Alaïa l’Africain

De Bab Souika où il est né, Azzedine Alaïa, l’enfant du pays, devenu le ténor de la haute couture, voire l’icône mondiale, ne cesse de rayonner et d’être l’étoile de la haute couture… à jamais.

Ses deux antres, l’un à Paris (Fondation Alaïa) et l’autre à Sidi Bou Said (Dar Alaïa), restent les témoignages et l’héritage d’un ADN créatif indéclassable.

Des années qu’il nous a quittés mais son âme, son univers, sa création sont immortels, intemporels. Ils marquent et traversent toutes les générations. On continue de l’aimer, l’honorer, le porter en vintage des grandes stars aux divas, de Zendaya à Rihanna, Lady Gaga, Kim Kardashian, Grace Jones, Naomi Campbell, les stars mondiales du petit et du grand écran… aussi.

Nous sommes orphelins d’Alaïa et encore aujourd’hui, personne n’a pu le remplacer, il était unique.

Lui, qui a quitté sa Tunisie si jeune, son Afrique, qui est devenu international au point où on le disait plus français qu’un Français, il a traversé les frontières culturelles, les âges, les générations, tant son talent était époustouflant.

Mais ce que l’on ne sait pas, c’est qu’on a beau quitter Mama Africa, Mama Africa ne vous quitte jamais. Son amour pour la matrice et ses origines, on le retrouve dans ses collections iconiques, dont trois collections en particulier, celles des printemps-été 1988, 1989 et 1990. L’occasion pour lui de rendre la part belle aux   couleurs naturelles de notre si beau continent, ficelle et mastic à l’appui. Des coquillages aux raphias tressés, on se rappelle, encore aujourd’hui, les tenues portées par les bombes de sex appeal que sont Cyndi Crawford et Naomi Campbell, des robes iconiques qui témoignent bien du lien profond qu’il avait pour le continent africain et tous ses trésors.

Dès l’entrée de la fondation, dans le prestigieux quartier du Marais, le cœur bat et l’émotion est au rendez-vous. Car nous avons l’illustre privilège d’entrer dans les quartiers privés du Maître. C’est bien là que tout vit le jour, ce lieu emblématique si cher à son cœur, lieu de travail et d’inspiration du grand maestro de la couture. Il était secret, pudique, jaloux de sa vie privée, mais quand il s’agissait de son art, toutes ses inhibitions disparaissaient.

A l’occasion de cette exposition hommage à l’Afrique, on peut retrouver une cinquantaine de modèles, dans un réceptacle intimiste qui revisite les moucharabiehs de sa Tunisie natale. On retrouve aussi cela dans ses robes chemises ajourées. Les tons écrus et les blancs coton comme la chaux témoignent aussi des maisons de chez nous, les maisons blanches, immaculées et étincelantes. Et cela nous fait penser à un certain Sidi Bou Saïd, là où il a déposé ses bagages pour l’éternité.

Il aimait la chaleur, la douceur mais aussi les contrastes, avec les noirs profonds en contraste, qui font penser à ces animaux sauvages tels que la panthère noire (dixit Naomi Campbell) ou encore le Sahara que l’on retrouve sur certaines pièces qui rappellent certaines contrées d’Afrique subsaharienne, clin d’œil à ce Kenya qu’il a visité et qui l’a tant inspiré, les Masaï surtout.

Hommage à l’Egypte et ses momies avec les robes bandelettes qui imposent une présence solennelle. Au premier étage de la fondation, les photographies de son ami Peter Beard – souvenirs d’un voyage commun en pays masaï en 1996 – sont exposées et l’ont longtemps accompagné alors que sur tabouret, inlassablement, il continuait de créer dans sa bulle.

Le cœur serré, nous avons découvert son antre à lui, à travers un hublot, ici et là des boîtes des croquis, tout est resté à l’état identique, comme s’il n’était jamais parti et on devine et on ressent dans l’ombre sa présence, il n’est jamais parti, il a juste de la pointe des pieds tiré sa révérence pour passer de l’autre côté de la lumière.

Azzedine Alaïa, le styliste de toutes les générations mais le plus grand   de sa generation.

Il a habillé hollywood avec Greta Garbo, Tina Turner, Grace Jones ou Jessie Norman en France pour le bicentenaire de la Révolution. Son nom brille au Panthéon de la haute couture française avec ses robes intemporelles comme une seconde peau sculptée sur le corps des mannequins vivants. Toutes ces magnifiques pièces contemporaines, vêtements iconiques sont un dialogue constant avec le public et les amoureux de la marque, agrémentée par un réceptacle précieux, son atelier, sa maison créative, et les photographies d’archives et les textes émouvants que l’on a pu lire, ont fait le reste.

Cette rencontre met en lumière la richesse de toute sa trajectoire, son parcours, ses amours, ses amitiés, ses inspirations, ses bonheurs et ses douleurs, comme lorsqu’ il perd sa sœur tant aimée…

Sa légitimité au sein de l’univers français de la haute couture, il l’a obtenue avec une telle aisance insouciante, car Azzedine Alaïa était maître de son art, et tout cela a fait qu’il a aussi décidé de s’émanciper du calendrier et des diktats des défilés.

Oui, trublion et il le valait bien, du calendrier officiel des défilés de haute couture à Paris, il n’en faisait qu’à son «cœur», il ne cherchait pas la notoriété, il avait tout obtenu, il voulait être libre, il faisait tout chez lui, il créait, puis faisait ses propres défilés showroom.

Visiter son antre créatif, c’est découvrir tout un univers, le sentir dans les tripes.  Car c’est ici qu’il a donné le meilleur de lui-même, parfois à s’en oublier, et s’il nous a quittés si soudainement et injustement, c’est bien que sa passion couture ne l’a jamais ménagé.

La Fondation réunit toute sa vie et son œuvre, ici, Azzedine Alaïa a vécu, collectionné et travaillé pendant cinquante ans. Grâce au travail de la Fondation, voulue par le couturier de son vivant et portée par Christoph von Weyhe et Carla Sozzani, un lieu conserve toute son âme.

On le ressent partout, on le devine dans l’ombre.

L’exposition “Azzedine Alaïa et l’Afrique” se tient à la Fondation Azzedine Alaïa, du 7 juillet 2026 au 4 janvier 2027.

 

*Partenaire presse UFFP et senior reporter at large

Webzine.unitedfashionforpeace.com

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