Le basketteur au long cours Radhouène Slimane a annoncé dimanche dernier dans une sympathique cérémonie sa retraite sportive à l’âge de… 46 ans après avoir brandi une bonne trentaine de trophées, et joué pour une bonne vingtaine de clubs, excusez du peu !
Né le 10 août 1980 à Kairouan, l’enfant de la JSK s’est construit un palmarès le moins qu’on puisse dire ébouriffant, jugez-en par vous-mêmes :
-une participation aux Jeux olympiques 2012 à Londres
-2 participations aux Championnats du monde 2010 en Turquie et 2019 en Chine
-3 titres d’Afrobasket en 2011 (à Madagascar), 2017 (en Tunisie) et 2021 (au Rwanda)
-une Ligue africaine de basket-ball (BAL) en 2022 à Kigali avec l’US Monastir
-une Coupe d’Afrique des clubs champions en 2011 à Salé avec l’ESS
-2 Coupes arabes des clubs champions en 2015 et 2016 avec l’ESS
-un Championnat maghrébin des clubs en 2012 à Radès avec l’USMo
-9 championnats de Tunisie
-8 Coupes de Tunisie
-3 Supercoupes de Tunisie.
Premier basketteur tunisien en Europe
«C’est une discipline que j’adore depuis mon plus jeune âge. Tant que la santé le permet et que je ne me blesse pas, tant que mon corps répond et que je suis capable sur un terrain d’effectuer les gestes que j’affectionne, pourquoi ne continuerais-je pas à jouer, y compris au plus haut niveau ? Je veux continuer à me livrer à cent pour cent de mes moyens afin de donner la meilleure image de moi-même. Mais rassurez-vous, je ne me laisserai jamais pousser vers la porte de sortie et subir cette cruelle loi dans un état pitoyable», prévenait-il il y a quelques années alors que d’aucuns pouvaient envisager qu’il allait ranger les crampons. Mais c’était sans compter avec cette force de caractère et cette hygiène de vie extraordinaire qui allaient maintenir notre dinosaure à l’appétit gargantuesque toujours en forme à un âge aussi avancé, apportant un rare exemple de longévité.
Tout commença à la Chabiba où «Sekka» (son surnom) se fit connaître durant six bonnes saisons, attirant le regard des recruteurs.
Meilleur marqueur des championnats d’Afrique 2005 et 2007, il s’en va en 2005 au Portugal exercer son talent au sein de FC Barreirense, devenant le premier basketteur tunisien à jouer sur le Vieux Continent en tant que professionnel.
Après un prêt pour l’Etoile du Sahel et l’Union Sportive Monastirienne, devenue l’équipe reine du basket national, il s’engage en 2018 à titre définitif pour l’équipe de la ville du Ribat où il connaîtra les plus beaux moments de sa prodigieuse carrière.
Début 2020, il part en prêt pour le club marocain AS Salé. Mais après un long bail à l’USM, il tente l’expérience professionnelle au Liban (Dynamo et Al Hikma), en Irak (Al Difaa al Jawi), aux Emirats (Ahly Dubaï), au Bahrein (Al-Nejma) et en Jordanie (Al-Jubaïha), le tout entrecoupé par un nouveau bail à l’USM.
«Sekka sort par la grande porte de l’Histoire»
«Radhouène a vécu une carrière exceptionnelle, témoigne son entraîneur national Adel Tlatli. Qu’est-ce qu’il a pu côtoyer comme gens et joueurs, et qu’est-ce qu’il a pu visiter comme pays ! Là où il avait évolué, que ce soit en club ou en sélection, il a constamment respecté les couleurs qu’il défendait, avec acharnement et dévouement. Les moins jeunes ne peuvent pas connaître l’exaltante aventure que j’avais vécue avec lui entre 2000 et 2004 en tant qu’entraîneur. Slimane sort aujourd’hui par la grande porte de l’Histoire avec un grand H. Et s’il envisage aujourd’hui d’embrasser une carrière d’entraîneur comme on en lui prête l’intention, eh bien, il doit savoir que cette nouvelle casquette risque de se révéler nettement plus compliquée à porter. Mais je suis certain que «Sekka» réussira là aussi».
Si le talentueux Monastirien Firas Lahyani insiste sur le rôle prépondérant joué par le nouveau retraité dans la conquête par les Usémistes de la BAL (Ligue africaine de basket), l’ancien maître à jouer du Stade Nabeulien, Amine Rzig, longtemps son partenaire en équipe nationale évoque «un talent exceptionnel et hautement performant. Son âme de guerrier et sa grinta légendaire l’ont rendu indispensable là où il était passé. Sa passion inextinguible pour la balle au panier, aussi. Il n’accepte jamais de se donner à moins de 100% à tel point que tous ceux qui le regardent jouer peuvent lui reprocher d’entrer en transe («Yetkhamar» dans notre langue) et de perdre ainsi de sa lucidité sur un parquet. Bref, l’immense parcours qu’il a effectué ne doit étonner personne».
Très humblement, son ex-coéquipier en sélection le pivot de 2,18m Salah Mejri, lequel connut une carrière phénoménale qui le mena jusqu’au mythique Real Madrid (2013-2015) et au disneyland de la NBA au sein des Mavericks de Dallas (2015-2019), se rappelle qu’en débarquant à l’Etoile du Sahel, Radhouène prenait un malin plaisir à le «smasher» chaque jour. En fait, je dois admettre que j’ai beaucoup appris à son contact à l’ESS.
Si sa mère parle d’un second père de famille qui a énormément sacrifié pour ses frères («Radhouène, c’est tout mon univers et ses merveilles», s’enthousiasme-t-elle), c’est que, malgré des apparences d’un être rude et rustre, notre bonhomme recèle des qualités insoupçonnées d’un délice de sportif et de personnage haut en couleur.
Monsieur basket, vous allez beaucoup nous manquer ! γ
Slimane : «Nous manquons cruellement d’agents»
Nous avons vécu des moments inoubliables dans notre pays, mais nous devons toujours faire face à de nombreux défis. Un des problèmes récurrents dans le basket tunisien est le fait que nous n’avons pas d’agents. Malgré nos participations à la Coupe du Monde FIBA et aux JO, il n’y en a pas. Les joueurs tunisiens qui veulent exporter leur talent à l’étranger doivent se débrouiller tout seuls. Si tu joues en équipe nationale, tu as des chances de te faire repérer par un scout, susceptible de t’orienter vers des clubs. Je me souviens de 2005, lorsque j’avais été le meilleur marqueur du FIBA AfroBasket en Algérie. Mario Palma, alors coach de l’Angola, m’avait approché et dit : «Slimane, je t’ai vu à l’œuvre dans de nombreux AfroBaskests, tu es un excellent joueur, pourquoi ne pars-tu pas jouer en Europe ?» J’ai rétorqué : «Merci, coach, mais je ne connais personne qui peut m’aider à partir à l’étranger. Il m’a alors donné un coup de main pour décrocher mon premier contrat professionnel en dehors de Tunisie, avec le club portugais du Barreirense FC, où j’ai évolué sous les ordres de Mario Gomes. Au Portugal, j’ai réussi à me hisser dans le Top 10 de plusieurs catégories (rebonds, points).

Après mon expérience au Portugal, j’ai reçu des offres d’Espagne (Malaga), mais à l’époque, j’ai opté pour des opportunités plus lucratives à Dubaï et en Arabie saoudite. En 2005, je suis ainsi devenu le premier joueur né en Tunisie à jouer professionnellement en Europe. Le lancement de la Basketball Africa League [BAL] génère beaucoup d’enthousiasme. J’ai remporté la FIBA Africa Champions Cup 2011 avec l’Étoile Sportive du Sahel.
Mais la BAL est différente au vu de tous les investissements consentis pour elle. Grand événement, elle donne une nouvelle dimension au basket en Afrique. L’occasion d’affronter des équipes de qualité est une perspective qui me réjouit vraiment»
«Je n’ai demandé aucun autographe à des joueurs américains»
«…Même si nous n’avions pas gagné le moindre match aux JO de Londres 2012, nous avions pratiqué du basket de qualité. S’incliner de quatre points contre une équipe comme la France avait été un résultat encourageant pour nous. Nous avions mené contre la Lituanie jusqu’à trois minutes du terme ; face à l’Argentine, notre avance était montée à huit points dans l’ultime période. Nous avions vécu certains bons moments là-bas. Beaucoup d’années se sont écoulées depuis, mais les souvenirs sont intacts.
Bien sûr que je me rappelle de l’épisode impliquant [Mohamed] Hadidane et Kobe Bryant. Hadidane portait une paire de chaussures Kobe Bryant lors de la confrontation contre les USA. À la fin du match, il avait demandé à Kobe de les dédicacer. C’était risible, mais nous avions tous trouvé ça hilarant.
Il y a eu quelques moments très drôles. Je me souviens de LeBron James dunkant sur Hadidane : la première chose qu’il a faite après, en passant devant notre banc, a été de nous demander : «C’était un bon ‘poster dunk’ ou pas ?» Nous avons tous répondu en rigolant : «Oui, c’en était un bon.”
Contrairement à d’autres, je n’ai demandé aucun autographe aux joueurs américains, mais j’en ai demandé un à Coach K (Mike Krzyzewski), parce que j’aime et j’admire son approche du jeu».
(Site FIBA)