Le président de la Chambre tuniso-allemande d’industrie et du commerce (AHK Tunisie), Ghazi El Biche, a estimé que le nouveau pacte pour la Méditerranée offre « une nouvelle occasion de repenser nos relations ». La question, selon lui, est de savoir si l’on peut dépasser le partenariat « essentiellement commercial » de l’accord de 1995 pour bâtir « un véritable partenariat industriel, économique et technologique entre les deux rives de la Méditerranée ».
Intervenant lors de la 28 édition du Forum international de réalités, tenu les 5 et 6 novembre 2026 à Yasmine Hammamet, El Biche a rappelé le poids de l’Europe dans l’économie tunisienne : près de 60 % des échanges commerciaux du pays se font avec l’Union européenne, soit environ 26 milliards d’euros de marchandises en 2025, auxquels s’ajoute une part majeure des investissements étrangers.
Cinq opportunités
Selon El Biche, la Tunisie dispose de cinq grandes opportunités, qu’il a classées par ordre d’importance. La première est le développement de nouveaux partenariats industriels. Dans un textile soumis à « une compétition très rude » avec des pays asiatiques et africains émergents, la proximité géographique, les compétences humaines et l’expérience industrielle sont des atouts pour devenir « davantage qu’une plateforme de sous-traitance », c’est-à-dire un partenaire capable de participer à la conception, à l’innovation et à la création de valeur, notamment dans les industries mécaniques et électriques, les composants automobiles, l’électronique, l’agroalimentaire et la pharmacie.
La transition énergétique vient ensuite : la compétitivité industrielle dépendra de la capacité à garantir une énergie « disponible, compétitive et durable », et des projets comme l’interconnexion avec l’Italie peuvent faire de la Tunisie un acteur de la nouvelle économie énergétique méditerranéenne. Il a également cité l’investissement et le financement, le pacte devant permettre aux PME tunisiennes d’accéder plus facilement « au financement, aux technologies et au marché ». Quatrième opportunité, la formation : « il n’y aura pas de transformation industrielle sans investissement dans le capital humain », a-t-il affirmé, plaidant pour l’alternance et les partenariats entre entreprises et centres de formation. Enfin, l’intégration dans les chaînes de valeur internationales offre à la Tunisie la possibilité de devenir un partenaire de proximité pour des entreprises européennes en quête de diversification, dans une logique « gagnant-gagnant ».
Les contraintes ne manquent pas !
Ghazi El Biche n’a toutefois pas éludé les contraintes. Les industriels ont besoin d’une énergie « disponible, mais surtout stable », a-t-il insisté, rappelant que les perturbations de l’été dernier ont eu « un impact très négatif » sur l’image du pays en tant qu’exportateur et sur le respect des délais. Il a aussi pointé le coût élevé du financement, les difficultés d’accès au crédit, la lourdeur des procédures et les délais administratifs. Face à la concurrence de pays méditerranéens et asiatiques qui investissent massivement dans la technologie, il a averti que la Tunisie ne peut plus bâtir sa compétitivité uniquement sur le coût de la main-d’œuvre : son avenir industriel doit reposer sur « la qualité, la productivité, la technologie, la fiabilité et la capacité d’innovation ».
Pour le président de l’AHK Tunisie, le succès du pacte dépendra « moins des déclarations d’intention que de sa capacité à produire des résultats concrets ». Il a formulé cinq propositions : un programme euro-tunisien de développement industriel avec des objectifs mesurables, l’énergie érigée en « priorité absolue », des instruments de financement accessibles aux PME, des partenariats technologiques et de formation, et une relation fondée sur la réciprocité et la complémentarité.
Sur ce dernier point, il a conclu que la Tunisie ne doit pas être vue uniquement comme « un marché, un fournisseur de main-d’œuvre ou une plateforme de production à bas coût », mais reconnue comme « un partenaire économique et industriel à part entière, avec des intérêts, des compétences et une contribution propres ».