Mustapha Besbes s’est éteint à l’âge de 85 ans, laissant derrière lui l’héritage d’un des plus grands hydrogéologues que la Tunisie ait connus, spécialiste incontesté de l’hydrologie des zones arides et des aquifères géants du Sahara.
Né en 1941, il débute sa carrière en 1964 comme géologue au Bureau d’inventaire des ressources hydrauliques, où il travaille sur le développement des ressources en eau de la Tunisie centrale. Il part ensuite se former à Paris, où il obtient une maîtrise de géologie puis un doctorat en hydrologie en 1967, suivi d’un doctorat ès sciences en 1978, le tout à l’Université Pierre et Marie Curie. Entre-temps, de 1972 à 1979, il travaille comme ingénieur de recherche à l’École des mines de Paris, où il se spécialise dans la modélisation des aquifères, discipline alors naissante. De retour en Tunisie en 1979, il intègre l’École nationale d’ingénieurs de Tunis, y fonde le Laboratoire d’hydraulique — devenu en 1999 le Laboratoire de modélisation en hydraulique et environnement — et dirige l’établissement de 1989 à 1995.
Sa contribution scientifique la plus marquante consiste à avoir démontré, contre l’opinion dominante de l’époque, que les nappes sahariennes en bordure de l’Atlas continuent de se recharger et ne sont pas de simples réserves d’eau fossile figées depuis des millénaires. Il a également coordonné la modélisation du Système aquifère du Sahara septentrional, une nappe transfrontalière de plus d’un million de kilomètres carrés partagée entre l’Algérie, la Tunisie et la Libye, dans le but de permettre une exploitation concertée de cette ressource commune. Dans la dernière partie de sa carrière, il a élargi ses travaux aux questions de sécurité hydrique nationale, en développant notamment les concepts d’eau verte et d’eau virtuelle.
Cette œuvre lui a valu d’être élu associé étranger de l’Académie des sciences de l’Institut de France, ainsi que membre de l’Académie tunisienne des sciences, des lettres et des arts. Mais au-delà des distinctions, son héritage le plus durable reste sans doute les générations de chercheurs et d’ingénieurs qu’il a formés, et la conviction qu’il n’a cessé de porter : que la gestion de l’eau, ressource vitale et rare pour la Tunisie, doit toujours s’appuyer sur la rigueur de la connaissance scientifique.