Rabat est devenue la capitale du cœur pour le golf du 18 au 24 mai 2026. À l’occasion du jubilé d’or du Trophée Hassan II et de la 29e édition de la Coupe Lalla Meryem, le Maroc a ouvert ses portes et ses parcours mythiques à l’élite internationale, mêlant passion sportive et partage régional.
Par Hajer Ben Hassen
Des légendes internationales se sont affrontées pour décrocher ces titres de haut rang. Sur le Parcours Rouge, l’Australien Scott Hend a signé une remontée magistrale (-15) pour s’imposer devant le Néo-Zélandais Steven Alker (-10). Scénario tout aussi intense sur le Parcours Bleu pour la Coupe Lalla Meryem. En tête durant deux jours, l’Australienne Kelsey Bennett (-13) a fléchi sur la fin, laissant la victoire à la Canadienne Anna Huang. Ces performances ont trouvé leur consécration lors de la cérémonie de clôture. SAR la Princesse Lalla Meryem a remis le Grand Prix de la compétition féminine à la lauréate canadienne, avant que SAR le Prince Moulay Rachid, président de la Fédération Royale Marocaine de Golf (FRMG) et de l’Association Trophée Hassan II (ATH), ne décerne le Trophée du jubilé d’Or au champion australien.

Parallèlement au succès sportif qui positionne le Maroc comme une destination golfique de premier plan face aux géants du secteur, ces deux compétitions, placées sous le Haut Patronage de Sa Majesté le Roi Mohammed VI et sous la présidence effective de SAR le Prince Moulay Rachid, confirment la stratégie du Royaume qui cherche à faire du golf un véritable vecteur de rayonnement à l’international. Cet essor international découle directement de l’engagement du défunt Sa Majesté Hassan II qui, dès 1971, a perçu le golf non comme un simple loisir, mais comme un puissant instrument de diplomatie et de positionnement stratégique pour le Royaume.
L’exigence d’un tracé mythique
Pour mériter de monter sur ce podium, les champions ont dû dompter un monument. Se promener le long des parcours du Royal Golf Dar Es-Salam permet de mesurer l’exigence du site serpentant majestueusement au milieu des chênes-lièges. Mais derrière la beauté des images, le défi sportif est immense. C’est d’ailleurs cette rigueur logistique et technique qui permet aux circuits internationaux de trouver tout leur sens à Rabat. En effet, le Trophée Hassan II fait partie intégrante du circuit d’élite PGA Tour Champions depuis 2023. Quant à la Coupe Lalla Meryem, lancée en 1993, elle s’est imposée depuis 2010 comme une étape incontournable du calendrier du Ladies European Tour. Deux circuits, deux exigences, réunis sur un même lieu pour offrir une parité parfaite.

C’est précisément cette intransigeance du tracé qu’est venu confirmer l’ensemble des joueurs et joueuses. Interrogée en conférence de presse par Réalités, Anna Huang a d’ailleurs souligné l’exigence technique de la fin du tracé de Dar Es-Salam, au point qu’elle ne s’attendait pas vraiment à cette victoire. « Les derniers trous sont vraiment difficiles. Le 16, le 17 et le 18 sont très coriaces, et j’ai réussi à sauver quelques pars là-bas ». Une consécration qui agit comme un accélérateur pour la suite de sa carrière : « J’aborde le reste de la saison avec beaucoup plus de confiance en moi. Je pense que j’ai acquis beaucoup plus d’expérience sur le parcours », a-t-elle confié à Réalités.
D’ailleurs, cette intransigeance est une signature pleinement assumée par les organisateurs. Questionnés sur la difficulté technique du Royal Golf Dar Es-Salam, présenté à juste titre comme un « véritable test de golf » où chaque coup exige créativité, précision et gestion mentale de fer, les organisateurs ont confié qu’ils revendiquaient volontairement cette complexité pour imposer Rabat comme un passage sélectif incontournable.
Hommes et femmes sur le même green : le pari gagnant sur la mixité
Au-delà de cette exigence qui attire l’élite mondiale, l’expérience de la mixité constitue la véritable singularité de ce double rendez-vous sportif. Faire jouer simultanément, sur un même site, les légendes masculines du PGA Tour Champions et les meilleures joueuses du Ladies European Tour est un choix fort, presque unique sur la scène internationale. Cette parité sur le green ne se limite pas à un symbole, elle crée une émulation rare, un partage d’expériences direct entre deux circuits d’élite, offrant un spectacle où le talent se conjugue au masculin et au féminin avec la même intensité.
Sur le terrain, cette mixité se traduit par un plateau réunissant près de deux cents athlètes de premier plan. Pour ce jubilé d’or, le Parcours Rouge du Royal Golf Dar Es-Salam accueille 66 joueurs de légende pour une compétition masculine disputée en trois tours. En parfaite simultanéité, le Parcours Bleu réunissait 132 joueuses d’élite du circuit Ladies European Tour (LET).
Pour la lauréate canadienne Anna Huang, ce sacre prend une saveur particulière grâce au concept unique de mixité, saluant au passage la proximité inédite avec le circuit masculin du PGA Tour Champions : « Jouer à côté des hommes sur l’autre parcours, c’était vraiment génial ».
Au-delà des performances sportives, la réussite d’un tel événement repose sur une mécanique logistique éprouvée. Interrogé par Réalités, Jalil Benazzouz, président de la Commission d’organisation des compétitions, rappelle la mission première de la FRMG : « Sous les orientations de SAR le Prince Moulay Rachid, notre rôle est de perpétuer le souhait du regretté Sa Majesté Hassan II, qui a créé ce Trophée en 1971, avant d’y associer la Coupe Lalla Meryem pour encourager la mixité. »
En cinquante ans, l’ATH a développé un savoir-faire international, désormais adoubé par la stricte certification ISO 9001 obtenue cette année. Un gage de professionnalisme validé sur le terrain par les joueurs et joueuses des circuits professionnels. L’objectif étant de faire de ces athlètes internationaux des ambassadeurs de la destination Maroc, de ses infrastructures golfiques et de son offre hôtelière.
Briser le mythe du sport élitiste
Face à l’étiquette de sport élitiste qui colle historiquement au golf, la FRMG déploie une stratégie active de démocratisation sur le territoire marocain, assure Jalil Benazzouz à Réalités.
Pour populariser la pratique et attirer les jeunes talents, les équipes de développement de la fédération ciblent désormais les écoles et les institutions professionnelles. L’argument est aussi financier, avec une politique tarifaire alignée sur les réalités du marché des loisirs. S’inscrire dans un club de golf au Maroc requiert aujourd’hui un budget équivalent à l’abonnement d’une salle de sport standard. L’ambition ultime reste la formation d’une élite locale capable de lever le drapeau marocain sur la scène mondiale.
Un carrefour pour le golf arabe et africain
Pour mesurer le chemin parcouru depuis la création du tournoi en 1971, Me Mostafa Zine, 1er vice-président délégué de la FRMG, rappelle le saut quantitatif et qualitatif réalisé en un demi-siècle : « En 1971, le golf n’était pas très connu. Aujourd’hui, c’est un sport olympique qui se joue dans le monde entier et nous mesurons cette évolution, notamment sur le plan touristique. » Le dirigeant cite en exemple la ville de Marrakech, qui compte désormais 14 golfs dont les trois quarts drainent une clientèle internationale venue pour la qualité des parcours.
Aujourd’hui, le Royaume s’appuie sur un réseau de plus d’une quarantaine de parcours de golf répondant aux standards internationaux, des infrastructures de haut niveau qui soutiennent cette dynamique qui se traduit dans des chiffres. La FRMG compte aujourd’hui près de 9.000 membres, dont un quart de pratiquants réguliers parmi lesquels émergent des centaines de champions. La détection des talents s’opère désormais dans toutes les régions du Royaume, avec une attention particulière portée au golf féminin. Ce dernier a d’ailleurs été représenté deux fois de suite aux Jeux Olympiques par la pionnière Maha Haddioui, première golfeuse de l’histoire du monde arabe à s’aligner dans cette compétition de prestige. Cette année, 7 joueuses professionnelles marocaines ont pris part aux compétitions de la 29e Coupe Lalla Meryem.
Sur le plan de la diplomatie sportive et des relations régionales, Me Mostafa Zine affirme le leadership du Royaume : « Sur le plan arabe, nous sommes les premiers et nous détenons les titres de champions arabes. » Une position qui fait du Royaume un modèle pour les pays voisins.
Interrogé sur les perspectives de coopération à l’échelle régionale, le 1er vice-président délégué a réitéré une politique de porte ouverte, particulièrement envers ses voisins directs : « Nous sommes ouverts. Que ce soit les Tunisiens ou les Algériens, nous sommes disposés à nouer des contacts avec tout le monde. Nous recevons régulièrement des demandes de partenariat et nous accueillons des acteurs de tous les pays maghrébins. » De quoi confirmer que le green, au-delà du simple défi sportif, reste un formidable terrain de diplomatie régionale.de la pratique féminine au Maghreb.
Rim Imni : Cap sur les circuits internationaux
Pour sa deuxième participation à la Coupe Lalla Meryem, la Marocaine Rim Imni a partagé ses cartes avec de grandes joueuses sur le Parcours Bleu de Dar Es-Salam. Une expérience positive qu’elle a gérée grâce à une préparation minutieuse et des objectifs clairs.
« Le Parcours Bleu n’est pas simple, et la chaleur de cette année l’a rendu encore plus difficile. Ma stratégie a été fixée avec mes coachs pendant les reconnaissances : il fallait rester sereine et attaquer au bon moment. C’était magnifique d’évoluer avec de grandes joueuses, j’ai pris beaucoup de plaisir », a-t-elle affirmé au micro de Réalités.
La présence de sept Marocaines au départ illustre, selon elle, les progrès d’un sport longtemps jugé élitiste. Forte de ses expériences sur les circuits africains et panarabes, elle évoque son expérience dans les greens tunisiens : « J’ai eu la chance de jouer en Tunisie. Le tournoi était superbe, l’accueil chaleureux et j’y ai noué des amitiés durables. Le golf féminin tunisien repose sur une excellente base. Son potentiel régional est énorme, on ne peut pas le limiter. »
À court terme, Rim Imni souhaite multiplier les tournois à l’international pour s’habituer à la pression, avant de viser, à long terme, le Ladies European Tour ou le circuit américain de la LPGA.
Sofia Cherif Essakali : « Une fierté de voir le niveau du golf féminin au Maghreb »
Interrogée par Réalités à l’issue du deuxième tour, la jeune Marocaine Sofia Cherif Essakali a livré ses impressions sur sa première participation à la Coupe Lalla Meryem, un tournoi qui revêt pour elle une importance particulière puisque sa mère y a évolué en tant que joueuse professionnelle.
Basée en Floride où elle suit des entraînements intensifs, la golfeuse a dû s’adapter aux exigences spécifiques du tracé de Rabat : « La principale difficulté du parcours résidait dans les greens. Ils étaient beaucoup plus fermes que les années passées, notamment en raison du changement de calendrier. Après un premier jour bouclé à +7, j’ai su jouer mon golf le lendemain sans me mettre trop de pression. C’est une très bonne expérience en termes de maturité. »
Évoquant ses performances passées en Tunisie, Sofia Cherif Essakali a tenu à saluer le niveau des joueuses tunisiennes, qu’elle a affrontées lors de compétitions ayant ouvert les portes des championnats du monde :
« J’ai joué deux fois à Tunis. Le parcours était magnifique et plutôt difficile. Nous avions d’ailleurs remporté la première place avec l’équipe marocaine, ce qui nous a permis de partir au Japon pour le championnat du monde. Les Tunisiennes jouent super bien, c’est une grosse fierté pour nous. »
Présente sur le circuit des championnats arabes depuis plusieurs éditions, elle constate une nette progression de la pratique féminine au Maghreb.
« Le Parcours Bleu n’est pas simple, et la chaleur de cette année l’a rendu encore plus difficile. Ma stratégie a été fixée avec mes coachs pendant les reconnaissances : il fallait rester sereine et attaquer au bon moment. C’était magnifique d’évoluer avec de grandes joueuses, j’ai pris beaucoup de plaisir », a-t-elle affirmé au micro de Réalités.