La signature, ce mardi 30 juin, d’un contrat de 38,2 millions d’euros pour l’acquisition de cinq trains électriques destinés à la ligne Moknine–Mahdia a de quoi faire sourire — jaune — les usagers des grandes lignes. Car pendant que la SNCFT soigne sa vitrine et affiche ses ambitions de modernité, l’essentiel du réseau ferroviaire tunisien continue de se délabrer dans une indifférence déconcertante.
Les voyageurs des lignes Tunis–Tozeur, Tunis–Gabès ou Tunis–Sfax et Tunis-Sfax le savent mieux que quiconque. Retards chroniques, annulations brutales, wagons vétustes et climatisation en panne sont devenus le quotidien ordinaire d’un parc roulant à bout de souffle, dont une part croissante est tout simplement mise hors service, faute d’entretien ou de pièces de rechange. Les réseaux sociaux débordent de témoignages indignés ; les réclamations s’accumulent sans réponse satisfaisante.
Dans ce contexte, l’annonce d’un investissement sur une ligne, certes utile, résonne comme une priorité mal calibrée. Moderniser Moknine–Mahdia est une chose. Mais laisser les artères vitales du pays fonctionner au ralenti — quand elles fonctionnent — en est une autre.
La SNCFT a besoin d’une réforme globale et courageuse, pas d’opérations de communication ponctuelles. Tant que le parc des grandes lignes ne sera pas sérieusement remis à niveau, les annonces de nouveaux trains ne feront qu’accentuer le sentiment d’une compagnie qui a perdu le sens de ses priorités.
Rappelons que la semaine dernière, la direction de la SNCFT a suscité une vague de colère chez les usagers de la ligne Sousse-Tunis. Après l’annulation soudaine du train, invoquée pour cause de pannes répétées, la compagnie a mis en place dès le 22 juin un service de bus reliant Sousse à la gare de Barcelone à Tunis, avec un départ matinal à 5h00 et un retour à 17h00.
Le problème ne tient pas tant au principe de cette solution de secours qu’à son exécution. En se concentrant sur les grandes étapes du trajet, le nouvel itinéraire supprime plusieurs gares intermédiaires, privant d’un coup les habitants et abonnés de la compagnie de ces localités de leur seul moyen de transport abordable vers la capitale. Pour beaucoup, la mesure corrige un problème en en créant un autre, jugé plus grave : d’où le qualificatif de solution « démesurée ».
Ce n’est pas un cas isolé. Cette ligne a déjà connu plusieurs épisodes de suspension suivis de mobilisations d’usagers, jusqu’à ce que la pression publique contraigne la SNCFT à rétablir le service. Un schéma qui interroge moins sur l’incident technique que sur la gestion structurelle de la compagnie face à ses usagers.
