La commission du tourisme, de la culture, des services et de l’artisanat a tenu une séance le jeudi 2 avril 2026. Cette séance était consacrée à l’audition de la Fédération tunisienne de l’hôtellerie et de la Fédération tunisienne des restaurants touristiques. Les députés souhaitaient examiner les préoccupations du secteur touristique et recueillir un avis sur deux propositions de loi, l’une relative à l’organisation de la profession de guide touristique et l’autre concernant la mise en place d’un système national de tourisme social.
Au cours de la matinée, les représentants de la Fédération tunisienne des restaurants touristiques ont indiqué que leur secteur constitue un pilier pour la diversification de l’offre touristique et la valorisation du patrimoine immatériel national. Par ailleurs, ils ont signalé que cette branche traverse une crise structurelle sévère qui a entraîné une diminution du nombre d’établissements en activité. En plus, ils ont précisé que l’activité touristique repose essentiellement sur l’hébergement hôtelier, alors que de nombreux pays ont adopté des stratégies différentes donnant une place importante aux restaurants touristiques. D’autre part, ils ont affirmé que le système de la pension complète dans les hôtels a nui au secteur des restaurants touristiques.
Le président de la fédération a expliqué que la crise du secteur provient d’un arsenal législatif contraignant. La plupart de ces textes datent des années 1980 et ne suivent pas les normes concurrentielles internationales. Qui plus est, la multiplicité et la dispersion des textes juridiques et réglementaires organisant le secteur constituent un obstacle à son développement. À cela s’ajoute la prolifération des organes de contrôle sur les restaurants touristiques en l’absence de coordination entre eux. Le secteur est soumis à la supervision et au contrôle simultanés des ministères du Tourisme, de l’Intérieur, des Finances, de la Santé et du Commerce. Par conséquent, cela disperse l’effort d’investissement et crée parfois des contradictions dans l’application des conditions.
Le même responsable a également souligné la longueur et la complexité des procédures administratives. Le parcours d’obtention des autorisations nécessaires à la création d’un restaurant touristique prend plusieurs années. Cela gèle les investissements au stade de la création et alourdit le fardeau de l’investisseur avec les intérêts des emprunts. En sus, il a appelé à réviser le cadre juridique organisant le secteur et à l’unifier conformément à l’évolution du tourisme au niveau mondial. Il a également demandé de réviser les règles fiscales applicables aux restaurants touristiques classés, qui font l’objet de contrôles stricts, alors que la scène connaît une croissance anarchique de restaurants non classés et de salons de thé proposant des services complets sans supporter les mêmes charges fiscales.Au cours de l’après-midi, les représentants de la Fédération tunisienne de l’hôtellerie ont présenté les principaux problèmes dont souffre le secteur touristique. Ces difficultés ont entraîné une réduction de la capacité d’accueil, qui est passée de 235 000 à 175 000 lits actuellement. Cette baisse fait suite à la fermeture de 164 hôtels représentant environ 30 % des hôtels classés. Par ailleurs, ils ont confirmé que la situation risque de s’aggraver à l’avenir en raison de la détérioration de la situation sécuritaire au niveau régional.
Ils ont également expliqué que le secteur hôtelier souffre de difficultés structurelles. La plus importante est le chevauchement des rôles et le manque de coordination entre les différents intervenants. En plus, le secteur connaît une baisse de la qualité des services. Cette baisse est due au manque de main-d’œuvre qualifiée et à l’émigration d’une grande partie de celle-ci. Le fossé entre le système de formation et les besoins du marché du travail explique en partie cette situation. À cela s’ajoute la faiblesse des performances du transport aérien national, qui traverse une crise structurelle menaçant l’économie nationale et l’image de la destination tunisienne. Les représentants ont demandé de développer l’infrastructure du transport aérien intérieur et international, notamment en autorisant les compagnies aériennes souhaitant entrer en Tunisie, même à titre exceptionnel. Ils ont également appelé à la numérisation des services touristiques, à faciliter l’accès des établissements touristiques au financement et à améliorer l’esthétique des zones touristiques.
Durant le débat, les intervenants ont affirmé que la diversification du produit touristique est devenue une nécessité. Il n’est plus possible de compter sur le tourisme saisonnier et balnéaire face à l’intensification de la concurrence et à la baisse du pouvoir d’achat dans les pays d’origine traditionnels. D’autre part, ils ont appelé à soutenir le tourisme alternatif et à prendre en charge le tourisme des seniors, qui connaît un développement considérable à l’échelle mondiale.
Concernant la proposition de loi relative à la mise en place d’un système national de tourisme social, les représentants des deux fédérations ont indiqué que l’adoption du texte proposé n’est pas réalisable. Selon eux, ce texte soulève plusieurs problèmes aux niveaux pratique et juridique. Par conséquent, il aggraverait la crise du secteur touristique et conduirait à une fuite accrue des investisseurs locaux et étrangers. Cela entraînerait une baisse des recettes en devises étrangères. En plus, obliger les établissements touristiques privés à consacrer environ un tiers de leur capacité de service à une catégorie sociale spécifique contredit des principes fondamentaux du système juridique tunisien, tels que la liberté contractuelle et la liberté d’investissement. Qui plus est, cette obligation entre en conflit avec la loi sur la concurrence et les prix. Les représentants ont proposé que l’adhésion des établissements touristiques au système de tourisme social soit volontaire, en échange d’incitations financières et fiscales. À cela s’ajoute la nécessité de développer des solutions alternatives, dont la plus importante est d’améliorer la capacité d’accueil du tourisme intérieur en trouvant des solutions pour les établissements hôteliers fermés et en aménageant les plages et les espaces publics adaptés aux familles.
A l’issue de la séance, les membres de la commission ont réaffirmé leur engagement à accélérer le changement de la réalité des secteurs hôtelier et des restaurants touristiques. Ils ont également exprimé leur volonté de contribuer à l’amélioration du produit touristique tunisien en proposant des mesures concrètes pour réformer les textes législatifs organisant ces deux secteurs et pour lever les obstacles rencontrés par les professionnels.