{"id":6850,"date":"2014-01-22T15:11:13","date_gmt":"2014-01-22T14:11:13","guid":{"rendered":"http:\/\/www.realites.com.tn\/?p=6850"},"modified":"2014-01-22T15:11:13","modified_gmt":"2014-01-22T14:11:13","slug":"reportages-a-thala-kasserine-et-au-kef-pourquoi-35-des-tunisiens-regrettent-ils-ben-ali","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/realites.com.tn\/fr\/reportages-a-thala-kasserine-et-au-kef-pourquoi-35-des-tunisiens-regrettent-ils-ben-ali\/","title":{"rendered":"Reportages \u00e0 Thala, Kasserine et au Kef: pourquoi 35% des Tunisiens regrettent-ils Ben Ali ?"},"content":{"rendered":"<p class=\"p1\" style=\"text-align: justify;\">\n\t<b style=\"line-height: 1.6em;\">Apr&egrave;s trois ans de la R&eacute;volution, 35,2% des Tunisies regrettent Ben Ali, selon le dernier sondage de l&rsquo;institut 3C Etude. Un chiffre effrayant qui refl&egrave;te l&rsquo;&eacute;tat de d&eacute;sespoir auquel est arriv&eacute;e la population. O&ugrave; est donc pass&eacute; le r&ecirc;ve de libert&eacute;, de d&eacute;mocratie, de&nbsp; d&eacute;veloppement et de justice sociale? O&ugrave; a donc disparu l&rsquo;enthousiasme de toute une jeunesse qui s&rsquo;est insurg&eacute;e contre la dictature, le ch&ocirc;mage, l&rsquo;injustice et la corruption ? Que reste-il aujourd&rsquo;hui de ce r&ecirc;ve du Printemps arabe dont la Tunisie a &eacute;t&eacute; le d&eacute;clencheur et le mod&egrave;le ? Pourquoi regrette-t-on autant l&rsquo;ancien r&eacute;gime ?<\/b>\n<\/p>\n<p class=\"p1\" style=\"text-align: justify;\">\n\t<b>Le bilan catastrophique des&nbsp; gouvernements qui se sont succ&eacute;d&eacute; depuis la R&eacute;volution et notamment apr&egrave;s les &eacute;lections du 23 octobre 2011, l&rsquo;appauvrissement de la population et le r&eacute;tr&eacute;cissement de la classe moyenne, l&rsquo;augmentation du co&ucirc;t de la vie, la profonde crise &eacute;conomique, l&rsquo;ins&eacute;curit&eacute;, le terrorisme et l&rsquo;&eacute;puisante crise politique o&ugrave; baigne tout un pays, en voil&agrave; de bonnes raisons de d&eacute;sespoir ! &Agrave; cela, il faudra ajouter une Constituante qui s&rsquo;est r&eacute;v&eacute;l&eacute;e un d&eacute;sastre pour le pays, &eacute;puisant ses ressources et son temps.<\/b>\n<\/p>\n<p class=\"p1\" style=\"text-align: justify;\">\n\t<b>Aucun objectif de la R&eacute;volution n&rsquo;a &eacute;t&eacute; r&eacute;alis&eacute;, &agrave; part la libert&eacute; d&rsquo;information et d&rsquo;expression, aucune am&eacute;lioration dans le v&eacute;cu des Tunisiens. Au contraire, les islamistes, arriv&eacute;s au pouvoir ont&nbsp; plong&eacute; le pays dans des querelles marginales et inutiles sur la question identitaire et ont sem&eacute; la discorde et les fractures dans la soci&eacute;t&eacute;, tout en installant leurs&nbsp; partisans dans tous les rouages de l&rsquo;&Eacute;tat en vue de mettre la main d&eacute;finitivement sur la Tunisie.<\/b>\n<\/p>\n<p class=\"p1\" style=\"text-align: justify;\">\n\t<b>Partout sur cette terre, c&rsquo;est le spectacle d&eacute;solant de la pauvret&eacute;, de la salet&eacute;, des sit-in de protestations, de la violence, de l&rsquo;ins&eacute;curit&eacute; et de la frustration.<\/b>\n<\/p>\n<p class=\"p1\" style=\"text-align: justify;\">\n\t<b>La Tunisie, et notamment celle des r&eacute;gions, grogne mais ne cesse d&rsquo;esp&eacute;rer. Une visite dans les fiefs de la R&eacute;volution comme Thala, Kasserine et Le Kef en r&eacute;v&egrave;le l&rsquo;&eacute;tat du d&eacute;senchantement de la population, qui, 3 ans apr&egrave;s la R&eacute;volution, n&rsquo;a rien vu venir des promesses de d&eacute;veloppement, de l&rsquo;emploi et de la justice sociale.<\/b>\n<\/p>\n<p class=\"p1\" style=\"text-align: justify;\">\n\t<b>Dans ces contr&eacute;es, les citoyens nourrissent le m&eacute;contentement et la d&eacute;ception face &agrave; une classe politique qui a &eacute;t&eacute; en de&ccedil;&agrave;&nbsp; de leurs aspirations. Certains regrettent m&ecirc;me d&rsquo;avoir particip&eacute; &agrave; la R&eacute;volution et d&rsquo;avoir donn&eacute; le sang de leurs enfants. D&rsquo;autres, pensent d&eacute;j&agrave; &agrave; faire une deuxi&egrave;me, mais &agrave; condition, de ne plus laisser &laquo; les intrus &raquo; en cueillir les fruits.<\/b>\n<\/p>\n<p class=\"p1\" style=\"text-align: justify;\">\n\t<b>Focus.&nbsp;<\/b>\n<\/p>\n<p class=\"p2\" style=\"text-align: justify;\">\n\t&nbsp;\n<\/p>\n<p class=\"p1\" style=\"text-align: justify;\">\n\t<span class=\"s1\"><b>Reportage &agrave; Thala, trois ans apr&egrave;s la R&eacute;volution<\/b><\/span>\n<\/p>\n<p class=\"p1\" style=\"text-align: justify;\">\n\t<span class=\"s1\"><b>Un pesant sentiment de d&eacute;sespoir<\/b><\/span>\n<\/p>\n<p class=\"p2\" style=\"text-align: justify;\">\n\t&nbsp;\n<\/p>\n<p class=\"p1\" style=\"text-align: justify;\">\n\t<b><i>Trois ans apr&egrave;s la R&eacute;volution, c&rsquo;est le statu quo &agrave; Thala. &Agrave; l&rsquo;occasion de la c&eacute;l&eacute;bration des &eacute;v&egrave;nements du 8 et 9 janvier 2011, le m&ecirc;me sc&eacute;nario d&rsquo;affrontements entre manifestants et forces de l&rsquo;ordre s&rsquo;est reproduit, avec incendie du poste de police. Le temps est rest&eacute; fig&eacute; dans cette ville, &eacute;ternellement oubli&eacute;e.<\/i><\/b>\n<\/p>\n<p class=\"p2\" style=\"text-align: justify;\">\n\t&nbsp;\n<\/p>\n<p class=\"p1\" style=\"text-align: justify;\">\n\tPerch&eacute;e en haut de la montagne, &agrave; 250 km de Tunis, plus proche de la fronti&egrave;re alg&eacute;rienne que de la capitale (25 km), Thala (gouvernorat de Kasserine) semble &ecirc;tre une ville en dehors de l&rsquo;histoire. Isol&eacute;e par la nature, mais aussi par tous les gouvernements qui se sont succ&eacute;d&eacute; en Tunisie depuis l&rsquo;Ind&eacute;pendance, Thala (25.000 habitants) n&rsquo;a cess&eacute; de donner ses enfants pour d&eacute;fendre ce pays qui l&rsquo;a toujours trait&eacute;e, selon ses habitants, &laquo;avec ingratitude.&raquo;\n<\/p>\n<p class=\"p2\" style=\"text-align: justify;\">\n\t&nbsp;\n<\/p>\n<p class=\"p1\" style=\"text-align: justify;\">\n\t<b>Un sc&eacute;nario r&eacute;p&eacute;t&eacute;<\/b>\n<\/p>\n<p class=\"p1\" style=\"text-align: justify;\">\n\tEn entrant dans la ville, tout sombre dans l&rsquo;immobilisme le plus total.&nbsp; Des deux c&ocirc;t&eacute;s de l&rsquo;art&egrave;re principale qui la traverse, les caf&eacute;s sont pleins &agrave; craquer, les petits &eacute;talages de l&eacute;gumes et de marchandises pullulent et sur les visages se lisent la mis&egrave;re, la frustration et la privation. &Agrave; premi&egrave;re vue, rien n&rsquo;annonce ce qui vient de se passer, il y a quelques jours, comme affrontements entre police et manifestants. La vie reprend son cours normal, toujours le m&ecirc;me. En avan&ccedil;ant un peu sur cette art&egrave;re, on aper&ccedil;oit finalement le poste de police incendi&eacute; le 8 janvier, &agrave; l&rsquo;occasion de la comm&eacute;moration des &eacute;v&egrave;nements de 2011 &agrave; Thala, ayant caus&eacute; la mort de 6 personnes.&nbsp; La marche nocturne, organis&eacute;e le 7 janvier par les habitants de la ville, s&rsquo;est transform&eacute;e en heurts avec les forces de s&eacute;curit&eacute; en place. &laquo;Pourtant nous avons avis&eacute; les autorit&eacute;s de cette marche et de son caract&egrave;re pacifique, &agrave; travers un communiqu&eacute;&raquo;, explique Issam Omri, fr&egrave;re du martyr Mohamed Omri et actif au sein de la soci&eacute;t&eacute; civile &agrave; Thala. Les forces de s&eacute;curit&eacute; les ont emp&ecirc;ch&eacute;s, selon lui, de d&eacute;passer le niveau o&ugrave; se situe le poste de police, mais les manifestants n&rsquo;ont pas ob&eacute;i aux ordres. C&rsquo;est l&agrave; qu&rsquo;a commenc&eacute; l&rsquo;utilisation du gaz lacrymog&egrave;ne de la part des policiers, suscitant une forte r&eacute;action du c&ocirc;t&eacute; des protestataires qui ont commenc&eacute; &agrave; leur jeter des pierres. &laquo;Plus tard, les forces de s&eacute;curit&eacute; ont fait une descente dans les quartiers et les maisons et ont proc&eacute;d&eacute; &agrave; plusieurs arrestations. Du coup, nos r&eacute;clamations n&rsquo;&eacute;taient plus l&rsquo;emploi et le d&eacute;veloppement, mais la lib&eacute;ration des d&eacute;tenus, envoy&eacute;s dans la nuit m&ecirc;me &agrave; Kasserine&raquo; poursuit-il. Le lendemain matin, le 8 janvier, les habitants et notamment les familles des personnes arr&ecirc;t&eacute;es ont afflu&eacute; en masse au poste de police, cherchant &agrave; convaincre&nbsp; le chef de district de les rel&acirc;cher. Mais ce dernier a camp&eacute; sur ses positions, ce qui a attis&eacute; la col&egrave;re de la population qui s&rsquo;est ru&eacute;e sur le poste pour le vandaliser et l&rsquo;incendier. Revoil&agrave; la ville, sans s&eacute;curit&eacute; (apr&egrave;s le d&eacute;part de tous les agents). Or, cette situation ne pr&eacute;occupe pas les habitants. &laquo;Nous avons v&eacute;cu sans police pendant presque deux ans apr&egrave;s la R&eacute;volution et nous avons bien g&eacute;r&eacute; nos affaires, sans qu&rsquo;il y ait aucun incident. Nous continuerons donc de m&ecirc;me&raquo;, affirme Mohamed Na&icirc;me (24 ans), serveur dans un caf&eacute;. &laquo;Pourquoi avons-nous besoin de la pr&eacute;sence de l&rsquo;&Eacute;tat, s&rsquo;il n&rsquo;est l&agrave; que pour r&eacute;primer ou appliquer la loi, sans tenir compte de nos besoins, de notre mis&egrave;re, de nos attentes ?&raquo;, s&rsquo;interroge-t-il avec amertume. Pour Mohamed Na&icirc;me et un bon nombre des habitants, la notion d&rsquo;&Eacute;tat n&rsquo;a plus de sens. Tant qu&rsquo;ils resteront dans la pauvret&eacute; et la privation, il n&rsquo;existera pas pour eux. Et &laquo;nous chasserons chaque repr&eacute;sentant de la s&eacute;curit&eacute; qui viendrait &agrave; Thala&raquo;, souligne-t-il fermement. Ici, les gens vivent gr&acirc;ce &agrave; un fort r&eacute;seau d&rsquo;entraide et de solidarit&eacute; sociale.\n<\/p>\n<p class=\"p2\" style=\"text-align: justify;\">\n\t&nbsp;\n<\/p>\n<p class=\"p1\" style=\"text-align: justify;\">\n\t<b>Le r&ecirc;ve &eacute;touff&eacute;<\/b>\n<\/p>\n<p class=\"p1\" style=\"text-align: justify;\">\n\t&laquo;Aucune pr&eacute;sence de l&rsquo;&Eacute;tat, ni des partis politiques, nous sommes livr&eacute;s &agrave; nous-m&ecirc;mes&raquo;, note Zine Shili, un quinquag&eacute;naire. L&rsquo;histoire de cet homme est en elle-m&ecirc;me r&eacute;v&eacute;latrice de l&rsquo;&eacute;tat d&rsquo;abandon de la ville et des r&ecirc;ves perdus de prosp&eacute;rit&eacute;. Ce p&egrave;re de trois enfants r&eacute;sidait en Irlande o&ugrave; il &eacute;tait cadre &agrave; Microsoft. Dix ans auparavant, il avait d&eacute;cid&eacute; de retourner au pays pour travailler dans une soci&eacute;t&eacute; d&rsquo;informatique &agrave; Tunis. Mais apr&egrave;s la R&eacute;volution, il pensait que tout allait changer &agrave; Thala, sa ville d&rsquo;origine. Pouss&eacute; par l&rsquo;enthousiasme et l&rsquo;envie de changer les choses, il a achet&eacute; un vieil h&ocirc;tel d&eacute;laiss&eacute; et l&rsquo;a retap&eacute; afin d&rsquo;en faire un pied-&agrave;-terre pour les visiteurs de la r&eacute;gion &laquo;lieu o&ugrave; peuvent se r&eacute;unir les associations, les partis, et tous ceux qui aiment la ville et qui d&eacute;sirent contribuer &agrave; son d&eacute;veloppement&raquo;. Mais deux ans apr&egrave;s, c&rsquo;est la frustration. L&rsquo;h&ocirc;tel ne fonctionne qu&rsquo;en partie. Les 26 postes d&rsquo;emploi que Zine Shili pensait cr&eacute;er pour les habitants de Thala sont rest&eacute;s en suspens. Aujourd&rsquo;hui, 4 employ&eacute;s font fonctionner&nbsp; l&rsquo;&eacute;tablissement, dont le propri&eacute;taire et sa femme. &laquo;Je suis tent&eacute; de porter plainte contre ce gouvernement. N&rsquo;a-t-il pas appel&eacute; les Tunisiens &agrave; investir dans les r&eacute;gions ? Voil&agrave; que je l&rsquo;ai fait. Mais avec quel r&eacute;sultat !&raquo;, s&rsquo;insurge-t-il. Il a de la peine &agrave; recevoir quelques chauffeurs de grands camions, des repr&eacute;sentants d&rsquo;associations de passage et occasionnellement des journalistes. Heureusement qu&rsquo;il a une autre source de revenus. Et d&rsquo;ailleurs, l&rsquo;h&ocirc;tel, &agrave; le regarder de l&rsquo;ext&eacute;rieur, ne paie pas de mine. On l&rsquo;aurait pris, avec son gros portail en fer, pour un d&eacute;p&ocirc;t de marchandises.\n<\/p>\n<p class=\"p1\" style=\"text-align: justify;\">\n\tEncore aujourd&rsquo;hui, les 80,4 millions de dinars r&eacute;serv&eacute;s par le gouvernement pour d&eacute;velopper la r&eacute;gion de Thala depuis 2012 n&rsquo;ont pas &eacute;t&eacute; affect&eacute;s, selon la population. Pourtant, ce ne sont pas les projets de d&eacute;veloppement qui manquent dans cette ville, riche en ressources naturelles, dont le marbre et le ciment. Les habitants r&eacute;clament des usines, des centres de formation, une liaison ferroviaire, une am&eacute;lioration de l&rsquo;infrastructure sanitaire et une station d&rsquo;&eacute;puration de l&rsquo;eau, contamin&eacute;e par les d&eacute;chets industriels.&nbsp;\n<\/p>\n<p class=\"p2\" style=\"text-align: justify;\">\n\t&nbsp;\n<\/p>\n<p class=\"p1\" style=\"text-align: justify;\">\n\t<b>La contrebande prosp&egrave;re<\/b>\n<\/p>\n<p class=\"p1\" style=\"text-align: justify;\">\n\tLes habitants, encadr&eacute;s par le peu d&rsquo;associations qui existent et par le bureau r&eacute;gional de l&rsquo;UGTT, n&rsquo;ont cess&eacute;&nbsp; de multiplier les r&eacute;unions avec le d&eacute;l&eacute;gu&eacute; r&eacute;gional et avec le gouverneur de Kasserine, mais en vain. Ils ne comprennent pas que leur situation n&rsquo;a pas chang&eacute;, trois ans apr&egrave;s la R&eacute;volution. &nbsp;\n<\/p>\n<p class=\"p1\" style=\"text-align: justify;\">\n\tCertains sont retourn&eacute;s &agrave; leurs anciennes activit&eacute;s, qu&rsquo;ils n&rsquo;ont jamais quitt&eacute;es d&rsquo;ailleurs : la contrebande, laquelle a prosp&eacute;r&eacute; apr&egrave;s le 14 janvier &agrave; cause de la faible pr&eacute;sence de l&rsquo;&Eacute;tat. Tout arrive par la fronti&egrave;re alg&eacute;rienne qui se situe&nbsp; &agrave; 25 km : essence, aliments, cigarettes, roues de voitures et drogue. &laquo;Chaque voyage nous rapporte entre 500 et 600 dinars. Et maintenant, nous allons jusqu&rsquo;&agrave; Sfax, Sousse et Monastir pour livrer la marchandise&raquo;, explique Issam Omri. Quant &agrave; la douane, &laquo;un accord est &eacute;tabli avec les douaniers pour leur donner 30 dinars par jour et accepter de payer, tous les deux ou trois mois, une amende de 600 dinars&raquo;. La fronti&egrave;re est la seule planche de salut pour la ville, d&rsquo;o&ugrave; ce sentiment d&rsquo;appartenance plut&ocirc;t &agrave; l&rsquo;Alg&eacute;rie qu&rsquo;&agrave; la Tunisie. Il est tr&egrave;s fr&eacute;quent, d&rsquo;ailleurs, de voir le drapeau alg&eacute;rien dans les &eacute;choppes et sur les &eacute;talages de marchandise. &laquo;C&rsquo;est l&rsquo;Alg&eacute;rie qui nous donne &agrave; manger et tout nous parvient par elle&raquo;, affirme Issam, qui affiche le drapeau alg&eacute;rien dans son &eacute;picerie. &laquo;Il nous arrive souvent de nous sentir appartenir plus au voisin alg&eacute;rien qu&rsquo;&agrave; ce pays&raquo;, lance-t-il avec amertume.\n<\/p>\n<p class=\"p2\" style=\"text-align: justify;\">\n\t&nbsp;\n<\/p>\n<p class=\"p1\" style=\"text-align: justify;\">\n\t<b>Des souvenirs toujours vivants<\/b>\n<\/p>\n<p class=\"p1\" style=\"text-align: justify;\">\n\t&Agrave; entendre ce discours qui nous a &eacute;t&eacute; r&eacute;p&eacute;t&eacute; par plusieurs habitants de Thala, on s&rsquo;&eacute;tonne que cette ville, qui a donn&eacute; six martyrs &agrave; la R&eacute;volution, soit habit&eacute;e par ce genre de sentiments. Rappelons que le d&eacute;clic durant la R&eacute;volution est justement arriv&eacute; par Thala et Kasserine apr&egrave;s les &eacute;v&egrave;nements sanglants des 8 et 9 janvier. Thala a commenc&eacute; &agrave; se mobiliser depuis le 3 janvier, quand les enseignants et les &eacute;l&egrave;ves ont refus&eacute; de reprendre les cours apr&egrave;s les vacances d&rsquo;hiver et ont organis&eacute; des manifestations qui se sont poursuivies durant trois jours, en ralliant toute la population. Les forces de police les ont fortement r&eacute;prim&eacute;es et ont proc&eacute;d&eacute; &agrave; la fermeture de toutes les issues de la ville. Des renforts s&eacute;curitaires sont arriv&eacute;s de plusieurs r&eacute;gions du pays pour mater la r&eacute;bellion et ont tr&egrave;s vite utilis&eacute; des balles r&eacute;elles, sans compter les descentes nocturnes, les arrestations, les viols dans les postes de police et les jets de gaz lacrymog&egrave;ne dans les maisons. Le 8 janvier a &eacute;t&eacute; une journ&eacute;e sanglante &agrave; Thala,&nbsp; avec la mort de 5 manifestants : Marwane Jomli, Ghassen Cheniti, Mohamed Omri, Ahmed Boulaabi et Ahmed Yasine Retibi, dans des affrontements avec les forces de l&rsquo;ordre et les protestataires, pr&egrave;s du si&egrave;ge du tribunal. Issam Omri se rappelle quand il a appris que son fr&egrave;re a &eacute;t&eacute; touch&eacute; par balle&nbsp; et tout le mal qu&rsquo;il a eu pour le sortir de Thala, compl&egrave;tement encercl&eacute;e par la police. D&rsquo;autres bless&eacute;s avaient d&eacute;j&agrave; trouv&eacute; la mort &agrave; cause du si&egrave;ge. &laquo;En arrivant &agrave; l&rsquo;h&ocirc;pital de Kasserine, j&rsquo;ai d&eacute;couvert qu&rsquo;il n&rsquo;y avait aucun staff&nbsp; m&eacute;dical, &agrave; part un seul m&eacute;decin bosniaque. J&rsquo;ai d&ucirc;, avec mes amis, les infirmiers, l&rsquo;assister dans son travail. Mais la situation a d&eacute;g&eacute;n&eacute;r&eacute; avec l&rsquo;arriv&eacute;e d&rsquo;autres bless&eacute;s de Kasserine. Et une dispute a &eacute;clat&eacute; : qui b&eacute;n&eacute;ficiera des soins du seul docteur existant ? La situation &eacute;tait catastrophique. Mon fr&egrave;re a rendu l&rsquo;&acirc;me &agrave;&nbsp; 4h du matin et a commenc&eacute; alors le calvaire de l&rsquo;enterrement des d&eacute;pouilles&raquo;. Les forces d&rsquo;intervention ont exig&eacute; que les femmes les portent, chose in&eacute;dite en Islam. La population, scandalis&eacute;e, a refus&eacute; d&rsquo;ex&eacute;cuter les ordres. Les policiers ont donc tir&eacute; sur les manifestants jusqu&rsquo;&agrave; faire tomber les cercueils, ce qui a attis&eacute; encore la col&egrave;re des habitants qui ont d&eacute;finitivement vaincu leur peur, puisqu&rsquo;ils n&rsquo;avaient plus rien &agrave; perdre. L&rsquo;arm&eacute;e, venue depuis le 7 janvier en renfort, a choisi son camp. &laquo;Cela nous a soulag&eacute;s&raquo;, affirme Issam. Vaincues enfin par la population, les forces d&rsquo;intervention ont d&ucirc; quitter la ville le 12 janvier, mais non sans faire tomber encore un martyr : Wajdi Sayhi. Depuis, Thala s&rsquo;est inscrite et pendant deux ans,&nbsp; dans un syst&egrave;me d&rsquo;autogestion qu&rsquo;elle avait d&eacute;j&agrave; d&eacute;velopp&eacute; durant les jours d&rsquo;affrontement, &agrave; travers la cr&eacute;ation des comit&eacute;s populaires pour d&eacute;fendre les quartiers.\n<\/p>\n<p class=\"p1\" style=\"text-align: justify;\">\n\tComment donc imaginer qu&rsquo;une ville qui a souffert le martyre, en payant le prix du sang, sombre dans une telle frustration trois ans apr&egrave;s la R&eacute;volution ?&nbsp;\n<\/p>\n<p class=\"p1\" style=\"text-align: justify;\">\n\tLe pire est que m&ecirc;me l&rsquo;espoir semble &ecirc;tre &eacute;touff&eacute;. &laquo;Nous n&rsquo;attendons rien ni de ce gouvernement islamiste qui a achet&eacute; nos votes avec de l&rsquo;argent ni du prochain. La classe politique nous a d&eacute;&ccedil;us et nous continuerons &agrave; nous autog&eacute;rer, comme nous l&rsquo;avons toujours fait&raquo;, lance Mahrane Bela&acirc;bi (27 ans, p&egrave;re de famille.)\n<\/p>\n<p class=\"p3\" style=\"text-align: justify;\">\n\t<b><i>Han&egrave;ne Zbiss<\/i><\/b>\n<\/p>\n<p class=\"p2\" style=\"text-align: justify;\">\n\t&nbsp;\n<\/p>\n<p class=\"p1\" style=\"text-align: justify;\">\n\t&nbsp;&nbsp; &nbsp;&nbsp;&nbsp; &nbsp;***************************************************************\n<\/p>\n<p class=\"p2\" style=\"text-align: justify;\">\n\t&nbsp;\n<\/p>\n<p class=\"p1\" style=\"text-align: justify;\">\n\t<span class=\"s1\"><b>Reportage &agrave; Kasserine<\/b><\/span>\n<\/p>\n<p class=\"p1\" style=\"text-align: justify;\">\n\t<span class=\"s1\"><b>Les raisons de la col&egrave;re<\/b><\/span>\n<\/p>\n<p class=\"p2\" style=\"text-align: justify;\">\n\t&nbsp;\n<\/p>\n<p class=\"p1\" style=\"text-align: justify;\">\n\t<b><i>Trois ans se sont &eacute;coul&eacute;s depuis la chute de Ben Ali et la R&eacute;volution triomphante des Tunisiens en ces jours m&eacute;morables de d&eacute;cembre 2010 et janvier 2011. L&rsquo;espoir, la fiert&eacute;, le r&ecirc;ve de construire un &Eacute;tat libre et d&eacute;velopp&eacute; sont plus forts que jamais. Trois ans apr&egrave;s, rien ne semble changer. Pis encore, l&rsquo;&eacute;conomie s&rsquo;effondre et les villes de l&rsquo;int&eacute;rieur se r&eacute;voltent &agrave; nouveau. Reportage<\/i><\/b>\n<\/p>\n<p class=\"p2\" style=\"text-align: justify;\">\n\t&nbsp;\n<\/p>\n<p class=\"p1\" style=\"text-align: justify;\">\n\tIl y a trois ans, les voitures venant de toute la Tunisie stationnaient &agrave; l&rsquo;entr&eacute;e de la ville de Kasserine. Contrairement au temp&eacute;rament des Tunisiens, enclins d&rsquo;habitude &agrave; l&rsquo;impatience lors de grands trafics, les passagers attendaient ce jour-l&agrave; dans l&rsquo;all&eacute;gresse que la route soit d&eacute;gag&eacute;e afin de pouvoir entrer dans la ville. La population locale distribuait le pain traditionnel et des bonbons aux passagers des v&eacute;hicules. D&rsquo;un c&ocirc;t&eacute;, les personnes, affluant sur la ville, rendaient hommage au r&ocirc;le jou&eacute; par les habitants de Kasserine lors des dissidences prenant tout juste fin et promettaient que, plus jamais, la Tunisie ne serait un pays de marginalisation et, de l&rsquo;autre, les Kasserinois accueillaient chaleureusement ces compatriotes qui, pour nombre d&rsquo;entre eux, n&rsquo;&eacute;taient jamais venus par le pass&eacute;. Ce furent des moments de fraternit&eacute; et de solidarit&eacute;. Une paix sociale a &eacute;t&eacute; conclue et l&rsquo;on oubliait, ou presque, qu&rsquo;en Tunisie des r&eacute;gions souffraient d&rsquo;une marginalisation totale, tandis que d&rsquo;autres jouissaient d&rsquo;un meilleur sort. Il y a trois ans, les Tunisiens &eacute;taient heureux, solidaires et r&ecirc;vaient tous d&rsquo;un avenir radieux, et pourtant cela semble si loin en entrant &agrave; Kasserine qu&rsquo;on oublie, aujourd&rsquo;hui, qu&rsquo;il s&rsquo;agit de la m&ecirc;me ville et de la m&ecirc;me population.\n<\/p>\n<p class=\"p1\" style=\"text-align: justify;\">\n\tAujourd&rsquo;hui, elle sombre &agrave; nouveau dans les troubles et offre &agrave; ses visiteurs un d&eacute;cor envelopp&eacute; d&rsquo;un grand nuage de gaz lacrymog&egrave;ne &hellip;\n<\/p>\n<p class=\"p1\" style=\"text-align: justify;\">\n\t&laquo;O&ugrave; sont ceux qui nous ont bless&eacute;s et tu&eacute;s? O&ugrave; est celui qui a tu&eacute; Slaheddine et a tu&eacute; Mohamed Amine, celui qui a tir&eacute; sur Na&iuml;m et sur Chokri et a tir&eacute; sur moi, celui qui a tu&eacute; Wael&hellip;? Je ne pardonne pas le minist&egrave;re de l&rsquo;Int&eacute;rieur !&raquo;, d&eacute;clare avec &eacute;motion un bless&eacute; de la R&eacute;volution. Une balle loge toujours dans son bassin sans qu&rsquo;il ait pu se faire soigner.&nbsp;\n<\/p>\n<p class=\"p2\" style=\"text-align: justify;\">\n\t&nbsp;\n<\/p>\n<p class=\"p1\" style=\"text-align: justify;\">\n\t<b>Col&egrave;re et civisme&nbsp;<\/b>\n<\/p>\n<p class=\"p1\" style=\"text-align: justify;\">\n\tLa nuit, les heurts recommencent entre la police et les protestataires. Quelques pas dans la ville et on se retrouve dans le noir. Pas de routes am&eacute;nag&eacute;es, ni m&ecirc;me de lumi&egrave;re suffisante. Dans le noir et le gaz, on croise quelques groupes h&acirc;tant le pas. Les ombres se d&eacute;tachent parfois dans la nuit. On courait, fuyait ou avan&ccedil;ait. Une foule est rassembl&eacute;e devant un b&acirc;timent, le poste de police. Des dizaines de citoyens veillent ce soir afin que personne n&rsquo;attaque le poste. Quelques-uns crient leur col&egrave;re &agrave; la vue des journalistes : &laquo;Pourquoi vous venez toujours en retard, quand tout s&rsquo;embrase ? Pourquoi ne transmettez-vous jamais nos attentes et nos difficult&eacute;s ? Rentrez chez vous. Vous venez ce soir pour dire ensuite qu&rsquo;on est une bande de voyous qui incendie et d&eacute;truit ? Vous &ecirc;tes l&rsquo;une des causes de ces d&eacute;sastres !&raquo; Quelques Kasserinois en veulent aux m&eacute;dias, tout comme ils en veulent aux institutions de l&rsquo;&Eacute;tat. Rel&eacute;gu&eacute;s aux oubliettes, ils en veulent tout simplement au &laquo;syst&egrave;me&raquo;.&nbsp; La plupart des personnes pr&eacute;sentes accourent pour temp&eacute;rer la col&egrave;re de leurs concitoyens et offrir leur protection et leur aide. La police ne tarda pas &agrave; utiliser du gaz et le calme revient aussit&ocirc;t.&nbsp;\n<\/p>\n<p class=\"p1\" style=\"text-align: justify;\">\n\t&Agrave; quelques rues de l&agrave;, dans la cit&eacute; Ennour, une trentaine d&rsquo;agents de l&rsquo;ordre affronte quelque 500 jeunes du quartier. Une v&eacute;ritable bataille rang&eacute;e est livr&eacute;e tandis que les deux &laquo;adversaires&raquo; se font face en deux lignes oppos&eacute;es. D&rsquo;un c&ocirc;t&eacute;, les jeunes &eacute;rigent des barrages et jettent de grosses pierres et, de l&rsquo;autre, les agents r&eacute;pliquent en renvoyant les m&ecirc;mes pierres lanc&eacute;es &agrave; leurs pieds et en employant du gaz.&nbsp;\n<\/p>\n<p class=\"p1\" style=\"text-align: justify;\">\n\tOn saute dans l&rsquo;un des v&eacute;hicules de la police qui essaye de prot&eacute;ger les agents &agrave; pied et de leur faire de la lumi&egrave;re. &Agrave; peine quelques minutes passent et un&nbsp; cocktail Molotov est jet&eacute; contre la vitre. Un groupe d&rsquo;agents p&eacute;n&egrave;tre dans le b&acirc;timent d&rsquo;o&ugrave; il a &eacute;t&eacute; jet&eacute;, personne n&rsquo;est l&agrave;&hellip; Les nerfs sont &agrave; vif et la tension monte. Les agents de l&rsquo;ordre, dont l&rsquo;effectif est largement inf&eacute;rieur aux jeunes, s&rsquo;&eacute;nervent. Ce soir-l&agrave;, il n&rsquo;y a eu aucun usage de balles, ni r&eacute;elles ni en caoutchouc. Les jeunes arr&ecirc;t&eacute;s sont &agrave; peine &acirc;g&eacute;s de 13 &agrave; 20 ans. Le plus &acirc;g&eacute; de la bande a &eacute;t&eacute; tabass&eacute; par des agents de l&rsquo;ordre.&nbsp;\n<\/p>\n<p class=\"p1\" style=\"text-align: justify;\">\n\tDans la cit&eacute; Ezzouhour, une autre ambiance r&eacute;gnait : les jeunes des quartiers se sont r&eacute;unis autour d&rsquo;un feu afin de veiller &agrave; la s&eacute;curit&eacute;. &laquo;On passe une belle soir&eacute;e, on parle de Newton et de Kalachnikov qui est mort il y a quelques jours&raquo;, nous lance l&rsquo;un d&rsquo;entre eux. Un autre, &eacute;voquant les troubles, t&eacute;moigne &laquo;on nous accuse d&rsquo;&ecirc;tre des voleurs, pourtant, au rond-point de la Cit&eacute; Zouhour, il y a eu un rassemblement d&rsquo;au moins 2000 personnes et rien n&rsquo;a &eacute;t&eacute; vol&eacute;, aucun b&acirc;timent cambriol&eacute;. Tout &agrave; l&rsquo;heure, des enfants ont fait une collecte d&rsquo;argent et sont partis acheter des bouteilles d&rsquo;eau pour les agents de l&rsquo;ordre.&raquo;\n<\/p>\n<p class=\"p1\" style=\"text-align: justify;\">\n\t&laquo;Nous sommes sortis il y a trois ans r&eacute;clamer du travail et le droit &agrave; la vie, aujourd&rsquo;hui rien n&rsquo;a &eacute;t&eacute; construit &agrave; Kasserine. Il n&rsquo;y a pas eu de R&eacute;volution et aujourd&rsquo;hui on est en col&egrave;re contre les promesses non tenues&raquo; t&eacute;moignent-ils. Un bless&eacute; de la R&eacute;volution ajoute &laquo;tout comme je suis sorti la premi&egrave;re fois, je sors aujourd&rsquo;hui manifester, pacifiquement, ni pour incendier, ni pour voler.&raquo;&nbsp;\n<\/p>\n<p class=\"p2\" style=\"text-align: justify;\">\n\t&nbsp;\n<\/p>\n<p class=\"p1\" style=\"text-align: justify;\">\n\t<b>Pourquoi se soul&egrave;ve &ndash;t&ndash; on ?<\/b>\n<\/p>\n<p class=\"p1\" style=\"text-align: justify;\">\n\t&Agrave; Kasserine, les gens sortent, certes, pour comm&eacute;morer avec col&egrave;re et amertume les &eacute;v&egrave;nements de d&eacute;cembre 2010 et de janvier 2011 qui leur avait jadis apport&eacute; de l&rsquo;espoir. Leur r&eacute;volte est d&rsquo;autant plus exasp&eacute;r&eacute;e par la cr&eacute;ation de la Caisse de compensation (Al Karama) pour les prisonniers d&rsquo;Ennahdha, une caisse qui, cr&eacute;&eacute;e par ces temps de &laquo;mis&egrave;re&raquo;, suscite leur indignation.&nbsp;\n<\/p>\n<p class=\"p1\" style=\"text-align: justify;\">\n\tTrois ans se sont achev&eacute;s sans projets de d&eacute;veloppement, ni d&rsquo;infrastructure. Les enfants sont oblig&eacute;s de marcher des kilom&egrave;tres dans les zones rurales pour aller &agrave; l&rsquo;&eacute;cole et l&rsquo;h&ocirc;pital est d&eacute;muni d&rsquo;&eacute;quipements. Dans la soir&eacute;e, un enfant bless&eacute; &agrave; la t&ecirc;te et un accident&eacute; de la route avaient besoin d&rsquo;un scanner, il n&rsquo;y en a pas &agrave; l&rsquo;h&ocirc;pital. Le m&eacute;decin nous parle alors d&rsquo;un patient avec un grave traumatisme cr&acirc;nien, mais elle ne peut rien faire sans scanner pour d&eacute;terminer les l&eacute;sions. Les routes &eacute;tant coup&eacute;es &agrave; cause des troubles au niveau de Sbitla, l&rsquo;ambulance transportant l&rsquo;enfant et les deux patients a rebrouss&eacute; chemin. La victime du traumatisme agonisait sur son lit et son fr&egrave;re, impuissant, attendait un miracle &agrave; son chevet. &laquo;Quel &eacute;quipement vous manque-t-il ?&raquo; Avons-nous demand&eacute; &agrave; un technicien de sant&eacute;. &laquo;Il manque un h&ocirc;pital &agrave; l&rsquo;h&ocirc;pital !&raquo; nous r&eacute;pond-il.&nbsp;\n<\/p>\n<p class=\"p1\" style=\"text-align: justify;\">\n\t&Agrave; Kasserine, cela fait trois ans que les bless&eacute;s vivent avec des balles dans le corps et qu&rsquo;on attend que les responsables des tirs soient jug&eacute;s. Comme partout en Tunisie, le niveau de vie est en baisse et les prix augmentent. Le taux de ch&ocirc;mage est de plus de 34% pour une population de 500.000 personnes, t&eacute;moigne Mohamed H&eacute;daya Bennani, 29 ans, gestionnaire de son &eacute;tat. Il souligne &laquo;les nominations dans les institutions de l&rsquo;&Eacute;tat et ses grandes compagnies sont bas&eacute;es sur l&rsquo;all&eacute;geance partisane. On avait esp&eacute;r&eacute; qu&rsquo;au moins ils puissent proposer quelque chose &agrave; la r&eacute;gion, relever son niveau, mais rien, pas de comp&eacute;tences, seuls les int&eacute;r&ecirc;ts individuels et partisans sont servis.&raquo;\n<\/p>\n<p class=\"p1\" style=\"text-align: justify;\">\n\tLe mont Ch&acirc;ambi et le terrorisme qui s&eacute;vit dans la r&eacute;gion alimentent la col&egrave;re, les habitants qui accusent des parties &agrave; qui cela profite de nourrir le ph&eacute;nom&egrave;ne pour s&rsquo;en servir comme moyen de chantage. &nbsp;\n<\/p>\n<p class=\"p2\" style=\"text-align: justify;\">\n\t&nbsp;\n<\/p>\n<p class=\"p1\" style=\"text-align: justify;\">\n\t<b>Revendications<\/b>\n<\/p>\n<p class=\"p1\" style=\"text-align: justify;\">\n\tPlusieurs personnes ont soulign&eacute; leur volont&eacute; de voir chuter le r&eacute;gime, le changement gouvernemental ne suffit pas, car Ennahdha existe encore &agrave; l&rsquo;ANC et en tire son pouvoir. Beaucoup ont t&eacute;moign&eacute; une haine f&eacute;roce envers l&rsquo;organisation des Fr&egrave;res musulmans.\n<\/p>\n<p class=\"p1\" style=\"text-align: justify;\">\n\tLa population exige qu&rsquo;on entame des projets dans la r&eacute;gion, principalement relatifs aux infrastructures. Elle revendique le droit des bless&eacute;s et que justice leur soit rendue ainsi qu&rsquo;aux martyrs et d&rsquo;en finir avec ce qui se passe dans les montagnes du Ch&acirc;ambi.&nbsp; &nbsp; Mohamed Hedaya Bannani, actif dans la soci&eacute;t&eacute; civile et pr&eacute;sent dans les manifestations, nous explique que la population voit dans le d&eacute;part du gouvernement une tentative pour mieux revenir et qu&rsquo;elle n&rsquo;a pas scand&eacute; des slogans appelant &agrave; le faire chuter pour une raison politique, mais pour la non-r&eacute;alisation des promesses faites. Il souligne &laquo;il n&rsquo;y a pas eu de R&eacute;volution, mais une insurrection &quot;Intifadha&quot;, qui a &eacute;t&eacute; manipul&eacute;e. Nous ne devons pas nous arr&ecirc;ter l&agrave;. Il y a des promesses qui peuvent &ecirc;tre r&eacute;alis&eacute;es, au moins nous faire une autoroute. Ceux qui nous pr&eacute;sentent aujourd&rsquo;hui comme une bande de voyous ne veulent pas qu&rsquo;on demande aux ministres sortants ce qu&rsquo;ils ont fait de l&rsquo;argent ni que l&rsquo;on soit en col&egrave;re contre un gouvernement qui sort pour mieux revenir. Ils veulent alors pr&eacute;senter les troubles comme &oelig;uvres de banditisme et de voleurs comme a dit le pr&eacute;sident destitu&eacute; &quot;des gens masqu&eacute;s&quot; et ils mettent l&rsquo;accent sur l&rsquo;existence du terrorisme.\n<\/p>\n<p class=\"p1\" style=\"text-align: justify;\">\n\tIls veulent qu&rsquo;on reste dans cet &eacute;tat pour qu&rsquo;on soit le bois alimentant le terrorisme et n&rsquo;importe quels autres fl&eacute;aux, en approfondissant l&rsquo;ignorance et la pauvret&eacute; pour pouvoir manipuler les jeunes et, nous, ici, on est contre cela et on lutte contre le terrorisme et la discrimination. Pourquoi n&rsquo;avons-nous jamais par le pass&eacute; &quot;produit le terrorisme&quot; chez nous ? Pourquoi aujourd&rsquo;hui ?\n<\/p>\n<p class=\"p1\" style=\"text-align: justify;\">\n\tIl nous faut des infrastructures, une autoroute, un h&ocirc;pital universitaire, on peut travailler avec les autres gouvernorats. Une facult&eacute; de m&eacute;decine peut &ecirc;tre &eacute;tablie dans une autre ville et l&rsquo;h&ocirc;pital chez nous. La sant&eacute;, c&rsquo;est un droit fondamental. Il n&rsquo;y a pas de partage &eacute;quitable des richesses en Tunisie. La situation est dramatique, le calme peut revenir avec un minimum d&rsquo;&eacute;quit&eacute; sociale et de projets de d&eacute;veloppement, j&rsquo;ai un message pour les jeunes de ma ville &quot;on peut participer &agrave; gouverner.&quot; On aurait voulu profiter de notre potentiel, mais comment faire si on ne nous aide pas &agrave; le faire ? On compte 33% des sites arch&eacute;ologiques de la Tunisie ici.&nbsp;\n<\/p>\n<p class=\"p1\" style=\"text-align: justify;\">\n\tLe d&eacute;veloppement et le travail sont les vecteurs de la libert&eacute; et de la d&eacute;mocratie.\n<\/p>\n<p class=\"p1\" style=\"text-align: justify;\">\n\tOn a exig&eacute; la chute de tout un r&eacute;gime et on va continuer nos protestations pacifistes, on nous a menti et on n&rsquo;a pas tenu les promesses. Aujourd&rsquo;hui, on voit de v&eacute;ritables signes d&rsquo;une nouvelle r&eacute;volution.&raquo;\n<\/p>\n<p class=\"p3\" style=\"text-align: justify;\">\n\t<b><i>Hajer Ajroudi&nbsp;<\/i><\/b>\n<\/p>\n<p class=\"p2\" style=\"text-align: justify;\">\n\t&nbsp;\n<\/p>\n<p class=\"p2\" style=\"text-align: justify;\">\n\t&nbsp;\n<\/p>\n<p class=\"p4\" style=\"text-align: justify;\">\n\t***************************************\n<\/p>\n<p class=\"p2\" style=\"text-align: justify;\">\n\t&nbsp;\n<\/p>\n<p class=\"p1\" style=\"text-align: justify;\">\n\t<span class=\"s1\"><b>Reportage au Kef<\/b><\/span>\n<\/p>\n<p class=\"p1\" style=\"text-align: justify;\">\n\t<span class=\"s1\"><b>Une jeunesse qui se cherche&hellip;<\/b><\/span>\n<\/p>\n<p class=\"p2\" style=\"text-align: justify;\">\n\t&nbsp;\n<\/p>\n<p class=\"p1\" style=\"text-align: justify;\">\n\t<b><i>Au Kef, trois ans apr&egrave;s la R&eacute;volution, la jeunesse n&rsquo;arrive toujours pas &agrave; faire entendre sa voix ni &agrave; r&eacute;aliser ses r&ecirc;ves. Entre action politique et travail associatif, elle trace sa voie, aspirant &agrave; un changement.<\/i><\/b>\n<\/p>\n<p class=\"p2\" style=\"text-align: justify;\">\n\t&nbsp;\n<\/p>\n<p class=\"p1\" style=\"text-align: justify;\">\n\tChaque pr&eacute;texte est bon pour descendre manifester au Kef. Cette ville situ&eacute;e &agrave; 175 km &agrave; l&rsquo;ouest de Tunis est devenue un fief de la protestation sociale. Derni&egrave;rement les agriculteurs et les chauffeurs de louages et de taxi ont organis&eacute; des sit-in, les 7 et 8 janvier et ont coup&eacute; les routes. D&rsquo;autres protestations ont eu lieu dans la nuit du 11 janvier, o&ugrave; des jeunes ont brul&eacute; des pneus, ce qui leur a valu des affrontements avec les forces de l&rsquo;ordre. La col&egrave;re gronde dans cette r&eacute;gion du Nord-Ouest, proche de la fronti&egrave;re alg&eacute;rienne et la jeunesse est plus que jamais insatisfaite.&nbsp;\n<\/p>\n<p class=\"p1\" style=\"text-align: justify;\">\n\tDarine, 28 ans, ch&ocirc;meuse et membre du bureau r&eacute;gional de l&rsquo;UDC (Union des dipl&ocirc;m&eacute;s ch&ocirc;meurs) ne voit pas les choses &eacute;voluer dans sa ville. Pourtant elle n&rsquo;a cess&eacute;, avec les membres de l&rsquo;association,&nbsp; de militer pour le droit &agrave; l&rsquo;emploi et au d&eacute;veloppement, soit les objectifs m&ecirc;mes de la R&eacute;volution. &laquo;Nous avons multipli&eacute; les rencontres avec les autorit&eacute;s r&eacute;gionales et m&ecirc;me le ministre de l&rsquo;Emploi pour d&eacute;fendre nos revendications, mais toujours des promesses, jamais exauc&eacute;es&raquo;, dit-elle.&nbsp;\n<\/p>\n<p class=\"p1\" style=\"text-align: justify;\">\n\tDes 180 projets (avec un co&ucirc;t total de&nbsp; 660 millions de dinars) r&eacute;serv&eacute;s par le gouvernement Jebali au gouvernorat du Kef, la population dit n&rsquo;avoir rien vu venir. Au contraire, la pr&eacute;carit&eacute; et le ch&ocirc;mage battent leur plein, doubl&eacute;s d&rsquo;une ins&eacute;curit&eacute; due &agrave; l&rsquo;implantation de cellules dormantes proches d&rsquo;Al-Qa&iuml;da sur toute la bande frontali&egrave;re avec l&rsquo;Alg&eacute;rie.&nbsp; La population a encore en t&ecirc;te le souvenir douloureux de la mort du premier lieutenant de la Garde nationale, Socrate Cherni, l&rsquo;enfant du pays, dans un affrontement avec des terroristes &agrave; Sidi Ali Ben Aoun (Sidi Bouzid) le 23 octobre 2013.&nbsp;\n<\/p>\n<p class=\"p2\" style=\"text-align: justify;\">\n\t&nbsp;\n<\/p>\n<p class=\"p1\" style=\"text-align: justify;\">\n\t<b>Militantisme politique : la d&eacute;ception<\/b>\n<\/p>\n<p class=\"p1\" style=\"text-align: justify;\">\n\tDes jeunes qui ont pris part aux &eacute;v&egrave;nements de la R&eacute;volution ont choisi ensuite de s&rsquo;inscrire dans l&rsquo;activisme politique ou dans la vie associative, avec l&rsquo;id&eacute;e de transformer le pays. Mais, l&agrave; encore, ils ont &eacute;t&eacute; d&eacute;&ccedil;us. Pas de place &agrave; la jeunesse bien qu&rsquo;elle ait fait la R&eacute;volution. Mohamed Amine K&eacute;fi, 20 ans,&nbsp; &eacute;tudiant, a d&eacute;cid&eacute; d&rsquo;int&eacute;grer en 2011 l&rsquo;Union des jeunes communistes qui regroupe la jeunesse du PCOT (Parti communiste des ouvriers de Tunisie). &laquo;Au fil du temps, je me suis senti marginalis&eacute;, car les plus &acirc;g&eacute;s dans le parti acceptaient mal mes critiques envers les comportements des leaders&raquo;, explique-t-il. Il ne comprend pas par exemple que ce sont toujours les m&ecirc;mes t&ecirc;tes qui passent dans les m&eacute;dias sans jamais donner la possibilit&eacute; aux jeunes de s&rsquo;exprimer. Il n&rsquo;accepte pas, non plus, que la prise de d&eacute;cision se fasse du haut en bas et pas le contraire ni que la jeunesse n&rsquo;est l&agrave; que pour appliquer les consignes. Mohamed Amine est tent&eacute; de changer de parti, mais sans grande conviction.\n<\/p>\n<p class=\"p1\" style=\"text-align: justify;\">\n\tSon ami, Ahmed Ya&acirc;koubi, 18 ans, coordinateur du front scolaire, affili&eacute; au PCOT, d&eacute;plore de son c&ocirc;t&eacute; le manque de d&eacute;bat et d&rsquo;implication des jeunes dans la prise de d&eacute;cisions. &laquo;Pourtant, nous sommes les premiers &agrave; nous mobiliser, pour d&eacute;fendre les causes de l&rsquo;emploi, du d&eacute;veloppement et toutes revendications sociales et politiques, ce qui nous vaut ensuite des harc&egrave;lements et des arrestations de la part des autorit&eacute;s&raquo;, souligne-t-il.&nbsp;\n<\/p>\n<p class=\"p2\" style=\"text-align: justify;\">\n\t&nbsp;\n<\/p>\n<p class=\"p1\" style=\"text-align: justify;\">\n\t<b>L&rsquo;action associative : un terrain &agrave; cultiver&nbsp;<\/b>\n<\/p>\n<p class=\"p1\" style=\"text-align: justify;\">\n\tD&eacute;&ccedil;us de ce comportement et du rendement de tous les politiciens en g&eacute;n&eacute;ral, les deux amis ont d&eacute;cid&eacute; de changer de cap pour s&rsquo;inscrire davantage dans la soci&eacute;t&eacute; civile, en cr&eacute;ant r&eacute;cemment avec d&rsquo;autres amis &laquo;le Collectif des jeunes du Kef&raquo;. Leur objectif est de sensibiliser la jeunesse de la ville &agrave; l&rsquo;importance du travail associatif et social comme base essentielle au travail politique. Le collectif a commenc&eacute; par organiser des petites actions citoyennes pour les enfants &agrave; travers des activit&eacute;s artistiques et sportives et compte &eacute;largir progressivement son champ d&rsquo;action. &laquo;J&rsquo;ai trouv&eacute; dans le travail associatif plus de libert&eacute; et plus de possibilit&eacute;s pour agir dans la communaut&eacute; et toucher de pr&egrave;s les int&eacute;r&ecirc;ts de la population&raquo;,&nbsp; note Mohamed Amine, en poursuivant : &laquo;je reste convaincu que la r&eacute;ussite en politique passe avant tout par le rapprochement des aspirations des gens.&raquo;\n<\/p>\n<p class=\"p1\" style=\"text-align: justify;\">\n\tMais d&rsquo;autres jeunes n&rsquo;ont pas eu cette chance de trouver leur voie que ce soit dans les partis politiques ou dans la soci&eacute;t&eacute; civile. Maher 22 ans, en fait partie. Apr&egrave;s avoir &eacute;t&eacute; un jeune sans histoire, branch&eacute; et avoir pris part aux &eacute;v&egrave;nements de la R&eacute;volution au Kef, il s&rsquo;est transform&eacute; en salafiste. Faraoula, 24 ans, sa s&oelig;ur, d&eacute;plore le nouveau destin de son fr&egrave;re qui est devenu taciturne, rigide et pr&ocirc;ne des valeurs &eacute;trang&egrave;res &agrave; la famille et &agrave; la soci&eacute;t&eacute;. &laquo;Je n&rsquo;arrive toujours pas &agrave; expliquer ce changement radical en lui et j&rsquo;esp&egrave;re de tout mon c&oelig;ur qu&rsquo;il abandonnera ce terrible destin&raquo;. Maher a d&eacute;j&agrave; tent&eacute; de partir en Syrie, mais il a &eacute;t&eacute; refoul&eacute; en Libye.\n<\/p>\n<p class=\"p1\" style=\"text-align: justify;\">\n\tAinsi la jeunesse du Kef, &agrave; l&rsquo;image de beaucoup d&rsquo;autres r&eacute;gions, est en train de se chercher. L&rsquo;espoir en un avenir meilleur reste vivant, malgr&eacute; tout, &laquo; quitte &agrave; faire une autre R&eacute;volution s&rsquo;il le faut, mais cette fois nous la voulons culturelle, susceptible de changer les mentalit&eacute;s des gens&raquo;, conclut Darine.\n<\/p>\n<p class=\"p3\" style=\"text-align: justify;\">\n\t<b><i>Han&egrave;ne Zbiss<\/i><\/b><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Apr\u00e8s trois ans de la R\u00e9volution, 35,2% des Tunisies regrettent Ben Ali, selon le dernier sondage de l\u2019institut 3C Etude. 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