement du gouvernement tunisien sur la Banque mondiale et le FMI. La formule employ\u00e9e par la presse tunisienne est sans ambigu\u00eft\u00e9 : \u00abLimog\u00e9 par Bourguiba \u00e0 l\u2019initiative de Mzali, puis oblig\u00e9 par Ben Ali en 1993 de quitter la BIAT\u00bb. Sa Fondation, cr\u00e9\u00e9e en 1992, est \u00abtu\u00e9e dans l\u2019\u0153uf en juin 1993\u00bb.<\/p>\n<p>C\u2019est donc un cas de figure in\u00e9dit : un homme \u00e9limin\u00e9 deux fois, par deux pr\u00e9sidents diff\u00e9rents, et la seconde fois sans m\u00eame d\u00e9tenir de fonction publique. La sanction ne portait plus sur son pouvoir politique mais sur son autonomie \u00e9conomique \u2014 ce qui confirme la th\u00e8se de nos deux articles : le r\u00e9gime ne tol\u00e9rait aucun capital ind\u00e9pendant du palais, pas m\u00eame priv\u00e9.<\/p>\n<p><strong>Ce qu\u2019il est devenu<\/strong><\/p>\n<p>Contrairement \u00e0 presque tous les autres cas \u00e9tudi\u00e9s, sa fin n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 l\u2019effacement. Il a reconstruit une existence d\u2019intellectuel public : il reste pr\u00e9sident d\u2019honneur de la BIAT et du GAT, et la banque le reconna\u00eet officiellement comme l\u2019un de ses trois principaux fondateurs aux c\u00f4t\u00e9s de Mokhtar Fakhfakh et Habib Bourguiba Jr. Il publie en 2011 <em>De l\u2019ind\u00e9pendance \u00e0 la r\u00e9volution : syst\u00e8me politique et d\u00e9veloppement \u00e9conomique en Tunisie<\/em>, un ouvrage de 637 pages, puis en f\u00e9vrier 2020 <em>Sortie de crise et Union nationale<\/em>.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s 2011, il redevient un interlocuteur \u00e9cout\u00e9 : il soumet en f\u00e9vrier 2016 au pr\u00e9sident B\u00e9ji Ca\u00efd Essebsi une initiative \u00e9conomique visant \u00e0 cr\u00e9er environ 600.000 emplois en trois ans, et fait partie des personnalit\u00e9s re\u00e7ues au palais de Carthage. Il intervient dans le d\u00e9bat institutionnel, jugeant que l\u2019Assembl\u00e9e constituante avait perdu sa l\u00e9gitimit\u00e9 d\u00e8s 2012 et estimant que l\u2019\u00e2ge du futur chef du gouvernement ne devrait pas d\u00e9passer 60 ans.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L\u2019histoire politique de la Tunisie bourguibienne se lit comme une s\u00e9rie de chutes. 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