Le 24 juin 2026, la célébration de la Journée internationale des femmes dans la diplomatie a revêtu une portée toute particulière. Elle s’est inscrite dans une année symbolique marquant les 70 ans du ministère des Affaires étrangères, de la migration et des Tunisiens à l’étranger, sept décennies d’engagement au service de la Tunisie, de son rayonnement et de sa présence dans le monde.
La cérémonie d’ouverture a réuni plusieurs figures de premier plan de la diplomatie internationale et multilatérale. Étaient présents Mohamed Ali Nafti, ministre des AE, Selma Malika Haddadi, Vice-présidente de la Commission de l’Union africaine, Sima Bahous, Secrétaire générale adjointe des Nations unies et Directrice exécutive d’ONU Femmes, ainsi que Rana Taha, Coordonnatrice résidente des Nations unies en Tunisie. Une image forte a marqué cette ouverture : au milieu de ces hautes responsables internationales, le seul homme présent à la tribune était le ministre tunisien des Affaires étrangères, symbole d’un engagement institutionnel assumé en faveur du leadership féminin et de la place des femmes dans la diplomatie.
30 % des postes diplomatiques occupés par les femmes
Au-delà des discours officiels, cette journée a été pensée comme un espace de réflexion et de transmission autour des contributions des femmes à l’action diplomatique. Trois panels thématiques ont rythmé les échanges : « Les femmes diplomates au cœur de la coopération internationale pour le développement », « Les femmes au cœur de la diplomatie de la paix et de la sécurité internationale » et « Les femmes et la diplomatie tunisienne : sept décennies d’engagement ». Trois regards complémentaires pour mesurer le chemin parcouru et les défis qui demeurent.
Mais derrière les chiffres, les fonctions et les représentations diplomatiques, il y a une histoire plus profonde. Une histoire qui commence bien avant les chancelleries, les ambassades et les négociations internationales. Une histoire qui prend racine dans les villages, les campagnes et les foyers tunisiens.
Car si la diplomatie tunisienne célèbre aujourd’hui ses femmes, elle n’oublie pas celles qui, dans l’ombre, ont préparé le terrain. Les femmes rurales tunisiennes, souvent loin des projecteurs, ont porté sur leurs épaules les défis du quotidien, travaillé la terre, élevé leurs enfants, transmis les valeurs de courage, de dignité et d’ambition. Elles ont donné naissance à des générations de Tunisiennes qui portent aujourd’hui la voix du pays à travers le monde.
Derrière chaque diplomate tunisienne se dessine ainsi le visage d’une mère, d’une grand-mère ou d’une éducatrice de l’intérieur du pays. C’est grâce à elles que l’on rencontre aujourd’hui Khadija de Kairouan, Fatma de Siliana, Moufida de Tataouine, Aïcha de Moknine, Zohra de Gafsa ou encore Manel de Bizerte. Des femmes aux parcours différents mais unies par une même vocation : servir leur pays et défendre ses intérêts sur la scène internationale.
Cette évolution se lit également dans les nouvelles générations. Au cœur de l’Académie diplomatique, cinquante étudiants suivent aujourd’hui leur formation, dont quarante femmes. Une réalité qui témoigne d’une transformation profonde de la diplomatie tunisienne. Alors qu’au lendemain de l’indépendance, les femmes représentaient à peine 37% des effectifs, elles constituent désormais près de 80% des promotions en formation diplomatique.

Cette dynamique se reflète également au sein du ministère. Comme l’a souligné le ministre Mohamed Ali Nafti, les femmes occupent aujourd’hui près de 30 % des postes diplomatiques et consulaires toutes catégories confondues, tandis qu’elles représentent plus du tiers du corps diplomatique tunisien. Leur présence à la tête des représentations tunisiennes à l’étranger ne cesse de progresser, avec onze femmes cheffes de mission diplomatique et consulaire réparties dans différentes régions du monde.
La Tunisie est ainsi représentée par des femmes diplomates dans plusieurs capitales stratégiques, de Washington à Madrid, de New Delhi à Pretoria, d’Amman à Prague, d’Oslo à Helsinki. Une présence qui illustre non seulement l’évolution des mentalités mais aussi la confiance accordée aux compétences féminines dans un domaine longtemps considéré comme réservé aux hommes.
Engagement en faveur de l’égalité des chances
Cette avancée est le fruit d’un engagement constant en faveur de l’égalité des chances et du partage des responsabilités. Elle témoigne de la capacité des femmes tunisiennes à assumer les plus hautes fonctions de représentation, de négociation et de leadership, contribuant chaque jour à renforcer l’image de la Tunisie, à défendre ses intérêts et à promouvoir les valeurs de paix, de dialogue et de coopération.
A travers cette célébration, la Tunisie a rendu hommage aux pionnières qui ont ouvert la voie, aux diplomates qui poursuivent aujourd’hui cette mission avec excellence, mais aussi à toutes celles qui, dans les villes comme dans les campagnes, ont permis à cette histoire de s’écrire.
Soixante-dix ans après la création du ministère des Affaires étrangères, la diplomatie tunisienne peut ainsi regarder son passé avec fierté, son présent avec confiance et son avenir avec espoir. Car l’histoire des femmes dans la diplomatie tunisienne n’est pas seulement celle d’une profession. C’est celle d’une nation qui a su transformer l’énergie, le courage et les rêves de ses filles en une force au service de son rayonnement dans le monde.