Le Dr Nabil Ben Saleh, chargé du dossier de l’addiction au ministère de la Santé, a tiré la sonnette d’alarme : 25 % des Tunisiens souffrent d’une forme de dépendance, un chiffre préoccupant.
La situation est particulièrement alarmante chez les adolescents âgés de 15 à 17 ans. En seulement trois ans, la consommation de cannabis a connu une hausse spectaculaire, passant de 1,5 % à 8 %, soit une multiplication par plus de cinq. L’usage d’ecstasy, quant à lui, a été multiplié par sept. Ces chiffres traduisent une tendance inquiétante vers une exposition précoce aux drogues, qui peut avoir des conséquences durables sur le développement psychologique et social des jeunes. Parallèlement, le tabac continue de toucher une part importante de la population, avec 25 à 30 % des Tunisiens concernés, ce qui reflète un problème de santé publique persistant.
Le spécialiste insiste sur le fait que la dépendance peut apparaître dès le premier usage, et qu’elle se manifeste souvent par des signaux d’alerte faciles à identifier : isolement social, chute des performances scolaires et changements de comportement. Par ailleurs, près de la moitié des personnes dépendantes (40–50 %) présentent également des troubles psychiques, ce qui souligne le caractère multidimensionnel de l’addiction et la nécessité d’une approche thérapeutique intégrée. C’est dans ce contexte que la Tunisie a développé une spécialité médicale dédiée à l’addictologie, avec aujourd’hui 350 médecins spécialisés capables de prendre en charge ces pathologies complexes.
Sur le plan des structures de soins, la Tunisie dispose actuellement de 5 cliniques spécialisées, avec des projets d’ouverture à Monastir, Gafsa et Kasserine, tandis que les cliniques existantes à Sfax et Jebel Ouest seront renforcées pour répondre à la demande croissante. Le centre de Jebel Ouest accueille actuellement environ 370 patients par an, ce qui illustre à la fois la pression sur les infrastructures et la nécessité d’élargir l’offre de soins. Le traitement de l’addiction reste un parcours long et exigeant, pouvant s’étendre jusqu’à 10 ans, avec un risque élevé de rechute, soulignant l’importance d’un suivi médical et psychologique continu.
En termes de coûts, l’hébergement en centre spécialisé est estimé à 900 dinars par mois, tandis qu’une consultation dans une clinique publique revient à seulement 10 dinars. Il est important de noter que 80 % des patients peuvent être suivis sans hébergement, ce qui permet d’alléger la charge financière tout en maintenant l’accès aux soins pour la majorité des personnes dépendantes.