Par Tarak Gharbi
Comment et pourquoi brillons-nous dans cet art unique de façonner la culture de l’échec et sa banalisation ? Pourquoi continuons-nous d’occulter en cas d’échec la culture de la démission ? Et pourquoi ce désespérant et amer constat d’impuissance ?
Le Onze national de ce Mondial 2026 représente un formidable cas d’école qui suscite l’interrogation, alors que la ville mexicaine de Monterrey devient dans notre imaginaire sportif une métaphore de l’échec absolu au même titre que la ville argentine de Rosario demeure depuis 1978 la représentation du triomphe et des splendeurs.
Déplumés, nos Aigles auraient pu même passer dans l’histoire des représentants africains comme le pire ambassadeur en ce sens qu’ils risquaient de battre le record négatif de la sélection du Zaïre au Mondial ouest-allemand de 1974 (3 défaites, 14 buts encaissés dont un humiliant revers 9-0 devant l’ex-Yougoslavie). Heureusement qu’il n’aient encaissé que trois buts face aux Pays-Bas alors qu’ils sont déjà éliminés. Et leurs dirigeants à la FTF un degré de débilité rarement rejoint. C’est à croire que, dans l’écriture de cette farce de mauvais goût, nos fédéraux avaient atteint un point de non-retour…
A bien y réfléchir, qui a choisi cette «Fédé» et doit en assumer l’entière responsabilité ?
Nos clubs, pardi, qui en ont élu les membres, et qui semblent se complaire et trouver leur compte dans ce marché de dupes !
Quand bien même le mal resterait beaucoup plus profond que le profil de son président fantôme (selon l’expression de Romain Molina), Moez Nasri, et de son homme à tout faire Houcine Jenayah, il y a fort à croire que l’exécutif fédéral élu il y a un an et demi a précipité la chute. Cela pose inévitablement la question des conditions de l’élection du BF, certains allant même jusqu’à proposer de réviser la loi électorale de telle façon que les présidents des clubs ne soient pas les seuls à élire le bureau fédéral, et que d’autres corps y soient associés (joueurs «pros», entraîneurs, arbitres…). Sans perdre de vue l’épineuse question du conflit d’intérêts.
Impénitents touristes voyageurs se relayant entre Monterrey au Mexique et Kansas aux Etats-Unis ! Quand bien même certains fédéraux auraient in-extremis renoncé à partir cette semaine aux States, ils ne représentent qu’une partie du problème. Les joueurs n’ont-ils pas quelque chose à se reprocher ? Le cru 2026 a-t-il vraiment le niveau technique et la force de caractère requis pour représenter dignement une nation présente pour la septième fois en phase finale d’un Mondial (excusez du peu !) ?
Le Championnat local marginalisé
Fuyant ce qu’ils considéraient comme le carcan du championnat local, les dirigeants de notre foot se sont empressés depuis le long règne de Wadii El Jari de recourir aux binationaux. On poussa le bouchon de cette trouvaille providentielle et de cette pêche miraculeuse sur le Vieux Continent au point d’ignorer presque complètement le cru local, celui d’un Championnat de plus en plus dévalorisé, se mettant à courir derrière les naturalisations à tour de bras qu’on saluait comme une performance. On “scoutait” jusqu’aux quatre coins de l’Europe pour dénicher les joueurs ayant des origines paternelles ou maternelles tunisiennes, occultant sans vergogne leurs limites techniques ou physiques, les clubs de second plan auxquels ils appartiennent ou le statut d’éternels remplaçants auquel ils sont astreints. Rien à voir avec les binationaux convoqués par la sélection du Maroc ou celle d’Algérie. On désigna même un responsable pour cette cellule de «scouting» dont on détaillait les actions tous azimuts ciblant un produit formé dans un environnement totalement étranger au nôtre.
Il est temps de revenir aux valeurs de labeur et de formation longtemps marginalisées aussi bien par la fédération que par les clubs, y compris et surtout dits «grands». Il faut à cet égard mettre les moyens de ses ambitions. En attendant la promulgation d’une nouvelle législation sur les structures sportives permettant la mise en place de véritables sociétés commerciales, dotées de comptes financiers transparents et ouverts au contrôle.
Un check-up des finances de la «Fédé» exigé par le ministère de tutelle est certes nécessaire, mais on attend davantage dans cette phase où chacun attend des actions et du concret, pas les sempiternels bilans ou rapports vite jetés aux oubliettes.
Investir d’abord dans l’infrastructure
Un projet national de relance du foot tunisien passe nécessairement par une forte volonté politique sincère de l’Etat englobant toutes les activités sportives. En effet, il suppose d’abord l’édification de stades modernes et viables semblables à ceux qui ont poussé comme des champignons chez nos voisins algériens, marocains ou libyens. On ne pratique pas un bon foot sur des pelouses d’un autre âge, et le public ne vient pas en masse dans des structures inadaptées et carrément inhospitalières. Il reste à savoir si, dans la phase actuelle, le sport constitue vraiment une priorité. Et si notre pays possède les moyens d’édifier un nouveau stade moderne dans la seconde ville du pays, Sfax, un projet vieux de plusieurs décennies et indéfiniment remis aux calendes grecques, de relancer la reconstruction du stade olympique d’El Menzah, de faire du stade de Sousse une enceinte homologable par la Confédération africaine et de moderniser et agrandir les stades de Bizerte et de Monastir.
Un tel projet suppose également l’installation de Centres de formation et de Centres de stage up-to-date. Car le foot est devenu par trop exigeant point de vue investissements et dépenses, en totale rupture avec celui des seventies qui a vu la génération argentine voler haut dans le ciel du football mondial et de sa plus grande manifestation, la Coupe du monde.
Autres temps, autres mœurs !