Devant industriels et partenaires européens venus participer à la 28e édition du Forum international de Réalités, tenu les 5 et 6 novembre à l’hôtel Alhambra Thalasso à Yasmine Hammamet, le président de la CONECT, Aslan Berjeb, a dévoilé trois propositions permettant à la Tunisie de franchir une nouvelle étape dans ses partenariats industriels avec l’Europe.
« La Tunisie a aujourd’hui la possibilité de devenir un partenaire de co-production plus complet, avec davantage de conception, de maîtrise technologique et de valeur ajoutée sur son territoire », a déclaré Aslan Berjeb. Cette ambition, a-t-il souligné, correspond aussi à un besoin européen : l’Europe cherche des approvisionnements, des capacités de production compétitives et des partenaires capables de contribuer à sa transition industrielle.
Un « triptyque industriel de confiance »
Le président de la CONECT a rappelé que le pays dispose déjà d’un actif précieux : le triptyque textile, automobile et aéronautique, qu’il propose de considérer comme « notre triptyque industriel de confiance ». Il y voit la confiance dans les équipes tunisiennes, dans leur capacité à apprendre, à respecter les exigences techniques et à livrer ; la confiance entre des entreprises qui travaillent ensemble depuis des années, parfois des décennies ; et la confiance dans un pays qui assume de maintenir ses capacités de production malgré les crises successives.
Ce triptyque a donné une expérience des chaînes de valeur internationales, formé des techniciens, des ingénieurs et des dirigeants, et fait émerger des entreprises capables de répondre à des exigences de qualité très élevées. Il peut, selon lui, devenir le socle d’une nouvelle politique de co-production.
La prochaine étape consiste à élargir les fonctions exercées en Tunisie : dans l’automobile, l’outillage ou les composants destinés aux nouvelles mobilités ; dans le textile, le développement produit, les textiles techniques, la traçabilité et des procédés plus économes en ressources ; dans l’aéronautique, des procédés plus complexes, des services techniques et de nouvelles responsabilités dans la chaîne de production.
La politique publique doit, selon lui, accompagner ces étapes en identifiant « les compétences manquantes, les équipements nécessaires, les normes à maîtriser et les financements à mobiliser ».
Une responsabilité du patronat
Aslan Berjeb a également évoqué la responsabilité des entrepreneurs et des organisations patronales. Les relations solides construites avec les donneurs d’ordre ont permis d’investir, de créer des emplois et de traverser des périodes difficiles, et la régularité des commandes représente « une sécurité légitime ». Mais elle peut aussi conduire à différer l’effort de développement commercial et technique : lorsque les commandes se renouvellent et que les revenus sont prévisibles, « la prochaine étape peut sembler moins urgente ».
Clarifier la place de la Tunisie dans la nouvelle politique industrielle européenne
Berjeb a considéré que l’Europe cherche à réduire certaines dépendances stratégiques, notamment à l’égard de la Chine, et à diversifier ses approvisionnements. « La Tunisie peut y contribuer par une production proche, intégrée dans les chaînes industrielles européennes », a-t-il souligné. Il faut pour lui, traduire cette possibilité en une offre précise : capacités disponibles, volumes envisageables, délais et exigences que les entreprises tunisiennes peuvent satisfaire. En retour, les entreprises ont besoin de visibilité sur les règles européennes, notamment sur la prise en compte du contenu dans certains dispositifs de préférence européenne. Prenant l’exemple d’un composant fabriqué en Tunisie et incorporé dans un véhicule assemblé en Europe, il a indiqué qu’« il faut déterminer comment ce contenu sera traité dans les dispositifs concernés et quelles preuves devront être fournies ». Il propose de commencer par quelques cas représentatifs, documentés par les industriels concernés, afin de donner aux capacités tunisiennes une place prévisible dans les chaînes que l’Europe souhaite sécuriser.
Organiser le partenariat par filière et par territoire
Dans son activité professionnelle, Aslan Berjeb a précisé qu’il rencontre des investisseurs qui envisagent de s’implanter en Tunisie dans l’automobile, l’aéronautique, l’agroalimentaire ou d’autres secteurs. Ils cherchent des compétences, des bâtiments, un terrain, des coûts maîtrisés et un accès au marché. Or leur parcours dépend beaucoup des interlocuteurs rencontrés, des informations disponibles et des solutions trouvées au cas par cas. « Un investisseur devrait pouvoir identifier rapidement l’écosystème offrant les meilleures conditions : où sont les fournisseurs, où faire ses essais, quel centre de formation pour les techniciens, quels services logistiques, quel partenaire pour développer un produit », a-t-il fait remarque. Il propose donc de construire avec les partenaires européens « des offres territoriales de co-production fondées sur des capacités véritables et vérifiées pour chaque filière », présentant les entreprises, les métiers, les infrastructures, les besoins à couvrir et les projets possibles. « La dimension territoriale doit être préparée avec autant de soin que la dimension financière. »
Ouvrir de nouvelles filières à partir de cette méthode
Aslan Berjeb pense notamment aux industries maritimes, évoquant la stratégie industrielle maritime présentée cette année par la Commission européenne : construction, équipement, réparation et modernisation de navires. « Les compétences développées dans le câblage, la mécanique et l’ingénierie peuvent y trouver des applications, à confronter aux besoins d’un armateur, d’un chantier naval ou d’un équipementier européen », a-t-il conclu.