La Fondation Friedrich Naumann a organisé, vendredi 27 février à Tunis, une soirée ramadanesque placée sous le thème « Catastrophes naturelles et intelligence artificielle ». La rencontre, modérée par l’expert environnemental Hamdi Hached, a réuni un public composé de journalistes, d’universitaires, d’acteurs de la société civile etc.
La première partie de la soirée a été consacrée à la présentation de l’ouvrage « Mouvement du Sud » d’Adel Azzouni. L’ouvrage explore les récits des jeunes générations face au changement climatique, aux mutations environnementales et aux défis sociaux dans les pays du Sud. Le jeune auteur y met en lumière les perceptions, les inquiétudes et les formes d’engagement émergentes dans un contexte marqué par l’accélération des crises écologiques.
La seconde partie, sous forme de conférence, a été animée par la journaliste environnementale Hanene Zbiss. Son intervention s’est articulée autour d’un double constat : l’intelligence artificielle constitue aujourd’hui comme une arme à double tranchant. Si l’IA se présente d’une part comme étant un outil stratégique dans la gestion des catastrophes naturelles, elle représente d’autre part un vecteur potentiel de désinformation susceptible d’amplifier les crises et de semer la terreur auprès de l’opinion publique.
Dans un premier temps, Hanene Zbiss a évoqué les usages de l’IA en amont des catastrophes. Elle a cité des exemples tels que les systèmes d’analyse de données massives qui permettent d’anticiper certains phénomènes naturels grâce au croisement d’importantes quantités d’informations issues de satellites, de capteurs météorologiques et de bases de données climatiques. L’apprentissage automatique facilite ainsi la modélisation des risques de seismes, d’inondations, d’incendies ou de tempêtes, contribuant à affiner les systèmes d’alerte précoce.
Elle a expliqué que pendant les catastrophes, l’IA intervient notamment dans le traitement en temps réel des données. L’analyse d’images satellitaires et l’utilisation de drones équipés de capteurs intelligents permettent de cartographier les zones touchées, d’identifier les infrastructures endommagées et de géolocaliser d’éventuelles victimes, notamment lors de séismes ou des inondations. Ces technologies accélèrent la prise de décision et optimisent la coordination des secours.
Après les catastrophes, l’intelligence artificielle joue un rôle dans l’évaluation des dégâts et la planification de la reconstruction. Les outils d’analyse prédictive peuvent estimer l’ampleur des pertes matérielles et humaines, contribuant à orienter les politiques publiques et les aides internationales.
Par ailleurs, Hanen Zbiss a mis en garde contre les dérives possibles de l’IA en lien avec les catastrophes naturelles dont le rythme ne cesse d’accélérer en raison des changements climatiques. Elle a souligné que les outils d’IA générative permettent aujourd’hui de produire des images et des vidéos hyperréalistes de catastrophes, susceptibles d’être diffusées massivement sur les réseaux sociaux. Tout en citant des exemples à l’instar d’une série de vidéos générées par l’IA diffusées massivement sur les réseaux sociaux pendant les inondations enregistrées en fin janvier dernier dans la ville marocaine El Ksar Lekbir, elle a expliqué que de tels faux contenus amplifiant généralement les dégâts des catastrophes naturelles peuvent circuler rapidement, semant la confusion et alimentant la peur. Dans certains contextes de crise, ces contenus peuvent même compliquer le travail des autorités et fragiliser la confiance du public.
Pour faire face à ces risques, Hanene Zbiss a évoqué les méthodes de vérification à même de limiter la propagation de ces fausses informations. Elle a insisté sur l’importance du fact-checking, du recours aux outils de recherche traditionnels ainsi que ceux qu’offrent les nouvelles technologies à savoir le croisement des sources, l’analyse des métadonnées, les outils de vérification des contenus générés par l’IA etc.
S’exprimant au micro de Réalités Online, Hanen Zbiss a mis l’accent sur l’enjeu de l’éducation aux médias en Tunisie. Elle a expliqué que la maîtrise des outils numériques ne se limite pas à leur usage technique mais elle suppose une capacité critique à identifier les manipulations et à distinguer l’information vérifiée des contenus générés artificiellement. Elle a notamment souligné l’importance de sensibiliser les publics adultes, souvent plus exposés à la désinformation circulant sur les plateformes sociales, ainsi que d’intégrer davantage l’éducation aux médias dans les parcours scolaires et universitaires.
H.B.H
Crédit photos/ Réalisation et montage: : Riadh Sahli – Réalités Online



















