La chambre criminelle du tribunal de première instance d’Ariana a rendu, tard dans la soirée du jeudi 29 mai, son jugement dans l’affaire dite de la “chambre noire” au ministère de l’Intérieur. Huit accusés, dont d’anciens hauts responsables sécuritaires, ont été condamnés à huit ans de prison chacun. Le tribunal a également ordonné l’exécution immédiate des peines prononcées contre trois prévenus en fuite, a indiqué une source judiciaire à l’Agence Tunis Afrique Presse (TAP).
Le premier substitut du procureur de la République et porte-parole du tribunal, Yassine Ben Marzouk, a précisé ce vendredi matin que les accusés sont poursuivis pour “détournement, destruction, dissimulation ou modification de pièces à conviction, documents de procédure pénale, registres ou objets déposés dans des entrepôts publics ou confiés à des agents de l’autorité publique par des personnes légalement chargées de leur garde.”
Parmi les huit condamnés figurent un ancien directeur de l’unité de lutte contre le terrorisme et un ex-responsable des services spécialisés.
L’affaire a été confiée au premier juge d’instruction près le tribunal d’Ariana, après la découverte, dans un bureau scellé du ministère de l’Intérieur, d’un grand nombre de documents cachés.
C’est l’Instance de défense des martyrs Chokri Belaïd et Mohamed Brahmi qui avait initialement attiré l’attention sur cette affaire, en rendant public un ensemble de documents mettant en cause Mustapha Khedhr présenté comme proche du mouvement Ennahdha et impliqué, selon elle, dans des activités à caractère renseignement.
L’Instance affirme qu’une partie des documents saisis au domicile de Khedhr en décembre 2013 (lui-même condamné à 8 ans de prison) se trouve encore aujourd’hui dans ce qui est désigné comme la “chambre noire” au sein du ministère de l’Intérieur. Elle réclame l’ouverture de cette pièce et l’accès à l’intégralité de son contenu.
Elle insiste en outre sur la nécessité pour le ministère de lever la protection dont bénéficient les éléments du “dispositif clandestin” soupçonné d’implication directe dans les assassinats politiques de Belaïd et Brahmi, et d’en divulguer les documents détenus dans la “chambre noire”.