Philippe Garcia, directeur de Business France pour l’Afrique du Nord, est revenu sur l’événement Africa Forward, qui se tiendra les 11 et 12 mai à Nairobi. Il s’agit d’un sommet Afrique–France visant à proposer aux forces vives économiques françaises et africaines un nouveau modèle de partenariat.
S’exprimant au micro de Wassim Bel Arbi dans Expresso lundi 12 avril, Philippe Garcia souligne que cette édition délaisse le concept de « co-développement » au profit de la co-industrialisation et de l’investissement conjoint, marquant une évolution significative vers une nouvelle forme de collaboration avec l’Europe. Une trentaine de chefs d’État et de gouvernement ainsi qu’environ 1 500 dirigeants d’entreprises sont attendus, offrant l’occasion de créer des liens directs entre acteurs économiques.
Dans ce cadre, la Tunisie a un rôle à jouer. Actuellement tournée vers l’Afrique du Nord et l’Europe, elle n’exporte que 3 % vers l’Afrique subsaharienne. Philippe Garcia estime toutefois que le pays dispose d’une « arme secrète » pour devenir une plateforme de production incontournable et développer ses exportations et investissements. Grâce à son adhésion à la COMESA (marché de l’Afrique orientale et australe) et à la ZLECAF (Zone de libre-échange continentale africaine), la Tunisie peut tirer profit d’un avantage douanier et accéder à un marché de 1,3 milliard de consommateurs.
Par ailleurs, le continent africain devrait afficher en 2026 la croissance la plus forte au monde. Se positionner à Nairobi permettrait à l’économie tunisienne de diversifier ses exportations dans une zone en pleine expansion. Premier investisseur africain en France, le pays peut également devenir un point d’entrée stratégique pour les investisseurs européens, dans une logique d’investissement croisé.
Avec une hausse récente de 80 % de ses exportations vers le Kenya, la Tunisie a déjà démontré son potentiel. Africa Forward apparaît ainsi comme une opportunité de passer à l’échelle continentale.
Plusieurs pays se sont déjà mobilisés, notamment le Maroc, dont la Confédération générale des entreprises a affrété un avion privé pour transporter des chefs d’entreprise au sommet. Côté tunisien, la préparation est en cours. La délégation compte actuellement une douzaine d’entreprises, avec un objectif de 30 à 50 participants.
Business France, en collaboration avec des relais locaux (CONECT, FIPA, CEPEX, TABC), appelle à une mobilisation accrue pour permettre à la Tunisie de « marquer de son empreinte » ce rendez-vous. « À titre personnel, j’aimerais accueillir à Nairobi une délégation tunisienne capable de marquer le sommet. Elle en a les ambitions, les arguments et les qualités. C’est une opportunité unique », a déclaré Philippe Garcia.
Les discussions porteront sur la construction de ce nouveau modèle de partenariat économique et sur les secteurs à privilégier pour produire ensemble. Huit secteurs prioritaires sont évoqués, dont l’infrastructure numérique, l’aéronautique et la santé, domaines dans lesquels la Tunisie dispose déjà d’atouts.
Dans ce contexte, Africa Forward pourrait constituer un tournant décisif, à condition que la Tunisie transforme enfin son potentiel en position réelle de hub entre l’Afrique et l’Europe.
R.L