Mohamed Ali, député et président de la Commission des droits et libertés au Parlement, a estimé que la presse tunisienne traverse une période critique marquée par un net recul du droit d’expression et de l’accès à l’information.
S’exprimant en marge de la journée de réflexion organisée à Tunis à l’occasion de la Journée internationale pour mettre fin à l’impunité des crimes commis contre les journalistes, il a rappelé que les décrets-lois 115 et 116, adoptés après 2011 pour protéger la liberté de la presse, ne suffisent plus face aux nouvelles restrictions, et que la suspension de la HAICA ainsi que l’adoption de textes contradictoires comme le décret-loi 54 ont accentué la régression.
Le député est revenu sur l’ initiative parlementaire portant sur la révision du décret 54 déposée depuis janvier 2024, précisant que son examen a été ralenti. Transférée à la commission de législation générale au lieu de celle des droits et libertés, cette initiative a pris du retard. Selon lui, si la réforme avait été adoptée à temps, plusieurs journalistes et jeunes ne seraient pas aujourd’hui derrière les barreaux pour des publications ou des opinions.
Mohamed Ali a dénoncé l’application sélective du décret 54, utilisé presque exclusivement contre les journalistes, les activistes et les défenseurs des droits, alors qu’il devait à l’origine lutter contre la cybercriminalité. Il a souligné la nécessité de revoir en profondeur l’article 24, souvent utilisé pour criminaliser le travail journalistique.
Enfin, il a regretté la faible coopération du pouvoir exécutif dans ce dossier, précisant que les ministères concernés répondent rarement aux convocations parlementaires lorsqu’il s’agit de libertés publiques. Il a exprimé l’espoir de relancer les auditions après l’examen de la loi de finances, afin d’accélérer la réforme du décret 54 et rétablir un cadre respectueux des libertés fondamentales.