Placé sous le thème « Transition énergétique : vers un nouveau pacte énergétique avec l’UE », le panel consacré à l’énergie a donné lieu, ce vendredi 6 novembre, à un plaidoyer en faveur d’une transition que l’on ne peut plus différer. Le consultant international en énergie et ancien directeur de l’ANME, Ezzeddine Khalfallah, a rappelé, lors de l’inauguration des travaux de la deuxième journée du Forum international de Réalités “Tunisie-Union européenne : le pacte pour la Méditerranée à l’épreuve des chocs globaux”, que cette transition consiste à passer progressivement d’un système fortement dépendant des énergies fossiles à un modèle plus durable, respectueux de l’environnement comme des générations futures.
Au-delà de l’enjeu climatique, a-t-il expliqué, elle répond à des impératifs économiques, de sécurité d’approvisionnement et de souveraineté énergétique, désormais prioritaires à l’échelle internationale, y compris en Méditerranée. Les technologies propres étant devenues compétitives, le monde entre dans ce qu’il a qualifié d’âge de l’électricité, ce qui accélère le mouvement.
La Tunisie, elle, en mesure chaque jour l’urgence. Importateur net d’énergie, le pays voit son déficit énergétique s’aggraver sous l’effet du déclin de ses ressources et de la hausse de la consommation. Sa dépendance énergétique dépasse 65 %, et le déficit commercial, alourdi par les importations, aurait atteint 16 milliards de dinars en 2025. À cela s’ajoutent les subventions aux produits énergétiques, qui ont dépassé 7 milliards de dinars lorsque le baril se situait autour de 70 dollars. « Que dire actuellement, lorsque le baril dépasse les 100 dollars ? On va même doubler ce fardeau », a averti l’expert, évoquant la flambée des prix qui frappe le pays en 2026. La compétitivité industrielle est également en jeu, les entreprises ayant tout intérêt à décarboner leur production.
Pour relever ce défi, Khalfallah a identifié plusieurs leviers. Le développement des énergies renouvelables, solaire, hydraulique et biomasse, en constitue le socle, complété par l’efficacité et la sobriété énergétiques, qui reposent sur l’évolution des comportements. Vient ensuite l’électrification des usages, destinée à accroître la part de l’électricité dans la consommation finale, puisque les renouvelables produisent essentiellement de l’électricité : estimée à environ 23 % aujourd’hui à l’échelle internationale, cette part devrait atteindre 35 % à moyen terme, puis 54 % en 2050.
La mobilité électrique, l’hydrogène vert, dont l’Europe s’efforce de réduire les coûts pour décarboner son industrie, ainsi que le captage et le stockage du CO2 pour les secteurs les plus énergivores, viennent élargir cette palette. La modernisation du réseau électrique, enfin, apparaît indispensable pour absorber un maximum d’énergies renouvelables.
Reste la méthode. Selon l’intervenant, la réussite de cette transition exige « une approche intégrée, inclusive et collaborative », associant pouvoirs publics, secteur privé, société civile et partenaires techniques et financiers, afin de bâtir un modèle énergétique régional durable, résilient et bas carbone. Une ambition qui passe, a-t-il conclu, par une coopération renforcée avec l’Union européenne.