Que faire devant la meurtrière surchauffe planétaire ? Dans son «Manuel», Épictète, le stoïcien, répond : «Il y a des choses qui dépendent de nous et d’autres qui ne dépendent pas de nous». Parmi celles-ci, figure ce dramatique réchauffement climatique. Son étude relève d’une problématique anthropologique. En effet, par la déforestation, notamment de l’ample sylve brésilienne, la pratique industrielle émettrice de gaz à effet de serre et les déjections bovines, les sociétés, surtout les plus outillées, ne cessent de scier la branche porteuse de l’humanité. Cependant, l’activité sociale n’est pas seule à provoquer l’élévation de la température emballée au point d’accentuer la mortalité.
A ce propos, l’homme quelque peu borné observe l’infiniment petit et tend à occulter l’infiniment grand. Car le soleil, une étoile parmi les autres, innombrables, est parvenu au mitan de sa durée de vie. Edgar Morin le répétait lors de ses conférences après les spécialisés en matière stellaire. Quand cet astre messager de luminosité aura parcouru l’ensemble de son itinéraire, le refroidissement annulera toute possibilité de vie sur terre. Certes, cela n’est guère pour après-demain matin, mais ce n’est pas une raison suffisante pour limiter son horizon de pensée au bout de son petit nez. Trump a le temps d’encore assassiner.
Mais outre l’apport de l’exploration macrosociologique mise en relation avec l’évolution cosmique en matière de réchauffement climatique, de multiples investigations microsociologiques demeurent à entamer.
Déjà, le prophète recommandait le plus grand soin accordé au voisin.
Ainsi, pour lutter contre l’insoutenable chaleur de l’été, un citoyen place le climatiseur sur la façade opposée à celle de son voisin.
Celui-ci lui écrit ceci : «Serait-il possible de limiter le bruit du climatiseur la nuit ? Il dérange le sommeil». Contre toute attente, le récepteur du message éteint son appareillage sans autre forme de bavardage, à la grande satisfaction de l’entourage.
N’en déplaise à Hobbes, l’homme n’est pas toujours un loup pour l’homme.
Devenue classique, l’expression «l’homme est un loup pour l’homme» est une reprise de Plaute qui écrivait : «homo homini lupus est».
Toutefois, outre la violence inhérente à l’humanité elle-même, d’autres dangers guettent la tranquillité.
Car parmi les choses qui ne dépendent pas de nous, opèrent les typhons et les tremblements de terre.
La Chine évacue 900.000 personnes à l’approche du puissant typhon Bari et de ses pluies. Le 24 juin, deux violents séismes de magnitude 7,2 et 7,5 terrifient les populations vénézuéliennes affolées par cet avant-goût de la géhenne. Les secousses telluriques issues du magma en fusion, émettent un message signalétique de la conflagration apocalyptique.
«Itha zolzilat al ardhou zilzalaha wa akhrajat al ardhou athqalaha wa qala al insanou malaha».
Mais alors, comment les fondateurs des religions ont-ils pu supputer une fin du monde sans disposer des connaissances afférentes à l’itinéraire de la vie solaire ? That is the question ! Une autre interrogation serait à soulever. Une politique appliquée à la transition écologique pourrait-elle solutionner le problème de la température élevée ?
Il est permis d’en douter vu le rythme différentiel de l’évolution cosmique et de la transformation anthropologique. Autant parier sur la tortue pour gagner la course à laquelle participe un lièvre pourchassé par un lévrier au festival de Douz.
La Fontaine, bête noire de Louis XIV et chouchouté par la duchesse d’Orléans, évoque un départ tardif du lièvre trop confiant.
Cependant, le poème figure parmi les célèbres «Fables» et la fabulation, bourrée de leçons, n’est pas l’investigation.
Une autre tribulation pervertit la représentation de l’affaire caniculaire. Descartes place l’individu «maître de sa personne et de ses biens» au centre de l’univers. Or l’homme n’est pas entouré par l’environnement, il en fait partie et cette rectification l’expose au réchauffement sans distanciation ni médiation. Le balcon idéal où campe, à l’abri, le «sujet» seigneurial installe Descartes et son erreur au cœur du monde social royal. A quelle conclusion aboutir maintenant ? Aux antipodes l’une de l’autre, l’ère glaciaire et l’ère caniculaire délimitent le trajet du bateau fourvoyé entre le froid et le chaud, couple d’opposition situé parmi ceux qui servirent à fonder le structuralisme, courant de pensée perverti par son formalisme.
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