En marge de sa participation à la douzième conférence annuelle de haut niveau sur la paix et la sécurité en Afrique, actuellement en cours en Algérie, le ministre des Affaires étrangères, de la Migration et des Tunisiens à l’étranger, Mohamed Ali Nafti, a livré un discours ferme sur l’ampleur des menaces sécuritaires qui pèsent sur le continent africain et sur les responsabilités collectives des États.

Le chef de la diplomatie tunisienne a rappelé que les conflits ne se limitent pas aux tragédies humaines qu’ils engendrent, mais constituent également un fardeau économique et social massif. Les déplacements forcés de populations, la désintégration des activités commerciales, l’instabilité de l’environnement des affaires et la destruction des infrastructures plongent durablement les pays dans la fragilité. Il a souligné que certaines économies africaines touchées par les conflits ont enregistré une chute de leur PIB pouvant atteindre 30 % en une seule année.
Face à cette réalité, Mohamed Ali Nafti a appelé à la construction d’une architecture de sécurité africaine reposant sur la coopération, la solidarité et une souveraineté partagée. Il a plaidé pour un renforcement de la coordination entre États, le développement de la diplomatie préventive, l’intensification de la coopération militaire et sécuritaire, l’échange systématique de renseignements et l’harmonisation des stratégies nationales de lutte contre le crime organisé et le terrorisme.
Le ministre a considéré qu’aucune sécurité durable ne peut être garantie sans l’appui aux institutions, la modernisation des forces de défense et de sécurité, et des investissements massifs dans l’éducation, la transformation numérique et l’économie verte. La lutte contre l’extrémisme violent, a-t-il martelé, passe aussi par l’éradication de la pauvreté, de la marginalisation et de la manipulation des populations vulnérables.
Abordant les enjeux climatiques, Mohamed Ali Nafti a alerté sur le fait que les crises environnementales, la désertification, la rareté de l’eau et les déplacements forcés de populations sont désormais des facteurs majeurs d’instabilité. Ces phénomènes aggravent les conflits locaux et attisent les tensions entre communautés. Il a ainsi appelé à intégrer pleinement la diplomatie climatique au cœur des stratégies de consolidation de la paix.
En conclusion, le ministre a réaffirmé l’engagement constant de la Tunisie en faveur du multilatéralisme, aussi bien dans le cadre onusien qu’africain, et son attachement aux principes de solidarité et de coopération. Il a rappelé que la Tunisie a toujours soutenu les efforts africains et internationaux visant à instaurer la paix, à renforcer la sécurité et à stabiliser le continent, notamment à travers sa participation active aux opérations de maintien de la paix sous l’égide des Nations unies et de l’Union africaine.
Mohamed Ali Nafti a également mis en avant le rôle joué par la Tunisie au Conseil de sécurité, où elle a représenté l’Afrique à quatre reprises. Ses mandats, a-t-il précisé, ont été consacrés à la défense des causes africaines et à la promotion d’une vision élargie de la paix et de la sécurité, intégrant les dimensions du développement, de la vulnérabilité structurelle et des causes profondes des conflits.

En marge de la conférence, le ministre s’est entretenu avec Jean-Pierre Lacroix, secrétaire général adjoint de l’ONU chargé des opérations de maintien de la paix. Les deux responsables ont réaffirmé l’importance du partenariat entre la Tunisie et les Nations unies au service de la stabilité du continent, dans le strict respect de la Charte des Nations unies. Jean-Pierre Lacroix a salué les résultats de la conférence onusienne organisée à Tunis en juillet dernier et a confirmé que la mise en œuvre de ses recommandations est en cours.
Il a également mis en lumière les défis financiers, logistiques et technologiques auxquels font face les opérations de maintien de la paix à l’échelle mondiale, tout en louant le haut niveau de compétence et de professionnalisme des cadres tunisiens engagés dans ces missions.