La Tunisie connaît une mutation démographique silencieuse mais profonde, marquée par un vieillissement progressif de la population et un recul notable des indicateurs traditionnels de renouvellement générationnel. Selon les déclarations du professeur en démographie et sciences sociales à la Faculté du 9 Avril, Hassan Kassar, relayées par la Radio nationale tunisienne, le pays n’a pas encore atteint le stade de « vieillissement démographique avancé », mais s’en approche à un rythme soutenu.
D’après lui, la Tunisie devrait franchir ce cap d’ici une quinzaine d’années, avec une proportion de personnes âgées comparable à celle observée aujourd’hui en Europe. Une évolution qui impose, selon l’universitaire, une anticipation sérieuse de la part des pouvoirs publics afin d’adapter les politiques sociales, économiques et sanitaires à cette nouvelle réalité.
Ce basculement démographique s’inscrit dans un contexte de transformations profondes du modèle familial. La baisse significative du taux de natalité, conjuguée à un recul marqué du mariage et à une hausse relative des divorces, traduit l’émergence d’un nouveau schéma démographique. Hassan Kassar souligne également le rôle déterminant de la femme tunisienne dans ce changement structurel, ayant contribué à rompre avec les équilibres traditionnels.
Autre point soulevé : la lecture du marché de l’emploi. Contrairement à une idée largement répandue, le spécialiste estime que la Tunisie ne souffre pas tant d’un problème de chômage que d’un dysfonctionnement profond dans l’organisation du marché du travail. Il met en avant le poids préoccupant du secteur informel, qui regroupe près de 55 % des actifs, échappant ainsi aux systèmes de protection sociale et aux contributions aux caisses publiques.
Face à cette situation, il appelle à une intégration progressive de ces travailleurs dans le secteur structuré, condition essentielle pour rééquilibrer l’économie et assurer la pérennité des mécanismes de solidarité nationale.
Dans ce contexte, la question de la présence des migrants d’Afrique subsaharienne en Tunisie est également abordée avec recul. Contrairement à certains discours alarmistes, Hassan Kassar affirme clairement que cette présence n’aura aucun impact significatif sur la structure démographique du pays à court ou moyen terme. Toujours selon ses propos à la Radio nationale, un éventuel effet ne pourrait se manifester qu’à l’horizon de 200 ans, et encore, de manière très limitée.
L’universitaire va plus loin en soulignant que la Tunisie aura, au contraire, besoin de cette main-d’œuvre étrangère dans les années à venir. Plusieurs secteurs clés, tels que le bâtiment, la restauration, les services domestiques ou encore l’agriculture, pourraient dépendre de plus en plus de ces travailleurs pour combler un déficit de main-d’œuvre locale.