Rendez-vous annuel de réflexion et de débat sur les grandes questions économiques, politiques et géostratégiques, le Forum International de Réalités tiendra sa 28e édition les 5 et 6 novembre 2026 à l’hôtel Alhambra Thalasso, à Yasmine Hammamet. Placée sous le thème « Tunisie – Union européenne : le Pacte pour la Méditerranée à l’épreuve des chocs globaux », cette édition intervient dans un contexte de recomposition des équilibres internationaux et de redéfinition des relations entre les deux rives de la Méditerranée.
À deux jours de cet événement, le président du Forum, Taïeb Zahar, était l’invité de l’émission Expresso, sur les ondes d’Express FM, au micro de Wassim Belarbi, pour présenter les enjeux de cette nouvelle édition.
À cette occasion, il a rappelé que le Forum International de Réalités bénéficie, depuis ses premières éditions, du soutien de l’Union européenne et de l’Institut européen de la Méditerranée (IEMed), qui ont accompagné ce rendez-vous consacré au dialogue et à la réflexion sur les relations euro-méditerranéennes.
La 27e édition, organisée en 2025, avait notamment été consacrée à l’évaluation de trente années de partenariat entre la Tunisie et l’Union européenne. Un bilan qui avait permis de revenir sur les acquis de cette coopération, mais également sur ses limites. Taïeb Zahar a ainsi rappelé que l’accord d’association signé en 1995 avait produit des résultats positifs, malgré les insuffisances et les critiques dont il a fait l’objet. Il a notamment évoqué la progression des exportations tunisiennes vers le marché européen, faisant état d’une hausse de 300 %.
S’agissant de cette 28e édition, le président du Forum a mis l’accent sur les perspectives qu’ouvre le nouveau Pacte pour la Méditerranée pour la Tunisie. Selon lui, le pays doit saisir cette opportunité en se dotant de projets économiques structurants, susceptibles de mobiliser les financements européens et de relancer sa dynamique de développement.
Un changement de philosophie dans le partenariat avec l’Europe
Toutefois, le nouveau Pacte pour la Méditerranée introduit, selon Taïeb Zahar, une évolution importante dans la philosophie de la coopération. L’Union européenne ne privilégierait plus le financement direct de programmes, mais chercherait davantage à accompagner des projets de grande envergure, capables de mobiliser des financements et de produire des effets économiques durables.
Ce changement implique, estime-t-il, une adaptation de l’approche tunisienne. « Le plus important est de préparer des projets », a-t-il souligné, appelant les responsables tunisiens à élaborer des propositions économiques précises et suffisamment solides pour être présentées aux partenaires européens.
Le président du Forum a également rappelé que ce nouveau pacte s’articule autour de trois axes majeurs : le développement humain, la formation et la mobilité ; le renforcement d’une économie durable ; ainsi que la coopération en matière de sécurité et de gestion des migrations.
Quatre ou cinq mégaprojets pour changer la trajectoire économique
Pour Taïeb Zahar, l’enjeu dépasse la seule mobilisation de financements européens. Il s’agit de donner à la Tunisie les moyens de retrouver une dynamique de croissance et de répondre aux difficultés économiques et sociales auxquelles elle est confrontée, notamment le chômage et les contraintes budgétaires.
Il estime que quatre ou cinq grands projets économiques pourraient contribuer à changer la trajectoire du pays, à condition qu’ils soient suffisamment ambitieux et accompagnés d’une véritable volonté de mise en œuvre.
Il a notamment cité le projet de port en eaux profondes, le développement des liaisons ferroviaires entre le Nord et le Sud, ainsi que le renforcement des capacités aéroportuaires et des infrastructures de transport. Autant de projets qui permettraient, à ses yeux, de mieux exploiter les atouts géographiques et logistiques de la Tunisie.
Dans cette perspective, il a également plaidé pour une diversification des partenaires financiers. Si l’Union européenne constitue un partenaire naturel, d’autres acteurs internationaux, notamment la Chine, pourraient aussi contribuer au financement de projets structurants, dès lors que ceux-ci sont clairement définis.
La Tunisie face à une recomposition de l’ordre mondial
Taïeb Zahar a également replacé ces enjeux dans le contexte des mutations géopolitiques internationales. Les conflits en Ukraine et au Moyen-Orient, les tensions dans le Golfe et la rivalité stratégique entre les États-Unis et la Chine participent, selon lui, à une recomposition des équilibres internationaux et interrogent notamment la place que l’Europe entend occuper dans le nouvel ordre mondial.
Dans ce contexte, il estime que l’Europe ne peut envisager son avenir économique et stratégique sans l’Afrique, dont le poids démographique et le potentiel de croissance devraient considérablement s’accroître au cours des prochaines décennies.
La Tunisie pourrait ainsi tirer parti de sa position géographique pour devenir une porte d’entrée vers le continent africain et un partenaire de proximité pour l’Europe. Encore faut-il, insiste-t-il, que cette ambition se traduise par des projets d’investissement concrets et une meilleure valorisation des infrastructures existantes.
Passer des discours à l’action
Au-delà des relations bilatérales, Taïeb Zahar a plaidé pour un partenariat euro-méditerranéen plus équilibré, prenant davantage en compte les spécificités et les besoins de la Tunisie. Il appelle ainsi à dépasser les approches traditionnelles et les déclarations d’intention pour privilégier des projets concrets répondant aux priorités économiques du pays.
Il a également insisté sur l’importance du capital humain tunisien, évoquant les compétences formées à l’étranger, notamment en Europe, et la nécessité de créer un environnement économique favorable à leur retour et à leur contribution au développement national.
C’est dans cette perspective que s’inscrit la 28e édition du Forum International de Réalités. Pendant deux jours, décideurs politiques, diplomates, experts, chercheurs et opérateurs économiques tunisiens et européens seront réunis à Hammamet pour examiner les possibilités offertes par le nouveau Pacte pour la Méditerranée, notamment dans les domaines de l’industrie, de l’énergie, des infrastructures, de l’innovation et du développement du capital humain.