{"id":9920,"date":"2014-04-14T08:57:44","date_gmt":"2014-04-14T07:57:44","guid":{"rendered":"http:\/\/www.realites.com.tn\/?p=9920"},"modified":"2014-04-14T08:57:44","modified_gmt":"2014-04-14T07:57:44","slug":"la-parole-aux-historiens","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/realites.com.tn\/fr\/la-parole-aux-historiens\/","title":{"rendered":"La parole aux historiens"},"content":{"rendered":"<p>\n\t<strong>Par Fay&ccedil;al Ch&eacute;rif<\/strong>\n<\/p>\n<p>\n\t<strong><em>La table ronde tenue le samedi 5 avril 2014 &agrave; la Fondation Hached s&rsquo;est juxtapos&eacute;e &agrave; la comm&eacute;moration du 14e anniversaire de la disparition d&rsquo;Habib Bourguiba. Le th&egrave;me choisi par le conf&eacute;rencier Fethi Lissir, historien contemporan&eacute;iste &eacute;tait Bourguiba et l&rsquo;histoire. Cette rencontre s&rsquo;est assign&eacute; comme but de r&eacute;unir exclusivement des historiens pour d&eacute;battre de cette question. &Eacute;taient pr&eacute;sents&nbsp;: Adel ben Youssef, Kmar Bendana, Mustapha Tlili, Moncef Bani, Mohammed Dhifallah, Fay&ccedil;al Cherif, Madame Jamila Hached, fille de feu Farhat Hached et d&rsquo;autres invit&eacute;s venant d&rsquo;horizons divers.<\/em><\/strong>\n<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;\n<\/p>\n<p>\n\tNouredine Hached, pr&eacute;sident de la Fondation, est intervenu &agrave; plusieurs reprises pour &eacute;voquer des souvenirs et surtout pour rappeler le r&ocirc;le immense qu&rsquo;incombe aujourd&rsquo;hui &agrave; l&rsquo;Histoire et aux historiens de travailler sur des grands dossiers loin de toute instrumentalisation dont elle fait l&rsquo;objet aujourd&rsquo;hui.\n<\/p>\n<p>\n\tBourguiba et son h&eacute;ritage demeurent la plus grande source de pol&eacute;mique et il faudrait, pour d&eacute;passionner ces controverses politiciennes, que les historiens sortent un peu de leurs carcans et investissent le domaine public en parlant &agrave; haute voix pour expliquer et situer les &eacute;v&eacute;nements historiques dans leurs contextes pr&eacute;cis, mais aussi, et surtout, de creuser en profondeur certains th&egrave;mes peu &eacute;tudi&eacute;s et permettre ainsi la cr&eacute;ation d&rsquo;un savoir accessible &agrave; tous.\n<\/p>\n<p>\n\tParmi ces th&egrave;mes peu &eacute;voqu&eacute;s, ou parfois occult&eacute;s, figurent les rapports de Bourguiba avec l&rsquo;Histoire. Acteur historique de premier plan, comment Bourguiba fit-il usage de l&rsquo;histoire et dans quel sens cette discipline lui a-t-elle servi de guide dans son action politique&nbsp;? Mais tout d&rsquo;abord quel &eacute;tat des lieux pouvons-nous dresser aujourd&rsquo;hui de la culture historique chez nos hommes politiques&nbsp;?\n<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;\n<\/p>\n<p style=\"text-align: center; \">\n\t<strong>De la culture historique chez la classe politique actuelle<\/strong>\n<\/p>\n<p>\n\tDans son intervention, Fethi Lissir avait raison de consid&eacute;rer que le plus grand danger de l&rsquo;usage fait de l&rsquo;histoire est le contenu des manuels scolaires. Il est vrai que les premiers pr&eacute;ceptes, voire les dogmes historiques, sont forg&eacute;s d&egrave;s le premier &acirc;ge par des notions historiques auxquelles tout Tunisien doit convenir et qu&rsquo;il doit consid&eacute;rer comme des v&eacute;rit&eacute;s quasiment absolues. Peu de gens auront la possibilit&eacute; de creuser en profondeur dans les bas-fonds des probl&eacute;matiques que pose l&rsquo;histoire. Aujourd&rsquo;hui, on ira m&ecirc;me jusqu&rsquo;&agrave; pr&eacute;tendre que la culture historique de nos hommes politiques ne d&eacute;passe gu&egrave;re ce qu&rsquo;ils ont appris &agrave; travers ces manuels. Et ce n&rsquo;est gu&egrave;re r&eacute;ducteur, car il suffit de poser des questions pr&eacute;cises sur l&rsquo;histoire de la Tunisie ou sur quelques ouvrages historiques pour noter les limites de leurs connaissances. Plus de 90% de Tunisiens se sont forg&eacute; leurs connaissances historiques &agrave; travers les manuels scolaires, connaissances qui culminent au bac par l&rsquo;&eacute;tude de l&rsquo;histoire contemporaine.\n<\/p>\n<p>\n\tLes &eacute;crits historiques acad&eacute;miques et probl&eacute;matiques demeurent l&rsquo;apanage d&rsquo;une &eacute;lite et ce savoir est rest&eacute; d&eacute;sormais cloisonn&eacute; entre les murs de nos universit&eacute;s et biblioth&egrave;ques. Ajoutons &agrave; cela le peu d&rsquo;engouement vis-&agrave;-vis de la lecture et l&rsquo;on comprend ais&eacute;ment que l&rsquo;histoire et sa lecture soit rest&eacute;es strictement &laquo;primitives&raquo; au sein de la classe politique aujourd&rsquo;hui, &agrave; quelques exceptions pr&egrave;s. En histoire contemporaine, p&eacute;riode pol&eacute;mique et br&ucirc;lante &agrave; bien des &eacute;gards, l&rsquo;&eacute;tude du mouvement national tunisien et de la colonisation fran&ccedil;aise reste soumise dans nos manuels scolaires &agrave; une lecture sommaire et &laquo;chronologique&raquo;, elle ne pose pas les probl&eacute;matiques du &laquo;sens&raquo; que rev&ecirc;tent ces faits. Les m&eacute;dias aussi ne font pas le relais de l&rsquo;universit&eacute; dans la recherche des faits historiques et pour poser des probl&eacute;matiques profondes, voire philosophiques, des actions des hommes et des peuples. De cette image parfois folklorique de l&rsquo;histoire, Bourguiba s&rsquo;en d&eacute;gage et il semble avoir su comment faire pour y demeurer telle une ic&ocirc;ne et en faire intelligemment usage.\n<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;\n<\/p>\n<p style=\"text-align: center; \">\n\t<strong>Bourguiba se voyait dans le Panth&eacute;on de l&rsquo;Histoire<\/strong>\n<\/p>\n<p>\n\tDurant ses &eacute;tudes de Droit &agrave; Paris, Bourguiba traversait presque quotidiennement le Panth&eacute;on o&ugrave; il pouvait contempler non sans admiration ces grands hommes auxquels une b&acirc;tisse monumentale avait &eacute;t&eacute; consacr&eacute;e. Cette image est rest&eacute;e grav&eacute;e dans sa m&eacute;moire et &agrave; ce titre, il a m&ecirc;me esquiss&eacute; le projet de cr&eacute;ation d&rsquo;un panth&eacute;on tunisien, projet qui n&rsquo;a jamais vu le jour. Il se limita tout au plus &agrave; &eacute;riger un panth&eacute;on familial dans sa ville natale de Monastir dit &laquo;jardin de la famille Bourguiba.&raquo;\n<\/p>\n<p>\n\tOn pourrait affirmer sans &eacute;quivoque qu&rsquo;Habib Bourguiba souhaitait investir le panth&eacute;on de l&rsquo;Histoire et il faut reconnaitre que peu d&rsquo;hommes ont cette pr&eacute;tention et le talent n&eacute;cessaire pour y parvenir. Il existe des paliers dans la grandeur des hommes&nbsp;; le patriotisme et l&rsquo;humanisme sont une &eacute;tape n&eacute;cessaire pour parvenir &agrave; l&rsquo;&eacute;chelon ultime&nbsp;: le panth&eacute;on des grands hommes qui ont fait l&rsquo;histoire et il &eacute;tait pleinement conscient de ce but, s&rsquo;y &eacute;tait m&ecirc;me d&eacute;vou&eacute;. Cette ambition, l&eacute;gitime par ailleurs, n&rsquo;&eacute;tait pas artisanale et n&rsquo;&eacute;tait pas le fruit d&rsquo;un travail laborieux, mais &eacute;tait plut&ocirc;t prise sous un angle artistique, comme l&rsquo;affirmait Nietzsche, o&ugrave; le talent de l&rsquo;homme visionnaire fera &oelig;uvre dont le legs traversera les si&egrave;cles. On peut donc dire que Bourguiba &eacute;tait obnubil&eacute; par l&rsquo;id&eacute;e de laisser des traces non seulement dans l&rsquo;histoire de la Tunisie, mais aussi dans le monde arabe et m&ecirc;me &agrave; l&rsquo;&eacute;chelle de l&rsquo;humanit&eacute;. Il pensait au plus profond de lui et le disait &agrave; haute voix qu&rsquo;il &eacute;tait la continuation d&rsquo;Hannibal et surtout de Jugurtha et d&rsquo;Ibn Khaldoun. Dans son palais de Carthage, le buste le plus expos&eacute; et mis en valeur &eacute;tait celui de Jughurta, il pensait continuer l&rsquo;&oelig;uvre que ce grand chef bien ancr&eacute; dans l&rsquo;histoire antique du pays.\n<\/p>\n<p>\n\tBourguiba se situe aujourd&rsquo;hui, dans la m&eacute;moire collective des Tunisiens et d&rsquo;une grande partie de ceux qui l&rsquo;ont connu, entre le mythe et l&rsquo;histoire. Acteur certes, mais diff&eacute;rent des autres, car il &eacute;tait visionnaire et porteur d&rsquo;un projet. Il a &oelig;uvr&eacute; sa vie durant &agrave; rester int&egrave;gre, peu attir&eacute; par les biens mat&eacute;riels, il aimait se consacrer &agrave; ses grands desseins pour le bien de &laquo;&nbsp;sa&nbsp;&raquo; Tunisie et de ses habitants, ses &laquo;enfants&raquo;&nbsp;; un paternalisme pouss&eacute; &agrave; l&rsquo;extr&ecirc;me, qui n&rsquo;est gu&egrave;re exempt de profonde sinc&eacute;rit&eacute;. Bourguiba n&rsquo;a jamais tent&eacute; d&rsquo;&eacute;crire lui-m&ecirc;me son histoire, ni sa biographie, il a tout au plus expos&eacute; ses id&eacute;es et sa vision pour la Tunisie &agrave; travers ses ouvrages. Ainsi, il &eacute;tait profond&eacute;ment convaincu qu&rsquo;il faisait l&rsquo;histoire en tant qu&rsquo;acteur universel et que ses faits et gestes allaient &ecirc;tre suivis &agrave; la trace aussi bien par les m&eacute;dias que par l&rsquo;histoire qui &eacute;tait son ambition ultime, l&rsquo;histoire avec un &laquo;H&raquo;.\n<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;\n<\/p>\n<p style=\"text-align: center; \">\n\t<strong>Bourguiba voulait donner une teinte quasiment sacr&eacute;e &agrave; son &oelig;uvre<\/strong>\n<\/p>\n<p>\n\tNul doute que Bourguiba avait bien &eacute;tudi&eacute; la mise en sc&egrave;ne de toutes ses apparitions publiques et priv&eacute;es et lors de ses rencontres avec les grandes personnalit&eacute;s de ce monde. Son amour parfois d&eacute;mesur&eacute; pour le th&eacute;&acirc;tre, depuis les ann&eacute;es trente, lui a donn&eacute; une &eacute;nergie et une imagination extraordinaire pour dominer les foules par son &eacute;loquence et son charisme. Il n&rsquo;est pas &eacute;tonnant que Bourguiba ait b&acirc;ti un mini-th&eacute;&acirc;tre &agrave; l&rsquo;int&eacute;rieur du palais de Carthage o&ugrave; il se plaisait &agrave; inviter des troupes &agrave; donner leurs spectacles. Dans l&rsquo;entrevue de Rambouillet entre Bourguiba et De Gaulle, le 28 f&eacute;vrier 1961, celui-ci qualifia Bourguiba d&rsquo;acteur qui s&rsquo;apparente extraordinairement au th&eacute;&acirc;tre et il avait raison. Bourguiba avait cette pr&eacute;disposition d&rsquo;orateur et d&rsquo;acteur.\n<\/p>\n<p>\n\tDans les ann&eacute;es trente, le retour &agrave; la vie du proph&egrave;te Mohammed &eacute;tait en vogue. C&rsquo;&eacute;tait &agrave; la fois un retour &agrave; la religiosit&eacute;, mais aussi &agrave; l&rsquo;histoire de ce grand personnage. Aussi, dans sa mise en sc&egrave;ne que dans la r&eacute;alit&eacute; de son personnage et ses actions, il voulut se donner une teinte de sacr&eacute; en faisant correspondre nombre de ses &oelig;uvres &agrave; des faits historiques &agrave; travers une terminologie religieuse. Quand Bourguiba parlait de son enfance, il faisait l&rsquo;analogie avec celle du Proph&egrave;te. De ces usages, Bourguiba avait fait correspondre son immigration en Orient en 1945 &agrave; celle du Proph&egrave;te quand il partit de la Mecque vers M&eacute;dine (l&rsquo;h&eacute;gire). Aussi se plaisait-il &agrave; emprunter le terme de &laquo;discorde&raquo; (fitna) quand il qualifia l&rsquo;insurrection youss&eacute;fiste entre septembre 1955-1956. Par ce biais et ce n&rsquo;&eacute;tait gu&egrave;re une h&eacute;r&eacute;sie &agrave; l&rsquo;&eacute;poque, il voulait se rapprocher de cette image &agrave; la fois si populaire du proph&egrave;te, mais aussi profond&eacute;ment respect&eacute;e et v&eacute;n&eacute;r&eacute;e. Au d&eacute;but des ann&eacute;es 60, alors que la Tunisie subissait une des plus grandes canicules de son histoire, il promulgua une fatwa incitant les Tunisiens &agrave; rompre le Ramadhan, car il &eacute;tait incompatible avec le travail et surtout pour l&rsquo;&eacute;tat de sant&eacute; de la population surtout celle d&rsquo;&acirc;ge avanc&eacute;. Lui seul et aucun autre leader arabe pouvait se permettre cette audace et ce courage de rompre un tel tabou et d&rsquo;assumer toutes les critiques possibles et imaginables. Mais je pense, qu&rsquo;au fond de lui-m&ecirc;me, il croyait avoir cette autorit&eacute; religieuse du moins sur un aspect qui impactait profond&eacute;ment la vie quotidienne des Tunisiens.\n<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;\n<\/p>\n<p style=\"text-align: center; \">\n\t<strong>Les rapports de Bourguiba avec l&rsquo;Histoire et les historiens<\/strong>\n<\/p>\n<p>\n\tLes relations entre Bourguiba et l&rsquo;Histoire sont doubles. D&rsquo;une part, il pense ce rapport avec l&rsquo;histoire en tant qu&rsquo;acteur de premier plan et b&acirc;tisseur de la Tunisie. D&rsquo;autre part, il &eacute;tait chroniqueur et insistait par-dessus-tout &agrave; laisser un h&eacute;ritage, surtout mat&eacute;riel. Il insistait au tout d&eacute;but de son gouvernement, en 1956, &agrave; faire suivre ses activit&eacute;s &agrave; travers les actualit&eacute;s tunisiennes. Ces discours, ses rencontres, ses d&eacute;clarations, ses d&eacute;placements &eacute;taient suivis &agrave; la trace et c&rsquo;est Bourguiba en personne qui insistait &agrave; chaque fois pour l&eacute;guer des traces. De l&agrave; sa conscience profonde de l&rsquo;importance des m&eacute;dias et de ce qu&rsquo;il voulait laisser aux g&eacute;n&eacute;rations futures. D&rsquo;o&ugrave; son institution, d&egrave;s le premier gouvernement, le 15 avril 1956, d&rsquo;un minist&egrave;re de l&rsquo;Information sous la direction de B&eacute;chir Ben Yahmed alors que la Tunisie manquait de tout &agrave; l&rsquo;&eacute;poque.\n<\/p>\n<p>\n\tDurant ses &eacute;tudes de Doit et Sciences politiques &agrave; Paris, Bourguiba vouait une nette admiration pour la litt&eacute;rature fran&ccedil;aise. Son amour pour les sciences historiques est venu tardivement et cela a co&iuml;ncid&eacute; avec son entr&eacute;e dans le combat politique. Il fallait selon lui s&rsquo;armer de connaissances historiques et suivre de pr&egrave;s l&rsquo;action des hommes et des peuples afin de trouver sa place et celle de la Tunisie. En peu de temps, les ann&eacute;es d&rsquo;exils et de prison aidant, il a pu se forger une connaissance encyclop&eacute;dique sur l&rsquo;histoire de l&rsquo;humanit&eacute; et de la Tunisie, surtout de l&rsquo;&eacute;poque carthaginoise et islamique. Nul doute que ses inspirations et ses guides supr&ecirc;mes &eacute;taient les grands hommes de l&rsquo;histoire de la Tunisie. Mais m&ecirc;me dans cette culture historique, Bourguiba voulait s&rsquo;enraciner dans sa tunisianit&eacute;. Dans ses m&eacute;moires, il se voyait rehauss&eacute; au rang d&rsquo;Hannibal, de Saint Augustin et surtout de Jugurtha, dont il se voyait non seulement l&rsquo;&eacute;manation, mais et surtout le &laquo;compl&eacute;ment d&rsquo;un projet tronqu&eacute;&raquo; comme l&rsquo;affirme Fethi Lissir. Bourguiba aimait se positionner dans ce panth&eacute;on symbolique de l&rsquo;histoire de la Tunisie. En revanche il n&rsquo;eut jamais eu la pr&eacute;tention de se placer au rang des grands hommes de l&rsquo;humanit&eacute; &agrave; l&rsquo;exemple de Nehru, Ghandi, Mandela, Lincoln et d&rsquo;autres. Mais, sans le vouloir, il l&rsquo;&eacute;tait devenu et cela est facilement v&eacute;rifiable quand on lit de nombreux ouvrages sur les grands hommes du XXe&nbsp; si&egrave;cle, car Bourguiba y figure en bonne place.\n<\/p>\n<p>\n\tReste que Bourguiba n&rsquo;a jamais pr&eacute;tendu &ecirc;tre un historien, il a d&eacute;plor&eacute; &agrave; maintes reprises dans les ann&eacute;es 60 l&rsquo;absence en Tunisie d&rsquo;historiens chevronn&eacute;s qui &eacute;taient en mesure d&rsquo;&eacute;crire non seulement l&rsquo;histoire de la Tunisie, mais surtout celle du mouvement national tunisien. Parmi ses reproches envers les tenants de cette discipline &agrave; l&rsquo;&eacute;poque, figure sa critique acerbe de l&rsquo;absence du bilinguisme et de pluridisciplinarit&eacute; parmi eux. Cette situation avait propuls&eacute; un homme lige, un admirateur de Bourguiba, pour tenter d&rsquo;&eacute;crire une chronique de l&rsquo;histoire du mouvement national tunisien sans pr&eacute;tention de s&rsquo;&eacute;riger en historien, il s&rsquo;agissait de Mohammed Sayeh, qui a &oelig;uvr&eacute; dans ce sens d&egrave;s 1966. Bien qu&rsquo;on proposa &agrave; l&rsquo;&eacute;poque, &agrave; l&rsquo;historien Mohammed H&eacute;di Cherif, d&rsquo;engager ce travail de longue haleine, l&rsquo;entourage du palais, pensant qu&rsquo;il &eacute;tait de gauche, le lui d&eacute;conseilla.\n<\/p>\n<p>\n\tC&rsquo;est &agrave; partir du milieu des ann&eacute;es 60 qu&rsquo;a commenc&eacute; l&rsquo;&eacute;criture &laquo;officielle&raquo; de l&rsquo;histoire du mouvement national tunisien. Bien entendu l&rsquo;orientation politique, celle du vainqueur, &eacute;tait manifeste, mais aussi la vision de l&rsquo;homme. Et Mohammed Sayeh, en fin r&eacute;dacteur bien que de formation litt&eacute;raire et n&rsquo;&eacute;tant gu&egrave;re form&eacute; &agrave; la discipline, savait ce qu&rsquo;il fallait annoncer clairement et ce qu&rsquo;il fallait occulter. Il faut dire aussi qu&rsquo;&agrave; c&ocirc;t&eacute; de ses &eacute;crits sur le mouvement national tunisien qui commencent par l&rsquo;&oelig;uvre de Bourguiba en 1933, des publications des discours, des conf&eacute;rences, des directives du chef de l&rsquo;&eacute;tat furent publi&eacute;es et diffus&eacute;es &agrave; profusion et gratuitement dans les cellules du parti &agrave; travers toute la Tunisie.\n<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;\n<\/p>\n<p style=\"text-align: center; \">\n\t<strong>Bourguiba va demeurer dans les annales de l&rsquo;Histoire<\/strong>\n<\/p>\n<p>\n\tIl n&rsquo;est pas exag&eacute;r&eacute; de dire que Bourguiba constitue un cas d&rsquo;&eacute;cole pour les historiens. Il &eacute;tait un acteur historique et conscient de l&rsquo;&ecirc;tre et surtout il a pleinement &oelig;uvr&eacute; pour laisser des traces de ses &oelig;uvres. Par respect aussi pour l&rsquo;histoire, il ne s&rsquo;est gu&egrave;re &eacute;rig&eacute; en historien, car il savait trop que les grands hommes n&rsquo;&eacute;crivent pas leurs propres histoires, mais que ce sont plut&ocirc;t les historiens qui l&rsquo;&eacute;criront. Cet aspect peu connu des rapports de Bourguiba avec l&rsquo;histoire pourrait inciter bon nombre de chercheurs &agrave; &eacute;clairer de nombreuses zones d&rsquo;ombre de sa personnalit&eacute;, &agrave; la fois complexe et tellement riche, car elle renferme aussi une grande partie de l&rsquo;histoire de la Tunisie tout enti&egrave;re.\n<\/p>\n<p align=\"right\">\n\t<strong>F.C.<\/strong>\n<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Par Fay&ccedil;al Ch&eacute;rif La table ronde tenue le samedi 5 avril 2014 &agrave; la Fondation Hached s&rsquo;est juxtapos&eacute;e &agrave; la comm&eacute;moration du 14e anniversaire de la disparition d&rsquo;Habib Bourguiba. 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