Lorsque Viggo Brondal, un linguiste danois, employa l’expression «le degré zéro de l’écriture», il était à cent lieues de soupçonner sa longévité.
Elle fut reprise, entre autres, par le sémiologue Roland Barthes en 1953. De nos jours, cette formulation va comme un gant au déclin, abyssal, du ballon rond tunisien.
Ses fans, désemparés, ne cessent de maugréer depuis la débâcle subie au Mondial du football.
Comment digérer l’insoutenable scandale ? Examinons les façons de jouer sur les stades à travers leur extension planétaire. Deux manières opèrent. D’une part, sévit l’exhibition individuelle quand le joueur danse, à satiété, mais sans parvenir à chatouiller le filet. D’autre part, les joueurs accordent le primat au groupal, passent vite la balle et parviennent à marquer sans dribbler à l’excès.
Il s’agit là d’un art dit jeu de laboratoire tant les scénarios sont testés avant d’affronter l’adversité, d’abord analysée. Au temps du roi Pelé, le Onze brésilien cumulait la danse individuelle et la performance collective. Zidane, aussi, danse et marque pour l’équipe de France. Aujourd’hui, à l’aune de ces manières complémentaires, l’équipe tunisienne rate le coche à la fois au plan individuel et à l’échelle groupale. Dans ces conditions délétères, la sélection de chacun et la coordination de tous vont de pair pour apporter la réponse adéquate au «que faire ?». Toutefois, pour mener l’exploration à son terme, il serait inapproprié d’arrêter le train au mitan du chemin. Poursuivons l’investigation.
Directeur d’une grande surface de la place, Mohamad Ali Jemaoui attire l’attention sur un autre aspect des compétitions : « Le football est politisé. Quand l’emblème palestinien est dressé, les spectateurs occidentaux manifestent leur désapprobation en guise de veto. Lors du match Algérie-Norvège, les deux équipes s’arrangent pour empêcher l’Iran de se maintenir dans la compétition. L’arbitre aussi n’a pas été régulier» .
Interviewé, un autre commentateur, Maher Belhaj, soutient la même prise de position : « Par égoïsme, l’Algérie a contribué aux manœuvres destinées à écarter l’Iran qui a, pourtant, aligné des joueurs talentueux. La Tunisie n’a plus de football digne de son nom. Elle a eu son époque victorieuse avec Attouga et Tarak Dhiab. Ils furent, pour la Tunisie ce qu’a été Maradona pour l’Argentine» .
L’échec de l’équipe tunisienne fut attribué, par nombre de médiateurs, à l’entraîneur français.
Une part de xénophobie accompagne la recherche du coupable tant il faut, à tout prix, un responsable.
Sur les gradins persévère un relent d’ethnocentrisme latent. Les citoyens de pays désunis se donnent la main lorsque le succès d’une équipe amie les réunit. Ils opinent de la même façon tant l’opinion a ses raisons. Ainsi, le 4 juillet, quand le Maroc bat le Canada, la victoire verse un baume au cœur des Algériens en dépit de la normalisation marocaine abhorrée par la nation algérienne. Platon définit l’opinion, « doxa» , par une forme dégradée de connaissance. Et cela au sport comme à la guerre.
De même, quand le président du Liban déclare ne pas céder un pouce de son territoire à l’occupant sioniste, il opine. Ces deux cas de figure le montrent : souvent l’opinion supplante « l’épistème» , la connaissance qui situe sa fondation sur la démonstration. Pour Israël Katz, le Grand Israël appartient à l’entité sioniste. Il opine.
Ce cas génocidaire incarne la manière dont les rapports de force déterminent le sort dévolu à l’opinion. Il est l’enseignement à dégager de la piste suivie par nos amis sionistes. En l’an 1642, dans son livre « De Cive» , Hobbes bâtit l’adage « l’homme est un loup pour l’homme» , à partir de l’observation focalisée sur l’état sauvage.
De même, aujourd’hui, les prédateurs sexuels du genre Epstein et Trump ne croient qu’à une loi, celle perçue à travers l’angle de la jungle.
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