Agriculture: Bayer mise sur l’innovation et la formation pour accompagner la transition durable

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Face aux défis climatiques, économiques et technologiques qui redéfinissent aujourd’hui l’agriculture mondiale, la Tunisie n’échappe pas à la nécessité de transformer ses pratiques agricoles. C’est dans ce contexte que la multinationale allemande Bayer, à travers sa division Crop Science, entend renforcer son engagement auprès du secteur agricole tunisien, en misant sur l’innovation, la formation et la diffusion de pratiques durables.

Lors d’une table ronde organisée avec des représentants des médias, les responsables régionaux de Bayer ont présenté la stratégie du groupe en Tunisie et, plus largement, en Afrique du Nord. La rencontre s’est déroulée en présence de Amina L’Kima, Country Commercial Lead pour la division Crop Science en Afrique du Nord, Hanen Chebaane, Représentante du bureau Bayer en Tunisie et Sales Operation Liaison Tunisia, ainsi que Amina Hajar, Directrice de la communication de Bayer pour l’Afrique du Nord. À cette occasion, les responsables ont détaillé une vision stratégique reposant sur trois axes majeurs à savoir la performance agronomique, la préservation des ressources naturelles et la viabilité économique des exploitations agricoles.

De gauche à droite, MMe Amina L’Kima, Country Commercial Lead pour la division Crop Science en Afrique du Nord, MMe Hanen Chebaane, Représentante du bureau Bayer en Tunisie et Sales Operation Liaison Tunisia et MMe Amina Hajar, Directrice de la communication de Bayer pour l’Afrique du Nord

Une présence de plus de trois décennies en Tunisie

Présente sur le marché tunisien depuis les années 1970 à travers des importateurs, Bayer a structuré une équipe locale en 1994, marquant le début d’une implantation directe. Aujourd’hui, la filiale tunisienne de Bayer Crop Science cumule plus de trente ans de présence opérationnelle, avec pour mission affichée d’accompagner une agriculture « à la fois performante et durable ».

« Notre objectif est d’introduire des solutions innovantes adaptées aux conditions locales et de soutenir le développement des filières agricoles tunisiennes », a expliqué Hanen Chebaane, responsable du bureau Bayer Crop Science Tunisie.

Cette stratégie s’appuie notamment sur un réseau de distributeurs locaux chargés d’importer et de commercialiser les produits de la marque. Ces partenaires disposent d’équipes technico-commerciales réparties sur l’ensemble du territoire, permettant une présence de proximité auprès des agriculteurs.

Le marché tunisien des produits phytosanitaires reste relativement modeste à l’échelle régionale. Selon Bayer, il représente environ 40 millions d’euros, contre 100 millions d’euros au Maroc et près de 90 millions d’euros en Algérie. Ces écarts reflètent des réalités agricoles très différentes.

Le Maroc se distingue par une agriculture fortement tournée vers l’exportation, notamment dans les filières des agrumes et de la tomate. L’Algérie, de son côté, se caractérise par de grandes exploitations et de vastes projets agricoles, particulièrement dans les cultures stratégiques comme la pomme de terre ou les céréales.

La Tunisie présente quant à elle une structure agricole plus fragmentée, avec des exploitations de taille relativement réduite, mais souvent dotées d’un niveau de technicité élevé. Les filières d’exportation notamment l’huile d’olive, les dattes et certains fruits et légumes constituent un pilier important de l’économie agricole nationale.

 2000 agriculteurs formés et sensibilisés chaque année

Au cœur de l’action de Bayer en Tunisie figure un important programme de formation et de sensibilisation. Chaque année, l’entreprise affirme former plus de 2 000 agriculteurs, techniciens et opérateurs agricoles aux bonnes pratiques d’utilisation des produits phytosanitaires. Un effort significatif dans un pays qui compte environ 500 000 agriculteurs.

Ces formations ne ciblent pas uniquement les exploitants agricoles. Bayer insiste également sur la nécessité de sensibiliser les opérateurs de terrain, notamment les conducteurs de tracteurs ou les ouvriers chargés de manipuler les produits.

« Nous nous adressons directement aux personnes qui manipulent les produits, en utilisant un langage accessible et des exemples concrets tirés de leur quotidien », souligne Hanen Chebaane.

Dans ce cadre, l’entreprise organise régulièrement des sessions sur le terrain, au cours desquelles les participants reçoivent également des équipements de protection individuelle, tels que gants, masques ou combinaisons.

Selon Bayer, ces initiatives visent à réduire les risques sanitaires et environnementaux liés à l’usage des intrants agricoles.

L’introduction de nouvelles solutions sur le marché tunisien passe également par un travail de recherche appliquée, mené en collaboration avec plusieurs institutions nationales.

Bayer travaille ainsi avec des organismes tels que l’Institut national des grandes cultures (INGC), le Centre technique des agrumes, l’Institut national de la recherche agronomique de Tunisie (INRAT) et l’Institut national agronomique de Tunisie (INAT). Ces partenariats permettent notamment de tester l’efficacité des produits dans les conditions climatiques et agronomiques locales, afin d’adapter les doses et les protocoles d’utilisation.

L’entreprise affirme également collaborer avec les universités afin de former les futurs ingénieurs agronomes aux enjeux de la sécurité alimentaire et de la protection de l’environnement.

Une agriculture de plus en plus numérique

Au-delà des intrants agricoles classiques, herbicides, fongicides et insecticides, Bayer mise désormais sur le développement de l’agriculture numérique.

Dans certains pays, le groupe déploie déjà des outils digitaux reposant sur l’analyse d’images satellitaires et thermiques permettant de surveiller l’état des cultures en temps réel.

Ces technologies permettent d’identifier rapidement les zones de stress hydrique, les maladies ou les attaques d’insectes.

En Afrique du Nord, ces solutions restent encore en phase d’introduction. Bayer indique toutefois travailler à leur déploiement progressif, tout en explorant des partenariats potentiels avec des start-up locales spécialisées dans l’agritech.

« La Tunisie dispose d’un écosystème de start-up dynamique dans le domaine agricole. Nous explorons les possibilités de collaboration afin de développer des solutions adaptées aux besoins du marché local », explique l’entreprise.

L’essor progressif des biostimulants et solutions biologiques

L’un des axes majeurs de la stratégie de Bayer concerne également le développement de solutions alternatives aux produits chimiques traditionnels.

Le groupe affirme ainsi renforcer ses investissements dans les biostimulants et produits biologiques, dont la demande ne cesse de croître à l’échelle mondiale.

Répondant à la question de Réalités Online, l’équipe de Bayer a indiqué qu’en Tunisie, la commercialisation de ces solutions reste toutefois encore limitée.

Bayer indique avoir récemment lancé un premier biostimulant, tandis que 15 produits biologiques sont actuellement en cours d’homologation.

Cependant, les responsables de l’entreprise rappellent que l’agriculture biologique ne peut pas, à elle seule, répondre aux besoins de la sécurité alimentaire mondiale.

Selon eux, l’avenir réside dans une approche dite de « lutte intégrée », combinant pratiques agronomiques, solutions biologiques et produits phytosanitaires conventionnels utilisés de manière rationnelle.

Des défis agricoles spécifiques à l’Afrique du Nord

La stratégie de Bayer dans la région est largement dictée par les contraintes climatiques qui affectent l’agriculture maghrébine. Parmi les principaux défis identifiés figurent l’irrégularité croissante des précipitations, le stress hydrique, l’apparition de nouveaux ravageurs et l’augmentation des températures. Dans ce contexte, le groupe travaille également sur des solutions visant à renforcer la résistance des cultures au stress hydrique et thermique, notamment grâce aux biostimulants et aux innovations génétiques.

Malgré ces initiatives, l’industrie agrochimique reste régulièrement critiquée, notamment en raison des controverses autour de certains produits, comme le glyphosate.

Interrogée sur cette question, Bayer assure vouloir renforcer sa responsabilité environnementale et sociétale. Les responsables de Bayer ont indiqué que le groupe cherche développe des solutions visant à réduire l’utilisation des intrants chimiques tout en maintenant les niveaux de production nécessaires à la sécurité alimentaire.« La durabilité fait partie intégrante de notre mission. Nous devons répondre aux besoins des agriculteurs tout en protégeant la santé humaine et l’environnement », souligne l’entreprise.

S’agissant de la question des organismes génétiquement modifiés (OGM), les responsables de Bayer ont assuré que ces cultures ne sont pas présentes en Tunisie. Elles ont expliqué que les OGM concernent principalement certaines cultures spécifiques, telles que le maïs, le colza ou encore le soja, cultivées dans certains pays dans des cadres réglementaires précis. Dans ce contexte, elles ont insisté sur l’importance de distinguer les faits des idées reçues, en précisant que plusieurs perceptions largement répandues dans l’opinion publique ne reflètent pas nécessairement la réalité du secteur agricole tunisien ni le cadre réglementaire en vigueur.

Avec près de 500 000 exploitants agricoles, l’agriculture demeure l’un des piliers économiques et sociaux de la Tunisie. Mais entre pression climatique, fragmentation foncière et contraintes économiques, le secteur doit accélérer sa modernisation pour rester compétitif. Dans cette transformation, les acteurs privés comme Bayer cherchent à jouer un rôle croissant, en apportant innovations technologiques, solutions agronomiques et programmes de formation. Reste que la réussite de cette transition dépendra également de politiques publiques cohérentes, d’investissements dans la recherche agronomique et d’un accompagnement durable des agriculteurs.

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